‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 10 sur 45 · II · texte numérisé non relu

II

Benoît XIV, résumant les principes qu'il a développés sur les conditions du martyre , réduit à six les circonstances où l'on peut en voir un. véritable dans la mort infligée , soit médiatement , soit immédiatenient à un chrétien (2). C'est lorsqu'elle l'a été, ou 1°. parce ■ ' I I I ■ I ■ . I I I I II I I II I ■ I I I

(1) Tfihil interest qm$ tradat aut sœviat, cànt Detis tradi permittat qttas disposuit coronari. (Ëpîst. 55.)

(2) De Servor. Dei Beatif, Liv. III > c. xit^ n"" 6 et suiyans.

(i) Comme en adhérant par le serment ou par la communication in divinis ayec les prêtres constitutionnels , à cette constitution çivUe du clergé 9 que Pie VI, par son bref du i3 avril 1791 , avoit condamnée en montrant qu'elle étoit le résultat de principes héré-* tiques, etc. : Exprindjnis coaiescere ab hœresi profectis^ aded' gutin piuriius decretis hœreticam esse, et cathoiico dogmati

adversaaitem ; in aiiis vero sacriiegam, scMsmaticam non

aiio denique eonsiiio excogitatam atque vuigatant, nisi ad carthoUcatn religionem aéoiendam. « Ceux-là qui aimoiieût mieux mourir que déchirer l'unité de l'Eglise par leur adhésion au schisme, étoient encore plus recommandables que ces Martyrs qui furent immolés pour n'avoir pas voulu sacrifier aux idoles » , dit saint Denis d'Alexandrie , dans son Ëpître au schismatique Novat : Satins quidem fuerat quidvis pati ne Ecciesia Dei discinderetu^. Neemi^ nûs giorioswm fuisset iddrco suéire martyrium ne Eeetesiotn Dei scinderes , quà/m ut ne idolis sacrificares, Immd , iUud , nteo quidem judicio , iilustrius fuisset : hic enim prà sua unius anima; iUic pro otnni Ecciesia martyrium quis sustinct. (Ëuseb. Hist* Ecci, Lib. YII , c. xlv.) — Là, se trouvent compris, à plus forte raison, ceux de qui Ton exigea, deux ans plus tard, une apostasie formelle de leur sacerdoce ou du christianisme.

(a) Tel que ce serment de iiherté -égalité y prescrit çn août 1792, lorsque s« déchaînoit la plus grande fureur de l'impiété contre la religion et les prêtres, entre l'épouvantable catastrophe du \o a4)ût et leur massacre en septembre. Ils pou voient voir l'intention et le but de ce serment dans le caractère seul des circonstances au milieu desquelles il étoit ordonné^ et sa condamnation même dans ce que l'année précédente , le pape Pie VI avoit dit , de cette liberté et de cette égalité déjà proclamée par l'Assemblée constituante : Ma/nifestdpercipiturœquaUtatem et tibertatem a conventujactata/m iniîiud, ut jam proéavimus (bref du 10 mars 1/91), résider 0 ut cathoiica suôvertatur reiigio, cui proptereà aaminantis tituiwm in régna, quo potita semper est, detrectavit. (Bref du 1 3 avril 1 79 1 • ) Des ecclésiastiques estimés firent néanmoins ce serment^ et s'efforcèrent ensuite de prouver qu'à raison de la manière abstraite dont ils l'interprétoient , on pouvoit le faire en sûreté de conscience. D'autres en plus grand nombre , et tout aussi recommandables sous le rapport du savoir et de la piété, le regardèrent cpmme criminel, et même plus criminel que le premier, en ce que celui-ci étoit déci-

( 5i ) qu'il a refusé de faire une chose défendue par les pré-

dément impie , tandis que l'autre ff*êtoit que schismatique. ( Foy. Fontaine 9 lazariste.) Dans cette divergence d'opinions, où les partisans du serment ne se fondoient que sur le vague de la formule et des expressions, interprétées à leur manière , abstraction faite des circonstances et de l'intention bien manifeste des législateurs 9 ils se retranchoient dans cette maxime de saint Augustin : In duHis iibertds. Les adversaires disoient avec raison que cette maxime n'étoit applicable qu'à des choses de pur système, où la Foi n'est point compromise ; et que , par cela même que l'on reconnoissoit au vague et de Tambiguité dans la formule du serment, et surtout d'un sennent exigé par des impies avérés, on ne devoit point le faire, suivant cette maxime plus précise de saint Ambroise : Nemo 6enè jurât, nisi qui potest scire quod jurât : jurare igitur, indicium sdentiœ, te9ttnwnium consdentiœ est; et éenè jurât qui ad lucernam Verhipedes sues dirigit, qui lucem in semitu suis cemit. (In psalm. 1 18 Expositiû; Serm. xiv, n*> i4-) Ils disoient encore avec saint Augustin : «Tout homme qui fait un serment, jure, non suivant ce qu'il dit, ou prétend dire, mais suivant les Intentions connues de celui qui exige son serment. » Non secundûm verba jurantis , sed secundûm exspectationem iliius cuijuratur, quant rwvit iiie qui jurât, fîdemjurationis impieri. (Ëpist. 126, ad Aiypium, n° 4.) Pie VI, étaïit consulté au milieu de ces opinions contradictoires, ne dissimula point qu'il regardoit ce serment conime très-criminel; mais, retenu par la considération dont joùissoient dans l'Eglise ceux qui , Tajantfait d'abord, avoient induit beaucoup d'autres à les imiter, et craignant prudemment de trop multiplier les censures canoniques, il retarda son jugement doctrinal', en le faisant toutefois pressentir, et blâmant ouvertement cette témérité qui avoit fait jurer dans le doute sincère ou simulé. La réponse .qu'il fit donner par la congre-* cation chargée des affaires de l'Église de France étoit en ces termes : Responsunt fuit non esse tocum pro nvng, posnis cananids, noNDVM editoper Sanctissimum Dominum nostrumjudicio super prœfato juramento ; sed monendos esse et iaicos et ecdesiasttcos qui idem juramentum prœstiterunt , ut consulant conscientijB suœ, cûm IN DUBio jvbàrb non ligeat. {Résp, Congreg. 1 ApriL 1794.) Nous avons cru ces explications nécessaires, parce que beaucoup de prêtres, de religieux, de religieuses, de laïcs de l'un et de l'autre sexe, ont mieux aimé, par principe de religion, subir la mort que prêter ce serment. On peut voir, au t. II, p. 286 des Extraits cités ci-devant à la note 1 de la page i5, une nouvelle preuve que fte yi réprouvoit ce serment. Il l'avoit été par Ms' de Bovet , évêque dè'Sistèron^ dans ses Réflexions sur 4e nouveau Serment prescrit

