‹ Le Marquis de SadeChapitre 15 sur 26 · DE MARAT · texte numérisé non relu

DE MARAT

Dulaure écrivait en 1790 (1) :

« Le marquis de Sade est resté à (^harenton jusqu'à Fépoque de Texécution du décret qui ordonna la liberté des prisonniers détenus dans les prisons d'Etat par lettres de cachet. Et cet homme, que la prison sauvait deFéchafaud, à qui ses fers étaient une faveur, a été confondu^ on ne sait comment, avec les malheureuses victimes que le despotisme ministériel y maintenait injustement. Cet exécrable scélérat vit parmi des hommes civilisés, ose impunément se compter au rang des

(i) Liste des noms des ci-devant nobles, 2^ partie, n° 18 (entièrement consacré au marquis de Sade).

citoyens ; il vient, dit-on, de produire une tragédie qui est déjà reçue aux Français (1).

« On a vu ce monstre, qui fait honte à la nature entière, on Ta vu, pour capter la bienveillance des comédiens révoltés contre le public et contre la municipalité, prendre chaudement leur défense, se ranger dans le parquet de la comédie parmi les vils agents de ces histoires rebelles, et frapper les patriotes qui réclamaient l'exécution des règlements de police.

« Le crime exécrable dont ce marquis s'est rendu coupable à Arcueil est connu de tout Paris, et rhistoire des forfaits de la noblesse, dans les temps d'anarchie et d'impunité, offre à peine quelques exemples semblables. Les atrocités de Robert de Bellesme, du bâtard de Bourbon, de Gilles de Laval, etc., sont seules dignes d'être comparées à cette race noble du dix-huitième siècle... Et le marquis de Sade est paisiblement parmi nous. »

Dulaure se montre trop sévère pour un homme qui ne valait pas beaucoup moins que la plupart de ceux qui commençaient, à ce moment, à faire la conquête du pouvoir. Le marquis de Sade avait déjà souffert du régime nouveau qui venait de détruire son château de la Coste, niais il espérait bien en obtenir quelques compensa-

(i) V Homme dangereux ou le Suborneur.

Li-: crroYCN sadk. le roui ic:ii:n 275

lions, (juitte à se contenter d'une place; de l>il)liothécaire qu'il sollicita le 27 février 1795.

Ses théories, ses plaintes contre la nionarcliie qui était entrain de disparaître et que menaçaient tant de haines, l'étalage de ses malheurs, sa longue captivité et aussi ses livres ignobles, répugnants mais saturés de bons principes et « analogues aux circonstances (1) » lui procurèrent assez vite une popularité dont il était très digne. Pour mieux la mériter, le hautain gentilhomme avait pris soin de se démarqiiiser et était devenu, du jour au lendemain, un patriote, un pur, d'esprit et de nom, le citoyen Sade,

Le citoyen Sade ne négligeait pas d'aller régulièrement aux séances de la société populaire de sa section, la section des Piques. Il s'y fit remarquer par ses motions, par ses discours, et finit par en être nommé secrétaire.

La section des Piques, qui s'était appelée de la place Vendôme, comptait parmi les plus démocratiques de Paris. On peut la juger par ses élus. Ses commissaires qui entrèrent, le 10 août 1792, dans le Conseil général de la Commune, étaient Moulins, Duveyrier,Piron, Laignelot et Robespierre (2).

(i) C'est en 1798 qu'il publia Aline et Valcour.

(2) Les quatre premiers furent ensuite remplacés par Arthur, fabricant de papiers peints, rue des Piques, n^ 20 ; Chàtelet (puis Morel); Frenard (puis de Baurillon); Orguelin (puis Tresfontaine).

Elle avait pour commandant en chef le citoyen Briffaut qui habitait rue Saint-IIonoré, numéro 374. Les collègues de Tex-marquis auraient eu mauvaise grâce à douter de ses sentiments civiques. Il ne cachait pas son admiration pour Marat. Quand le dieu du jour mourut, il lui dédia ces quatre vers qui respirent, comme on disait alors, un brûlant patriotisme :

Du vrai républicain unique et chère idole, De ta perte, Marat, ton image console.

Qui chérit un grand homme adopte ses vertus : Les cendres de Scévole ont fait naître Brutus (1).

