LA BASTILLE EN
L'état-niajor de la Bastille, en 1784, était ainsi composé :
Gouverneur , marquis de Launay.
Lieutenant du roi, le chçvalier de Saint-Sau-
veur (1). Major ^ Chevalier.
Adjoint en survivance^ le bailli de Gallardon. Officier adjoint ai' état- Delosme (ou de Losme)^
major ^ Ingénieur en chef et di- Larcher d'Aubancourt^
recteur des fortifica- au Gros-Caillou.
lions^
(1) Remplacé en 1785 par le chevalier du Puget.
LA bAsriLLi: 1-N 178^1 17."V
Médecin^ Delon de liassaijL^iie, r(ie
des Marais, faubourg Saint-Germain.
C/iif'iu'f/ien cl apol/ii- Le Coc({.
caire major ^
Chapelain du chdtean, de Faverly.
Confesseur^ Tabbé Du(juesne, rue Sl-
Louis.
— honoraire^ Pabbé Macmahon.
— — Fosserier, vicaire à St-
Leu.
Il y avait, en outre, deux Gardes des Archives de la Bastille et de Vincennes, un Entrepreneur des bâtiments du roi et du château de la Bastille^ Le Faivre, qui habitait rue M ont martel, sans compter un personnage de moindre importance qui était chargé des besognes policières, Chénon père, pensionnaire du roi, commissaire au Ghatelet, ayant le département de la Bastille (1).
Le marquis de Launay avait succédé, en 1770, comme gouverneur, au comte de Jumilhac-Gub-
(1) Almanach royal, année 1784. Chenon père avait son commissariat rue Baillet.— Le gouverneur louchait 6.000 livres^ le lieutenant du roi 5.ooo livres, le major 4.000 livres, l'aide, major i.5oo livres, le chirurgien 1.200 livres. Ce dernier faisait d'énormes profits sur les remèdes qui étaient payéspar le roi.
zac (1). C'était un soldat rude et brutal, dont Tautorité, très asservie aux règlements, avait du moins le mérite de ne pas s'aggraver d'hypocrisie. Il se montrait en cela bien moins odieux que M. de Rougemont. Il était à celui-ci ce qu'est un dogue à une fouine.
Au-dessous de cet état-major, il y avait une cinquantaine de porte-clefs qui cherchaient, comme leurs chefs d'ailleurs, à tirer le meilleur parti possible de leur situation. « Ce sont ordinairement, dit un des livres les plus curieux et les plus complets qu'on ait écrits sur la Bastille (2), d'anciens domestiques du gouverneur qui ont pour cette besogne un salaire de 7 à 800 livres et qui bonifient ce médiocre et dégoûtant emploi par les vols et les escroqueries qu'ils peuvent faire sur les malheureux qu'ils appellent leurs pigeonneaux, A ce défaut près, que la modicité de leur paie rend presque excusable, les porte-clefs sont en général les plus honnêtes gens de la Bastille. On les trouve encore compatissants, humains etportés àrendre service. »
(i) Il y était né en 1740, alors que son père en était gouverneur.
(2) Remarques historiques sur la Bastille (par Brossais du Perray), Londres (Paris), 1789, p. 21 ^la première édition est de 1774)- Cet ouvrage, comme tous ceux qui ont été consacrés à la Bastille, doit être consulté avec précaution. Les descriptions, faites d'après des racontars de prisonniers sont souvent poussées au noir.
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A ces pigcounoaux, pour leur laisser le nom donné par 1(îs gardiens, les huit énormes tours de la massive forteresse servaient de colombiers. Point n'est besoin de rappeler les noms de ces huit tours, mais il en est une qui a pour nous un intérêt particulier et dont il convient de dire quelques mots.
Au mois de février 1899, les ouvriers qui, prèsde la place de la Bastille, ouvraient à coups de pics et de pioches un chemin au Métropolitain, trouvèrent au pied de la maison située entre la rue Jacques-Cœur et Tangle de la rue Saint-Antoine^ d'énormes pierres, enfouies dans le sol depuis prèsde six siècles. Avertis aussitôt, des archéologues survinrent et reconnurent les fondations d'une de& tours les plus anciennes de la vieille prison, la tour de la Liberté (1) , dans laquelle avait été enfermé
(i) Ce nom vient peut-être d'une évasion, dont aucun souvenir n'a survécu, à moins qu'il ne soit simplement une appellation ironique, imaginée par quelque guichetier d'humeur joviale. « Est-ce par dérision ou par ironie que cette tour porte un tel nom ? Ce qu'il y a de particulier c'est que cette tour de la liberté est la plus austère, la plus noire et la plus infecte des huit qui composent le château de la Bastille. Si c'est une plaisanterie, elle ne paraît rien moins que plaisante à cet infortuné qui depuis vingt ans y gémit de son esclavage et qui échangerait volontiers ce prétendu séjour delà //6er/e pour les fers de Maroc ou d'Alger. Les cachots de cette tour s'étendent sous les cuisines et sont les plus incommodes de tous, par le bruit continuel qui se fait audessus, et plus encore par les eaux grasses et puantes, qui
le marquis de Sade, et qui, déplacée avec soin, s'élève aujourd'hui, près de TArsenal, sur le quai des Célestins.
