‹ Le Marquis de SadeChapitre 23 sur 26 · MANUSCRITS · texte numérisé non relu

MANUSCRITS

La plupart des manuscrits du marquis de Sade, lettres ou œuvres, ont été, à diverses reprises, saisis et détruits parla police. C'est ainsi qu'après sa mort on brûla soigneusement des drames et des comédies trouvés dans ses papiers et qui avaient été apportés de Thôpital de Charenton à la Bibliothèque royale (1).

La dernière, ou une des dernières de ces exécutions, eut lieu en 183^2 par ordre du Gouvernement. « En 1832, dit la Revue Rélro^peclive (2), le manuscrit d'un roman inédit de cet homme, acquis par la bibliothèque du roi pour être livré à la circulation, a été brûlé en présence d'un membre de la famille, qui en avait, avec la plus honorable insistance, sollicité la destruction. Ce manus-

(i) Catalogue de la Bibliothèque de Solelnne, t. II, 184^:, p. 25o. (2) T. I, i833, p. 258

crit (1) portait sur le titre une note signée du marquis dans laquelle il déclarait n'être que le copiste de cette œuvre. D'autres productions du même g?nre avaient été détruites précédemment à la préfecture de police sous Tadministration de M. de Levau. »

La Biographie universelle des conîemporains (art. de Sade), après avoir également parlé de cet autodafé, ajoute : « Nous sommes fondés à déclarer que toute tentative de donner au public quelque nouvelle production sous le nom de l'auteur de Jusline, et nous savons qu'il y en a eu, ne serait qu'une coupable déception, dans Tespoir de spéculer sur les goûts dépravés d'une certaine classe de lecteurs (t). » Cette assertion n'est pas exacte, comme nous le verrons bientôt.

Le catalogue le plus complet qu'on ait dressé des œuvres manuscrites du marquis de Sade, restées après sa mort entre les mains de sa famille, se trouve dans la Biographie Michaiid (3). Nous le reproduisons avec les divisions un peu arbitraires adoptées par Michaud jeune, auteur de l'article :

1" Comédies :

Le Prévaricateur ou le Magistral du temps passé, 5 actes en vers.

Le Misanthrope par amour ou Sophie et Desfrancs, 5 actes en vers (reçue au Théâtre-Français en 1 790 et non jouée).

Le Capricieux ou V Homme inégal, S actes en vers (reçue au Théâtre-Louvois et retirée par l'auteur) (4).

(i) Destiné probablement à une nouvelle édition de Jasline.

(2) La Biographie universelle des Contemporains a été publiée en 1834.

(3) Biographie universelle ancienne et moderne, 1811-1828.

(4) J-B. Rousseau avait fait jouer au Théâtre-Français, le 17 décembre 1700, le Capricieux, comédie en 5 actes et en vers.

Kiin.iOGRAPiiii: i)i: si:s (Hmjvhhs 355

Les Jumelles, 2 actes en v/m\s.

Les Anlifjiiaircs, 1 acte en inose.

t' Drames :

Ilenrieîle el Saint-Clair on la Force du Saru/, o actes.

L'Iujaremcnl de V Inforliine, 3 actes.

Franchise cl Trahison.

Fannij ou les Ejfels du désespoir.

3*^ T H agi': du: s :

Jeanne Laisné ou le Siè(/e de Beauuais.

4" L'Union des Arls, ambigu dans le genre de celui que d'Aigueberre donna en 1726 (i) et de celui qui est imprimé dans les œuvres de Morand (2). La pièce du marquis de Sade en comprend cinq, dont le premier sert de prologue ou de liaison aux autres : les Ihises d'anionr, comédie épisodique en 1 acte, en prose; Euphéniie de Melun ou le Siège d'Alger, tragédie en 1 acte en vers; VHomnie dangereux ou le Suborneur, comédie en 1 acte en vers de dix syllabes, reçue au Théàtre-Favart,en 1790 ou 1791; Azelis ou la Coquelle punie, comédie féerie en 1 acte en vers libres, reçue au théâtre de la rue de Bondi, en 1790. Le tout se termine par un divertissement.

o*^ Tancrède, scène lyrique en vers.

La Tour mystérieuse, opéra comique en 1 acte.

La Fêle de r Amitié, prologue.

L'Hommage de la Reconnaissance, vaudeville en 4 acte (3).

(i) Jean Dumas d'Aigueberre, conseiller au Parlement de Toulouse, avait fait représenter au Théâtre-Français, non pas en 1726, mais le 9 juillet 1729, le^ Trois Spectacles, qui comprenaient une tragédie, Polixène, une comédie, V Avare amoureux^ et une pastorale, mise en musique par Mounet Pan el Doris.

(2) Les Muses (au Théâtre-Italien, en 1788).

(3) « Cette dernière pièce, assure la Biographie Michaud,

6° Un devis raisonné sur le projet d'un spectacle de gladiateurs à l'instar des Romains, dans lequel il devait être intéressé.