\a religion (i) ; ou 4°- parce qu'il n'a pas voulu ^Àre à une déclaration exigée qui, bien qu'in- .*<;rente en d'autres occasions, ne pouvoit, à raison des circonstances du moment, se concilier avec la droiture de la Foi (2) ; ou S"*, parce qu'il a refusé une action

en France, et sur les Motifs par lesquels on croyoit pouvoir le justifier j données à Fribourg en Suisse, le 2 janvier 1793. Pie VI, après les avoir lues , ordonna expressément que cet écrit , qu'il appeloit précieux 9 fût remis au traducteur italien des autres pièces ecclésiastiques de France (M*' Viviani) , pour être inséré dans le plus prochain voluthe de ses Testimonianz^^ délie Chiese diFrancia, net lorô Originale fra/ncese. — Il y avoit déjà inséré , par ordre du même souverain pontife, et pour le même motif, Vlnstruction morale et polémique de M^'' Pisani de la Gaude, évéque de Vence (aujourd'hui de Namur), sur le Serment des citoyens', décrété par l'assemblée, le 5 septembre 1792^ donnée à Rome, ie 1" février 1793.

(1) Tel ce serment de haine qui fut si solennellement condamné comme anti-religîelix par Pie VI, bien que l'objet n'en parût être que temporel et politique. Cette condamnation, faite de l'avis de toutes les congrégations de Ronie, est consignée 1°. dans la lettre de Ms' Michel de Pietro , évêque d'Isaure , écrivant de Rome , comme dé- * légué de l'autorité apostolique, à M*' l'évêque de Grasse, le 7 avant les calendes d'octobre 1793; a^ ds^nsla lettre de l'archevêque de Tyr, nonce apostolique à Auksbourg, en date du 29 avril 1799; 3^ en deux brefs du même souv^ain poïitife , à M*' Octave Boni , archevêque de Nazianze, pro-vic^-gérent de Rome, donnés à la Chartreuse de Florence, le 16 janvier 1799, et le 3o du même mois; 4°' dans un recueil m-8% que M. l'àbbé d'Auribeau , conclaviste à Venise, y publia en 1799, par ordre de S. £m. le cardinal Antonelli, sous le titre de T empoignades authentiques contre le Serment de haine à ta Royauté, etc.

(2) De ce genre étoîent sans doute les Promesses et Déclarations de soumission aux lois de ta République, sans qu'il fût permis d'y ajouter des réserves pour les choses de la religion. Comme il parut alors en France et en Belgique un bref qui sembloit autoriser ces déda/rations et promesses >, et comme ce bref étoit attribué à Pie VI par leurs partisans, il importe de fixer à cet égard l'opinion de la postérité pour qu'elle ne soit pas égarée par certains journaux de cette époque. L'éditeur de ce bref le fit précéder d'un avertissement dans lequel il disoit : « Le Directoire de la république française a )i reçu ofliciellement cette bulle. » Cet avis fut publié dans les Annales

qtiî , en d'autres temps sans mauvais effet, auroît porté dans celui-là quelque préjudice à la religion (i); ou 6**. enfin , parce qu'il a fait un acte religieux quelconque , sans être retenu par une injuste loi qui le défendoit (2).