Avec la Bertaudière, qui rappelle le souvenir de rhomme au masque de fer, la tour de la Liberté formait la bastide de Saint^Anlhoine^ construite par le prévôt de Paris, Hugues Aubriot, en 1370. Un inventaire rédigé en 1/48 1 nous apprend qu'elle se composait d'une cave ou cellier, de quatre étages de chambres, dont une portait le nom de lardier, et d'un grenier. 11 y avait à cette époque sept prisonniers, parmi lesquels un enfant de treize ans.
Dans les dernières années du dix-huitième siècle, à la veille de la Révolution, la tour de la Liberté comprenait six étages de chambres, un cachot et une calotte. Nous donnerons tout à l'heure l'explication de ce terme.
A côté de la tour de la Liberté, dans un vieil appartement du rez-de-chaussée, on avait construit la nouvelle chapelle. Cinq niches grillées recevaient cinq prisonniers qui entendaient la messe le dimanche sans voir ni être vus. Un petit rideau
ne s'écoulent pas facilement par les conduits engorgés de la citerne qui est auprès, se répandent souvent dans ces cachots, par deux petits soupiraux pratiqués dans l'épaisseur du mur, et vont inonder le prisonnier, au nez duquel on rit lorsqu'il s'en plaint, ou que l'on paie sèchement d'un ce n est pas vrai. » Remarques sur la Bastille, p. 28.
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couvrait la grillo cl au niouuînt du rolFcirtoIre les porte-clefs tiraient ce rideau — quand par hasard ils y pensaient.
Les détenus les moins coupal)les ou les plus recommandés étaient logés, à l'intérieur de cliaf{ue tour, dans des chambres. Ces chambres, aux murs très épais, rongés par le salpêtre, étaient extrêmement froides, presque inhabitables pendant Thiver. On les distinguait par le nom do la tour et la hauteur de l'étage : première Berlatidière, seconde Bertaudière, Iroisième on quatrième du Paits... Un prisonnier perdait son nom, en entrant à la Bastille ; il devenait le premier de la Basinière^ le second du Trésor^ etc.
Au-dessus des chambres, les calottes étaient formées de huit arcades en pierres de taille qui se réunissaient au milieu. On ne pouvait se tenir droit que sous la partie la plus élevée de cette espèce de dôme. Il y avait tout juste assez de place pour un lit. Entre ces murs, d'une épaisseur de 2 mètres et demi, la chaleur pendant Tété, le froid pendant Phiver (1), étaient également intolérables. Les calottes avaient un autre incon-
(1) Cependant, lorsque la température était par trop glaciale, on allumait du feu; mais le remède était presque aussi dangereux que le mal. « Il ne s'y trouve point de cheminée. On y met un poêle, qui, dans un lieu aussi resserré, cause souvent des maux de tète, auxquels on ne fait pas beaucoup d'attention, sous le prétexe qu'on n'en finirait pas s'il
vénient. « Le dessus des tours, dit Fauteur des Remarques historiques sur la Bastille (1), est une plate-forme en terrasse continuée d'un bout à l'autre et fort bien entretenue. Il y a treize pièces de canon sur cette plate-forme : on les tire lorsqu'il y a quelques fêtes publiques, naissances de princes, victoires sur les ennemis, etc. ; et ce n'est que par le bruit que ces énormes machines font au-dessus de leur tète, que les prisonniers sont instruits des événements heureux. Mais souvent, l'allégresse de la capitale fait le malheur de quelques-uns de ces infortunés. Il est arrivé plus d'une fois à ceux qui sont enfermés dans les chambres supérieures des tours, et que l'on nomme les calottes, d'être blessés par les éclaboussures, le mortier, les pierres, etc., que l'explosion subite et violente détache de la voûte. Plusieurs, peu accoutumés d'entendre d'aussi près le fracas du canon, en conservent longtemps une surdité fâcheuse ou des tressaillements convulsifs; et c'est ainsi que dans cet horrible lieu, les instruments mêmes qui annoncent le bonheur public, servent à aggraver les maux de ceux qui l'habitent le plus souvent sans savoir pourquoi. »
Au pied de chaque tour, il y avait un cachot,
fallait écouter toutes les plaintes des prisonniers. » Remarques historiques sur la Bastille, p. 37» (i) P. 29.
