‹ Le marquis de Vérac et ses amis, 1768-1858Chapitre 6 sur 19 · EN FRANCE. SON MARIAGE · texte numérisé non relu

EN FRANCE. SON MARIAGE

Nous venons de voir avec quels regrets M. de Vérac s'éloignait de l'armée; pouvait-il en être autrement chez une nature généreuse portée à aller toujours de l'avant, prête à tous les sacrifices, ne demandant en ces temps difficiles qu'à discerner son devoir pour l'accomplir avec le plus complet dévouement? En quittant l'Italie, Olivier se rendit à Altona, auprès de sa tante la duchesse d'Havre; puis il passa en Belgique, où il vécut dans une ferme isolée nommée l'Hermitage avec le prince de

Crôy-Solre (i) et ses cousines la princesse de Crôy et la marquise de Conflans. Acceptant avec une philosophie enjouée les vicissitudes de la vie journalière^ le jeune Vérac était la joie de cet intérieur,, trouvant mille riens pour distraire discrètement ses parentSj dans ce temps où le rire^ s'il ne cachait pas une larme^ pouvait la précéder.

A la même époque^ M. de Vérac connut à Bruxelles M. de Courbeton (2) :

si profonde devint bientôt leur affection^ que M. de Courbeton conçut le projet de marier son ami à sa sœur, madame de Trudaine^ jeune veuve sans enfants, possédant une grande fortune. Olivier n'apportait en dot que son nom et ses qualités personnelles j son père avait dépensé les

(i) Emmanuel de Crôy, prince de Solre, père du duc de Crôy-Dulmen, qui succéda à son beau-pcre le duc d'Havre dans la charge de capitaine des gardes du corps de Charles X.

(2) Lubin Nicault de Courbeton, d'une ancienne famille parlementaire.

trois quarts de sa fortune à représenter la France dans les cours étrangères^ et la confiscation des biens des émigrés était venue compléter sa ruine. Olivier vit madame de Trudaine^ la trouva charmante; mais sa santé lui paraissant très menacée,, il déclara à M. de Courbeton que, malgré les avantages de cette union et la sympathie qu'il éprouvait pour sa sœur, il ne saurait regarder le mariage comme une affaire où l'intérêt pouvait trouver satisfaction au prix d'un bonheur trop éphémère. La délicatesse de sentiments du jeune Olivier accrut encore l'estime qu'avait déjà pour lui M. de Courbeton, et sa sœur l'ayant précédé dans la tombe^ il fit de M. de Vérac son légataire universel (i).

N'étant porté sur aucune liste d'émigrés.

(i) En 1821, longtemps après la mort de M. de Courbeton survenue en 1809, des parents éloignés attaquèrent son testament comme faux. Berryer plaida pour M. de Vcrac, et la

M. de Vérac était revenu à Paris en 1800. Il logeait alors rue de Lille, chez la duchesse de Charost 'i), dans une chambre de domestique; son mobilier consistait en une chaise et un lit à tiroirs. Après la Terreur et l'exilj on s'estimait heureux de retrouver quelques-uns des siens. L'absence de luxe^ d'étiquette, de tout devoir de cour, donnait à la société de cette époque an cachet de noble simplicité. La baronne de Montmorency {2), femme de l'aîné de la famille^ lavait et repassait elle-même sa robe de mousseline; elle avait un cabriolet par moitié avec Thibault de Montmorency son beau-frère^ et lorsqu'elle dépassait minuit^ le cabriolet cessant de lui appartenir, elle mettait un capuchon et des galoches pour regagner pédestrement son gîte.

cour, dans des considérants écrasants pour l'accusation, réduisit à néant les imputations calomnieuses inspirées par la cupidité la plus vulgaire.

(i) Henriette de Charost, tille de la duchesse de Tourzel.

(2) La baronne de Montmorency née Goyon- Matignon, petite-fille du baron de Breteuil.