7° Deux romans historiques « qui paraissent avoir été les derniers ouvrages du marquis de Sade» : Isabelle de Bavière, reine de France, 3 volumes; Adélaïde de Brunswick, princesse de Saxe, 2 volumes. « Les sujets en sont noirs et terribles mais non immoraux, pas plus que dans les manuscrits cités ci-dessus. »

C^ Onze cahiers du journal de la détention de l'auteur à Vincennes et à la Bastille, depuis 1777 jusquà sa sortie de Charenton en 1790 (il manque le premier qui contenait les années 1777 à 4781, et le douzième qui comprenait Tannée entière 4 789). Tout ce que le marquis de Sade a dit, fait ou entendu, lu, écrit, senti et pensé pendant treize ans, se trouve dans ce recueil, mais les choses les plus remarquables sont écrites en chiffres dont lui seul avait la clef.

9° Cinq cahiers de notes, pensées, extraits, chansons et mélanges de vers et de prose, composés et recueillis pendant sa dernière détention. Ce recueil a été fait dans la vieillesse de Tauteur; au milieu des fadeurs et des pièces médiocres quil renferme, on voit percer les remords du marquis sur celles de ses fautes qui ont le plus nui à sa réputation et le plus empoisonné ses vieux jours. On y trouve l'extrait fort étendu d'un roman intitulé Conrad, tiré de l'histoire des Albigeois, qui fut saisi lorsqu'on le conduisit à Charenton en 1803. On y voit aussi qu'il avait composé un autre roman, Marcel, et des Mémoires ou Confessions qu'il parait avoir écrits dans lintention de se justifier, et dont il fait connaître la division, l'épigraphe et divers fragments.

a été faite pour être jouée à Charenton. Toutes les autres, ainsi qu'Oxtlern, ont été composées à Vincennes ou à la Bastille. »

HiiiLio(;nAiMiii': DE SES (jr:uvfu:s 357

r* Autres prodiiclioiis f)or(liics ou saisies :

ConleSy A voluiues.

Le Porle feuille cVun homme de le lires, \ volumes. (Ces deux ouvra^^es furent écrits à la Hastille en 17«8.)

CAèonline ou lu Fille mftlheiireuse, dramo en ') actes.

L'Epreuve, comédie en 1 acte en vers saisie en 178-2 par le lieutenant de police Lenoir et non rendue parce qu'elle renfermait quelques passages obscènes.

Le Boudoir, comédie reçue au Théàlre-Favart, en

L'École des Jaloux j comédie.

« Ouelques-uns de ces ouvrages (de cette 10« catégorie, ajoute Michaud jeune, se trouve peut-être, ainsi que beaucoup d'autres, dans les cartons de la police et du ministre de Tlntérieur, s'ils n'étaient pas du nombre de ceux que M. de Sade le fils fit brûler en sa présence, n'ayant pu obtenir qu'ils lui fussent remis (1). »

Malgré toutes les précautions prises, des manuscrits du marquis de Sade ou qui se rapportaient à lui passèrent dans les collections particulières, de plus en plus recherchés et prenant chaque jour une valeur plus grande. J'en ai noté quelques-uns dans des catalogues d'autographes :

1° Catalogue de Soleinne, t. II!, 1884, p. 333 :

Julia ou le Mariage sans femme, folie vaudeville en 1 acte, in-4^, écriture contemporaine autogr. « Cette pièce est sotadique, comme son titre l'annonce. L'écriture ressemble à celle du marquis de Sade, qui avait, comme on sait, démoralisé les prisonniers de Bicêtre, en les dressant à jouer des pièces infâmes qu'il composait pour eux. » (Note du bibliophile Jacob, rédacteur du catalogue.)

(1) Ce catalogue des manuscrits du marquis de Sade se termine par rindication d'une épitaphe, composée par lui, et dans laquelle il se représentait « comme une victime de ses contemporains destinée à être vengée par la postérité ».

2° Catalogue d'autograi hes des xviii^ et xix^ siècles (vendus les 3 et 4 juin 188i), Paris, Alliance des Arts, 1881, p. il :

« Pièces relatives çiu séjour de l'auteur de Jiislinr à Charenton en Pan XII. Lettre aut. sig. de Dubois, préfet de police. Lettre aut. sig. de Royer-Collard, médecin de Charenton. Lettre aut. de Mme Delpliine de 1 alaru, sopposant à la mise en liberté (1). Dossier extrêmement curieux. »

3° Catalogue d'autographes de la collection Ca- PELLE, Paris, Laverdet, 1849', p. 130:

« L. aut. 519, à M. Ouénu-Court. Charenton, 5 avril

« Fragment inédit d'un recueil de contes philosophiques dont il (le marquis de Sade) avait entrepris la publication 48 p. autog. in-4° d'une écriture très fine et très serrée. »

4^ Catalogue d'autographes de la collection Fossé-Darcosse, Paris, Techener, 1861, p. 41(3 (2) :

Une lettre autographe signée et trois fragments autographes.

« La lettre de la page in-4o est datée du 16 pluviôse, an VI (3), et adressée à un négociant de Lyon, pour intérêts particuliers.

(i) Non pas à la mise en liberté, mais au transfert au château de Ham. Nous avons donné cette lettre ainsi que celles de Dubois et de Royer-Collard.