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une cave obscure, sans air, dont les murs suaient riiurnidité et dans lequel on enfermait, pour les punir, les prisonniers qui se plaignaient trop vivement (1). Ces cachots contenaient un lit de fer scellé dans le mur et sur lequel on posait quelques planches couvertes de paille qu'on renouvelait de temps en temps, quand elle commençait à pourrir.
L'ameublement des chambres était un peu plus soigné, sans atteindre toutefois au luxe ni au confortable.
« ... Il consiste ordinairement en un mauvais lit de serge verte, garni de rideaux que la colère d'un prisonnier met souvent en lambeaux, et que son successeur doit raccommoder de son mieux, si ce petit désordre blesse sa vue ; une paillasse pleine d'insectes fort incommodes, un matelas que Ton fait semblant de battre tous les ans, une table dont les pieds sont rarement égaux, une cruche fêlée, pour mettre de Teau, une fourchette de fer, quand on a Tair d'être bien sage, autrement il faut s^en passer, crainte d'accidents ; une cuiller d'étain^ un gobelet de même métal que Ton jurerait être du plomb, par sa noirceur, un chandelier de cuivre, un pot de chambre à moitié cassé, deux ou trois chaises délabrées, et quelquefois, par surcroît de luxe, un vieux fauteuil rembourré de cuir
(i) En ^776, Necker interdit dy enfermer aucun prisonnier. Depuis cette époque il n'y en eut jamais.
à demi pourri : tels sont les meubles élégants des chambres de la Bastille ; si l'on en excepte deux ou trois appartements dans les tours de la Bertaudière et du Trésor, qui sont un peu moins pitoyablement meublées, et que Ton donne aux prisonniers illustres ou d'un rang trop élevé pour oser leur manquer tout à fait.
« Quelques chambres, mais fort peu, ont des chenets, ce sont des meubles trop dangereux. On n'obtient que rarement des pincettes et une pelle, dont on craint également Tusage dans des mains un peu promptes. On donne à chaque prisonnier une provision d^allumettes, un briquet, de l'amadou, une chandelle par jour, ou plutôt par nuit, et un balai par semaine (c'est le seul article dont on soit servi avec profusion). Mais quel besoin un pauvre prisonnier a-t-il d'un balai par semaine (1) ?... »
On distinguait à la Bastille deux catégories de détenus :
Les prisonniers d'Etat, enfermés pour des raisons politiques plus ou moins graves ;
Les prisonniers de police, écrivains, libraires, graveurs d'estampes libres ou satiriques, colporteurs, et jusqu'à des relieurs. Généralement, après quelques semaines ou quelques mois de détention,
(i) Remarques historiques..., i). 44-
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OU los relâchait. Il était rare; que cette correction paternelle ne les rendit pas pour le restant de leurs jours un peu plus sages ou un peu plus prudents.
Au moment où il y pensait le moins, riiommf, innocent ou coupable, qu'on voulait loger pour quelque temps à la Bastille aux frais du roi, était appréhendé par un exempt de police, chez lui ou ailleurs, dans Tétat où il se trouvait.
(( J'ai été arrêté le 27 septembre (1780;, raconte Linguet (1), allant dîner à la campagne, et par conséquent avec la garde-robe que l'on emporte pour un pareil voyage dans cette saison. Il ne m'a pas été possible de me procurer quoi que ce soit de plus, ni en linge, ni en habits, jusqu'à la fin de novembre suivant ; dans ce mois qui a été rigoureux, il fallait ou me condamner moi-même à ne pas sortir de ma chambre, ou aller nu, littéralement nu, braver dans la promenade (dans la cour du château) la violence du froid ; j^avais de l'argent cependant déposé dans les mains des officiers, et je ne demandais que la permission ^'acheter ces culottes que Ton donnait^ me disait-on, aux autres prisonniers.
11 y a plus : dans les derniers jours de novembre on m'envova enfin de chez le sieur Le Quesne (marchand d'étoffes de soie, à Paris), un
(i) Mémoires sur la Bastille, 1788 (i''e éd.), p. 167. Linguet resta vingt mois à la Bastille.
ISi LE MARQUIS DE SADE
convoi d'hiver; il contenait des bas qu'un enfant de six ans n'aurait pas pu mettre, et le surplus de l'habillement taillé sur les mômes proportions. Sans doute, on avait calculé que je devais être prodigieusement maigri... J'élevai douloureusement la voix sur une expédition aussi dérisoire; je priai le gouverneur de renvoyer cette layette^ et de s'intéresser pour obtenir un supplément, ou de me le laisser acheter ; il me répondit nettement, en présence de ses collègues et d'un porte-clefs, que Je pouvais m' aller faire /...; qu'il se f... bien de mes culottes ; qu'il fallait ne pas se mettre dans le cas d^être à la Bastille ou savoir souffrir quand on y était.
