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La Femme au 18™® siècle

Le 18”^® siècle est, du moins en France, le siècle de la femme: C’est avec raison que Georges Brandes-) présume que les Gon court, ces adorateurs du naturel féminin d’une si fine sensibilité se sont sentis attirés par l’histoire du siècle, précisément parce que „ l’influence des femmes fut alors prédominante “. Le livre des Gon court sur la „Femme au siècle“, tout en

insistant comme oeuvre de galanterie sur les côtés favorables plutôt que sur les défavorables de son sujet.

L „Vie de Scip ion de Ricci“ par de Potter, Bruxelles 1825. T. I. Appendice, note 13 jusqu’à note 47. p. 331 -500 (interrogatoire détaillé des prévenus). — De niêjne chez A. Gelli ,, Mémoire de Scipione de Ricci “ Florence 1865. T. I, p. 54 et s.

2) G. Brandes „Essais“ 2 vol. 2èiiie édit. Leipzic. H. Barsdorf, éditeur. 1897. p. 278.

3) E. et J. de Goncourt „La Femme au dix-huitième siècle. “ Paris 1898. p. 371.

compte parmi les ouvrages les plus attrayants de l’iiistoire de la civilisation.

La toute puissante influence de la femme a trouvé dans le chapitre: „La domination et l’intelligence de la femme“ de ce livre une peinture qui n’a pas été surpassée jusqu’à présent. „L’âme de ce temps, le centre de ce monde, le point d’où tout rayonne, le sommet d’où tout descend, l’image sur laquelle tout se modèle, c’est la femme.“ Dès le commencement jusqu’à la fin du siècle, le règne de la femme fut le seul visible, le gouvernement de mesdames de Prie, de Mailly, de Chateauroux, de Pompadour, de Dubarry, de Polignac. Dans l’administration de l’Etat, dans la politique, dans la société, la femme régna en souveraine, son influence se fit sentir dans toutes les sphères de la vie. La guerre et la paix furent décidées suivant la volonté d’une femme, non pas pour le salut de la France. Et dans les fameux „salons“ du ISme siècle des du Deffand, Necker^Lespinasse, Geoffrin, Grandval, ce sont les femmes qui, en qualité de créatrices de ces institutions, donnèrent le ton aux discussions des questions du jour et des problèmes scientifiques. C’est là que se forma la société cultivée moderne^).

Mais la France du ISiïie siècle nous fournit aussi la preuve que là, où l’influence de la femme se fait trop sentir, les liens de la famille, de cette base de toute

q Charles Frenzel esquisse un tableau remarquable de ces salons („Renaissance et Rococo“ Berlin 1876) dans l’article: „La Société parisienne au 18ine siècle.“ p. 298—331. — Comp. aussi E. du B ois -Reymond „Darwin versus Galiani“ dans les .,Discours“ Tome I. Leipsic 1886. p. 211 et 1. s. — On peut remarquer distinctement l’influence des salons chez Sade à son goût prononcé pour les discussions philosophiques,

société, tendent à se relâcher, que l’amour prend des formes immorales, et qu’à côté de l’omnipotence de la femme, peut fort bien exister le mépris du sexe féminin, comme cela a été le cas au sieèle.

L’amour au ISme siècle a été purement physique. Il s’était changé en volupté. L’appétit charnel se substitua à la passion et le mari inculqua à sa femme tous les artifices amoureux d’une maîtresse. (G on court, a. p. P. 158) La philosophie servit à sanctionner la volupté, elle devint une apologie de l’ignominie. „Entraînée à quelque souper de comédienne fameuse, à la table d’une Quinault, dans les débauches de paroles de Duclos et de Saint- Lambert, au milieu, des paradoxes grisés par le champagne, dans la belle ivresse de l’esprit et de l’éloquence, la femme entendait dire de la pudeur; Belle vertu! qu’on attache sur soi avec des épingles “i). D’aisés sophismes embrouillèrent toutes les idées morales de la femme. L’amour purement physique, qui avait été proclamé idéal par le naturalisme et le matérialisme, qui avait été pratiqué par Helvétius et par d’autres avant leur mariage, et glorifié par Buffon dans la fameuse phrase: „I1 n’y a de bon dans l’amour que le physique", se manifesta enfin chez la femme ,,dans toute sa brutalité"^).

