‹ Le martyr de la liberté des nègres;Chapitre 3 sur 22 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

Attendu que l'esclavage n'est autre chose que la guerre la plus barbare et la plus injuste d'une partie des citoyens contre l'autre, puisqu'elle est faite sans provocation; guerre dont les résultats sont ou l'emprisonnement perpétuel ou l'extermination absolue; attendu que l'esclavage viole directement les vérités évidentes et éternelles contenues dans notre déclaration a1"* indépendance, nous, citoyens des États-Unis, au nom du peuple opprimé, ordonnons et établissons les règlements suivants destinés à protéger nos biens, nos libertés et nos vies.

Article I. „Tout individu adulte exilé ou opprimé, citoyen ou esclave, qui s'unira à nous pour le soutien de notre association provisoire sera, ainsi que ses enfants mineurs, protégé par elle

Article XXXIII. Tout individu qui affranchira ses esclaves et fera inscrire son nom sur le registre de la sociation jouira dès lors,| pourvu qu'il ne nuise à personne, de la protection entière de cette association, quand bien même il n'en ferait pas partie etc., etc.

On le voit, John Brown étaitjsurtout un homme d'action, il parlait peu et agissait beaucoup, il n'avait pas de grandes sympathies pour les phraseurs et il disait souvent: „Le discours est une institution de notre pays ; mais il n'avance en aucune manière la cause de l'esclave. Les gens honnêtes mais lâches, font des discours contre l'esclavage, c'est pour eux un moyen commode et à bon marché de décharger leur conscience.

Quant à lui, comme nous l'avons déjà vu, ce moyen facile ne lui suffisait pas ; aussi profita-t-il de la guerre terrible qui avait lieu au Kansas, en 1854, pour combattre pour la cause à laquelle il avait voué sa vie. La lutte avait lieu alors entre le gouverneur Shannon, qui combattait pour l'esclavage, et le gouverneur Robinson, qui combattait contre. John Brown, ses fils et leurs compagnons entrèrent avec résolution dans les rangs des abolitionnistes et combattirent leurs ennemis avec courage. Ces hommes

hardis et déterminés qu'animait une foi profonde ne tardèrent pas, par leur conduite héroïque, à faire pencher la balance en faveur de leurs amis et contribuèrent puissamment à faire du Kansas un Etat libre. Le révérend Crooks dit à se sujet: „I1 est plus que probable que le maintien de la liberté au Kansas, malgré tous les efforts du gouvernement fédéral pour l'empêcher, est du aux efforts de John Brown, plus qu'à ceux de tout autre homme. Le gain d'une victoire sur les Etats-Unis , dans une si bonne cause, c'est assez de gloire pour un homme, pour une vie tout entière."

Notre héros, accompagné de douze de ses courageux compagnons; dont sept étaient ses propres fils, fit son entrée dans la ville Lawrence, escortant une^voiture pleine de sabres pris sur les ennemis.

Mais hélas! ce courageux citoyen devait être frappé dans ses affections les plus chères: deux ans plus tard, deux de ses enfants héroïques furent faits prisonniers par les esclavagistes. L'un d'eux fut fusillé sur place par ses féroces ennemis ; l'autre, nommé Frédéric, dangereusement blessé et perdant son sang en abondance, fut forcé par ses bourreaux de faire trente milles, à pied, les fers aux mains et aux jambes, et mourut , peu de temps après, d'un accès de fièvre, que lui occasionnèrent ses blessures et les fatigues de son pénible voyage.

Mais rien ne pouvait rebuter le père Brown ; il arma, avec des carabines, des revolvers et des couteaux, une bande nombreuse de partisans qui parcoururent le Kansas avec lui et qui délivrèrent une grande quantité d'esclaves. Aussi son nom seul répandait une grande terreur chez les esclavagistes et causait les plus douces espérances à leurs malheureuses victimes.

Cet homme intrépide jouait sa vie vingt fois par jour. Une fois qu'il était poursuivi de près par une forte bande armée de propriétaires d'esclaves, il usa d'un singulier stratagème pour sauver ses hommes; il se déguisa le mieux qu'il put, puis prenant un chemin de traverse, il alla rejoindre ses ennemis en leur disant, que s'ils le voulaient il allait les conduire vers John Brown; qu'il savait où il était. Ils acceptèrent avec empressement sa proposition et, après les avoir dirigés pendant vingt-quatre heures du côté opposé à ses compagnons, il profita d'un moment où ils se reposaient pour se sauver et aller réjoindre ses amis. Quelque temps après, il transporta le théâtre de ses exploits dans le Missouri où il combattit avec succès un chef esclavagiste nommé Hamilton; il se rendit maître d'une grosse bourgade, mit tous les esclaves en liberté et tua dans le combat plusieurs de ses adversaires. Cette victoire avait produit une si profonde sensation, et soulevé de telles fureurs et de telles plaintes de la part des esclavagistes, que le gouverneur Robinson eut peur de revendiquer la responsabilité de ce fait d'armes. Mais John Brown, qui ne reculait jamais devant ses actes, quoiqu'il y risquât sa tête, n'hésita pas à en accepter la responsabilité tout entière dans une lettre pleine de courageuse convenance, que publièrent plusieurs journaux, dans laquelle il revendiquait l'honneur d'avoir délivré les esclaves et dispersé leurs bourreaux.

Mais nous arrivons à l'année 1859, qui lui fut si fatale, ainsi qu'à ses compagnons. Il était parvenu, après beaucoup de peine, de démarches et de persévérance, à se procurer une somme d'argent assez forte pour tenter une nouvelle expédition plus importante que les précédentes. Dans ce but il acheta une petite ferme à Kennedy, à quel-

ques milles de Harper's Ferry, qui devait lui servir de quartier général pour préparer l'entreprise qu'il préméditait. Il s'y établit sous le nom de Smith, et bientôt il y fut rejoint] par quelques-uns de ses compagnons les plus dévoués, qui l'aidèrent à organiser son expédition.

Première journée de la passion du Christ des noirs et de se disciples.

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