L’Onanisme au 18me siècle
Après avoir dépeint la prostitution telle qu’elle était .alors, et décrit les principaux sièges de son activité, nous
9 Dulaure 1. cit. T. Y. P. 285; P. 307—310.
passons à présent à l’examen des principaux égarements; de la vie sexuelle, et nous commençons par le plus commun, de tous, l’onanisme.
Le mot „branler“ — telle est l’expression technique' chez Sade — se rencontre dans ses romans presque à chaque page. Tout au commencement de „Justine“,. lorsque l’héroïne de ce nom pleure la mort de ses parents,, sa soeur Juliette qui a appris au cloître ces pratiques, lui montre sur sa propre personne comment on se satisfait au moyen de la masturbation. Cette excitation voluptueuse, qu’on peut se procurer à chaque moment sans le concours d’un autre, est la meilleure consolation dans l’affliction,, puisque l’onanisme fait disparaître sûrement toutes les sensations douloureuses. (Justine I, 5) La Delbène, supérieure du couvent où Juliette a reçu son éducation,, femme fort lascive, avait déjà à l’âge de neuf ans accoutumé „ses doigts à répondre aux désirs de la tête (Juliette I, 3). Dans la „Société des amis du crime“ il y a même une „salle spéciale pour la masturbation^ (Juliette III, 65). Aussi le duc de Chablais vante la „méthode française^ de l’onanisme comme la meilleure (Juliette III, 292). Madame de St.-Ange, qui fait à Eugénie au début de la „Philosophie dans le Boudoir“ tout un cours des artifices et expressions techniques de l’amour, n’oublie pas non plus de l’instruire dans l’onanisme, cette façon aisée „de se donner du plaisir.^ (Philosophie dans le Boudoir I, 43.) —
Mairobert laisse madame Kichard s’exprimer d’une manière caractéristique à propos de l’enorme propagation de l’onanisme en France. Cet art si raffiné, qui d’après ce qu’elle a appris d’un religieux, membre de l’Académie des belles lettres, florissait chez les anciens,.
mais qui plus tard tomba dans l’oubli, devient de nouveau un art à la mode dans ce siècle de la volupté et — de la philosophie. On peut l’observer dans les fameux bordels de la Florence, de la Paris, de la Gourdan, de la B ris s on. C’est aussi un moyen préventif contre l’infection syphilitique.
La Mettrie donne, au moyen de teintes d’une ardente sensualité, une peinture fort réaliste, de la „voluptueuse approche des doigts libertins‘‘, et l’onanisme mutuel aura été très répandu à en juger par le malicieux couplet que voici:
Il est des Dames cruelles.
Et l’on s’en plaint chaque jour:
Savez-vous pourquoi ces belles Sont si froides en amour?
Ces Dames se font entr’elles.
Par un généreux retour
Ce qu’on appelle un doigt de cour.
Les débauches effrénées de l’onanisme au 18me siècle sont à jamais immortalisées par la célèbre monographie de Simon André Tissot sur l’onanisme, premier ouvrage de ce genre qui fît connaître les suites de ce vice et en général des désordres sexuels de la bourgeoisie dissolue française, ouvrage qui fit une immense sensation et qui acquit malgré certaines présomptions du jugement et certaines exagérations des conséquences de l’onanisme, ou plutôt dire à cause de ces qualités, une célébrité européenne; il parut dans un grand nombre d’éditions, et fut lu alors avec frénésie.^)
T IL Rohleder „La Masturbation“. Berlin 1899. P. 19