LI-: CITOYEN SADi:. JAl POUTICIKN
qui iiKît autant dtî profondeur, dn sa^^acitù, d(î pre'îcision, dans riiistoire des événements du ciel. Occupé d'objets si sérieux, de calculs intéressants et toujours si justes, le citoyen L(dande n'est-il pas excusable de s'être trompé sur le nom de l'héroïne de Beauvais, quand presque tous les historiens modernes lui tracent la route de cette erreur? Je le prie donc de me pardonner, si, bien moins pour relever cette légère faute que pour rendre à l'immortalité le véritable nom de cette héroïne, je prouve évidemment que jamais cette fille ne porta le nom de Hachette.
« Ayant traité ce sujet dans une tragédie lue au Théâtre-Français, le 2/i novembre 1791, j'ai été prendre les plus exactes précautions pour éclairer les faits historiques qui la concernent. D'après Hainau {sic), Garnier et quelques autres, il fut devenu tout simple que j'eusse pensé, comme le citoyen Lalande, que cette femme s'appelait Jeanne Hachette ; mais pour me rendre plus certain du fait, je crus devoir consulter, à Beauvais même, les lettres patentes accordées par Louis XI à lillustre guerrière de cette ville, et déposées pour lors à la maison commune ; je les transcrivis et elles seront un jour littéralement imprimées à côté de ma pièce. Voici ce que Ton trouve dans ces lettres, et ce que je crois devoir placer ici, pour donner à ce que j'établis toute l'authenticité
que doit avoir la hardiesse littéraire d'un reproche fait à des savants tels que Garnier, Hainault, Lalande, etc.
« Après le protocole d'usage, c'est ainsi que Louis XII s'exprime dans les patentes accordées à l'héroïne dont il s'agit : « Savoir faisons que par « considération de la bonne et vertueuse résistance (( qui fut faite Tannée dernière passée (i/|72) p«ir (( notre chère et bien-aimée Jeanne Laisné, fille de « Mathieu Laisné, demeurant en notre ville de « Beauvaisàl'encontredes Bourguignons, etc. (1)».
« En voilà assez pour faire connaître, d'une manière incontestable, le nom de la fille célèbre qui, à la tête des femmes de la ville, repoussa vigoureusement, des remparts de Beauvais, les troupes du duc de Bourgogne. Le reste de ces patentes n'a pour objet que d'accorder à Jeanne Laisné et à son amant Colin Pilon les récompenses et les honneurs dus à cette courageuse action.
(( Je prie ceux qui voudraient révoquer en doute cette vérité de prendre auparavant la peine d'aller vérifier, comme je l'ai fait, à Beauvais, les lettres patentes que je cite, et ils ne contrarieront plus un fait établi sur d'aussi fortes preuves.
« Sade. »
(i) Le Diclionnoire Encyclopédique de Le Bas fait suivre son article sur Jeanne Hachette de cette note : « M. Fourquel d'Hachette, un de ses descendants, a donné au sujet
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Cotte réclamo, déguisée en dissertation historique, avait évidemment pour but d'appeler Tatteiition sur une tragédie dont le placement se heurtait à des difficultés assez sérieuses. La mauvaise volonté des directeurs ne s'en trouva pas le moins du monde diminuée. Ces gens-là assurément manquaient de patriotisme et les héroïnes d'autrefois leur étaient bien indifférentes. Peut-être ne se préoccupaient-ils que de l'argent que pourrait leur rapporter, ou leur coûter, la pièce.
De guerre lasse, l'auteur de cette tragédie, dont personne ne voulait, se décida à recourir à son ami Goupilleau. Dans cette lettre, qui est du 1^^ octobre 1799, il fit résolument appel à son intervention.
de cette incertitude (sur le véritable nom de l'héroïne) des détails qui pourraient concilier toutes les opinions s'ils élaient appuyés sur des témoignages authentiques. Suivant lui, Jeanne Fourquet était fdle d'un officier des gardes de Louis XI, tué à la bataille de Montlhéry, et qui avait laissé sa fille, très jeune encore, entre les mains d'une dame Laisné, qui lui prodigua les soins d'une mère. En ce cas, le surnom d'Hachette lui aurait été donné à cause de l'arme qu'elle portait. »
La tragédie historique du marquis de Sade lui avait été sans doute inspirée par celle de du Belloy, le Siège de Calais, jouée au Théâtre-Français, le i3 février 1765, mais dont le succès se prolongea pendant dix ou quinze ans.
Il y avait déjà eu plusieurs pièces sur ce sujet patriotique parmi lesquelles le Triomphe du beau sexe, Jeanne Hachette ou le Siège de Beauvais, par le sieur du Rousset, et le Siège de Beauuais (tragédie réimprimée en 176G) par Araignon.
(( 9 vendémiaire an V III,
(( Citoyen Représentant,
« Je dois commencer par vous rendre mille et mille grâces de l'honneur que vous avez bien voulu nous faire dernièrement en venant de Saint- Ouen (1), et vous témoigner en même temps mon regret de ne pas m'y être trouvé ; je désirerais bien, et j'ai été chez vous pour vous en prier, que vous eussiès la complaisance de nous faire avertir quand vous voudrès nous dédommager.
(( J ai maintenantune autre choseà vouscommuniquer, la voici. Vous êtes tous d'avis, citoyens représentants, ettous les bons républicains pensent de même, qu'une des choses la plus essentielle est de ranimer l'esprit public par de bons exemples et de bons écrits. On dit que ma plume a quelque énergie, mon roman philosophique l'a prouvé ; j'offre donc mes moyens à la République, et les lui offre du meilleur de mon cœur. Malheureux sous l'ancien régime, vous savès si je dois craindre le retour d'un ordre de choses dont je serais infailliblement l'une des premières victimes. Les moyens que j'offre à la République sont sans aucun inté-
(i) De Sade y avait une maison de campagne, mais ce n'était pas une petite maison. Son âge, sa pauvreté et les mœurs du temps ne lui permettaient plus ce luxe.