dû ia Reiigian. Il le fut même par les Annales catholiques de 1 796 , t. II, p. 7^l^\et7^t\^^Qiii\kX(Àlà\i: «Nous pouvons ^arant^r^autheQti« cité de ce bref adressé o/ftcieiletnent au Directoire exécuiïï 9 et rendu public deipeon ayeu , etc. » Le précédent journal ajoutoit : « Il ne reste d'autre ressource aux insermentés et dissidens que celle de rejeter ou nier la bulle , qui cependant a bien^lus d'authenticité et de caractèrea de vérité que toutes celles qu'ils ont publiées contre leurs concitoyens^ et qui ont produit tant de maux, sans procurer aucun bien. » A ce langage , on reconnoissoit un zélateur de la constitution civile du cierge. Mais ce bref étoit déjà suspect par cela seul qu'on le disoit adressé au Directoire 9 c'est-à-dire à cinq ennemis déclarés de toute religion révélée 9 sans qu'aucun évêque en eût eu connoissance. Il rétoit bien plus, quand on y remarquoit la faute énorme de latinité qui s'y trouvoit dans ces mots : sceius quod à potestatiius sœcula^ ribus ulcisceretur^ attendu qu'en droit, il ne faut qu'une faute de ce genre dans un bref, pour qu*il soit de toute nullité ; et surtout quand on le voyoit légalisé et signé par le ministre des relations extérieures de ce Directoire, te citoyen Charles Lacroix* La vérité est que ce bref, Soliicitudopastoraiis 9 Rome , 5 juillet 1 796, réellement fait dans la chancellerie romaine, à l'insu du pontife, étoit le résultat d'une transaction ténébreuse entre le sieur Cacault, chargé d'affaires de la république à Rome , et un vénal employé de cette chancellerie $ dont il est inutile de dire le nom. Voyez les Observations de M^' Té- « vêque de Sisleron à ce sujet. Si quelque représentant des continuateurs de l'exécrable Convention se fût adressé au pontife pour cet objet, ou pour un concordat , on auroit pu lui appliquer l'apostrophe que saint Bernard faisoit , comme en présence du pape Innocent II , au provocateur de l'assassinat du bienheureux Thomas, Victorin de Paris : Sce^ ieratissitne , tu summœ œquitatis sedem putas esse spelunco/m iatronum aut cuifiie, leonum? Tu fiiii recentem adhiic cruorem ore rahido et ferali spumans et masticans, fugis ad sinum matris, patris audes apparere conspectihtis l (Epist. i58, ocit papam Inn, II. )

(1) Ainsi fut considérée , par plusieurs , la promesse de fidélité à la constitution de Van VIII ^ attendu qu'il ne leur étoit pas permis d'y faire les restrictions que la religion prescrivoit aux consciences timorées.

(a) Comme lorsqu'on célébroit la messe ^ ou qu'on y assistoit ^ qu*0Q

(54) Lorsqu^ensuite cet illustre théologien convient , avec les meilleures écoles , que les chrétiens qui meurent en combattant dans une juste guerre politique contre de$ païens ou des hérétiques, ne peuvent être réputés Martyrs , il établit comme un principe généralement adopté qu'on n'est point Martyr si l'on reçoit la mort , même injustement, pour quelque intérêt politique (i). Il ne peut y avoir de martyre , même en la souffrant volon-» tairement, quand on ne la reçoit pas pour la Foi .ou pour quelque acte de vertu formellement corrélatif a la Foi* Ainsi donc , quelque juste qae , philosophiquement parlant, une cause politique soit dans les sentimens et les vqes de celui qui meurt pour l'avoir défendue , il ne peut être regardé comme Martyr, lors même que, d'autre part , la religipn se rattacheroit à cette cause , à titre de protectrice oii de protégée.

On nqus objecte un passage de saint Augustin , danç lequel on a lu « qu'ils sont de vrais Martyrs , tous les chrétiens dont le Seigneur a dit : Bienheureux sont ceux qui souffrent la persécution pour la justice {p). » Mais tout acte de justice naturelle, philosophique, morale ou civile , lors même qu'il est voulu d'ailleurs par la loi de Dieu,/entre-tril donc nécessairement, et de lui-même, dans cette justice dont parle saint Augustin? Non certainement, s'il n'a pas été fait en vue de Dieu. La justice dont il s'agit ici , est celle-là même que saint Paul confondoit avec la Foi qui opère la justification , celle

faisoit quelque autre acte de religion, même en secret, ou Iorsqu*on étoit surpris ayant dans sa maison quelques croix,, reliques, images saintes , livres de piété , et autres objets religieux ; ou qu'on donnoit clandestinement une charitable hospitalité aux prêtres dévoués à la mort comme prêtres fidèles.

(i) 'tion aut&m ex aîiquo fine poiitico : in çua ht/pothesi uwus- QnsQUE ÀDMiTTiT fideies in eo morientes , Martyres iïon esse. (De Servorum Dei Bèatif. Lîb. II, c. xviu, n* i3. )

(a) Epîst. ad Bonifacium comitem, i85, n* 9.

qu'il appeloit la justice de la Foi (i) , comme on peut, après tout, s'en convaincre par ce qui précède et ce qui suit dans le passage qui nous est objecté.

Les œuvres de vertu philosophique , étant rapportées à Dieu , sont , à la vérité , des œuvres suffisantes pour rendre dignes de la gloire du martyre ceux à qui elleà ont attiré la mort, comme le dit saint Thomas ; mais il faut, ajoute-t-il immédiatement, « que leur rapport à Dieu ait été assez formel, pour être considéré^ comme un témoignage public rendu à la Foi , en cela du moins <iu'en les faisant, on s*est montré instruit par la Foi que Dieu les exigeoit , et qu'il a promis de les récompenser (2). » Sans cette condition , conclut Benoît XIV, (c On meurt pour une bonne action morale , mais non pour Jésus-Christ- (3). »

Ici, l'on voit distinctement se partager en deux disses , tous ceux qui , chez nous, ont été mis à mort comme royalistes. L'une se compose uniquement de ces» royalistes qui ne l'étoient que par système-politique , ou par un honorable attachement humain à Fancieune dy^ nastie ; et cette classe est évidemment exclue * de celle des Martyrs de la religion. La seconde se compose de ces vrais chrétiens, dont l'attachement à nos Rois avoit la religion pour principe et pour guide. Lors même que ceux-ci n'auroient été conduits à la mort que comme royalistes ^ ils peuvent néanmoins être regardés comme » . '11,,

(1) Reputatur fides adjttsHtiam... perjustitiam fidei, {Ad Roman, cap. iv^ f 5, 9, i5, 20, 21, 25.) Voy. ci-après, pag. 62, note 1.