Deux mois plus tard, lorsque la section des Piques eut décidé de célébrer une fête en Thonneur des mânes de Marat et de Le Pelletier, il prononça à cette occasion, le 29 septembre, un discours qui excita un vif enthousiasme :

« Le devoir le plus cher, s'écria-t-il, à des cœurs vraiment républicains est la reconnaissance due aux grands hommes ; de Tépanchement de cet acte sacré naissent toutes les vertus nécessaires au maintien et à la gloire de TEtat... » Cette reconnaissance, qui plus que ces deux victijiies des haines royalistes méritait de l'obtenir : « Marat ! Le Pel-

(i) Revue rétrospective, t. I, i833, p. 207. Ces vers furent sans doute composés au moment où on plaça dans la salle des séances de la Société populaire un buste de Marat.

\a: citoykn sadi:. r.i: politicikn 277

letier!... La voix des siècles h venir ne fera qu'ajouter aux hommages que vous rend aujourd'hui la génération qui fleurit, Sul)limes martyrs de la Liberté, déjà placés au temple de Mémoire, c'est là que toujours révérés des humains, vous planerez au-dessus d'eux comme les astres bienfaisants qui les éclairent... »

Comment a-t-on osé, se demandait ensuite Torateur, tuer le meilleur serviteur de la Révolution, le vertueux Marat? « Sexe timide et doux, comment se peut-il que vos mains délicates aient saisi le poignard que la séduction aiguisait ?... Ah ! votre empressement à venir jeter des fleurs sur le tombeau de ce véritable ami du peuple nous fait oublier que le crime put trouver un bras parmi vous. Le barbare assassin de Marat, semblable à ces êtres mixtes auxquels on ne peut assigner aucun sexe, vomis par les enfers pour le désespoir de tous

(i) Discours prononcé à la fêle décernée par la Section des Piques aux nidnes de Maral et de Le Pelletier^ par Sade^ citoyende cette section et membre de la Société populaire (1798) A la fin de la brochure se trouve cet avis : « L'Assemblée générale de la Section des Piques applaudissant aux principes et à l'énergie de ce discours en arrête l'impression, l'envoie à la Convention Nationale, à tous les départements, aux Armées, aux quarante-sept autres Sections et aux Sociétés populaires.

« Arrêté en assemblée générale, ce 29 septembre 1793, l'an II de la République Française, une et indivisible.

. « Vincent, président; Girard, Mangin, secrétaires, Parès. »>

deux, n'appartient directement à aucun. 11 l'aut qu'un voile funèbre enveloppe à jamais sa mémoire: qu'on cesse surtout de nous présenter, comme on ose le faire, son effigie sous Temblème enchanteur de la beauté. Artistes trop crédules, brisez, renversez, défigurez les traits de ce monstre, ou ne l'offrez à nos yeux indignés qu'au milieu des furies du Tartare... »

Ce fut encore de Sade qui rédigea la pétition ! 1) dans laquelle la section des Piques réclamait la consécration de toutes les églises aux nouvelles divinités, la Raison et la Vertu, et dont les passages qu'on va lire sont particulièrement significatifs :

Législateurs.

(( Le règne de la philosophie vient anéantir enfin celui de l'imposture ; enfin l'homme s'éclaire, et détruisant d'une main les frivoles jouets d'une religion absurde, il élève de l'autre un autel à la plus chère Divinité de son cœur. La Raison remplace Marie dans nos temples, et l'encens qui brûlait aux genoux d'une femme adultère, ne s'allumera plus qu'aux pieds de la déesse qui brisa nos liens.

(i) Pétition de ta Section des Piques aux représentants du peuple français (1793). Elle est signée : « Sade, rédacteur ».

« L(*;gislatenrs, no nous avcnigloiis pns ; cette marche rapide est bien plutôt Touvraj^e de nos mœurs républicaines que des progrès de notre raison ; ce n'est qu'à Tcnergie de notre gouvernement que nous en devons Télan rigoureux. Il y avait longtemps que le philosophe riait en secret des singeries du catholicisme ; mais s'il osait élever la voix, c'était dans les cachots de la Bastille où le despotisme ministériel savait bientôt le contraindre au silence. Eh ! comment la tyrannie n'eùt-elle pas étayé la superstition ? Toutes deux nourries dans le même berceau, toutes deux tilles du fanatisme, toutes deux servies par ces êtres inutiles, nommés Prêtres au temple et Monarques au trône, elles devaient avoir les mêmes bases et se protéger toutes deux.

