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Le Vol et le Brigandage

Le fait qu’il existe une étroite connexité entre la prostitution et le crime se montre aussi dans les romans du marquis de Sade clairement. Fatime, amie de Juliette, âgée de 16 ans, se crée la „spécialité‘‘ de voler ses pratiques, y ayant été instruite par Dorval, un des voleurs les plus fameux du faubourg La Villette. (Juliette II 193.) Celui-ci se fait informer par ses espions de tous les étrangers nouvellement arrivés à Paris, et aussitôt, il les fait séduire et dévaliser par ses filles publiques. Il éprouve une volupté sexuelle toute particulière, quand il a l’occasion d’être présent à l’exécution de ces vols. Nous parlerons plus tard de sa théorié du vol et de la justification qu’il en donne. La principale passion de la tribade vénetienne Zanetti est également le vol. On rencontre encore plusieurs personnages de cette espèce, qui voient dans le vol des délices voluptueuses.

La cupidité de l’or était énorme en France au 18 me siècle, comme l’attestent tous les contemporains.

L C’est une question fort intéressante si la cleptomanie de daines distinguées ne dépendrait pas de certaines perversités sexuelles comme nous le présumons d’ajirès les peintures que nous donne Sade de la volupté qui accompagne le vol. Le cas rapporté par Lombroso, oii une jeune fille de 15 ans était atteinte de cleptomanie chaque fois qu’elle avait ses menstrues, parle en faveur de cette hypothèse („La femme criminelle et ])ro8tituée“ Hambourg 1894: P. 527.)

Le comte de Tilly dit dans ses mémoires: „C’était connaître iin siècle dont la devise pourrait être: laissons là les parchemins: nous parlerons un autre jour de vos vertus. Montrez- moi de l’or.“ L’or est le ,, moteur universel^ diî cette époque, comme le déclare Madame du Hausse t^). Les brigands et les voleurs, qui abondent aussi dans les romans de Sade, constituaient les figures accessoires à effet de l’époque révolutionnaire et formaient une étroite coalition avec la prostitution de la capitale et celle de la province.^) Depuis 1789, le vol, le brigandage et l’assassinat prirent un essor de plus en plus rapide et se maintinrent durant toute la période révolutionnaire au premier rang des événements. Déjà pendant la première moitié de l’année 1792, „les vols et les assassinats nocturnes étaient devenus plus nombreux à Paris qu’à l’ordinaire^, en sorte que les mesures de vigilance durent être renforcées et multipliées et le nombre de prisons et leur personnel de service augmentés. Le 10 août et les jours de septembre donnèrent à ces deux catégories de crimes une impulsion effroyable. La période terroriste ne pouvait naturellement être propre qu’à rendre les crimes plus fréquents et les punitions encore plus rares qu’elles ne l’étaient auparavant. Les assassinats se commettaient sans crainte, les effractions et les vols de tout genre avec la plus grande hardiesse. Des „hordes

9 A. Bettelheim 1. c, P. 615. — Comment cette cupidité corromp l’homme au moral et au physique, A. S chu le nous le dépeint supérieurement dans son „Manuel des Aliénations mentales.^ 2 me édit. Leipzig 1888. P. 194.

9 G. Keben „La Prostitution et ses rapports avec la Littérature réaliste moderne^ Zürich 1892. P. 52, cite un mot remarquable d’Avé-Lallemant: „Plusieurs brigands maudirent les bordels sur l’échafaud, comme la cause de leur malheur.

toujours nouvelles de malfaiteurs affluaient à Paris, trouvant là dans les nombreuses filles de joie des receleuses et des aides fort à propos. ‘‘i) On se plaignait en même temps d’un manque de sûreté sur les grandes routes.

Entre autres, les environs de Mitry dans le département de Seine et Marne étaient infestés le plus effrontément par des bandes de brigands, qui pillaient tout ce qui tombait entre leurs mains, et qui invitaient même publiquement au moyen de placards à entrer dans leurs rangs, promettant à chaque nouveau compagnon 50 livres par jour de butin! Pendant les premiers mois de l’année 1796 la situation à Paris devint véritablement intolérable. Les crimes s’accrurent au point que „des

vols et des meurtres sans nombre se commettaient j our pour jour.“ Parmi le public l’opinion se fit jour que

„le chiffre des filous et des escrocs surpassait celui des

honnêtes gens.“ Au commencement de la même année, de nombreuses bandes de brigands s’étaient campées aux alentours de Paris. Quantité de rapines et d’assassinats exécutés souvent avec une „férocité inouïe“ y répandirent l’horreur et l’épouvante. Un certain Bourdroux se rendit particulièrement fameux comme chef d’une pareille bande. ,,Les coups des main de ces bandes de brigands s’effectuaient ordinairement avec une audace inouïe. Les maisons étaient prises d’assaut — cela est vrai à la lettre — tous les habitants étaient assassinées d’une manière atroce, et ensuite seulement le pillage avait lieu.^^)

Un rapport officiel déclarait alors comme causes de cet état des choses, livré sans espoir au crime, à Paris et aux environs de la capitale: la décadence des moeurs.

1) A. Schmidt 1. c. T. II, P. 33-36.

A. Schmidt 1. c. II, P. 51.

l’abondance des endroits publics, consacrés aux plaisirs et au libertinage; les repaires de la prostitution, surtout ceux des classes inférieures, dont les habitantes étaient associées avec les bandes de fripons et d’escrocs, et dont les hôtes étaient d’abord pillés et ensuite initiés euxmêmes au vol et à la rapine; ensuite la grande quantité de bals publics, qui étaient autant de pépinières de la paresse, du libertinage et de l’escroquerie; enfin les tripots. 1)

Parmi la population le goût pour les intérêts publics était entièrement étouffé par le défaut de sécurité des intérêts locaux et particuliers; toutes les conversations roulaient seulement sur les cas nouveaux de rapine et d’assassinat. L’impunité des crimes „encourageait l’imitation du mauvais exemple, ou détruisait toutes les notions du bien et du mal, du mien et du tien, de l’inviolabilité de la vie et de la propriété^. „Dans l’océan de la dépravation générale, on perdit la plus légère teinte de la conscience de sa culpabilité^. Par vanité et par affectation de bien parler, les avocats s’érigèrent en défenseurs du vice et du crime. „Le pilori servit de lieu de triomphe. “ Les femmes se conduisaient au carcan en présence de tous les spectateurs et des passants non seulement dans leurs appels, mais aussi dans leurs gestes et leur maintien avec tant d’insolence, d’impudence et de bassesse, qu’au bout du compte il fallut ordonner: d’attacher à toutes les femmes mises au carcan les mains et les jupes‘2 Schmidt insiste particulièrement sur „répouvantable fait“ qu’une bonne partie des crimes avec et sans effusion de sang furent même enseignés et préconisés par les promoteurs de la révolution, tandis que

1) A. Schmidt 1. c. IL P. .51.

le reste de ces divers genres de crime fut exercé clandestinement ou tolérés par eux. „S’il existait une statistique complète des crimes en France pendant la révolution, on obtiendrait sûrement des chiffres horribles sous tous les rapports, i)

Après cette description, on comprendra la fréquence des vols et des rapines dans les romans de Sade.

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