(2) Etideo amnia virtutum opéra , secundùm qudd referun-tut tn Deum, sunt quasdam protestationes fidei per quani nohis innotesdt qudd Deus hujusmodi opéra à nobîs reqmrit , et nos pro eis rémunérât; et secundùm hoc, possunt esse martyriî causa, (a. 2. Qoraedt. ^4? ^^* ^0

(5) Q%iatehiiê tamen referuntur, et respectum haéent ad Deum , ûde operwnte; alioquvn pro phiiosophia moraii, non pro Chrtsto quis diceretur pati. {De Servor. Dei Béatifie. Àp^ pendix 1 ad tom. III 5 p. 53i , èôI; 2.)

de vrais Martyrs dans Tesprit de l'Eglise , suivant que Taffirme saint Thomas (i) ; et souvent ils sont faciles à reconnoître dans la foule , parce qu'ëtant religieux pardessus tout , ils s^étoient presque tous signales par des actes de piété , qui foumissoient aux persécuteurs un second motif de condamnation , dont ceux-ci ne pouvoient s'abstenir de faire usage. Ils les qualifioient en même temps àe fanatiques ; «t cette qualification, exprimée dans Faccusation ou la sentence, suffit pour les faire déclarer Martyrs de la religion. Si , dans Timmensite des victimes, il en étoit qui, sans avoir ^té désignées ainsi par ces actes de mort où elles ne seroient condamnées que pour cause de royalisme,- eussent été royalistes, véritablement par principe de religion, elles auroient également droit aux honneurs du Martyre,

Mais en peut-il être de même pour le chrétien , chez qui l'intérêt dominant auroit été essentiellement celui de sa propre cause , d'une cause politique ? On en auroit jugé ainsi dans ces siècles d'ignorance, où les Grands de la terre , qui périssoient victimes de quelques factieux, étoient aussitôt célébrés comme Martyrs par les monastères de qui dépendoient les canonisations d'alors , et qui trouvoient dans les bienfaits antérieurs de ces personnages à leur égard, des preuves suffisantes de leur piété et de leurs droits à ce titre (a). Si des églises

(i) Dicendum qvdd éonum Reipuéticœ est pra^cijmum inter tona humana : sed éonum divinum , quod est causa marti^rii, est potiùs quàm humanum; quia ta/men éonum humanum^ potest effici divinum , ut si referatur in Deum, 3, ideo potest esse quodçunque ionum, humanum martyrii causa, se4!undûni quod in Deum refertur, (a, 2. Qusest. 124 9 art. 5, ad tertium.)

(2) Imperatorem Ludovicum IV monachi et sa^yratœ virgines Boïariœ, in quos is 6ene ficus fuit, Deutn fadunt, caduque iocant. Item Divu/m Henricum II Cœsarem Jugustum Bamrbergenses ma/stas quos ditavit , in aiéum superûm adscripse" runt. (Joan. Aventinus : Annotes Boïorum^ JL. lY, e. xzu^ n** a^.)

particulières conservent encore dans leurs Martyro-^ loçes, Dagobert II, roi d^ Austrasie , assassiné en 678, à r instigation du maire du palais, £bro\n; Charleste-Simple j mort en 929 , prisonnier dans le château de Përonne , où Hugues Le BUaïc , d^accord avec Herbert de Yermandois , Favoit fait enfermer ; Yenceslas , duc de Bohème , tué en 988 ; le jeune Edouard d^Ângleterre, en 978 , et quelques autres Martyrs dé ce genre (i) , ce n^est qu^en se. justifiant de cette licence', par les mi« racles que ces élises croient avoir été faits à leur tombeau , en confirmation de ce titre qui leur avoit été donné au temps de leur mort (2).

Cependant le savant Lambertini, laissant de côté le principe reconnu par lui-même , à savoir « qu^on n'est point Martyr, malgré la plus sainte vie , lorsqu'on périt même injustement pour une cause politique , » croit qu'on peutregarder comme une vraie Martyre de notre religion , la reine Marie Stuartd'Ëcosse qu'Elisabeth d'Angleterre fit décapiter, en 1587. Raisonnant, d'après l'opinion de quelques auteurs qui , dans leur sainte ardeur pour ajouter à la gloire des Martyrologes la splendeur d'une tête couronnée , s'étoient plu à croire que le véri-

(1) Abbon, religieux de Saint-Germaio-des-Prés , dans son poëme sur le siège de Paris par les Normands , en 886 9 célébroit comme de Trais Martyrs ceux des^.défeiiiseufs de la cité qui ayoient péri dans le comb^ty. et surtout en protégeant ce monastère. Il disoit .:

Mi cmîo (Normanni ) miiiunt animas liçore fluenie i Mariyrii palmam sumuni , caramçue coronam.

( De Bellis Parisiensis Urbis. L. i, ▼. 563 et 564)*

Hugues, abbé de Flayigny en iii5, atteste dans son Cromcim Viridunense, que, de son temps encore 9 tous ceux qui succom<b oient dans une persécution quelconque , et même parement civile, ètoient regardés comme de Trais martyrs. (Voyez Anncd. ord* S. Bù^ nedicU : Steuium V; m Prœfatiane.)