« Le seul gouvernement républicain pouvait, en brisant le sceptre, anéantir du même coup une religion sanguinaire, qui, de ses saints poignards égorgea si souvent les hommes, au nom du Dieu qu'elle n'admettait que pour servir les passions de ses satellites impurs. Sans doute, avec de nouvelles mœurs, nous devrons adopter un nouveau culte, et celui d'un Juif esclave des Romains ne pouvait convenir aux enfants de Scévole.

« Législateurs, la route est tracée, parcouronsla d'un pas ferme, et surtout soyons conséquents, en envoyant la courtisane de Galilée se reposer de

^80 I^K MARQUIS Di: SADi:

la peine qu'elle eut de nous faire croire pendant dix-huit siècles, qu'une femme peut enfanter sans cesser d'être vierge. Gonj^édions aussi tous ses acolytes ; ce n'est plus auprès du temple de la Raison que nous pouvons révérer encore des Sulpice ou des Paul, des Magdeleine ou des Catherine. Que les monuments précieux souillés par le mensonge se consacrent aussitôt à de plus majestueux emplois : adorons les Vertus où nous révérions des chimères, que Temblème d'une vertu morale soit placé dans chaque église, sur le même autel où des vœux inutiles s'offraient à des fantômes ; que cet emblème expressif, en embrasant nos cœurs, nous fasse incessamment passer de ridolâtrie à la sagesse ; que la piété filiale, la grandeur d'âme, le courage, Tégalité, la bonne foi, l'amour de la patrie, la bienfaisance, etc., que toutes ces vertus, dis-je, érigées chacune dans un de nos anciens temples, deviennent les seuls objets de nos hommages... »

L'assemblée générale de la section des Piques, après avoir approuvé cette pétition et arrêté qu'on l'imprimerait à mille exemplaires, nomma pour la présenter à la Convention son président, Vincent, un de ses secrétaire, Artaud, et six de ces membres. Becq, Sanet, Bisoir, Gérard, Guillemard et Sade.

Le 25 brumaire an 11, c'est-à-dire le 15 novem-

m: citoyen sadi:. m: poi iticien 281

bre 179:^, los huit dnlrf^iic'îs so prc'^scntèront dans la matinée, à la barrer do la Convention, (it Tun d'eux lut le factum qu'avait élaboré, en cliangeant un peu sa manière, Fauteur de Jusline. Ces phrases déclamatoires, ces théories subversives eurent le sort qu'on leur réservait d'ordinaire. La pétition de la section des Piques obtint la mention honorable, Tinscrtion au bulletin et le renvoi au Comité d'instruction publique (1).

Sade ne se bornait pas à être, dans des occasions solennelles, le porte-parole de sa section. Il avait la prétention de devenir un des théoriciens du nouveau régime. Il préparait, lui aussi, son plan de constitution. 11 rédigeait patiemment, pour les soumettre au gouvernement révolutionnaire, deux projets sur lesquels il comptait beaucoup, la création d'arènes publiques où auraient combattu, comme en Grèce et à Rome, des gladiateurs, rétablissement de lieux de prostitution organisée, entretenus et dirigés par l'Etat (2). Faire de l'État un patron de maisons de tolérance, c'était une idée qui ne pouvait naître que dans la tète du citoyen Sade.

(i) Ce même jour, Perlet écrivait dans son journal : « La plupart des églises de. Paris sont fermées et ne se rouvriront que pour servir de temples à la philosophie. »

(2) « Plan qull qualifiait de digne de la philosophie du siècle. » Biographie universelle et portative des contemporains.

Tout ce déploiement de zèle civique ne lui servit pas à grand'chose. Suspect comme noble, quoi qu'il se fût amputé de la particule, accusé de modérantisme, impliqué probablement dans les poursuites dirigées contre son libraire le royaliste Girouard, il fut arrêté par ordre du comité de Sûreté générale, le 6 décembre 1793, moins d'un mois après qu'on Tavait vu parader à la Convention et savourer le succès de sa prose anticléricale. Evidemment la Révolution ne lui rendait pas justice. On sait qu'elle méconnut ainsi ses plus fidèles défenseurs.

