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(( Il on l'r.siiltora i\\u) M. de; Sadci ne iiu; doiiïiera plus do rùlcîs pour la oomôdio... »
Sur iino d(îs reproseiitalioiis — collo du 2«S mai 1810 — (pii furent données au thoàtro d(; (^liarenton, la Revue anecdotir/neix publié, en 1800 (1), trois documents qui sont du plus vif intérêt et que nous reproduisons ci-dessous :
« A Madame Cochelel^ dame de la veine de Hollande,
spectacle du 28 mai 181o
Madame,
« L'intérêt que vous avez paru prendre aux récréations dramatiques des pensionnaires de ma maison me fait une loi de vous offrir des billets à chacune de leur représentation {sic),
« Des spectatrices telles que vous, Madame, sont d'une si grande puissance sur leur amour-propre qu'ils trouvent, rien que dans Tespoir de vous
(1) P. io3. « Ces documents — entièrement inédits —sont dus, dit la Revue Anecdoîiqiie^ à Tobligeance d'un collectionneur distingué, qui promet de nous en donner sous peu d'autres non moins intéressants. L'original de celui que nous publions ici se compose de trois feuillets d'un gros papier bleuâtre couvert d'une écriture serrée, longue, maigre et presque droite. >'
posséder et de vous plaire, tout ce qui doit exalter leur imagination et nourrir leurs talents.
« Ils donnent lundi prochain 28 du courant VEs^ prit de contradiction (1), Marton et Frontin (2), et les Deux Savoyards (3\
« J'attends vos ordres pour l'envoi des billets que vous pourriez désirer, et vous supplie de vouloir bien présenter mes respects aux dames de la cour de Sa Majesté la reine de Hollande, princesse dont les qualités rares et précieuses réunissent si délicieusement près d'elle le cœur de tous les Français à l'hommnge sacré de ceux qu'elle régit.
.'^ Sade. »
(( A M, de Coulmier, directeur de la maison de Charenton.
(( J'ai l'honneur de saluer Monsieur de Goulmier et de lui envoyer le répertoire tel que nous l'avons arrêté entre nous.
« Il est instamment prié de vouloir bien l'approuver, personne ne voulant faire aucune sorte
(i) Comédie en un acte en prose, de du Fresny, jouée pour la première fois au Théâtre-Français, le 29 août 1700.
(2) Comédie en un acte en prose, de Dubois (Théâtre-Louvois, 16 janvier 18o4^. Elle est restée au répertoire.
(3) Je n'ai pu découvrir le nom du père de ces deux Savoyards.
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de frais et surtout de mémoire sans avoir l'approbation de son chef au bas de ses projets.
(( Voilà, Monsieur, la demande en forme de M. et de Mme de Romei dont j*ai eu Thonneur de vous parler, et qui sont inscrits sur la liste que je vous ai présentée.
« Vous m'obligerez sensiblement de ne pas les refuser (1).
« Agréez Thommage de votre dévoué serviteur.
« Sade. »
Liste rectifiée par M, le Directeur.
M. Treillard 3 places.
Mme Ronchoux, rue de Ghoiseul,
Mme Cochelet, dame de la reine
de Hollande 8 —
Mme d'Houdetot 3 —
Le médecin irlandais 1 —
La maison Sauvan. ..... /i —
La maison Finot .2 —
La maison de Guise (2) .... 3 —
(i) M. de Coulmier dut les refuser, car ils ne figurent pas dans la liste ci-dessous.
(2) C'est-à-dire la famille de M. Déguise, le chirurgien. Quant au médecin en chef, Royer-Collard, il n'était pas admis à ces petites fêtes.
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Mme Lambert 3 —
Mme Gonax 2 —
Le curé pour M. Noveit. ... 3 —
Le maire de Gharentoti .... 2 —
Celui des Carrières (1) .... 1 —
Le marquis de Sade n'était pas seulement le directeur du Théâtre de Charenton. Pas une fête ne se donnait à l'hôpital sans qu'il en fût l'organisateur, sans qu'il y jouât un rôle prépondérant. Lorsque, le 6 octobre 1812, le cardinal Maury^ archevêque de Paris, vint visiter rétablissement de M. de Coulmier, on lui chanta, sur V air Dès mon enfance^ une cantate dont voici le principal couplet :
Semblable au fils de 1 Éternel Par une bonté peu commune, Sous l'apparence d'un mortel, Venant consoler l'infortune.
