AUDIENCE DU 27 OCTOBRE
Comme la veille, les accusés furent amenés devant la cour malgré les blessures nombreuses et dangereuses de deux d'entre eux.
Stevens, par suite de ses souffrances de la veille, était encore dans un état plus déplorable ; il éprouvait des douleurs si atroces, qu'il resta toute la journée couché sur son matelas, sans pouvoir faire un seul mouvement. Sa respiration oppressée était courte et haletante, et on s'attendait à chaque instant à le voir rendre le dernier soupir.
E ne put prendre aucune part aux débats du procès, ni proférer une seule parole ; ses plaies , qui s'étaient rouvertes, saignaient comme la veille, et son sang tombait goutte à goutte sur le plancher, où il se coagulait. Il était ridicule et odieux, de le forcer d'assister dans un pareil état aux séances de la cour, car non seulement il n'était d'aucune utilité aux débats , mais encore il les troublait souvent par le bruit de sa respiration
entrecoupée et par les soupirs, que lui arrachaient les douleurs et la fièvre dévorante qui le rongeaient. Mieux aurait valu certainement apporter un cadavre à l'audience, il aurait été tout aussi utile que lui, et au moins il ne l'aurait pas interrompue.
John Brown, quoique d'une faiblesse extrême, semblait cependant aller un peu mieux , ses paupières étaient moins enflées, que la veille, mais ses blessures à la tête le rendaient presque sourd, et faisaient, qu'il ne prenait part aux débats, qu'avec la plus grande difficulté, ses blessures aux reins le faisaient aussi horriblement souffrir et l'obligeaient à rester pendant toute l'audience étendu de côté sur son matelas.
Aussi sollicita-t-il un nouveau sursis de la cour, afin d'avoir le temps de se remettre un peu.
— Mon état m'empêche complètement de suivre les différentes phases d'un procès régulier, dit-il, je me sens extrêmement faible, par suite de mes blessures aux reins. Pourtant je suis moins mal qu'hier, et je ne demande, qu'un court délai, après Jequel je pourrai, ce me semble, suivre les débats; un vieux proverbe dit, qu'au diable même on laisse ses droits, me refusera-t-on celui qui n'a jamais été retiré à un accusé, et le temps de reprendre la force indispensable pour pouvoir me défendre. Mes blessures à la tête m'empêchent d'entendre distinctement, et je n'ai pu comprendre les paroles que vient de prononcer le président de la cour, je demande donc un petit délai, pour me rétablir un peu, et la cour en toute justice ne peut me le refuser,
L'attorney Hunter craignait, qu'un délai de deux ou trois jours ne lui arrachât ses victimes et il avait hâte, d'en finir ainsi que toute la cour, car comme l'avait dit
John Brown, ses compagnons et lui étaient condamnés d'avance, et tout annonçait, que l'on ferait forcément aboutir leur procès à des condamnations à mort. Comment des ennemis pourraient-ils juger loyalement des ennemis? Aussi l'attorney s'opposa de toutes ses forces à tout délai. Il n'est pas convenable dans mon opinion; dit -il, de différer les débats d'un seul jour, il y a danger dans tout retard, et surcroît de frais pour la communauté. Il est inutile d'accorder aux accusés le bénéfice d'un procès séparé, ainsi qu'une trop grande latitude de langage. Brown a une raison secrète, pour demander un sursis, ajouta-t-il, il attend >un défenseur du Nord, mais il est bien douteux que l'avocat, qu'il a réclamé, se rende à son appel.
Mr. Green, avocat, qui avait bien voulu assister John Brown, en attendant l'arrivée de son défenseur, fit observer à la cour, que Mr. l'attorney de district avait tort de faire un grief à John Brown de vouloir attendre son défenseur, et surtout d'en arguer pour lui refuser le délai, qu'il sollicitait, et qui n'était malheureusement que trop justifié par l'état de souffrance de son client et de Stevens, qui ne leur permettait pas de pouvoir suivre les débats ; que l'humanité comme la justice commandaient impérieusement de leur accorder le temps strictement nécessaire, pour que leur état leur permît de pouvoir prendre part à leur procès d'une manière fructueuse, et de se défendre. Que si, comme le dit Mr. l'attorney Hunter, pour éviter des frais à la communauté * il est convenable de ne pas différer les débats d'un seul jour, et que s'il est utile de ne pas accorder aux accusés une trop grande latitude de langage, il eût été préférable, comme l'a dit
John Brown, à rauclieuce d'hier, „pour éviter des peines inutiles, de couper court à ce procès et d'en finir de suite."