Sade fut enfermé aux Madelonnettes, puis aux Carmes, et enfin à Picpus. 11 se garda bien de protester trop violemment. Il savait que le nouveau gouvernement était un peu moins débonnaire que l'ancien et qu'il envoyait volontiers les prisonniers récalcitrants faire une petite promenade sur la place de la Nation, en compagnie du bourreau. Cette promenade ne le tentait pas le moins du monde. 11 tenait à conserver un père à ses enfants et un citoyen utile à sa patrie. Pendant quelques mois, il ne chercha qu'à se faire oublier, puis il se ménagea un protecteur puissant en cédant sa terre de la Coste à un des maîtres du jour, Piovère (1),

(i) Rovère était un compatriote de de Sade. Il élait né à Bounieux (Vaucluse). Officier des gardes dupape à Avignon, il avait été élu par son département député à la Convention.

r.i: rjTOYRN sa dm. li-: i'oijticikn 28:i

qui finit par obtenir, en octobre 1 79/i, sa mise on liberté.

La politique lui avait assez mal réussi. Il se retourna vers la littérature. Le 5 décembre I79/|, il écrivait aux membres du département :

(( Citoyens,

(( 11 existe sous les scellés de Girouard imprimeur^ qui vont être levés à la sollicitation de sa veuve, un ouvrage à moitié imprimé intitulé : Aline el Valcour ou le roman philosophique. Je suis auteur de cet ouvrage et vous prie de vouloir bien mêle faire rendre. Trois motifs m'engagent à cette réclamation.

(( Le premier est que cet ouvrage, livré à l'impression depuis cinq ans, quoique dans d'excellents principes, ne porte pourtant pas encore le caractère que doit lui assurer le genre de notre gouvernement actuel. Très peu de changements lui donneront cette physionomie mâle et sévère qui convient à une nation libre et je désire faire ces changements. Le second motif est que, bien que payé du manuscrit par Girouard, il me reste néanmoins de grands droits sur les exemplaires. Par arrangement tacite et verbal, Girouard devait m'en livrer un grand nombre qui vont se trouver perdus pour moi si l'on ne me remet pas en possession de Tou-^ vrage. Le troisième et le plus fort enfin tient à

ramour-propre de Tauteur. Cet ouvrage volumineux est le fruit de plusieurs années de veille. Je n'en jouirai jamais si on ne me met pas, en me le rendant, en état de le faire paraître. Je réclame donc vivement tout ce qui se trouvera d'imprimé de ce roman dans le cabinet de Girouard, et j'attends de votre justice, citoyens, de ne pas me refuser cette demande.

(( Salut et fraternité.

« Votre concitoyen,

« Sade, homme de lettres,

(( Bue Neuve-des-MalhiirinSy n° 871, « Chaussée du Mont-Blanc (1).

« Ce \b frimaire de la 3^ année républicaine. »

De la rue Neuve-des-Mathurins, il se transporta dans la rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpice (2). Il y habitait un appartement luxueux où il recevait une société un peu mêlée et d'autant plus joyeuse, des écrivains plus ou moins célèbres, surtout moins, des gens de théâtre, des gentilshommes déchus, ruinés, réduits à une vie précaire, des poètes sans éditeurs et des gazetiers sans public.

(i) Arch. NaL, t. 1674.

(2) La rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpice qui s'était successivement appelée du Verger^ des Jardins-Sainl-Siilpice^ des Jésuites^ allait de la rue du Vieux-Colombier à la rue de Vaugirard.

Li: CITOYKN SADi:. IJC l>()I.I IICIKN 285

Une lerîime, dont on if»norait lu nom et qu(i (l(* Sade appelait sa Justine, faisait les honnciurs du logis. On la disait fille d'un émigré et tout en elle, la dignité de sa tenue, la distinction de ses manières et jusqu'ù son pâle visage voilé de mélancolie, trahissait une origine aristocratique. Un mystère planait sur elle. Nul ne put jamais l'éclaircir (1).

On s'amusait beaucoup chez Tex-marquis, quoique les circonstances n'y prêtassent guère. On y jouait la comédie comme au temps de la Dubarry ou de la Pompadour. De Sade, qui avait reçue des leçons de Mole, était un fort bon comédien. 11 réussissait tout particulièrement, bien qu'il eût dépassé la cinquantaine, dans les rôles d'amoureux. IL avait, assure-t-on, beaucoup de sensibilité dans sonjeu. Quel dommage qu'il n'en ait pas eu autant dans sa vie !