Les relations sexuelles poursuivirent des buts essentiellement sensuels, et ceux qui cherchaient à embellir l’amour, se bornèrent à rendre plus savoureux et plus durables les plus grossiers appétits, en y ajoutant de petits obstacles et en y mêlant des ornements, qui participaient plutôt de l’esprit que du coeur. Le terme „ galanterie"

L „T\Iémoires de Mme d’Epinay“ tome I, cit. d’après E. et J. de G on court, ailleurs p. 159.

2) E. et J. de G on court, p. 175.

acquit une tout autre signification. Cela voulais dire conduite immorale, qui ne se distinguait des excès des filles de joie que par l’observation de certaines formes, devant servir à augmenter le plaisir et à conserver un semblant d’égards pour le public. L’.,Art d’aimer“ de Bernard, singerie ridicule d’après Ovide, prêchait des manières conventionnelles au milieu du libertinage le plus complet. Les „ Amours platoniques“, les ,, Intérêts ou Liaisons de Société^, les „Commerces d’habitude“ de cette époque n’étaient guère mieux. L’abbé G ali a ni se prononce là-dessus: ,,Les femmes de ce temps n’aiment pas avec le coeur, elles aiment avec la tête.“^). L’amour est un ,, libertinage de la pensée“. On réalisait dans l’amour les songes impurs d’une imagination excitée artificiellement, les tentations de la corruption mentale, les plus extravagantes fantaisies d’une volupté insatiable. L’amour devint un jeu émouvant, où l’on mit à contribution tout ce qu’il y a de plus raffiné en fait de luxure mentale, afin d’accroître la jouissance^).

On se préparait à ces plaisirs au moyen de la conversation la plus cynique. S a d e ne cesse de répéter dans ses romans, à quel point les plaisirs de l’amour s’accroissent en raison d’une conversation lascive, moyennant l’énonciation d’expressions grossières et crues. Il avait tiré cette expérience de la réalité. Mercier^) raconte que la grande

0 E. et J. de Gonconrt. p. 181.

2) Casanoxa raconte dans ses „Mémoires“ qu’un certain Blondel faisait habiter à sa propre femme non pas son domicile à lui, mais une „petite maison“ se'parée, afin qu’elle lui parût être sa maîtresse et que le commerce intime avec elle lui procurât de cette manière plus de jouissance. (Jacques Casanova de Seing ait „Mémoires“.

3) L. S. Mercier, ^Tableau de Paris.“ Hambourg 178E T. II. 9. 6—7.

quantité des filles publiques avaient donné aux jeunes gens un parler très sans gêne, dont ils faisaient aussi usage vis-à-vis des femmes les plus respectables, en sorte que dans ce siècle si courtois on était „ grossier en amour La conversation avec les femmes les plus respectées aurait, selon lui, rarement dénoté un sentiment délicat, mais, au contraire, elle aurait été riche en plaisanteries de mauvais goût, en phrases à double entente et en histoires scandaleuses. „Des saillies infectes et impertinentes, qui dédaignaient même l’êpice de l’équivoque; des attitudes et des gestes, qui évoquaient les idées les plus dégoûtantes, et en général un ton d’intimité manifeste, qui permettait de deviner une intimité plus secrète, s’étant réalisée tantôt ou devant se réaliser immédiatement “, tels étaient les stimulants de l’amour de cette époque. i)

De là, il s’ensuivit une impudence inouïe chez le sexe féminin. A 30 ans la femme avait perdu le dernier reste de pudeur. Il ne lui resta plus qu’une „ certaine élégance dans l’indécence“, le charme de la volupté. La femme contracta toutes les habitudes du roué masculin, son plus grand bonheur était, de „jouir de la perte de sa réputation. “^) Ainsi les femmes dans les romans de Sade se réjouissent et jubilent de ce qu’elles sont des filles de joie, de ce que tout le monde a droit sur elles et qu’elles-mêmes ont droit au nom honorifique de putain ! Même un coeur pur, une âme délicate comme celle de madame Koland n’a aucune conscience du sentiment de retenue. Dans ses „Mémoires“, elle décrit minutieusement sa personne et sa conformation physique; elle dépeint sa

Fréd. Gui 11. Basile Raïudohr, Uranie. “

Lei];)sic 1798. T. III partie 2 P. 288.