M. de Vérac, soit à Paris^ soit au Tremblajj allait fréquemment rendre ses devoirs à sa tante mademoiselle d'Angennes. Un jour^ en lui faisant la lecture,, il fut frappé de l'altération de ses traits ; il l'appela et elle ne répondit pas à sa voix. Alors^ saisissant un flacon d'eau des Jacobins, il lui en fit prendre de force plusieurs cuillerées; la connaissance et la parole revinrent, l'attaque d'apoplexie était conjurée; mais le mal reparut bientôt, et le 2 décembre 1802, mademoiselle d'Angennes rendait le dernier soupir, laissant sa fortune à son neveu Olivier de Vérac. Avec Hélène-Françoise d'Angennes s'éteignait cette illustre et puissante famille qui avait eu jusqu'à quatre ambassadeurs à la fois à Rome, à Florence, à Londres, à Madrid, et qui comptait parmi ses membres le cardinal de Rambouillet et la célèbre Julie d'Angennes.

Pendant les années qui suivirent, Olivier fit de courts séjours dans la terre du Trem-

blay, dont il venait d'hériter. Chacune de ses apparitions était signalée par quelque bienfait; pour tous il se montrait secourable, dans ce temps où l'adversité faisait de si intéressantes victimes. « Au commencement de 1807, M. de Vérac devint l'objet d'une rigueur exceptionnelle-, l'Empereur Texila en Belgique et le plaça sous la surveillance des autorités administratives. Il dut sans doute cette espèce d'ostracisme à quelque manifestation trop expressive de ses répugnances pour l'usurpateur, qui s'efforçait de rallier autour de lui la vieille noblesse ( i ) . »

Le 24 juin 1809, Adrien de Montmorency, duc de Laval, écrivait en Belgique à M. de Vérac :

<r II est impossible, mon cher Olivier, de parler le langage de l'amitié d'une manière plus aimable et plus persuasive que tu ne le

(i) Biographie des notabilités contemporaines.

fais. Une fois dit pour la vie, tu n"as pas d'ami plus tendre et plus dévoué que moi, et j'espère que dans plus d'une circonstance ce sentiment te sera démontré...

Nous n'avons pas encore notre expédition de rappel. Tu auras appris l'action brillante de la baronne ( i ) pour le rappel de Victor de Caraman {2). Tu peux croire qu'elle serait plus heureuse de te servir. Je lui parle de cela plus que de toute autre chose et puis t'assurer de son zèle. Elle est dans une position qui ne ressemble à aucune autre. »

Le 28 septembre 1809, le duc de Laval écrivait :

« Cher Olivier^ j'ai une commission à remplir près de toi, qui sera de quelque intérêt en te délivrant d'inquiétude. Madame

(i) La baronne, depuis duchesse de Montmorency, était alors dame d'honneur de l'impératrice Marie-Louise.

(2) Victor, duc de Caraman, ambassadeur à Vienne sous la Restauration.

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de Vaudemont me charge de te mander que le ministre te permet d'aller et de venir à ton domicile j mais qu'il faut que tu lui adresses une pétition régulière pour lui demander à être autorisé à te rendre dans ta terre ^ à quelques lieues de Paris, pour des affaires importantes de ta nouvelle succession. La réponse ne sera pas douteuse. Envoie cette pétition sous enveloppe à madame de Vaudemont, qui se charge du reste. Voilà un message rempli. »

Peu de temps après, Adrien de Montmorency put plaider lui-même la cause de son ami. Passionné pour Téquitation, AI. de Laval était un des habitués du bois de Boulogne. Un jour qu il se trouvait avec un autre cavalier resserré entre deux voitures, celui-ci arrêta son cheval avec politesse, et salua M. de Laval en lui cédant le pas. Le lendemain l'inconnu, prévenant et réservé, échangeait quelques paroles avec Adrien

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de Montmorency^ qui questionna inutilement son groom pour connaître le nom de son compagnon de promenade. Mais un matin^ le cheval d'Adrien fit un écarts et l'inconnu de s'écrier : « Prenez garde^ monsieur de Montmorency ! — Vous me connaissez donc? répliqua-t-il. — Oui , je sais avec qui j'ai souvent l'honneur de me promener. — Et moi, monsieur^ j'ignore votre nom. — Monsieur^ dit l'inconnu avec hésitation, je suis Fouché, le ministre de la police. » — Cette découverte éloigna pendant plusieurs jours M. de Laval du bois de Boulogne. La noblesse était alors partagée en deux camps : une partie, fascinée par la gloire de Napoléon, s'était ralliée au gouvernement, tandis que l'autre restait toujours envers lui d'une hostilité déclarée. Adrien de Montmorency, fidèle aux glorieux antécédents de sa race, avait fait preuve néanmoins d' une modération relative ; ayant appris que Fouché avait accueilli avec