(( J'avoue que ses camarades baissèrent les yeux, et que huit jours après j'eus une robe de chambre et des culottes. »
Pour éviter des pertes de temps et des curiosités gênantes, un fiacre dans lequel montaient avec lui l'exempt et trois ou quatre hoquetons, solides et bien armés, amenait le prisonnier à la la Bastille, jusqu'à l'hôtel du gouverneur. Là on le remettait entre les mains du major et du lieutenant du roi, qui en donnait quittance à l'exempt, et inscrivait sur un registre spécial ses nom, titres et qualités.
Le nouveau pensionnaire était ensuite conduit par un des porte-clefs à la chambre qui lui était
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réservée. Sur son passage, sentinelles et soldats, pour ne pas le voir, se couvraient le visage de l(;ur chapeau. Aucun règlement ne paraissait plus important et n'était plus rigoureusement observé que celui-là.
Fouillé très consciencieusement, débarrassé de tous les instruments tranchants qu'il pouvait porter sur lui, et aussi des objets précieux, montres, bagues, etc. ; dont on craignait qu'il ne se servît pour corrompre ses gardiens, débarrassé surtout de ses papiers, le prisonnier restait pendant deux ou trois heures, comme oublié, dans une chambre nue, fermée d'une triple porte.
On lui apportait enfm les meubles strictement nécessaires et son premier repas, auquel le plus souvent il n'avait pas le courage de toucher, car rien ne doit moins exciter l'appétit que l'emprisonnement.
Privé de livres, de papier et d'encre, condamné à une solitude presque complète, qu'interrompait deux bu trois fois par jour le passage rapide et silencieux d'un porte-clefs toujours muet, muet par ordre, le détenu n'avait, dans Tétat de détresse et d'accablement où il se trouvait, qu'un seul désir, écrire à sa famille et au lieutenant de police. L'autorisation n'en était accordée que très rarement. Dans ce cas, les officiers de l'état-major recevaient les lettres, et, à midi et le soir, les expédiaient.
Aucune ne partait, aucune n'arrivait, sans avoir été lue.
Après une première période de captivité, dont la durée était très variable, le prisonnier descendait à la salle du Conseil où un conseiller d'Etat, un maître des requêtes, un conseiller ou un commissaire du Châtelet, quelquefois, lorsqu'il s'agissait d'un personnage important, le lieutenant de police, lui faisait subir un interrogatoire (1). Cet interrogatoire, comme tous ceux de l'ancienne justice, traitait l'accusé en coupable et n'attendait de Inique des aveux ou des dénonciations. Pour les provoquer, on avait recours à toutes les menaces, on usait de tous les pièges. Si parfois les juges employaient la douceur, cette douceur était beaucoup plus dangereuse qu^un excès de sévérité. Elle visait au même but, par des moyens plus tortueux.
Gomme on avait intérêt à venir à bout de l'énergie, de la force de résistance de l'accusé, l'interrogatoire traînait en longueur. Après deux ou trois séances, Phomme le mieux trempé se sentait vaincu. C'est ainsi que des innocents, torturés pendant de longues heures, s'avouèrent coupables de crimes qu'ils n'avaient pas commis, qu'ils n'avaient pu commettre.
(i) Quand le lieutenant de police ne dirigeait pas lui-même l'interrogatoire, il assistait ordinairement aux dernières séances.
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Le prisonnier regagnait son cachot et l'aljsurde rigueur des règlements les plus minutieux continuait à peser sur lui.
Il recevait chaque jour, pour son chauffage, en hiver — sauf quand on lui accordait et qu'il pouvait se payer un traitement de faveur — six petites bûches que Linguet appelle, avec quelque exagération sans doute, des « allumettes ».
11 avait droit à une paire de draps tous les quinze jours et à quatre serviettes par semaine, mais ce droit gênait le bas personnel de la Bastille et on trouvait sans cesse de nouveaux prétextes pour le supprimer. Voulait-il renouveler sa garde-robe, c'était là une affaire très grave qui ne pouvait se régler que par un ordre ministériel patiemment demandé, longuement attendu.
La table réservait-elle des compensations aux malheureux embastillés ? On en jugera par ce curieux passage du livre de Brossais du Perray :
« La nourriture des personnes est réglée par un tarif suivant leur qualité (1). Tout est prescrit suivant le cadastre ministériel dont on aurait assurément pas lieu de se plaindre, si le gargotier en donnait à ses hôtes pour l'argent qu'on lui paie...