„Si la défense ne doit pas être libre, si on refuse à des accusés malades le temps nécessaire pour se rétablir, si on veut les empêcher de prendre des défenseurs de leur choix , à quoi bon cette défense incomplète ? à quoi bon ce simulacre de procès? à quoi bon tous ces interrogatoires faits à des accusés, que leurs blessures empêchent de répondre?"
„Si vous voulez leur sang, prenez-le à l'instant même, veuillez en finir, et ne les insultez pas comme des barbares par un procès dérisoire, où il n'y a pour les accusés aucune des garanties , qui sont exigées par la justice et V humanité.
Après cette défense énergique, M. Harding, second attorney de district, répliqua dans le sens contraire.
Le président, usant de son pouvoir discrétionnaire , fit appeler deux médecins de son choix et deux geôlière, pour les consulter sur l'état de John Brown.
Ce fut en vain, que M. Green, avocat, s'opposa à cette manière de ^procéder, en faisant observer, que la déposition de deux geôliers au service et à la discrétion de l'administration ne pouvait avoir aucune valeur; qu'il demandait en outre pour son client la faculté de faire venir deux hommes de l'art pour constater son état contradictoirement avec ceux nommés par M. le président. La cour repoussa ses réclamations et ordonna que les geôliers et les médecins fussent interrogés immédiatement.
Comme on devait s'y attendre les médecins virginiens, aussi intéressés dans la question de l'esclavage, que le tribunal, déclarèrent que les blessures de John Brown
n'affectaient ni son ouïe ni son intelligence : et les geôliers dirent qu'il conversait librement et facilement dans sa prison.
Sur quoi la cour rendit un arrêt qui ordonnait de passer outre aux débats.
M. Green protesta contre cette décision inique, en disant, que s'il ne se retirait pas immédiatement devant une pareille violation des droits de la défense, c'était uniquement pour ne pas abandonner des hommes à moitié morts et dans la plus grande impossibilité de faire respecter leurs droits foulés aux pieds.
Le tribunal eut l'impudeur de continuer les débats, mais les accusés refusèrent de répondre, ce qui du reste était matériellement impossible pour John Brown et pour Stévens, qui perdirent plusieurs fois connaissance de douleur et de faiblesse.
L'audience fut donc de nouveau suspendue, et, vu l'heure avancée renvoyée au lendemain.
Gomme la veille, le président Parker ordonna aux policemen et aux geôliers, de tuer sans pitié tous les prisonniers , si quelque tentative était faite pour leur délivrance.
Et ces malheureux furent reconduits chacun dans un cachot séparé, où on leur mit les fers aux mains et aux pieds. John Brown et Stévens, qui ne pouvaient faire un mouvement, furent portés sur leurs matelas. En partant, comme en venant au tribunal, une longue trainée de sang marqua leur passage.
Cinquième journée de la passion du Christ des noirs et de ses apotres.
AUDIENCE DU 28 OCTOBBE 1859.
Comme aux audiences précédentes, John Brown et Stévens sont étendus sur des matelas ensanglantés. Les quatre autres accusés sont enchaînés, et de nombreux gardiens et des policemen les surveillent ; les mêmes précautions militaires sont observées dans la cour du tribunal et jusque dans le prétoire.
""* M. l'avocat Hogt, du barreau de Boston, sur la demande de John Brown, se présente à la barre, il est arrivé en toute hâte pour prêter son concours à son client.
M. Hunter, attorney de district, demande à M. Hogt, s'il peut fournir la preuve qu'il est avocat.
M. Hogt répond que, dans son empressement à venir assister John Brown, il n'a pris aucun papier prouvant sa qualité, mais qu'il exerce depuis longtemps la profession d'avocat; que s'il avait prévu cette objection, il se serait muni des pièces nécessaires, mais que puisque John Brown le connaissait et avait confiance en lui, il pensait que ce motif devait être suffisant aux yeux de la cour.
