ACTE DEUXIEME
BRU EL
Cher Baudiy !
JEAN BAUDRY, à Andrée.
Vous ne m'en voulez pas trop de n'avoir que ce moyen de sauver voire père ?
ANDRÉE
Je serai fière d'être votre femme.
JEAN BAUDRY
Vous ma femme! Est-ce possible? Vous, Bruel, qui êtes de sang-froid, dites-moi que c'est possible. Mais ne me le dites pas tout haut. Parlons bas. Je l'ai si peu espérée et si peu méritée qu'il me semble qu'elle ne m'appartient pas et que, si on nous entend, on va venir me la reprendre.
BRUEL
Elle est bien à vous. Chère fille! Et ce n'est pas seulement à cause de moi qu'elle a consenti, c'est à cause de vous d'abord. Elle a toujours eu pour vous une affection profonde. Tout à l'heure, tenez, quand je doutais de votre amitié, elle y croyait, elle ! Elle vous connaît; alors, soyez tranquille. Elle m'a répondu de vous, moi je vous réponds d'elle. Ts'est-ce pas, Andrée?
ANDRÉE
Vous le pouvez, mon père.
Merci, tous deux! A présent, vite chez Gagneux.
BRUEL
Je n'ai plus le droit de m'opposer à votre volonté.
62 JEAN BAUDRY
JEAN BAUDRY
Et rompons avec le passé ! Rejetons bien loin, et tout de suite, tout ce qui nous attristerait. Vous avez raison, cette maison où l'on a mal parlé à mademoiselle Andrée est inhabitable. Venez aujourd'hui même vous installer dans ma maison de la côte. Vous ne paraîtrez ici qu'aux heures des affaires. Quant au commerce, quittez-le ou continuez-le, comme il vous plaira. Si vous vous ennuyez, il sera toujours temps de le reprendre. Ainsi, c'est dit. Quelle bonne vie à trois nous allons avoir! C'est ma maison qui va être contente! Allons chez Cagneux.
BRUEL
Allons.
JEAN BAUDRY, à Andrée.
A tout à l'heure, mademoiselle. Merci! merci ! merci! Je peux vous le dire, à présent que je ne crains plus de vous influencer, je vous aime beaucoup. Il y a longtemps. Vrai, c'est à cause de moi aussi que vous avez consenti? VoiLà une parole que j'entendrai toute ma vie. Mais quel bonheur! Qu'ai-je donc fait de plus que les autres hommes pour être ainsi récompensé? Pourquoi cela m'arrive-t-il , à moi, plutôt qu'à un autre? Comme deux jours se ressemblent peu ! Hier, je n'avais devant moi que la vieillesse, j'aurai devant moi maintenant votre beauté, votre grâce, le sourire de vos vingt ans. C'est vers cela que j'irai. Il me semble que ma vie s'est retournée et que je reviens vers la jeunesse et vers l'amour!
UN COMMIS, entrant.
Monsieur Olivier est en bas.