(2) Fleury : Histoire EccUmastique, L. XL, n* 9. — Voyez le Martyrologe universel; Paris, 1709 ; 23 décembre; a8 septembre; 18 mars.

table motif d^Elisabeth avoit été sa haine contre la religion catholique pour laquelle Marie parut fort zélée , cet illustre théologien se prévaut de cet autre principe^ que « lors même que la mort est infligée avec Tallégation d^un motif différent de celui de cette religîoa, il y a Martyre si le persécuteur eut pour mobile principal sa haine contre elle (i). »

Mais ne seroit-ce point, dans le «cas dont il s'agit, tenir pour avéré ce que les faits, bien examinés, semblent démentir? Les historiens, ménie les plus jaloux de présenter Marie comme une Martyre (2); ces historiens , parmi lesquels se distingue son conseUler secret, Adam Blackwoôd , conviennent qu^Ëlisabeth ne proscrivit le catholicisme , « que parce qu'elle y étoit contrainte pour se maintenir sur le trône, attendu que TEglise catholique^ par l'organe de Clément VII, l'a-^ voit déclarée bâtarde d'une femme adultère (3). » Le parlement lui-même , de concert avec Henri Vill; lorsqu'il étoit courroucé contre la mère d^Elisabeth , avoit aussi décide « qu^Ëlisabeth étoit illégitime , et par conséquent inhabile à succéder (4). » Or, la seule personne

(1) Voyez ci-devant p. 47 ? note 2; et p. 54? note 1.

(1) Le père Caudsin, de ia société de Jésus , qui est de ce nomiire, {Cour Sainte, T. li) cite en faveur de son opinion Camden : FUa Eiisaéeth reginœ; Komuald Sùot : De marte Mariœ Stuartœ; Obert Buruntapolitanus : Epistota ad Joan* B. GemMnum, ayec ce titre : Maria Stuarta Regina Scotiœ, Dotaria Franciœ , Hœres Angiiœ et Hyîemiœ, Martyr Ecctedœ, innocens à cœde Darieana,

(3) Martyre de la Royne d'Escosse , douairière de Fra/ncc. i^imbourg, 1587, p^ 5i.

• (4) Martyre de ia Rouned^Escosae, etc. p- 35. — Camdeni Ar^ * lia/, rerutn AngUe. suvregno Eiisaé. : appa/ra4u8 m EUsaéeth, Ludgd. Batav. i6a5. — Voyez encore la 'grande collection de Samuel jebb : De vita et rébus gestis serenissttnœ prineipis Mariœ Sco* %orufn reginœ, quœ scriptis tradddere dtictores seasdecim, Londini, 1725, 2 vol. in-foi., dans lesquels se trouve le pour et le contre, quoiqu'il y manque deux autres ouvrages fort rares, que nous

à qui la couronne d'Angleterre pût appartenir légitimt. ment alors , suivant les lois du royaume y étoit Marie Stuart qui se trpuvoit catholique ; et Marie , non seulement cônnpissoit ses droits , mais elle s^étoit même montrée , et se montroit encore dans Tintention formelle de les faire valoir. Dès l'âge de seize ans , lorsqu'elle avoit épousé le dauphin de France , depuis roi sous le nom de François II , elle avoit pris dans son écusson les armoiries d'Angleterre. Henri II, son beaupère , spUicitoit même le pape Paul IV d'intervenir, conséquemment à la déclaration de Clément VII, pour que la couronne d'Angleterre fût adjugée à Marie, « qui , disoit-il , par toutes les lois divines et humaines , pouvojt la revendiquer. » Ce fut là , dit positivement Blackvood (i), ce qui détermina Elisabeth à chercher tous les moyens possibles pour se défaire de cette rivale imposante, sur la tête de qui la couronne pouvoit être transférée d'un moment à l'autre par le par-

avons aussi consultés : Recueil de certaines reqttestes et dédara^ tUms , faictes à éa Ray ne d* Angtetenrre par tout les seigneurs, et far ie commun vewple du Royaume, iei^etie^^de novembre i586. Londres, Cnristofle Barker, i586| transiaté d'angiais en français j et Apologie ou Défense de ia sentence ^ etc. etc. à Londres, Jean Ouinted, i59y, traduit d* anglais en français, i586.

(i) Martyre de la Royned'Escosse, etc. p. Sg. — Il y avoit déjà treize ans que Marie Stuart, devenue veuve de François II, étoit passée en Ecosse, lorsqu'un conseiller de son parlement d^Edimbourg^ David Chambre, Ecossais, composa et dédia, le 21 août i575, à Catherine de Médîcis , sa consultation en faveur des droits de Marie au trône d'Angleterre. Cette consultation fut imprimée en iS^g, à Paris , chez Jean Feurier, prés le collège de Reims. En janvier 1 58o , parut un nouvel écrit du même genre, et plus volumineux, par Jean Leslée, évêque de Rossen en Ecosse. Il étoit. adressé à l'empereur 9 ' aux rois et princes chrétiens, et portoit ce titre : De Titulo et jure serenissimœ prineipis Mariœ Scotorum, Reginœ, quo regni An-giiœ successionem siéi juste vendicat , LiéMus. Ces deux monu-^ mens des prétentions constantes de Marie Stuart à la cpuronne d'An^ gleterre , sont dans le recueil de Samuel Jebb.

lement, si , dans son inconstance déjà éprouvée , il venoît à proclamer les droits de Marie. Le traité par lequel elle s'engagea, vis-à-vis d'Elisabeth, à ne^pa« les faire valoir tant que celle-ci vivroit, pouvoit d'autant moins , rassurer son caractère ombrageux qu'il les avoit confirmés d'une manière solennelle. Bans sa prison encore, etpresqu'àla veille de sa mort, Marie se comparoit elle-même « au roi Richard II, que l'on avoit traité comme elle, uniquement pour lui ôter son droit (i). »

