ACTE PREMIER
L i; DUC.
Et puis qui?
U RBAIN.
Votre valet do cliiimbre... et moi.
I,E DUC, s? jetant dans ses bras.
Ail ! mon frère !...
URBAIN
Allon?, mon ami, no parlons plus de cela. J'ai fait pour vous ce que vous eussiez fait pour moi.
LE DUC
Non, je n'aurais pas su, je n'aurais [)as pu le faire; ma destinée est de nuire! Ali! mon frère... mon frère! sais-tu que je t'ai toujours mal aimé ?
Je le sais. Je me l'explique par la différence de nos ori^anisalions ; mais le moment est peut-être venu de s'aimer mieux.
LE DUC
Oli! oui ! pardonne-moi, je t'estime, je t'admire, je te vénère; tu es simple, bon et grand ! et moi. je suis un imbécile, un ingrat, un animal ! tu os mon meilleur ami, et je ne m'en suis jamais aperçu, et j'ai donné mon temps, mon cœur et mon argent... et celui de mon père, et celui de ma mère, et le tien, â des coquins et à des... Qu'est-ce que je peux faire pour toi? Aimos-lu une femme? faut-il l'enlever? faut-il tuer son mari? Veux-tu t|ue j'aille en Chine, en Sibérie, en enfer? Dis!
URB A IN
Si tu m'aimais, nous serions déjà quittes.
LE DUC
Mais je t'aime! je t'aime de toute mon âme! Seulement, je voudrais trouver tout de suite un moyen de te le prouver.
UR BAIN
11 y en aurait un dont tu ne t'avises pas.
LE DUC
Si fait! me corriger! Eh bien, je me corrigerai. Pourquoi pas ? Je suis encore jeune, que diable ! à quarante ans, on n'est pas fini, on n'est qu'un peu abîmé. Je me rangerai, c'est dit! d'autant plus qu'il le faut. Jene suis pas à plaindre, après tout! Je me referai une santé, une jeunesse, et puis tu disposeras de moi. J'irai passer l'été avec ma mère et loi à la campagne. Je vous raconterai des histoires, je vous ferai rire. Voyons, consolemoi, aide-moi à faire des projets; car je no sais plus où j'en suis quand je vois tout le ma! que j'ai fait, et combien je suis malheureux ! (Il pleure.)
URB.VIN, nllîint à lui.
Courage, mon grand enfant! la mauvaise fortune est finie, la bonne commence peut-être !
LE DUC
Oui. tu mapprendras ton secret pour être heureux; quel est-il ?
URBAIN
Le courage.
LE DUC
En as-tu donc besoin?
URBAIN
J'en ai plus besoin que toi.
LE DUC
Tu as un chagrin?
URBAIN
Pis que cela, j'ai une faute, presque un crime dans ma vie. Ce n'est donc pas à moi de l'accuser.
LE DUC
Qu'est-ce que c'est? peux-tu me le dire?
URBAIN
Je veux te le dire, pour te monirer que tu peux encore faire du bien, ne fùl-ce qu'à moi qui vis sans ami, le cœur trop plein et trop fermé.