Mais l'attorney Hunter, qui redoutait l'habileté de l'avocat de John Brown, insista pour le faire repousser, en disant: que la cour ne pouvait admettre un défenseur inconnu, que tout le monde pouvait ainsi se dire avocat, et que ce n'était pas une raison pour être admis à plaider, qu'en conséquence il priait la cour de ne pas autoriser M. Hogt à défendre l'accusé.
Le tribunal allait en délibérer, quand M. le sénateur Mason se présenta à sa barre et déclara, qu'il connaissait personnellement l'honorable M. Hogt, qui était effectivement un avocat de talent et de probité, du barreau de Boston, et qui jouissait d'une grande estime.
Cette déclaration spontanée souleva un murmure d'approbation dans l'auditoire et surtout parmi les autres avocats. Force fut donc à l'attorney Hunter de retirer son opposition, et les débats furent repris.
L'attorney lut alors un grand nombre de lettres et de documents relatifs à l'accusation qui pesait sur les inculpés, ainsi que l'acte d'association pour l'abolition de l'esclavage, dont nous avons déjà parlé, et dont il voulait absolument dénaturer le sens , en le présentant comme une constitution politique, destinée à remplacer la constitution des États-Unis, „ce qui constitue, dit-il, le crime de haute trahison au premier chef."
M. l'avocat Green, commença la défense en faisant observer aux jurés, qu'ils sont juges du fait de la loi, mais que le doute doit profiter aux accusés. Il faut prouver qu'il y a eu complot contre la sûreté de l'État, car la loi est positive à cet égard; les avœux que les insurgés pourraient avoir faits, en dehors de cette enceinte, ne peuvent être invoqués contre eux, et dans le cas où l'accusation parviendrait, au moyen de preuves positives, à établir qu'il
y a eu complot, ce qui n'est rien moins que prouvé, il faudrait encore démontrer que c'est dans la Virginie, que le complot a été tramé, car si la conjuration avait été conçue dans le Maryland ou dans les limites de l'arsenal fédéral, le tribunal virginien serait incompétent, et ce serait une cour du Maryland ou le tribunal fédéral, qui devrait juger cette affaire.
L'honorable avocat cite à l'appui de sa thèse une décision de M. l'attorney général Cushing, relative à un cas tout à fait identique.
Il fait encore observer que si, conformément à l'accusation de M. l'attorney Hunter, les prévenus avaient l'intention de détruire la constitution fédérale et de la remplacer par celle trouvée chez John Brown, le tribunal était incompétent, et qu'ils devaient être traduits devant une cour fédérale;
Que la même argumentation s'appliquait aux événements qui s'étaient passés dans l'intérieur de l'arsenal fédéral, dont la confédération était seule juge, que les accusés ayant été arrêtés, sur une propriété fédérale, par les troupes de la marine fédérale, ils devaient être jugés par un tribunal fédéral;
Qu'en conséquence il concluait à ce qu'il plaise à la cour de s.e déclarer incompétente et de renvoyer les accusés devant le tribunal fédéral.
Mais la cour, sur la réquisition de l'attorney Hunter, rejeta les conclusions de M. Green et se déclara compétente.
M. Botts, défenseur des accusés, se leva ensuite, et fit un appel à l'impartialité absolue du jury, qui ne devait se décider que sur des preuves matérielles, et mettre de côté toute conviction antérieure, qui pourrait avoir une
autre origine, car, dans des questions aussi graves que celles qui s'agitaient devant la cour et qui devaient décider de la vie de plusieurs accusés, les membres du jury ne devaient se prononcer qu'avec la plus grande circonspection, et leur conviction devait être aussi éclairée qu'indépendante.
Il y a en effet une grande différence entre le but avoué par les accusés, d'avoir voulu délivrer des esclaves, et celui que leur attribue l'accusation, d'avoir cherché à renverser la constitution -fédérale, ce qui constituerait le crime de haute trahison.