L'ambitieuse Elisabeth avoit encore un autre motif, non moins politique , reconnu et avoué par Blaclcvood , à la fin de son livre. « La principale et la plus péremptoire cause du meurtre de Marie, dit-il, fut qu'Elisabeth vouloit frustrer la maison royale d'Ecosse, de la couronne de ce royaume ; et elle pensoit qu'elle viendroit plus aisément à bout de se débarrasser du fils de Marie , quand elle l'auroit fait périr elle-même (2). »

En tout cela, on ne voit rien qui ne tienne intrinsèquement et directement à la politique. Dans la même lettre où Marie se comparoit au roi Richard, et qu'elle écrivit de sa prison , peu de temps avant son supplice , elle disoit bien que, dans les troubles qu'ElisabeÛi avoit suscités contre elle en Ecosse par le moyen des hérétiques , « elle s'étoit offerte volontairement à répandre son sang pour la cause de l'Eglise catholique ; et que , dans la nouvelle circonstance critique où elle se trouvoit, elle offroit son sang et sa vie pour le maintien de l'Eglise (3). » Mais ce ne fut pas pour cela qu'elle perdit la vie ; et ce discours ne suffisoit pas pour faire changer de nature à la cause de sa mort , et pour transporter cette cause , de la politique à la religion : il montroit seulement que Marie alloit mourir avec d'héroïques sentimens de piété. En manifestant, jusqu'à son dernier

1) Black vood^ iind,, p. 592.

2^ Id» ihid.y p. 4^^* [3) lind., p. 588 et 390.

soupir, qu'elle élolt animée d'une foi vive , d'une charilî parfaite, et d'une ferme espérance en Dieu, elle put mérittr que FËglise la comprît un jour au nombre des saints qui ont reçu la couronne de justice , mais non au rang de ceux qui , par leur mort, ont acquis la palme du martyre (i).

Observons bien que la haine d'Elisabeth contre la religion de Marie ne fut qu'accessoire et comme accidentelle à celle qu'elle portoit à Marie et à ses droits. Elle n'auroit probablement pas plus persécuté le catholicisme que les différentes sectes religieuses, même les plus inconciliables entre elles, qu'elle avoit admises dans le royaume , si , par les décisions des papes , le catholicisme n'eût pas semblé la repousser du trône sur lequel elle vouloit à tout prix se maintenir. Ce fut uniquement et bien évidemment parce qu'elle vouloit régner sans craindre de rivale , et que le chef des catholiques tendoit à mettre cette rivale à sa place (2) , que , par suite de son attachement à sa couronne , elle proscrivit le catholicisme, et fit périr Marie. Si la religion catholique avoit été par elle-même la cause essentielle et l'objet final de sa haine , elle se seroit contentée d'en traiter la profession comme un crime capital ordinaire ;

(1) Il est très-remarquable, 1*. que les magnifiques obsèques faîtes à Paris, en mars iSS^, pour Marie Stuart, mQ^te le 18 février précédent, furent ordonnées et payées par les Guise (Gamden, Àn/naU Eiisab, Reg. Vol. II, p. 5$^) ; a°. que , dans l'oraison funèbre qu'y prononça en son honneur 1 archeyêque de Bourges , Renauld de Beaune, patriarche d'Aquitaine, il resta loin de voir en elle une Mar^ tyr&* Cette oraison funèbre est dans le recueil de Samuel Jebb.

(2) La persécution contre eux fut extrêmement aigrie par la cons* titution de Pie Y, en date du 5 avant les calendes de mars (siS fé-, Trier) 1 55o , par laquelle il déclara Elisabeth « privée du royaume , et de toute autre souveraineté et dignité, délia en même temps du serment de fidélité tous et chacun de ses sujets, et prononça anfithème contre ceux qui obéiroient à ses lois et à ses commandemens. » Grégoire XIII et Sixte V renouvelèrent et confirmèrent cette çonstir tution.

maïs quand on voit qu'elle en fit un crime de lèseitiajesté, on ne peut plus douter que sa haiîne n'<4it pour mobile essentiel la crainte d'être détrônée , et pour objet final fout ce qui pouvoit contrarier sa passion de régner. Les catholiques, ayant pour chef un pontife suprême qui avoit prononcé son exclusion du trône en la déclaratit illégitime, et qui par là protégeoit implicitement les droits de Marie, furent sacrifiés aussi comme suspects de partager les vues politiques du pontife, quoiqu'ils ne lui adhérassent que dans les choses purement spirituelles; mais eux, de leur côté, en ne mourant que pour la Foi , quoique immolés par la politique , devenoient réellement des Martyrs î d'où résulte cette différence bien sensible entre eux et Marie Stuart, qu'ils mouroient pour leur Foi, tandis qu'elle périssoit à cause de ses droits à la couronne.

Que l'Eglise anglicane, prétendue réformée , honore comme un Martyr le roi Charles I", qui, mis à mort par des factieux , montra des sentimens de piété non moins sublimes que ceux de Marie, sans avoir toute la foi de la justification, et hors dû sein de l'Eglise catholique; elle le peut, suivant sa doctrine schismatique , si toutefois Ce zèle ardent de Charles pour la liturgie anglicane, qui avoit occasionné en Ecosse le premier essor de ses ennemis, fut la véritable cause de sa mort. Mais si c'est uniquement parce qu'elle a été injuste , et qu'il l'a subie avec l'héroïsme et la piété d'un chrétien, que les AnglicatîS lui ont décerné le titre de Martyr^ une telle qualification,, aussi légèrement donnée, est une licence que ne sauroient prendre des catholiques instruits, qui se piquent d'exactitude dans l'application de leurs principes (i).