(( Les grandes tables, c'est-à-dire l'ordinaire de ceux dont le tarif est le plus haut sont, pour les
(1) Ce tarif variait de 5o livres à 3 livres, des princes du sang aux colporteurs.
jours gras : une soupe, le bouilli, une entrée, à dîner ; le soir, une tranche de rôti, un ragoût, une salade. En maigre, une soupe, un plat de poisson, deux entrées ; le soir, un plat d'œufs et un de légume ; le dessert du matin et du souper est un biscuit ou une pomme ; enfin, une bouteille de vin par jour.
« Les différences des tarifs moyens aux grands sont bien peu de chose. Elles consistent dans un demi-poulet de plus, ou un pigeon, ou un mauvais quartier de lapin, ou quelques oiseaux fort avancés.
(( Quant aux tables ordinaires, en voici le service détaillé :
« Le dimanche à dîner, une soupe de bouillon de corps de garde, une tranche de vache bouillie etdeuxpetits pâtés dont la cuisson n'est pas assez soignée pour qu'ils puissent être bons; le soir, une tranche de rôti, veau ou mouton, un petit haricot où les navets abondent, et une salade. L'huile est ordinairement de la plus mauvaise qualité ; elle fait soulever le cœur et serait tout au plus bonne pour les réverbères. Tous les soupers en gras sont uniformes.
« Le lundi, au lieu des petits pâtés, à midi, ce sont deux côtelettes ou un haricot.
« Le mardi, une saucisse, ou un pied de cochon, ou une légère grillade de porc prétendu frais.
LA nASTir.F.K i:n 178/1 Igî)
« Lo mercredi, une petite tourte dont le dedans est rempli de restes do cuisine, et dont le dessus est presque toujours brûlé ou à moitié cuit.
<( Le jeudi, des tripes en ragoût, ou quelques vieilles bribes de volaille qu'on ne pourrait pas garder jusqu'au dimanche suivant.
« Le vendredi, à diner, une petite carpe frite, de la raie puante, de la morue ou quelque friture desséchée, accompagnée d'un plat d'œufs. A souper, des épinards ou autres légumes, et deux œufs à la coque.
« Le samedi) la répétition de la veille; et le cercle invariable recommence le lendemain sans aucun changement pendant les cinquante-deux semaines qui composent l'année.
« Le jour de la Saint-Louis, de Saint-Martin et des Rois, chaque prisonnier a une augmentation de portion qui consiste dans un demi-poulet rôti, ou l'équivalent en autre chose. Le lundi gras, on donne une tourte chaude.
« Chaque prisonnier a par jour une livre de pain et une bouteille de vin, qui est toujours mauvais et aussi aigre que du vinaigre. Le dessert consiste en une pomme qui certes n'est pas choisie, quelques amandes ou raisins secs semés légèrement sur le fond d'une assiette. Rarement y a-t-on des cerises dans la saison, ou des groseilles : cela serait beaucoup trop délicat.
« On est servi en étain ; il faut être un homme d'importance, un homme recommandé, pour obtenir d'être servi en faïence à ses propres frais et avoir cuiller et fourchette d'argent. Quant à Tétain, qui est pour l'usage commun, il est impossible de se former une idée de la malpropreté des assiettes et des plats. Dans les auberges et autres maisons publiques, où par économie l'on se sert de ce métal, ordinairement on le récure une ou deux fois par an, mais à la Bastille on n'a pas le temps ou la volonté de s'en donner la peine. Les marmitons, tous occupés de la cuisine de M. le gouverneur, ne regardent les prisonniers que comme les chiens de la maison; et pourvu qu'ils ne meurent précis sèment de faim, la gamelle dans quoi Ton jette ce qu'on leur donne est toujours assez propre.
(( Il y a des tables qui ne sont pas si dénuées quelquefois que l'ordinaire qu'on vient de détailler, mais J.^accommodage est en général si dégoûtant, que Pabondace des mets n'est qu'un moyen de plus pour avoir mal au cœur. Il n'y a point de gargote à 12 sols par repas où l'on ne soit mieux traité qu'à la Bastille (1). »
(i) Remarques historiques...^ p. 56. Latude parle dans ses Mémoires de « la monotonie constante avec laquelle on servait sans cesse lès mêmes mets et toujours avec une exactitude si géométrique qu'un prisonnier eût pu annoncer pendant un siècle entier ce qu'il devait avoir le lundi, le mardi et tous les autres jours de la semaine ». Cependant Mar-
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A défaut (le la bonne chère, la promenadci était la grande distraction des prisonniers, de ceux du moins à qui on le permettait. Elle n'avait plus lieu, à l'époque où de Sade fut enfermé à la Bastille, ni sur les plates-formes (1) où le ministre Amelot Pavait interdite parce que les détenus, avides d'entendre la voix humaine, causaient avec les factionnaires, ni dans le jardin, que M. de Launay préférait garder pour son usage particuliei*. « Le gouverneur actuel, dit Linguet, est un homme ingénieux qui tire parti de tout : il a réfléchi que le jardin pouvait être pour lui un objet d'économie intéressant ; il l'a loué à un jardinier qui en vend les légumes et les fruits et lui en paie une somme fixe par an : mais pour n'être pas gêné dans son marché, il a cru qu'il fallait ea exclure les prisonniers; en conséquence, il est venu une lettre signée Amelot, qui défend le jardin aux prisonniers. »
Restait la grande cour, glacière en hiver, fournaise en été, et qui, comme lieu de promenade, manquait absolument de charme. Elle formait un carré de 40 mètres de long et de 28 mètres de large. Du haut des tours elle ressemblait à un immense puits. Séparément, tous les jours,
montel, qui passa à la Bastille onze jours, du 28 décem. bre 1759 au 7 janvier 1760, assure qu'il y fut très bien nourri.