Redevenu littérateur, il publiait, en 1796, Juliette^ et s'occupait avec soin de l'édition collective de ses deux romans sur les malheurs de la Vertu et les prospérités du Vice. « Il faisait dessiner, raconte Paul Lacroix, sous ses yeux, une suite de sujets choisis et décrits par lui-même, et il s'attachait, avec un soin minutieux, à régler les )>roportions physiques de ses héros. Nous avons

(i) C'est vraisemblablement à cette femme, comme nous l'avons déjà dit, que de Sade dédia sa préface de Justine,

VU les programmes monstrueux qu'il fournissait lui-môme à ses dessinateurs (1). »

Cette édition collective (dans laquelle Justine fut de nouveau remaniée) parut en 1797. L'année suivante, de Sade publia un roman très ennuyeux, mais plus moral que les précédents — ce qui n'est pas beaucoup dire — Pauline et Betval ou les Victimes d'un amour criminel^ anecdote parisienne du dix-huitième siècle. Les victimes de cet amour criminel furent surtout ceux qui eurent la mauvaise idée d'acheter l'ouvrage.

Il cherchait à la même époque à obtenir sa radiation de la liste des émigrés, sur laquelle l'avait tait inscrire, quoi qu'il n'eût pas quitté la France, son incarcération et la faute de la plupart de ses parents.

Le 12 juillet 1799 (22 messidor an VII) le Conseil des Cinq-Cents avait rendu par une loi absolument inique les parents d'émigrés et les ci-devant nobles responsables des brigandages et des assassinats qui se commettaient dans les départements du Midi et de POuest. Exception était faite pour ceux qui avaient rempli des fonctions publiques à la nomination du peuple. De Sade, dans une pétition envoyée quelques jours plus tard aux représentants, demandait, avec l'espoir d'en bénéiicier

(i) L Amateur d'Autographes, i^^^, p. 278.

Li-: ciTOYKN sADi:. IJ-: l'OLinciiiN 287

lui-mAmc, une aouvolle (iXC(;ptiou eu fnvcMir des sexagénaires (juiavaicnit donné des preuves d'attachement à la Uévolution. Cette pétition fut 1u(î le 31 juillet au Conseil d(^s Cinq-Cents rpii se contenta de passer à Tordre du jour.

Solliciteur habile autant quo tenace, de Sade •avait compris qu'il ne pouvait avoir quelque chance de réussir dans ses démarches, qu'en hîs faisant appuyer par un personnage important. 11 s'était adressé à un membre du (Conseil des Cinq-Cents, Goupilleau de Montaigu (1), ami de Rovère, par qui il le connut probablement, et qui avait été chargé à plusieurs reprises de missions dans le département de Vaucluse. 11 lui écrivait le à février i 799 :

(( Citoyen Représentant,

(( On ne peut être plus sensible que je le suis à l'intérêt que vous voulez bien prendre au malheur que la plus cruelle injustice me fait éprouver. Je suis sûr maintenant du triomphe dès que vous voulez bien vous en mêler, il ne me reste plus qu'à vous prier de vouloir bien hâter l'instant où je pourrai avoir la satisfaction de vous posséder quelques beaux jours de ce printemps à Saint-

(i) On l'appelait de Montaigu (il avait été notaire dans €ette ville) pour le distinguer d'un autre Goupilleau, dit de Fontenay, et député comme lui.

Ouen, pour vous témoigner toute ma reconnaissance. Je remets à cette époque la révélation des grands mystères d'iniquités dont on me rend victime et qui vous surprendront. Vous ne vous imaginez pas comljien les créanciers occasionnés par un séquestre de dix-huit mois me vexent et me tourmentent ; mais je suis consolé de tous les maux que me fait endurer Tinjustice par Tespoir de tenir de vos mains seules tout ce qui doit les faire cesser.

(( Salut, estime et vénération.

(( Sade (1). »

De Sade essaya de se servir de ce Goupilleau non seulement pour obtenir qu'on le rayât de la liste des émigrés mais aussi pour imposer au Théâtre- Français sa pièce, Jeanne Laisné ou le Siège de Beauvais^ au sujet de laquelle il avait adressé, le 21 juillet 1798, aux directeurs du Journal de Paris, cette lettre où il étale une érudition de fraîche date :

« S'il existe un savant dans le monde auquel on puisse pardonner une faible erreur dans Thistoire des événements de la terre, c'est assurément celui

(i) Cette lettre de Sade à Goupillau de Montaigu, de même que les deux autres que nous donnons plus loin, ont été publiées par rAmatear d'Autographes, 1867

JJ^eheéué

Sid'rerntQrT <j[fadn'rrL hoc ojH*r3Jb^^^^ tft

Afthi

:^'.- !.aui 8u» ij

rrrr^TTrfr*

Caricature de la Bastille.

Page 1