\\\ Saint Thomas dit positivement que le courage dans l'acte de la mort ne contribue à constituer le martyre, qu'autant qu'il sert a attester la vérité de la Foi, ou la' dignité des vertus' dé la Foi; et que c'est pour cela que le martyre est comparé à la Foi : ^artt/riunï for-

Ah ! que ne nofis est-il permis , dans un snjet éminem*ment théologique 4 de nous laisser aller à notre penchant pour une cause à laquelle nous avons donne nousmêmes en particulier tant de gages périlleux! Nou& mettrions, comme ou le faisoit dans le moyen âge, nous mettrions de suite avec une satisfaction indicible au rang des Martyrs les rois, princes, reines, princesses et sujets que des factieux, déchaînés contre Tautorité monarchique, ont iiijustement fait mourir. Mais, dans la règle sacrée de nos raisonnemens , nous ne pouvons nous dissimuler que toute peiiécution subie. pour une conduite honorable et des sentimens d^obligation relativement à un ordre légitimement établi, n^est pas capable par elle-même de procurer la gloire du martyre. Une persécution ne le peut que lorsque , dirigée spécialement par la. haine de la Foi catholique , elle frappe , comme tels , des actes ou des sentimens inhérens à cette Foi.

Sans doute il est presque toujours arrivé , dans les Etats catholico-monarchiques , que les révolutions qui prétendirent en changer les gouvernemens, se signalèrent par des attaques contre la religion dans laquelle la dynastie régnante trouvoit un appui. Mais nous conviendrons avec franchise que , malgré nos vœux et nos efforts^ nous n'avons pu parvenir à nous convaincre que ces deux attaques n'en fissent qu'une essentiellement. Lader-

titudinis actus est, summaperfectioneprcBditus, gtu> tormenta quamvis gravia, atque mors ipsa ad fîaei veritattm testandam, aiiammque virtutwmdigniUiUfnk tuenda/m, promptojfrœêtmiçue anima susdmantur. (2. 2. Quaest. 124» cii't. 2.) — SicuJt endfn fortitudo civUis firwM animum hom^inis in justitia humana, propter cujus conservation&m mortis ptricuîa sustinet : ita etiam fortitudo gratnita fimuU am/nium, 4iaminis in bono justitiœ Dei, quœ est per fidem> Jesu Christi, ut dieitur ad Rom. 5; et sic martyrium comparaturad fidem, sicut ad finetn in qU4> aiiauis eonfinnatur; ad fortitudinem, auism, sicut ad éiaéitumeiicientefn. {Ihxd. art 2, ad primum.)

nière étoit employée comme moyen , tandis que Tautre avoit pour but la fin à laquelle ce moyen de voit conduire.

En examinant attentivement cfomment la révolution en France a procédé contre le trône et la religion de saint Louis y nous voyons d^ abord que les écrits impies par lesquels elle se prépara le;» voies, dès le milieu du dix -huitième siècle, manifestoient ouvertement des intentions hostiles conti^e l'autorité monarchique. PieVI lui-même, quoiqu'en admettant contradictoirement , mais par un esprit de convenance , dans uiyei allocution purement oratoire , et plus de sentiment que de doctrine (i), l'opinion de Lambertini, par rapporta Marie Stuart (que cependant celui-ci ne canonisa point quand il fut pape) ; Pie VI, à qui il échappoit dé dire , en parlant de la mort du juste couronné, lUatam ipsi fuisse in odium catholicœ religionis^ se reprenoit aussitôt luimême , en reconnoissant pour vrai ce qu'avoit avoué naguère un écrivain du parti des factieux, quand il disoit (2) « qu'ils ne commencèrent à ébranler la religion que pour arriver plus facilement à renverser le trône. »—« Voltaire, en excitant les peuples à sentir leurs forces , et à en faire usage , poursuivoit Pie VI, ne désignoit à leurs attaques la religion catholique etFautorité sacerdotale, que parce qu'elles étoient le plus puissant soutien et le plus ferme rempart de ce qu'il appeloit le despotisme. On n'a travaillé à ruiner la religion , que parce que , la religion une fois détruite ou affoiblie , le trône qui lui devoit son principal appui seroit plus facilement renversé (3). »

(1) Acta Fii VI in consist. secret. 17 jun. 1795 : Catua neeis iliatœ Ludovico XVI.

(2) Mercure de France, du 7 août 1790, p. 26 : en parlant de la Vie de Voltaire, par Condorcet, €ftc. etc.

(3) Qui cùm papuios ad agnoscendas adhihendasque vires impuiisset , effecit ut formidaétie iiiud dejiceretur despatismi propugna^cuium , rehgiosa netnpe et sacerdotaiis auctoritas, aua stante, nanquavn tyranmdis, utdicehant, dissahUwm fuisse jugutn, càm utraque mutuisinter se nexibus consistât, a(teraq%ie

