‹ Le marquis de VillemerChapitre 139 sur 197 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ANDUÉE.

Vous êtes bon d'être venu pour mon père !

JEAN BAUDRV.

Je ne suis pas venu que pour lui.

ANDIiKE.

Merci pour moi aussi. Mais, si ce n'était mon père, on n'aurait pas besoin de me consoler d'être pauvre.

JEAN BAUDRY

Vous pauvre! Jamais vous ne le serez. Vous pauvre! non, c'est absurde; mais rien qu'à la pensée que vous pourriez jamais désirer inutilement quelque chose , je haïrais la vie.

ANDRÉE

Ltes-vous bon !

JEAN BAUDRY

Ce n'est pas de la bonté.

ANDRÉE

Qu'est-ce donc?

JEAN BAUDRY

Quand j'ai commencé à vous connaître, vous aviez quinze ans. Vous ne ressembliez pas aux autres jeunes filles. Sans mère, vous étiez bien vite devenue sérieuse. Vous ne savez pas comme c'était touchant et charmant de vous voir tenir la maison, et la tenir si bien que vos mains délicates n'en paraissaient pas fatiguées. Vous n'étiez pas triste, de peur d'attrister votre père; vous étiez même gaie; mais on voyait dans votre sourire la présence de votre mère morte, et votre gaieté avait quelque chose d'une fleur qui pousse sur une tomba. J'allais

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chez vous souvent. Yotre gravité faisait de vous une jeune femme plutôt qu'une jeune fille; il ne me semblait pas qu'il y eût entre nous une grande différence d'âge, et je me sentais tout au plus votre frère aîné. Vous aviez un peu d'affection pour moi. Alors, je rêvais... Qui n'a pas son rêve? — Mais ce n'est pas encore l'instant de vous dire le mien. Ne devinez pas. Il faut d'abord que nous soyons bien sûrs de ne pas pouvoir sauver votre père autrement, et, je vous le promets, je ferai tout pour que votre père soit sauvé sans cela.

ANDRÉE

Je l'entends! Reculez-vous un moment, et laissez-moi

lui parler la première. (Jean Baudry se reculo et Bruel entre sans le voir.)

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