2) E. et J. de Goncoiirt, a. p. P. 173.

gorge, ses hanches, ses jambes avec autant de sang-froid que s’il ne s’agissait pour elle que de faire la critique d’une statue de marbre^). Qu’y a-t-il d’étonnant que p. ex. la Juliette de Sade (Juliette IV, 103) décrive ses propres appas avec un cynisme excessif?

Des dames nobles poussèrent l’impudence à tel point que, pareilles aux roués, elles louèrent des „ petites maisons “ comme celles de ces derniers, afin d’y „ loger leur plaisir “, ainsi que s’expriment les Go n court. Il arriva même que des dames de l’aristocratie poursuivirent leurs plaisirs dans des maisons publiques. Rétif de la Bretonne prétend avoir rencontré la comtesse d ’ E g m o n t , se prostituant dans une maison publique^). En revanche, il n’était pas rare que des filles de joie entraient par alliance dans des cercles distingués, comme nous lisons dans les „Contemporaines“^)

Nous n’aurions qu’à citer encore un autre exemple : la Du Barry! Fille d’un petit employé au bureau des contributions, elle fut d’abord modiste à Paris, et entra ensuite dans la maison publique de madame Gourdan, dont il sera encore question plus tard. Là, dans le bordel, elle fit connaissance du comte Jean Du Barry, dont elle épousa le frère, lorsqu’elle avança en grade comme maîtresse de Louis XV. Quoi de merveilleux; que la haute aristocratie ait imité à l’envie un pareil exemple, et organisé une vraie chasse aux „beautés popu-

B F. L O t 11 e i s s en , „La Littérature et la Société françaises pendant la Révolution 1789—94.“ Vienne 1872. P. 56.

Rétif de la Bretonne, „La fille entretenue et vertueuse ou les progrès de la vertu.“ Paris 1774. P. 175 et 1. s.

3) Rétif de la Bretonne, „Les Contemporaines. “ Berlin 1781. Tome VI, p. 9—10.

laires“? Ainsi se forma un terme à la mode nouveau^ le mot ,,s’encanailler“A)

De cette manière, à mesure qu’on s’approchait de l’époque révolutionnaire, la corruption des moeurs envahit aussi les femmes du peuple. Elle fut préparée et entretenue par les fameuses „con vulsions“, ces étranges hystéries épidémiques, qui régnèrent pendant presque 40 ans (de 1727 à 1762), principalement dans les basses classes de la société. Elles avaient pour centre le cimetière de St. Médard avec le lieu de sépulture de l’abbé Paris, jadis si renommé par son ascétisme. ,,De tous les quartiers de la ville la foule se dirigeait vers le cimetière de St. Médard, pour prendre part aux contorsions et aux extases. Le cimetière entier et les rues environnantes étaient remplis d’une foule serrée : de jeunes filles, de femmes, de malades de tout âge, qui convulsionnaient ensemble à qui mieux mieux/‘^) Des femmes, couchées de leur long, invitaient les spectateurs de frapper sur leur ventre, et elles ne se calmaient pas avant qu’un fardeau de 10 à 12 hommes ne se fut amoncelé sur elles, sans aucun ménagement. Des danses d’un caractère passionné, comme le fameux „saut de carpe“,. exécuté par l’abbé Bêchera nd donnèrent bientôt à ces „convulsions“ une teinte érotique. Dulaure a décrit le rôle que joua la volupté en fin de compte, dans cette remarquable forme d’hystérie, et comment ces convulsions ne contribuèrent pas peu à répandre une licence sexuelle effrénée.^) On pouvait reconnaître l’élément érotique dans

0 Cënac Moncaiit, „Histoire de ramoar dans les temps modernes. “ Paris 1863. P. 398.

2) W. de Bechterew, „La Suggestion et son importancesociale. “ Leipsic 1899. P. 29—30.

3) J. A. Dnlanre, „Ilistoire physique, civile et morale de Paris.“ Paris 1821. Tome V, p. 145—47,

ces convulsions, à ce que les jeunes filles, pendant leurs accès, „ne demandaient jamais des femmes pour les secourir. Les secouristes étaient tous des hommes jeunes et vigoureux. “ De plus elles s’habillaient fort indécemment, manifestaient toujours le penchant pour une nudité adamique, choisissaient des attitudes lascives et jetaient des regards de convoitise aux jeunes gens qui accouraient à leur secours. Quelques unes criaient même à tue-tête: Da liberos, alioquin moriar! De cette façon la luxure et les débauches ne se firent pas attendre et comme les femmes avaient, dans leur orgasme, invité les hommes à se servir de „leurs seins, de leurs ventre et de leurs jambes pour se promener dessus^, et à „lutter“ avec elles, les „nombreux accouchements “ de femmes convulsionnaires pouvaient s’expliquer de la manière la plus naturelle.