Votre âme, pleine de grandeur, Toujours ferme, toujours égale, Sous la pourpre pontificale, Ne dédaigne point le malheur (2).
Cette cantate était du marquis de Sade, Pancien sectateur du culte de la Raison. Il ne la trouvait
(1) Village près de Charenton.
(2) Revue Rétrospective, t. I, i833, p. 262.
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pas iiidigiio de lui puisqu'il prit la peine (i(; la faire imprimer (I).
G'étaieut là les derniers feux d'un génie qui allait s'éteindre, l/age glaçait peu à peu la verve et adoucissait enfin les violences du marquis. Il n'était pas en 1813 le fou furieux que décrit dans un tableau fantaisiste rErmilc de la Chaussée d'Anlin (2). Se repentait-il ? Peut-être. En tous cas, il n'avait plus ces terribles accès de colère qui faisaient trembler M. de Goulmier. On aurait dit que la crainte etTapprochc de la mort lui donnaient une âme nouvelle.
(i) Couplets qui ont été chantés à So'ï Éminence Monseigneur le cardinal Maury^ archevêque de Paris^le 6 octobre 1812, à la maison de Santé près de Charenton. Paris, 1812.
(2) « Nous approchons du quartier des furieux, dont les hurlements redoublèrent lorsqu'ils nous aperçurent à travers les barreaux de leurs loges. Je m'arrêtai un moment à considérer un homme sec [sic] dont le regard était plus méchant que farouche, et qui nous menaçait d'un sourire dont je n'ai jamais vu la cruelle expression que sur la figure du premier de nos tragédiens. « Ce malheureux, me dit notre guide, est un homme d'une haute naissance, à qui la nature avait donné le cœur d'un tigre et l'esprit d'un singe; toutes les années de sa jeunesse ont été marquées par des crimes dont il a osé faire publiquement l'apologie dans un âge plus avancé. Privé, pour toute punition, du pouvoir de nuire, il est devenu fou de méchanceté, et, à défaut d'autre victime, c'est maintenant sur lui que s'exerce sa rage. Son existence accusait la justice des lois, sa démence a vengé la morale publique. » Nous nous éloignâmes promptement de ce forcené qui nous laissa pour adieux ce charitable avertissement : « Soyez tranquilles! je me charge devons faire écorcher tout vifs. » N** 67, 27 février iSidJa Maison des Fous.
Le 3 décembre 181^i, un dos fonctionnaires de l'hôpital de Charenton écrivait à Beugnot, directeur général de la police du Royaume (1) :
(( Monseigneur,
(( Hier soir sur les 10 lieures est décédé, dans la maison Royale de Charenton, j\I. le marquis de Sade que le ministre de la Police générale y avait fait transférer de Bicêtre,en floréal an II.
« Sa santé dépérissait sensiblement depuis quelque temps ; mais il n'a cessé de marcher que •deux jours avant sa fin qui a été prompte et au commencement d'une fièvre adinamique et gangreneuse.
« M . Armand de Sade, son fils, étant présent, je pense qu'il n'y a point de nécessité, d'après la loi civile, de faire apposer les scellés. Quant aux mesures et à l'ordre public, V. E. jugera si elle a des précautions à prendre, et elle daignera me donner ses ordres ; je présume assez de Thonnêteté de M. de Sadt* fils pour croire que de luimême il supprimerait des papiers dangereux s'il en existe chez son père.
(( J'ai l'honneur d'être, avec respect, Monseigneur, de V. E. le très humble et obéissant serviteur (2). »
(i) Le 4 décembre, Beugnot était remplacé par d'André. (2) Archives de la Maison de Charenton.
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Lemar(juis (le Sade était mort, à soixantc-r{uinzc ans, le 2 décembre, après uruî courte maladie (juî, d'après le docteur Ilamon (|ui le soigna h scis derniers moments, aurait été un engouement {sic) pulmonaire à forme d'asthme (1 ).
