‹ Le Marquis de SadeChapitre 19 sur 26 · ROYER-COLLARD · texte numérisé non relu

ROYER-COLLARD

Cette lettre, communiquée au préfet de police, le décida à ordonner, le 11 novembre 1808, le transfert du marquis au château de Ham, mais la famille, avertie aussitôt, réussit à retarder l'exécution de cet ordre, quelque avantageux qu'il fût pour elle.

Elle fît agir auprès de Fouché, qui, terroriste repentant et jacobin repu, se laissait facilement influencer par des sollicitations aristocratiques. On lui dépécha une de ces grandes dames, qui étaient mêlées à toutes les choses de la politique, et elle n'alla pas le voir sans profit pour ses protégés, comme le prouve ce billet reproduit dans la Revue Rétrospective.

(i) T. I, p. 263. Ce billet ne porte pas de date.

« Mme Delphine de Talaru a Thonneur d'envoyer à Son Excellence Monsieur Fouché, les pétitions dont elle a eu l'honneur de lui parler ce matin.

(( La première pour M. de Sade, afin qu'il veuille bien donner les ordres les plus prompts pour que M. de Sade reste indéfiniment à Gharenton, où il est depuis huit ans, où il reçoit des soins que sa santé exige : ses supérieurs sont parfaitement contents de sa conduite.

« Mme de Talaru joint à la pétition un certificat de médecin qui prouve que l'état de M. de Sade demande qu'il reste à Gharenton...

(( Elle a l'honneur de remercier de nouveau Son Excellence d'avoir bien voulu la recevoir ce matin. Ghaque fois qu'elle a l'honneur de le voir elle a une raison de plus d'ajouter à sa reconnaissance. »

De son côté, M. de Goulmier ne restait pas inactif. Pour des raisons que nous exposerons tout à l'heure, il tenait à son pensionnaire, qui tenait si peu à lui. Menacé de le perdre, il écrivit lui aussi à Fouché (1) :

(i) Il avait déjà écrit à Dubois qui sur une de ses lettres a mis cette note : « Lui dire de s'adresser directement au Ministre, mais certes ce n'est pas en restant qu'il (de Sade) s'acquittera, la dette ne fera qu'augmenter. » En effet les raisons invoquées par de Coulmier sont absurdes.

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