L’hystérie („vapeurs“) était excessivement répandue au 18nie siècle parmi les femmes françaises, ainsi que nous le montre le livre de madame Abricossoff.^) Sauvages pensait non sans raison que les causes principales de cette hystérie étaient l’amour excessif de soimême, la vie amollisante et voluptueuse des dames de ce temps. Q Aussi „rhystérie lubrique^ faisait éclore de singulières excentricités.

Les femmes ont créé au siècle ce que les

temps modernes ont nommé dans un sens plus restreint „sadisme“, expression que nous définirons plus tard dans un sens beaucoup plus étendu. La „méchanceté“ et les „noirceurs“, c’est à dire, des tours perfides sont à la mode en amour, la „scélératesse“ devient un élément

q Abricossoff, ailleurs, p. 73 — 74.

Dühren, Le Marquis de Sade.

essentiel des jouissances de Tamour.^) „La corruption devient un art égal en cruautés, en manques de foi, en trahisons, à Part des tyrannies. Le machiavélisme entre dans la galanterie, il la domine et la gouverne. “ Peu avant la révolution, après „les petits maîtres^ de l’amour se montrent les „grands maîtres^ de la perversité, les défenseurs sans coeur de l’immoralité théorique et pratique. Des hommes dénués de scrupules, d’effrontés hypocrites, qui mettent toutes les occasions à profit pour exécuter leurs forfaits, qui délibèrent de sang froid quelles ,,horreurs“ ils pourraient commettre, qui ne reculent devant rien et qui ne séduisent que pour pervertir. Les types des personnages de Sade ont vécu! Cela est hors de doute. Et ils ont trouvé pour accomplir leurs scélératesses parmi les femmes dégénérées des complices, pires encore qu’ils n’étaient eux-même. „La rouerie s’éleva, dans quelques femmes rares et abominables, à un degré presque satanique.

Ces monstres martyrisaient la femme honnête^ dont la vertu leur répugnait, ils se faisaient débarrasser par l’assassinat, avec une joie maligne, des objets de leur haine, mais aussi de ceux de leur amour. Ils personnifiaient la volupté de la scélératesse, le „libertinage des passions méchantes. “

Que l’on ne croie pas, disent les frères Concourt, qui d’ordinaire peignent en beau, que ces t3^pes soient des créations de l’imagination. Ce sont des hommes véritables, qui donnent l’emprunte à cette société, des hommes, dont l’existence est attestée par un grand nombre de personnes. Les Concourt nomment le duc de

M E. et J. de Concourt, ailleurs, p. 194.

2) E. et J. de Concourt a. p. 196.

3) E. et J. de Concourt. P. 198.

Choiseul, le marquis de Louvois, le comte de Frise, torturant sa maîtresse, madame de Blot, comme de pareils hommes-démons voluptueux. Et une grande dame de Grenoble, la marquise L. T. D. P. M. était le pendant féminin de ces héros, peut-être un modèle de la, Juliette de Sade.^) Le règne de la terreur dans la sphère de l’amour avait précédé le régime de la terreur de la grande révolution, bien avant que Sade, enivré du sang, coulant à flots sur la guillotine, eût peint dans les documents les plus curieux ce à quoi cette époque sanguinaire n’était point étrangère: la Terreur dans l’Amour! Et quand furent célébrées, pendant la terreur, sous la direction de Ch au met te, les „ orgies théosophiques de la volupté “, quand furent adorées, d’une manière fort mondaine, les „ déesses de la raison la Maillard, la Moncore, l’Aubry; alors, soudain, parurent aussi les „tricoteuses de Eob espier re“, les „flagelleuses“ et les effroyables „furies de la guillotine. “

Les femmes, alors, se changent en Mènes,

Se font un jeu de la terreur

Elles déchirent de leurs dents de panthère

Le coeur de l’ennemi, encore palpitant.