(i) La promenade sur les plates-formes ne tarda pas à être rétablie.
aux heures fixées par le règlement, chaque prisonnier s'y promenait quelques instants. On ne devait pas lui parler. On ne devait même pas le voir. Si quelque personne traversait la cour, ce qui arrivait assez souvent à cause du voisinage des cuisines, le gardien chargé de le surveiller criait : « Cabinet ! » et il allait précipitamment se cacher dans une sorte de renfoncement, pratiqué sous une ancienne voûte et qui avait 4 mètres de long sur 60 centimètres de large.
Tous ces détenus, plongés dans un perpétuel silence, avaient des parents, des amis, qui s'intéressaient à eux. Leurs visites n'étaient autorisées que par mesure exceptionnelle et on les soumettait à une très rigoureuse réglementation.
« Les prisonniers ne reçoivent jamais aucune visite du dehors, avant que l'instruction, lorsqu'on en fait une, ne soit commencée. Pour obtenir cette faveur, après les interrogatoires, il faut le demander avec instance et persévérance, et surtout que des amis puissants le sollicitent. C'est d'abord au gouverneur qu'il faut s'adresser, puis au lieutenant de police que décide, d'après le ministre, si cette grâce sera accordée ou non.
« Quand un étranger est admis à visiter quelque prisonnier, on prend les plus grandes précautions pour qu'il ne puisse être vu d'aucun autre que de celui qu'il vient voir.
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« Pour parvenir à parler à ([uol([U(3 détenu à la Bastille, il faut avoii* une [)(M'niission écrite du lieutenant de police. Elle est ordinairement sur une lettre dont l'adresse est au lieutenant du roi ou major. Le nombre et la durée des visites y sont toujours fixés. Ces visites ne se rendent presque jamais dans les chambres mêmes des prisonniers, mais dans la salle du conseil, à moins que le prisonnier ne soit malade. Elles se font toujours en présence d'un officier, ou au moins d'un porte-clefs ; ce qui empêche qu'on ne puisse s'ouvrir mutuellement, par la défiance continuelle qu'on doit avoir de ces insupportables gardiens. Mais telle est la règle universelle, et qui n'est enfreinte pour personne. Il n'est jamais permis de parler à un prisonnier des motifs de sa détention, ni de rien qui ait rapport à son affaire. Le baslilleur, présent à la visite, a la montre en main, et aussitôt que le moment désigné expire, il entraîne à grands pas le visitant ; fùt-il au milieu du discours le plus intéressant, il faut marcher, il faut sortir...
« Tous les jours, le major rend compte par écrit au lieutenant de police des visites reçues, de tout ce qui s y est dit, et jusques aux gestes qu'il croit susceptibles d'interprétation (1). »
(i) Remarques historiques. ..^ p. m.