11 laissait un testament, rédigé le 30 janvier 1806, et qui n'est pas la moins extraordinaire de ses œuvres. Dans le dernier paragraphe, il réglait ainsi ses funérailles :
« Je défends que mon corps soit ouvert sous quelque prétexte que ce puisse être. Je demande avec la plus vive instance qu'il soit gardé quarantehuit heures dans la chambre où je décéderai, placé dans une bière de bois qui ne sera clouée qu'au bout des quarante-huit heures prescrites ci-dessus, à l'expiration desquelles ladite bière sera clouée ; pendant cet intervalle, il sera envoyé un exprès au sieur Lenormand, marchand de bois, boulevard de rÉgalité, n° 101, à Versailles, pour le prier de venir lui-même, suivi d'une charette {sic) chercher mon corps pour être transporté sous son escorte, au bois de ma terre de la Malmaison, commune de Mancé, près d'Epernon, où je veux qu'il soit placé, sans aucune espèce de cérémonie, dans le premier taillis fourré qui se trouve à droite
(3) Note communiquée par M.Alfred Begis au docteur Cabanes. Voir le Cabinet secret de l'Histoire, t. Ilï, p. 867.
dans ledit bois, en y entrant du côté de l'ancien château par la grande allée qui le partage. Ma fosse sera pratiquée dans ce taillis par le fermier de la Malmaison, sous l'inspection de M. Lenormand, qui ne quittera mon corps qu'après l'avoir placé dans ladite fosse ; il pourra se faire accompagner dans cette cérémonie, s'il le veut, par ceux de mes parents ou amis, qui, sans aucune espèce d'appareil, auront bien voulu me donner cette dernière marque d'attachement. La fosse une fois recouverte, il sera semé dessus des glands, afin que, par la suite, le terrain de ladite fosse se trouvant regarni et le taillis se trouvant fourré comme il l'était auparavant, les traces de ma tombe disparaissent de dessus la surface de la terre. Comme yV me flatte que ma mémoire s'effacera de Tesprit des hommes.
« Fait à Gharenton-Saint-Maurice, en état de raison et de santé, le 30 janvier 1806.
« Signé ^ «D. A. F. Sade (1). »
Celui qui a écrit cette page d'une si terrible amertume, celui qui demandait ainsi de disparaître
(i) Ce testament a été publié pour la première fois dan& le Livre, de Jules Janin, Paris, 1870, p. 291.
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tout entier, corps et ume, dans Toubli ot dans lo néant, n'était certainement pas, à quehjue point de vue qu'on lo juge, un homme ordinaire.
Sa famille ne tint aucun compte de ses suprêmes recommandations, où elle trouva, pour Tempécher d'y obéir, des obstacles invincibles. On fit à cet homme qui portait un des plus grands noms d(i France des funérailles de supplicié (i).
Quelques jours plus tard, malgré les prières de la famille, on procéda à Texhumation (2). Elle fut faite, dit M, Victorien Sardou (3) <( la nuit, clandestinement, par trois personnes, dont une était (elle me Pa du moins assuré) mon vieil ami le docteur Londe, disciple de Gall ; il resta détenteur du crâne, qui lui fut dérobé, en sorte que je n'ai pas eu la satisfaction d'interpeller le marquis à la façon d'Hamlet, pour lui dire à quel point j'approu-^ vais la monarchie et l'empire de l'avoir coffré comme malfaiteur et comme fou, et trouvé plaisant que la Révolution ait récompensé ses vertus civi-
(i) « Nous avons trouvé dans le dossier conservé à Charenton la note des frais funéraires s'élevant à la somme de 65 livres, qui se décomposent ainsi : cercueil lo livres, fosse 6 livres, porteurs 8 livres, aumônier 6 livres, cierges 9 livres, pour le chapitre 6 livres, pour la croix de pierre posée sur la tombe 20 livres. » Cabanes, le Cabinet secret de VHistoire^ i9o5, t. III, p. 366.
(2) Le docteur Ramon fut chargé de Fautopsie.
(3) Lettre au docteur Cabanes publiée dans la Chronique- Médicale^ numéro du i5 décembre 1902.
ques, en le faisant secrétaire de la Société populaire de la Section des Piques ».
Plus heureux que M. Victorien Sardou, Jules Janin — il Taffirme, mais il avait tant d'imagination! — put avoir ce crâne sous les yeux. Un phrénologiste, sans savoir de qui il provenait, l'examina très attentivement, et il y découvrit les bosses de l'amour platonique et de la tendresse maternelle (1).
(0 Jules Janin, le Marquis de Sacfe, Paris, 1884.