Que les autres crimes, qu'on leur reprochait, n'étaient pas plus fondés, puisque dans les douze ou quinze heures pendant lesquelles ils ont été les maîtres de Harper's Ferry, ils n'ont pas répandu une seule goutte de sang, qu'ils se sont contentés de délivrer quelques esclaves, mais sans faire usage de leurs armes, qu'ils ont pris quelques otages pour assurer plus facilement leurs projets de délivrance, mais sans exercer contre eux le moindre sévice; qu'ils les ont au contraire traités avec la plus grande humanité, ainsi que leurs prisonniers l'ont eux-mêmes déclaré; qu'ils auraient pu également arrêter le convoi du chemin de fer, allant à Charlestown, mais qu'ils l'ont laissé continuer sa route ; qu'ils n'ont pas délivré les nègres, pour les pousser au massacre de blancs, puisque pas plus qu'eux, ceux qu'ils avaient mis en liberté n'ont exercé le moindre acte qui puisse leur être reproché contre la population blanche; qu'ils n'ont fait, en leur rendant la liberté, qu'exercer un impérieux devoir, qui leur était dicté par la morale, la religion, la justice et leur conscience; qu'ils voulaient détruire une iniquité flagrante bien loin de commettre un acte injuste et répréhensible ;
Qu'ils ne s'étaient servi de leurs armes qu'à leur corps défendant, pour éviter d'être massacrés comme leur malheureux collègue Thompson; qui fut traîtreusement mis à mort après s'être rendu, sur l'assurance qui lui avait été donnée d'avoir la vie sauve, ou comme le malheureux fils de Brown, qui fut blessé mortellement et traîtreusement, pendant que flottait le drapeau parlementaire.
Les accusés n'ont donc fait qu'user du droit de légitime défense, en se servant de leurs armes. Il y a eu, il est vrai, des personnes tuées, mais pour entraîner la peine de mort réclamée par l'accusation, le meurtre doit être prémédité, ce qui n'a pas eu lieu; il ne donne lieu, dans ce cas, qu'à une pénalité du second degré qui est l'emprisonnement; et la résistance ayant eu lieu dans un établissement fédéral, le tribunal de Charlestown est incompétent pour juger ce fait, ainsi que l'a déjà prouvé M. Green, etc. etc. L'honorable défenseur termine, en faisant ressortir, que John Brown et ses compagnons ont été mus, jpar les sentiments les plus élevés et les plus nobles, qui aient jamais animé le cœur humain; que leurs intentions étaient des plus pures; qu'ils ne vou laient détruire ni propriétés ni existences, que leur courageuse résistance, leur magnanimité envers leurs prisonniers, leur héroïsme sans exemple, pendant le combat, leur attitude pleine de dignité et de noblesse devant la cour, leur mépris de la mort et leur attachement à leurs principes et à leurs convictions, les réponses sublimes de John Brown, de Stévens et de Cook, prouvent suffisamment qu'ils étaient guidés; par les sentiments les plus purs et le plus élevés, dans lesquels il n'entrait pas l'ombre d'un intérêt personnel , car au contraire ils sacrifiaient
tout à leurs convictions, jusqu'à leur propre existence sans jamais avoir rien à espérer.
N'est-ce donc pas assez pour John Brown, pour ce noble vieillard, d'avoir déjà vu tomber quatre de ses malheureux enfants à ses côtés en combattant pour la même cause que lui, et d'être prisonnier, couvert de blessures dangereuses, qui l'empêchent d'entendre, presque de parler et de se tenir autrement que couché? n'est-ce donc pas assez pour Stévens, d'être à chaque instant prêt à rendre le dernier soupir sur son lit de torture avec ses sept balles dans le corps, et son sang, qui coule et teint les dalles de ce tribunal.
Le jeune Cook, entraîné par son esprit chevaleresque et l'enthousiasme de son âge, dans cette entreprise périlleuse, séparé de sa jeune épouse et de ses petits enfants; Coppie, le généreux Coppie, qui, au plus fort du, combat, quand une grêle de balles sifflaient autour de lui, sans se préoccuper de son propre danger, prenait, au péril de sa vie, la précaution de mettre les prisonniers en lieu sûr pour les préserver de toute atteinte; les deux nègres Green et Coppeland, qui n'ont commis d'autre crime, que de combattre pour leur liberté et pour celle de leur race; tous ces hommes, en un mot, sont- ils donc des malfaiteurs, des criminels dignes du dernier supplice?