Avec le régime que nous venons d'indiquer et qui agissait également sur le physique et sur le moral il était assez difficile de se bien porter à la Bastille. Comme maison de santé, cette prison laissait beaucoup à désirer, d'autant plus que les soins qu'on y recevait, quand on se résignait à les réclamer, étaient d'ordinaire réduits au minimum, après une interminable attente. Avec quelle mauvaise grâce et quel mépris très visible, médecin et chirurgien s'occupaient le plus tard possible, de ces importuns qui osaient, les troubler dans leurs doctes travaux. Brossais du Perray nous le fait toucher du doigt dans ce tableau ironique, à peine caricatural :
« Quand un prisonnier tombe malade et qu'il se plaint à son porte-clefs, celui-ci en avertit le major, ou le lieutenant du roi, quand il peut le rencontrer. Le chirurgien reçoit alors l'ordre de se rendre à la chambre du malade qu'il doit examiner pour en faire son rapport et décider si le médecin doit être appelé. Si le chirurgien ne trouve point de fièvre au prisonnier, il n'est point réputé malade ; c'est une légère indisposition; il ordonne une tisane, il s'en va et ne revient plus. Deux ou trois jours s'écoulent, le sang s'allume, la fièvre se déclare, on rappelle de nouveau le chirurgien. Il vient au bout de cinq ou six heures, il examine le malade en ricanant, enfin, il conclut à faire venir le doc-
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teiir. Ou y envoie; il y a au moins une licnn; ; il n'est pas chez lui ; mais la commission est faite, il viendra quand il pourra. Il arrive pourtant : Todeur ambrée de sa perruque le devance ; il tâte le poulx de son malade d'un air distrait; il ordonne quelque potion ; il s'en va et ne risvient plus. Si le prisonnier va mieux, tout est dit: s'il empire^ on renvoie chez iM. le médecin qui montre alors une mine renfrog-née, et qui semble se fâcher de ce que la maladie ne fuit pas à son aspect.
i( Enfin, si le prisonnier a absolument perdu la santé, et si l'on craint pour ses jours, on le fait sortir, soit pour tout à fait, soit pour le transporter ailleurs, surtout si c'est un homme protégé de quelqu'un, ou connu. Le ministère n'aime pas que les gens connus meurent à la Bastille (1). »
Cependant, on mourait parfois dans cette prison, malgré les instructions ministérielles. Dans ce cas, le prisonnier sortait, mort, de la Bastille, comme il y était entré, vivant — en voiture et pendant la nuit. Le corps était transporté à la paroisse Saint-Paul (2) où on l'inscrivait sur les registres avec un nom d'emprunt (3) pour que le
(i) Remarques historiques..., p. 114.
(2) Après l'expulsion des Jésuites à qui elle appartenait^ l'église Saint-Paul avait été cédée, en 1767, aux chanoines de la culture Sainte-Catherine.
(3) C'est ainsi que l'homme au masque de fer, Malthioli^ fut inscrit sous le nom de Marchiali : « L'an mil sept cent
silence raccompagnât et Tenveloppât jusqu'à sa dernière heure, jusqu'au mystérieux ensevelissement dans le cimetière qui dépendait de Péglise et dont remplacement est en partie occupé aujourd'hui par le passage Saint-Paul.
Ce triste aboutissement était, il faut en convenir, assez rare. La Bastille, tôt ou tard, lâchait sa proie, mais chaque prisonnier, au moment de redevenir libre, signait sur le livre de sortie cette déclaration :
« Avant de sortir du château, je promets, conformément aux ordres du Roy, de ne parler à qui que ce soit, d'aucune manière que ce puisse être, des prisonniers, ni autre chose concernant le château de la Bastille, qui auraient pu parvenir à ma connaissance. Je reconnais en plus, que l'on m'a rendu tout l'or, Targent, papiers et effets que j'ai apportés ou fait apporter audit château pendant le temps de ma détention ; en foi de quoi j'ai signé le présent.
« Fait au château de la Bastille, le »
trois, le 19 novembre, Marchiali, âgé de 45 ans ou environ, est décédé dans la Bastille, duquel le corps a été inhumé dans le cimetière de Saint-Paul, sa paroisse, le 20 du présent, en présence de M. Rosarges, major, et de M. Reilh, chirurgien-major de la Bastille, qui ont signé. »
Le 29 février 178/i, à sept heures du soir, l'inspecteur de police Surbois, muni d'un ordre du roi qui portait la date du 31 janvier, avait conduit à la Bastille le marquis de Sade (1). Après les formalités habituelles, le prisonnier avait été installé dans la chambre qui se trouvait au deuxième étage
(i) Répertoire ou Journalier du château de la Bastille à commencer le mercredi i5 mai 1782. C'est le titre que porte un registre que possédait M. Alfred Bégis, qu'il a publié en partie dans la Nouvelle Revue (novembre et décembre 1880) et sur lequel une note de lui donne ces curieux détails : « Il se compose de i83 feuilles numérotées, 366 pages de 40 lignes environ, avec une marge sur laquelle se trouvent indiquées les dates des constatations. Il était tenu, jour par jour, par l'un des officiers de la Bastille, sans doute par de Losme- Salbray, major adjoint; il renfermait les éléments de la correspondance qui devait être adressée quotidiennement au lieutenant de police. » V. ÇABA^sÈSy Cabinet secret de F histoirCy t. I, p. 338.
198 I^t: MAHQUIS DE SADP:
de la tour de la Liberté, c'est-à-dire à la deuxième Liberté.