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satisfaction les démarches faites près de lui en faveur de certains émigrés , il se décida à reprendre ses promenades quotidiennes, rencontra de nouveau Fouché et se hasarda à réclamer de lui le rappel de quelques personnes. Il ne pouvait oublier son meilleur ami. « Repose-toij cher Olivier, sur le soin de tes amis pour tes intérêts, ils ne seront pas négligés. Puisque je n'ai d'autre puissance que dans mon zèle, au moins puis-je te promettre qu'il t'est bien acquis. Ta lettre et ta pétition n'ont été remises qu'hier, et encore ont-elles été envoyées; ces lenteurs viennent de l'état de langueur de notre amie de Suresnes (i). Le ministre m"a fait l'honneur de m'accorder une audience pour demain, je ne t'oublierai pas... »

Ce fut pendant ces négociations que le duc de Laval eut la première idée du mariage qui devait faire le bonheur de son

(i) La princesse de Vaudemont.

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ami. Le 9 octobre^ Adrien de Montmorency, se rendant au ministère de la police, rencontra mademoiselle de Noailles, dont l'attitude et la distinction le frappèrent. Accompagnée de la duchesse de Duras ( i ), sa tante, elle venait voir son frère Alexis, détenu par ordre de l'Empereur. Celui-ci, irrité depuis longtemps des sentiments religieux et monarchiques manifestés par le jeune Noailles, avait donné Tordre de Tarréter sur la nouvelle qu'il répandait la bulle d'excommunication. « L'Empereur m'a fait appeler ce matin, écrivait de Vienne Alfred de Noailles (2) à son frère; il ne voit pas dans ta conduite un zèle outré pour la religion, mais rintention formelle de troubler FÉtat. »

Le 28 du même mois, Alfred de Noailles

(i) Philippine de Noailles, duchesse de Duras, fille du maréchal de Mouchy, sœur du prince de Poix et du vicomte de Noailles, père d'Euphémie.

(2) Alfred de Noailles, frère d'Alexis, servait dans l'armée impériale.

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s'adressait à la duchesse de Duras : « L'Empereur m'a questionné sur votre compte,, ma chère tante; vous êtes nommée dans les rapports ; il sait que c'est vous qui nous avez élevés j et il croyait que c'était d'après vos conseils que mon frère s'était compromis ainsi; il veut remonter à la source pour

savoir qui l'a influencé »

Enfin j le i5 octobre, Alfred écrivait à sa femme (i) : « Je ne puis vous le cacher^ ma chère, nous sommes perdus. Voyant l'Empereur prêt à m'échapper, j'ai voulu lui parler une dernière fois : — Votre Majesté daignerait-elle^ en partant^ me donner quelque espérance ?. . . — Cela ne dépend plus de moi, me répondit l'Empereur. Il (Alexis) est entre les mains de la police; c'est tm chef de complot;... il a perverti toute la jeunesse de Bordeaux;... il faut l'envoyer en Chine, nous n'aidons pas besoin

(i) Léontine de Noailles, fille du duc de Mouchy et de mademoiselle de Laborde.

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de missionnaires ici. Les jeunes gens comme vous qui s'emploient, je les récompenserai; mais les autres qui troublent l'État, j'en ferai des exemples; il subira la rigueur des lois, et toute la famille de Noailles, excepté vous, s'en ressentira. »

En revenant du ministère où , comme nous Favons vu^ il avait rencontré mademoiselle de Noailles, le duc de Laval écrivait à son ami :

c( J'ai à t"entretenir d'autre chose ( i ) , et la difficulté est d'aborder cette question par écrit; il s'agit d'un projet de mariage. Je sens bien qu'un homme comme toi^ aussi distingué par le caractère et l'esprit^ que la fortune s'est plu à combler de ses dons^ je sens qu'un tel homme doit être sollicité de tous côtés. Cependant je ne crains pas de m'avancer; ce que je te propose est à la fois

(i) Allusion à ses démarches en vue d'obtenir la radiation de M. de Vérac.

