ACTE TROISIE.MIÎ
Andrée mariée demain à. celui que j'aurais souhaité dans le meilleur instant de ma fortune, cà l'ami unique, à l'homme parfait...
JEAN BAUDT.Y.
Bruel !
BRU EL
Oui, parfait! vous l'êtes.
JEAN BAUDRY
Personne ne l'est.
BRUEL
Excepté vous.
JEAN BAUDRY
Personne. Vous me voyez dans mon beau moment. Je suis heureux; alors le bien est facile. Je vous avoue que je suis très-bon — dans ce moment.
BRUEL
Je voudrais bien savoir quand vous ne l'avez pas été!
JEAN BAUDRY
Quand j'ai souffert. J'ai eu mes heures pénibles, et je n'étais pas tel que je suis aujourd'hui. Tout homme a du mal en soi, et nul ne peut dire ce qu'un grand chagrin ferait de lui.
BRUEL
J'y consens, vous êtes un scélérat. Et vous avez volé la part des autres. Ah! s'il y a quelqu'un à qui vous ayez pris de son bonheur, moi, vous m'avez donné du vôtre.
JEAN BAUDRY
Merci. Dites-moi bien tous que vous êtes heureux. Pour l'être, j'ai besoin que tout le monde le soit.
76 JEAN BAUDRY
BRU EL
Tout le monde l'est! is' est-ce pas, Andrée ?
ANDRÉE
Je suis heureuse. (OUvler va a une table où est la cave et emplit un verre.)
JEAN BAUDRY
C'est comme cela que je m'explique que le bonheur absolu soit si rare. Il y a entre tous les hommes une solidarité dont on ne se rend pas compte et , quelque félicité qu'on ait, on a encore la souffrance des autres, (oiivier,
qui a vidé son verre, le remplit encore.)
BRUEL, à Olivier.
Tiens, qu'est-ce que vous buvez donc avec cet acharnement?
OLIVIER
Je ne sais pas. Je crois que c'est de l'eau-de-vie.
BRU EL, s'en versant.
Et vous aussi, vous êtes heureux, — témoin? (Le verre
d'Olivier éclate entre ses doigts.) AlC !
JEAN BAUDRY
Qu'est-ce donc ?
OLIVIER
Rien. Ce verre s'est brisé.
JEAN BAUDRY
IMais tu saignes !
OLIVIER
C'est possible. Une égratignure. J'ai ce qu'il faut dans ma chambre, (n sort.)