‹ Le martyre du cœur drame en cinq actes en proseChapitre 4 sur 134 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

• SUZANNE

Ne fais pas attention, ma chère, monsieur Forbin est trèsaimable.

forbin. .

C’est mon état! qui dit: Maître à danser, dit : Homme aimable!... Où est le temps où l’on se disputait ma personne!... j’étais le professeur privilégié de la cour... comblé de gloire et d’écus... Mais un jour vint...

SUZANNE

Bon ! le voilà parti..,

FORBIN

Jour néfaste... où je perdis tout, fors l’honneur!

CLARISSE

Et Ja vie ?...

FORBIN

Bien entendu. Cependant la mienne n'a tenu qu’à un fil. — C’était en 1792...

SUZANNE

Vous allez encore nous narrer une de vos histoires, monsieur Forbin ?

FORBIN

Arrêté et condamné comme suspect, je devais être expédié le lendemain. J’étais à la Conciergerie... dans le cabanon d'un pauvre diable d’intendant comme moi... (»e reprenant) comme moi voué à la mort. (Jacqueline ccnute.) Nous nous contions nos chagrins... il laissait après lui une femme... et un enfant.

JACQUELINE, i part, «e levant.

Que dit-il ?

FORBIN

Moi, je ne laissais qu’une femme... Tout à coup la porte du cabanon s’cntr’ouvre : Sortez, fait une voix... On me réintègre dans mon cachot, me dis-jo... je sors... le geôlier referme la porte à tâtons, m’affuble d’une veste et d’un bonnet d’employé, me met dehors en me disant : Elle vous attend à rarçlje-Marion!..,

JACQUELINE, à part.

L’arche-Marion ! (Elle l'examine.)

LE MARTYRE DU CŒUR

Je ne fais aucune objection, comme bien vous pensez ; va pour l'arche-Marion, me dis-je. Mon épouse aura corrompu le geôlier.

JACQUELINE, i pari.

O mon Dieu !

FORBIN

Une femme se jette à mon cou en criant : Ambroise ! Ambroise !

JACQUELINE, i pari.

C’est bien lui !

FORBIN

Mon petit nom étant Baptiste, je commence à concevoir des doutes sur l’identité de mon épouse... je me tais cependant et gagne du terrain pour sortir de l’arche. La bonne femme me suit en m’embrassant toujours.

JACQUELINE, & part.

Oh!

FORBIN

Nous arrivons sous un réverbère... Ici la scène change : La malheureuse pousse un cri terrible... Ah! qui êtes-vous? — Baptiste! — D’où venez-vous? — De la Conciergerie. — Qui vous envoie? — Le geôlier. — Et Ambroise ? — 11 parait qu’on m’a pris pour lui.

JACQUELINE, à pari.

Je dévorerai mes larmes... -•

Et qu’est devenue cette malheureuse ?

FORBIN

Elle?

JACQUELINE, à pari.

J’étoufferai mes sanglots!

FORBIN

Mais tout naturellement ses cris redoublent... J’étais perdu... je m’élance à l’eau, et, tout en gagnant l’autre bord de la rivière, j’entends l’infortunée, devenue folle sans doute, crier à la foule

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