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ce qu'il y a de plus honorable, de plus agréable, de plus charmant en tout et pour tout. Naissance, esprit, figure, les plus belles et les plus brillantes alliances, même assez de fortune, quoique je t'en croie rassasié, et surtout quelque chose dans l'éducation et le caractère fait pour assurer le bonheur d'un homme qui a fini sa jeunesse. Et puis j'ai senti que la condition nécessaire pour t'engager était d'abord de te rendre libre en brisant ta maudite chaîne d'exil, et cela, je pense encore, sera la première condition du traité. Voilà l'origine de ce roman que j'ai à te proposer, mon ami. Si toutes ces choses t'agréent, que tu veuilles en causer avec moi, tu me donneras rendez-vous au Tremblay, et alors je parlerai sans déguisement. « Adieu, cher cousin, je te laisse sur ces pensées, réponds-moi un mot à Thôtel de Luynes. Je ne puis te quitter sans réfléchir combien ta destinée est bizarre. Elle est composée de peines et de bonheur que la

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prescience divine pourrait seule expliquer; tu es un des rares exemples qui prouvent que la fortune n'a pas toujours mauvais goût.

(( Adieu. Je t'aime de bon cœur^ et me vante souvent avec orgueil d'être un de tes premiers amis.

« Adrien. »

Peu de temps après^ grâce aux démarches de cet ami dévoué, Alexis de Noailles recouvrait la liberté, et, le 12 mai 1810, sa sœur Euphémie épousait Olivier de Vérac. Les deux beaux-frères d'Olivier eurent un sort tout opposé aux prévisions. Alfred, que l'Empereur se proposait de combler de faveurs, fut tué en 181 2, au passage de la Bérézina, tandis qu'Alexis suivit le prince de Talleyrand au congrès de 'Vienne, puis fut nommé ministre d'État, aide de camp du comte d'Artois, etc.

M. de Vérac, que son esprit supérieur et

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le charme de son caractère faisaient rechercher de tous^ était particulièrement apprécié de sa nouvelle famille. Il partageait alors son temps entre Paris et le Tremblay, où il aimait à recevoir ses amis et ses proches. L'espritj la science,, la littérature se donnaient fréquemment rendez-vous sous son toit hospitalier. Tout en ne prenant pas une part active à la politique, M. de Vérac la suivait avec intérêt; il pensait que le cadre de l'Europe était trop vaste pour un seul homme et attendait que Tambition de Napoléon le perdît, espérant voir se renouer alors la tradition qui avait fait la France. Mieux que personne, il se rendait compte que le monde avait marché et que ce qui, à l'origine, avait fait la force de la monarchie, avait été plus tard la cause de sa perte. La masse des intérêts mis en jeu, le développement intellectuel, tout selon lui appelait une restauration de la royauté sur des bases nouvelles. M. de Vérac prévoyait que

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le nouveau régime allait se trouver aux prises avec les différents partis encore frémissants des souvenirs de la Révolution; mais s'il était persuadé que les courants sont parfois pour le navire plus dangereux que la tempête^ il avait cependant confiance dans le prince qui allait gouverner la France. « Il savait que, mûri par un long exil, le Roi était décidé à accorder Toubli du passé et la conciliation des intérêts; qu'il n'était pas moins disposé à donner des institutions libérales, mais qu'il serait plus jaloux de maintenir l'intégrité de son principe que celle de son pouvoir (i). » En ce qui regarde la Charte, M. de Vérac sentit qu'elle ne tarderait pas à être l'objet d'interprétations diverses et de vives discussions d'où l'autorité royale ne pourrait sortir qu'affaiblie. Les points qui lui semblaient plus spécialement receler forage,

(i) Dareste, Histoire de la Restauration.

par ce fait même qu'ils paraissaient plus nébuleux^ étaient la liberté de la presse et la loi électorale.