Le 3 mars, M, Le Noir écrivait au gouverneur : « M. le marquis de Beauvau, Monsieur, ainsi que M. de Sades et de Solages, nouvellement transférés du donjon de Vincennes à la Bastille, jouissaient de temps en temps de la promenade. Je ne vois point d'inconvénient à continuer de la leur accorder, en observant les précautions d'usage (1)... »
L'interrogatoire, auquel étaient soumis tous les détenus, eut lieu le 5 mars, et, le 16, Mme de Sade vint pour la première fois voir son mari. Le major de Losme note dans son registre qu'elle lui apporta six livres de bougie. Sa permission signée par le lieutenant de police et datée du même jour — elle n'avait pas perdu de temps pour s'en servir — l'autorisait à faire deux visites par mois.
Dès le début de son séjour à la Bastille, la sévérité des règlements s'atténua pour le marquis, probablement à la suite des sollicitations réitérées de sa famille. Ainsi, le lli avril, M. de Launay (( trouvait bon » qu'il se servit pendant les repas d'un couteau rond, mais à condition de le remettre chaque fois au porte-clefs qui venait desservir la table.
(i) Bibl. de V Arsenal, M^ 12517, fol. 47-
LE MAROUIS ni: SADK A FA HASTHJJ: \\f[}
Ce traitement do laveur, qu'il méritait si jx'u ci qu'oïl ne lui accordait qu'avec regret, n'adoucissait pas son humeur atrabilair(^ Il ne négligeait aucune occasion de se montrei' désagréable aux siens, qu'il s'obstinait à rendre responsables de son emprisonnement prolongé. Lorsque le sieur Girard, notaire , délégué par les familles de Montreuilet de Sade, lui demanda, le 20 avril, sa signature pour une procuration, il la refusa énergiquement (1). Son désir de nuire, son esprit défiant toujours porté ta supposer chez les autres, môme chez les personnes qui l'aimaient le plus, des calculs honteux et de perfides machinations, devaient contribuer dans une large mesure à accélérer la ruine que ses folies avaient provoquées.
Rien ne pouvait décourager Mme de Sade. Régulièrement, deux fois par mois, avec le même empressement et les mêmes illusions, elle venait voir ce mari dont l'accueil hargneux et les injurieux propos ne diminuaient pas sa tendresse, ne lassaient pas sa patience. Elle arrivait chaque fois chargée de linge, des objets divers, qu'elle avait achetés pour lui et dont il n'était jamais satisfait. Elle apportait, le 24 mai 178i, une paire de draps, dix-neuf cahiers de papier,
(i) Il la refusa encore, le 5 octobre 1786, au même Girard escorté d'un notaire de renfort, le sieur Gibert Taîné. Deux notaires pour un refus, c'était beaucoup.
une demi-livre de pâtes de guimauve, une bouteille d^encre, une bouteille d'orgeat, une boîte de pastilles de chocolat, le 7 juin, six coiffes de bonnet, six grosses plumes taillées, six plumes de coq, et vingt et un cahiers de papier réglé.
La détention de ce triste sire coûtait cher à sa famille, beaucoup plus cher qu'il ne valait. Le journal du major de Losme fait mention, à la date du 24 septembre 1785, d'un reçu de 350 livres, donné au président de Montreuil « pour un mois et vingt-trois jours de la pension du sieur marquis de Sade, à imputer jusqu'au V^ octobre ».
Il se plaignait perpétuellement et de tout. Le recueil de ses papiers pendant sa détention conservé à l'Arsenal contient ce placard, qu'il afficha peut-être sur la porte de sa chambre :
« A Messieurs les officiers de l'étatmajor de la Bastille,
(( M. de Sade représente à messieurs les officiers de l'état-major que M. le gouverneur lui fait boire un vin si tellement [sic) frelaté qu'il en est journellement incommodé. 11 imagine que l'intention du roi n'est pas qu'il soit permis au gouverneur de déranger la santé de ceux dont on veut bien lui accorder la garde, et la nourriture, et cela pour faire meilleure bourse ou à M. Launai ou à ses valets.
LE MAHQUIS I)l-: SADIO A LA IJASTILLi: 201
(( En conséquence, il prie messieurs les officiers dont il connaît la droiture et récjuité d'interposer leur médiation pour que justice soit faite à cet égard (1). »
11 n'est pas probal)le que les officiers de Tétatmajor aient interposé leur médiation ; mais le 20 janvier 1787, le g'ouverneur fit écrire à Mme de Sade par le major de Losmepour la prier d'envoyer pour son mari une pièce de vin pareil à celui dont elle buvait elle-même. Elle devait naturellement en payer le prix (2).
Le marquis qui avait à la Bastille des loisirs les employait, en partie, à déguster des liqueurs. Une note rédigée par lui et trouvée dans ses papiers nous fait connaître son opinion sur les produits assez peu réussis d'un vinaigrier du temps :