Ainsi caractérise à ne pas s’y tromper le grand poète Schiller ces créatures dégénérées, ces furies d’enfer, trempées dans le sang, telles qu’elles sont peintes aussi dans un recueil de poésies du temps. „La République ou le livre de sang“, où l’on peut lire:

2) E. et J. de Gon court. P. 199. — Une partie de „Justine‘‘ se passe à Grenoble.

De ces effrayantes femelles Les intarissables mamelles Comme de publiques gamelles,

Offrent à boire à tout passant;

Et la liqueur qui toujours coule,

Et dont l’abominable foule Avec avidité se saoule,

Ce n’est pas du lait, mais du sang, i)

Nous avons vu comment au 18 me siècle les femmes s’évertuaient en France pour se transformer, partiellement du moins, en hommes, comment elles exercèrent dans la politique, dans l’amour et dans les sciences la plus grande influence, comment, tout en n’étant point reconnue d e jure, l’émancipation de la femme se faisait valoir de facto. Et cependant, jamais dédain de la femme ne fut si prononcé que dans ce même siècle. A quoi pouvaient servir toutes les spirituelles saillies, toutes les aspirations scientifiques de la femme, qui poussaient p. ex. la jeune comtesse de Crigny à prendre part aux sections,-) quand^ par cela-même, la vie de famille était visiblement détruite; quand le point de mire de l’activité féminine tombait en dehors du propre domicile. Nous craignons presque d’avoir dans la France du siècle un miroir d’un

proche avenir, et ce serait une tâche méritoire, d’examiner les conditions dont dépend la vraie estime de la femme, et si vraiment la prétendue émancipation de la femme assurera à jamais la dignité de cette dernière.

Comp. le chapitre „Les Furies de la Guillotine^ chex E. Lairtullier, „Les femmes célèbres de 1789 à 1795.“ Paris 1840. T. II. P. 199—207.

Ladv Blenn erhassett, „Madame de Staël. “ Berlin 1887, T. !.■' P. 68

Les quatres penseurs les plus distingués que la France du 1 8 me siècle ait produits : Montesquieu, Eousseau, Voltaire et Diderot ont prêché le mépris de la femme. Qu’on se rappelle les sarcasmes amers de Voltaire à l’adresse de sa fidèle amie, madame D u Châtelet. La femme, suivant Eousseau^, n’est créée que pour le plaisir de l’homme. Suivant Montesquieu, l’homme possède la force et la raison, la femme n’a que le charme ; et Diderot voyait dans la femme uniquement une source de plaisirs sensuels. „ Ainsi la femme est, selon Diderot, une courtisane, selon Montesquieu, un enfant agréable, selon Eousseau un objet de plaisir pour l’homme, selon Voltaire rien.“^) Quand dans la révolution Condorcet et Siéyès se déclarèrent pour l’émancipation domestique et politique de la femme, leurs protestations furent étouffées par les voix puissantes des trois grands continuateurs du 18 me siècle, Mirabeau, Danton et E O h e s P i e r r e. Et quant à Napoléon I, il n’y avait qu’une chose au monde pour lui, qui ne fût pas française: c’est de laisser faire à une femme, ce qui lui plaît. Un des premiers connaisseurs de la femme du 18 me siècle, Eétif de la Bretonne énonce souvent son mépris de la femme en termes énergiques. La cause de ce mépris est facile à comprendre. Le mariage est, ainsi que We s ter mark l’a démontré avec une parfaite évidence dans son ouvrage classique, l’institution à laquelle l’humanité doit son perfectionnement moral, une institution morale dans le sens absolu du mot. Dans le mariage, la femme est l’égale de l’homme, parce qu’elle le complète. En dehors du mariage, la femme n’est

1) E. Le g Olive, „Histoire morale des femmes." Paris 1864. P. 4.

pas capable de remplacer l’homme, elle doit donc compter aussitôt pour un être inférieur. Partant, une émancipation complète échouera en vue des différences incontestables entre la nature de l’homme et celle de la femme. Compromettre l’existence du mariage, cela signifie affaiblir l’estime morale, accordée à la femme par l’homme. Se prononcer de la sorte, cela fait l’effet encore d’une opinion d’épicier actuellement, mais cela sautera aux yeux, lorsque l’émancipation sera réalisée.

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