Ardent serviteur de la monarchie^ M. de Vérac vint présenter ses hommages au Roi ; il fut reçu comme un de ces amis fidèles dont l'adversité avait grandi le dévouement ; n'ayant qu un désir, celui de voir la royauté légitime établie sur des bases solides, il ne sollicita du nouveau régime ni charge, ni emploi-, dès cette même année, cependant, la confiance du Roi l'appelait au sein du conseil général du département de Seine-et- Oise.

N'ayant nullement marqué pendant la première restauration, le marquis Olivier ne fut pas inquiété au retour de Napoléon; son cœur seul fut cruellement frappé. La douleur de voir la famille royale reprendre le chemin de Texil était augmentée pour lui par la perspective des nouveaux sacrifices que Tambition de l'Empereur allait imposer

au pays^ déjà si cruellement éprouvé . L'éloignement des Bourbons fut heureusement de courte durée^ et la France^ délivrée de son glorieux oppresseur,, put bientôt^ avec son Roi, travailler au rétablissement d'une paix durable. A son retour, Louis XVIII voulant reconnaître la noble conduite de son serviteur, l'appela à la pairie (17 août 181 5). L'esprit éclairé et judicieux de M. de Vérac ne le laissa pas hésiter un instant sur la nécessité d'entrer avec la plus grande résolution et la plus grande franchise dans la voie du gouvernement représentatif et de l'affermissement des libertés publiques dont la Restauration venait de doter notre pays ; aussi devint-il sur-le-champ un des membres les plus décidés et les plus intelligents du parti modéré qui formait la grande majorité de la pairie; et pour ceux qui conservent encore quelques souvenirs de ces temps, aujourd'hui si loin de nous, il fat un des promoteurs de ce qu'on appela la réunion

des cardinalisteSj parce qu elle était présidée par le cardinal de Beausset. Au reste, on aura tout dit sur sa couleur, en disant qu'il était l'ami intime du duc de Richelieu, et qu'il fut, pendant tout son ministère, l'agent le plus actif et le plus dévoué de sa politique (i). Ces deux natures si modestes dans l'élévation de leurs idées, si simples dans la droiture de leurs sentiments, étaient bien faites pour se comprendre; aussi l'amitié qui les unit fut-elle des plus étroites. A plusieurs reprises, comme on le verra au cours de ce récit, le Roi lui-même fut obligé d'y faire appel et manda M. de Vérac, le conjurant de déterminer son ami à accepter la lourde responsabilité du pouvoir.

c( Éloigné de la tribune par une légère difficulté de prononciation, et n'y ayant paru que rarement, quoiqu'il eût pu s'y faire remarquer dans la discussion des

(i) Éloge du marquis do Vcnu^ par le duc de Noailles.

affaires par la justesse et l'abondance de ses idées, M. de Vérac n'en tint pas moins une place importante dans l'illustre Assemblée par la part qu'il prit constamment aux questions qui s'y traitaient, au travail des commissions^ aux transactions des partis, aux négociations même avec la cour^ toutes choses auxquelles son esprit loyal, conciliant et sensé le rendait merveilleusement proprCj et lui permit souvent de rendre de très grands services. Il porta le même esprit dans les conseils généraux et les collèges électoraux de Seine-et-Oise qu'il présidait toujours, et dans la juste influence qu'il exerça dans son département. M. de Vérac représentait en politique un caractère particulier qui mérite qu'on le signale, et offrait^ si on peut s'exprimer ainsi, un type trop rare dans les affaires publiques, celui d'un homme dénué d'ambition, sans nul souci de jouerunrôle et d'arriver aux premiers rangs et animé du seul désir du bien, mais qui

néanmoins était vivement intéressé par les affaires^ désireux et satisfait de les connaître et d'y prendre part d'une manière ignorée^ mais utile^ se consacrant ardemment à ce qu'il croyait être le meilleur^ sans que les calculs de Tintérét personnel vinssent troubler ou déranger ses efforts (i). »

(i) Éloge du marquis de Vérac, par le duc de Noailles.

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