‹ Le martyr de la liberté des nègres;Chapitre 9 sur 22 · AUDIENCE DU 28 OCTOBRE · texte numérisé non relu

AUDIENCE DU 28 OCTOBRE

La cour entre en séance à dix heures du matin.

John Brown et Stevens sont toujours étendus sur leurs matelas et semblent aussi souffrants qu'aux, audiences précédentes, Stevens a l'air encore plus faible et plus épuisé il ne donne plus un signe de vie, on dirait un de ces cadavres que les saints inquisiteurs faisaient apporter devant eux pour les condamner au bûcher.

Il ne peut répondre à aucune des questions qui lui sont adressées.

Deux nouveaux avocats sont venus prêter leur concours aux accusés, ce sont M. Samuel Chilton, avocat du barreau de Washington, et M. Henri Griswold de Clèveland. Ce qui porte à cinq le nombre des défenseurs.

Les nouveaux avocats font observer la cour que, nouvellement arrivés à Charlestown , ils ont besoin de s'entendre avec leurs clients et surtout avec leurs honorables

collègues pour préparer leur défense et accomplir utilement et convenablement la mission délicate qu'ils ont acceptée.

Ils n'ont pas encore pu non plus prendre connaissance des pièces du procès, ni de l'acte d'accusation, un délai leur est donc nécessaire. Dans aucun pays, disent -ils, on ne refuse à un accusé le temps de s'entendre avec son avocat pour préparer sa défense.

Ils espèrent que la cour ne se départira pas de cette règle élémentaire de la plus stricte justice. Car il y a sept accusés et seulement cinq avocats ; la défense n'abuse donc pas de ses privilèges et la cour aurait mauvaise grâce à lui refuser ce qui n'est seulement qu'une partie de ses droits.

L'attorney s'oppose de nouveau à tout sursis, en disant que la cour a déjà usé d'une trop grande indulgence envers les accusés, en renvoyant inutilement la cause, que les faits qui leur sont reprochés sont patents, que ces atermoiements prolongés ne servent qu'à créer des dangers et à entraver l'action de la justice. Qu'il s'oppose de toutes ses forces à ce nouveau délai et qu'il prie la cour de vouloir bien continuer sa séance par l'audition des témoins qui restent encore à entendre.

Les personnes citées sont unanimes à déclarer, que John Brown et ses compagnons n'ont exercé aucune violence inutile contre elles, qu'excepté le fait de la délivrance de quelques esclaves, ils ne peuvent rien leur reprocher. Les ouvriers de l'arsenal, qui ont été arrêtés et retenus prisonnier, déclarent tous qu'ils ont été traités avec les plus grands égards.

Une fois l'audition des témoignages achevée, le juge se prépare à faire le résumé des débats et à soumettre les questions au jury. Mais John Brown, se soulevant à

demi sur son lit, demande qu'on entende la réplique de ses défenseurs avant de poser les questions, et qu'ainsi qu'ils l'ont déjà réclamé, il demande que la cause soit renvoyée au lendemain pour s'entendre avec eux. H soutient aussi que l'accusation a produit contre lui des pièces fausses, qui tendent à compromettre des tiers absents; qu'il lui sera facile de prouver la fausseté de ces documents et de les réduire à néant. Ce n'est pas pour lui qu'il insiste autant, ni pour marchander ainsi un jour ou deux d'existence de plus, car il ne craint pas la mort, il prie la cour de vouloir bien oublier sa personnalité pour ne se souvenir que de l'intérêt des personnes absentes qu'on veut impliquer dans cette affaire. Et elle ne doit pas permettre que la supression des débats laisse planer sur des citoyens honorables du Nord des soupçons qu'il est en mesure de détruire.

Malgré l'opposition et les plus vives protestations de l'attorney Hunter, la cour accorde vingt-quatre heures aux défenseurs pour s'entendre eutre eux et avec leurs clients^

Et après la recommandation d'usage de tuer les prisonniers, à la moindre tentative de délivrance; ces derniers sont reconduits dans leurs cachots.

Sixième journée, condamnation du Christ des noirs.

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