(2} Le titre exact est : Mélanges curieux et anecdotlques tirés d'une collection de lettres autographes et de documents historiques ayant appartenu à M. Fossé-Darcosse^ conseiller référendaire à la Cour des comptes, publiés avec les notes du collecteur et précédés d'une notice par M. Charles Aschneau. Ce catalogue, très recherché, est fort important au point de vue documentaire.

(3) !3 février 1798. Un catalogue d'une collection d'auto-

hiniiocHAriiii: di; si:s ()i;ijvni:s 359

« Oiiant aux fra^inculs aul<)^ia[)lirs coinposaul les pages iii-4", ils paraissent s(î rapporter soit au jouinal de sa déteotion à lu /iaslillc cl à Vincennes;, soit ù ses lué moires : «... 1'cin[)s divisé en hi parties, supposition : la prenii(^re division de 33, sans air, ni letlre, ni encre, ni quoi ([uc ce soit au monde... La deuxième de 34, un(; hi'urc de promenade et permission d'écrire une seule fois la semaine... » (^elui sur lequel sont les mots : llis- TOiuH OK MA i)kti:ntion, csl parliciilièrcmml curieux.

« .]oii\[ une noie aulo(jra[}/ie sif/née de M. Xavier de Sade, son parent, député du département de l'Aisne (I). Ladite note est datée du l'^'" décembre 1831.

« Plus une pièce aulographe signée Armand de Sade. »

5*^ Catalogue d'UxNe collection d'autographes,

VENDUE LE 31 MARS 188^2. Paris, Eug. Ctiaravay, 1882, p. 35 :

« l"" Quatorze lettres dont 5 aut. sig., G aut. et 3 seulement sig.; 1768, 1793, 33 p. in-4*\ cachets à ses armes. Une de ces lettres est adressée à son oncle et les autres à des amis du département de Vaucluse. — 2° 3 pièces en partie aut. — 3° 4 lettres de Mme de Montreuil, sa bellemère. — S'^L.a. s. du commandeur de Sade, son oncle. — 6° L. a. s. de l'abbé de Sade, son oncle, auteur des Mémoires sur Pétrarque. — 7° L. a. s. d'Albaret, son secrétaire.

« Précieux dossier pour la biographie du marquis de Sade... Il est question dans ces lettres de son mariage, de ses affaires avec sa belle-mère, puis plus tard avec sa

graphes vendue le i6 avril 1846 (Paris, Charon) annonce une lettre du marquis de Sade, datée de Saint-Ouen le o.5 octobre 1797 et adressée à M. Peyrond, négociant à Lyon.

(1) Né à Aix, en 1777, il appartenait à la branche de Sade d'Eyguière. Fixé à Condé, puis à Château-Thierry, il avait été nommé en 1822 membre du Conseil général à l'Aisne, et, en 1827, élu député de ce département pour la session 1828.

femme; de la mort de son père, dont le testament qu'il reproduit en entier doit lui procurer des ennuis avec sa famille. Les lettres de sa belle-mère sont toutes relatives à ses faits et gestes, à ses démêlés avec la justice, dont elle était obligée de s'occuper; on trouve sur la fameuse alïaire de Marseille, entre autres, les détails les plus piquants. »

Manuscrits du marquis de Sade qui se trouvent dans des dépôts publics :

Bibliothèque de V Arsenal :

M^ 12455-12456, 2 volumes petit in-folio contenant les lettres (souvent annotées par lui) écrites au marquis de Sade pendant sa détention à Vincennes ou à la Bastille et les documents relatifs à cette détention.

Musée Carnavalet (dans la salle de la Bastille) :

Lettre de de Sade demandant à la Convention une place de bibliothécaire ou un emploi analogue. Elle est datée du 8 ventôse an III (27 février 1795).

Bibliothèque nationale :

]y|s pr ]\"ouv. acq. 4010, un volume in-4<'de 494 feuillets. Contes, historiettes, canevas, brouillons, écrits par le marquis de Sade. Quelques-uns de ces contes, comme /^ y a place pour deux, sont très rabelaisiens et dans le genre de ceux du seizième siècle.

Le volume commence par une nouvelle intitulée V Heureuse Feinte. Il est formé de vingt cahiers reliés ensemble. Au feuillet 98, cette note : « Mettre dans le conte anglais un autre nom que Nelson, Portland par exemple. » Au feuillet 150 : « Commencé le 17 juin au travail du soir, ayant bien mal aux yeux. » Au feuillet 176 : « Changer le nom de Lorsange, il est pris. » Le dix neuvième cahier débute par Juliette et Raunai ou la Conspiration d'Amboise, nouvelle historique. A côté du titre on lit : « Com-

liinuoGnAi'iiii: di: si:s oicuvrks :ioi

inoncô le I:î avril 1785. » Le vin^Mièrno cl dernier cahier a été coininencé cinq jours |)ius lard, le 18 avril. On peni ainsi mesurer la puissance de travail du marcpiis de Sade. Il écrivait, à cette épocjue, chaque jour, cinq ou six pages d'une écriture très line et très serrée.

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