Sont-ils des traîtres et des assassins, comme le dit M. l'attorney Hunter?
Ou sont-ils des hommes de courage et de conviction dévoués corps et âme à la plus noble des causes?
En posant ces deux questions à Messieurs les jurés, nous avons la profonde conviction qu'ils les résoudront comme nous dans un sens affirmatif, et que nos clients seront sauvés.
L'attorney Hunter répliqua à M. Botts, en> soutenant de toutes ses forces l'accusation, en sollicitant la cour de vouloir bien clore les débats, la défense ayant, selon lui, suffisamment usé de la liberté qui lui avait été accordée et MM. les jurés étant suffisamment éclairés, et tout nouvel attermoiement pouvant entraîner les plus graves complications et avoir les plus grands dangers pour la tranquillité publique.
John Brown se souleva alors péniblement, demanda la parole et s'adressa d'une voix éteinte en ces termes au tribunal :
„Malgré les assurances les plus formelles qui m'avaient été données, je vois que mon procès n'est qu'une ignoble comédie. Je remercie les deux défenseurs que vous venez d'entendre, et je n'attendais rien de moins de leur loyauté.
„ Quand on m'a arrêté; j'avais 260 dollars en argent, qu'on m'a pris; j'en ai besoin maintenant pour ma défense et on refuse de me les rendre, et il m'est impossible sans cet argent de faire assigner mes témoins et d'obliger les shériflfs à les amener aux pieds de la cour.
„Le nouvel avocat, que Boston m'a envoyé et que je n'ai jamais vu, a besoin de s'entendre avec moi sur quelques points de ma défense, je demande donc comme une faveur toute spéciale, mais de toute justice, que la cause soit renvoyée à demain à midi."
L'attorney Hunter s'opposa de nouveau énergiquement au renvoi de la cour.
M. Hogt, l'avocat de Boston, nouvellement arrivé, prit ensuite la parole. Il expliqua qu'il n'avait pas encore eu le temps de prendre connaissance des lois spéciales de la Virginie, que l'acte d'accusation lui était en-
core inconnu, qu'il n'avait pas non plus pu conférer avec son client, qu'il lui avait par conséquent été impossible, dans ces conditions, de préparer son système de défense et qu'en outre, le temps lui aurait manqué pour le faire; qu'il attendait dans la soirée un magistrat eminent de] l'Ohio, qui venait lui prêter le concours de ses lumières; que la fin de la journée et la matinée du lendemain lui étaient indispensables pour étudier sa cause ; qu'il priait la cour de prendre toutes ces raisons en considération et de faire droit à la demande de son client et à ses réclamations, en renvoyant les débats au lendemain à midi; qu'il y aurait manque de respect à la loi, à la liberté de la défense et inhumanité de refuser la juste requête qu'il adressait au tribunal.
M. Hunter persista néanmoins dans sa précédente opposition: il prétendit que le moindre délai était inutile et ^dangereux; que la culpabilité des prévenus était suffisamment établie par les témoignages entendus ; que la cour ne pouvait prendre en considération la prétendue ignorance des lois de la Virginie de M. Hogt, qui doit connaître les lois de l'État où il veut plaider.
Devant cette persistance de l'accusation MM. les avocats Green et Botts déclarent qu'ils se retireront immédiatement, si la cour ne fait pas droit à la demande de leur collègue Hogt et de leur client, car ils craindraient que leur présence ne soit considérée comme un acquiessement tacite à cette violation du droit, et ils ne veulent pas se rendre complices d'une pareille iniquité, qui souillerait à jamais leur réputation et leur mémoire.
„Ce procès s'instruit à la face du monde, dit M. Botts, il ne faut pas que tous les hommes impartiaux aient le droit de dire, qu'il n'y avait pas ici des juges et des accusés, mais seulement des bourreaux et des victimes."
Devant la résolution énergique des défenseurs d'abandonner immédiatement la salle, la cour céda et renvoya la séance au lendemain.
Comme à la fin des deux audiences précédentes le président Parker donna ordre aux gardiens et aux soldats de tuer sans pitié les prisonniers à la moindre tentative faite pour les délivrer.
Cinquième journée de la passion du Christ des noirs et de ses apotres.