£h ! n'y avoi^il pas déjà plusieurs mois que les factieux s'étoient fait admettre par force au partage de raotorité royale , et lui aboient déjà porté leurs premières atteintes, lorsqu'à raison des rési^ances qu'ils prévoy oient contre leur dessein ultérieur , ils ne virent plus d'autre moyen pour écarter les plus puissantes , que de décathoUser la France? Ils lui auroient laissé sa catholicité, si, jiar impossible, ils eussent pu abattre le trône sans toucher aux autels. £t voilà pourquoi ils essayèrent de la tromper , en lui conservant toutes les apparences du culte catholique, en même temps qu'ils <^erchoient à réduire ses ministres à la condition d'es* daves payés pour servir à leurs desseins. Et voilà encore ce qui met dans tout son jour le mot remarquable échappé à Mirabeau , quand il vit que , dans la célèbre séance du 4 janvier 1791, ce qu'on y comptoit de plus respectable en évêques et en prêtres, avoit refusé si glorieusement le serment exigé par les factieux en faveur de leur constitution civile du clergé. Leur complot de tromperie échouoit, parce que la solennité de ce refus avertissoit la France que cette espèce de constitution ecclésiastique blessoit la Foi. Mirabeau n'en put contenir son dépit contre la maladresse qu'ils avoient eue d'exiger un serment , dont le refus honorable mettoit à découvert leurs stratagèmes. « Ils ont, s'écria-t-il avec rage , ils ont tout gâté avec leur serment. » La marche anti-catholique de la faction étant dévoilée , il ne lui restoit plus qu'à l'exécuter sans pudeur, en se donnant des ministres du culte déterminés à la seconder, sauf à les écraser ensuite , s'ils ne pouvoient lui devenir d'efficaces auxiliaires , en lui asservissant la confiance publique. Comme les vrais ministres catholiques en re$^ tèrent dépositaires , tout destitués qu'ils étoient , il^ fallut les écarter par la déportation ; et ce fut quand

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suhverâa, aiurius interitus necessariô consequaiur. {Jeta in C<nmêt,y lyjun. 1793.)

déjà l^on parvenoit de fait à jeter au loin ces dcmieis et solides arcs-boutans du trône , qu^il fut renversé. Par là s'expliquent tout naturellement encore la défaveur » le mépris , la persécution même dont les factieux accablèrent ensuite ces prêtres constitutionnels dont alors ils n'avoient plus besoin. Ainsi donc, tout monarque attaqué par des factieux, eût-il été incidemment accusé , comme le fut en passant Louis XYI , sans que ce motif entrât pour rien après cela dans Tatroce sentence portée contre lui , « d'avoir protégé un culte favorable à sa puissance » , et dont ils avoient appelé refractaires les ministres (i) ; tout monarque attaqué par des factieux,

(i) Gomme il faut s'expliquer ayec toute la rigueur de la rérité dans une question théologique à laquelle tient si essentiellement This^ tbire, nous devons dire que toute cette protection dont on avoit à la légère accusé le monarque , ne consista que dans la préférence qu'il donnoit, pour sa conscience personnelle et pour son culte privé, i\ des prêtres qui n'avoientpas fait le serment de la constitution civiie du dergé; et tout au plus dans le retard qu'il mît à sanctionner le décret de la déportation de tous les prêtres insermentés, rendu le 16 mai 1792. Dans le second cas^ ce n'étoit guère qu'une protection néjg;atiye ; et dans le premier, la protection n'avoit pas plus d'effet qu« celle d'un particulier pour le petit nombre de ceux qui l'entourent. Un certain esprit de parti accrédita, par bonne intention, la conjecture que Louis XVI n'auroit pas sanctionné la conêtittftion civiie du clergé, ce qu'il avoit fait le 24 ^oût 1790, si les archevêques de Vienne et de Bordeaux 9 qui étoient deux de ses ministres, n'avoient pas dérobé à sa connoissance le bref du 10 juillet précédent, par lequel le pape Pie VI l'avoit averti des erreurs et des dangers de cette constittmon. La conjecture devint une opinion qui prit les apparences de la vérité ; et des hommes du monde 9 plus zélés pour l'IuMineur de la couronne que pour celui du sanctuaire, ne craignirent pas de sacrifier ainsi la réputation de deux archevêques à la justification du trône. De ce nombre fut , à la suite de tant d'autres , et d'une manière plus imposante, M. Bertrand de MoUevilIe, dans ses An^nales de ia Révolution, publiées à Londres pour la première fois, vers la un de 1799 ; mais le démenti solennel qu'il y reçut aussitôt, et que reçurent par cela même tous ceux qui propageoient la même calomnie, a trop de poids, et n'est pas assez connu en France, pour que l'historien véridlque qui l'a sous les yeux , s'abstienne de l'y rendre aussi notoir» qu'il est en son pouvoir de le fnire. Ce démenti fut donné par unéori-

disons-nous , doit toujours s'appliquer, de l'aveu même de Pie Y I , ce que déclaroit Jacques I'% calomnié par les factions anti-monarchiques de son royaume , quand il disoit : « Les déclamations qu'on fait contre moi dans les assemblées tribunitiennes n'ont qu'un seul motif, c'est que je suis roi , et que cette dignité est , à leurs yeux ^

Tain 9 homme d*£tat, qui, ayant fait d'une manière distinguée, ei dans les intérêts de la cour, en 1791 et 1792, la partie politique du Mercure (te Fronces ayoit alors été dans la confiaence de la plupart des secrets du cabinet des Tuileries. Cet écrivain est M. Mallet du Pan, lequel , passé en Angleterre après le 10 août 1792 , j publia les années suivantes cet ouvrage périodique, connu sous le nom de Mercure Britanfdque >que toute l'Europe, excepté la France, lisoit avec avidité. Le 5 janvier 1800, dans son n"* XXXIII, il affirma d'abord, contre l'assertion de M. Bertrand de MoUeville, que Louis XVI avoit connu à temps le bref du 10 juillet 1790, ainsi que les suîvans du 1 7 août et du 22 septembre de la même année ; qu'on avoit tort de présumer qu'ils lui avoient été soustraits par les deux prélats, et de fonder cette présomption sur ce que ces prélats ne les avoient point communiqués aux évêques qui faisoient partie de l'assemblée constituante, ff Les prélats de Vienne et de Bordeaux, côntinuoit M. Mallet du Pan, anroient même été répréhensibles, s'ils n'eussent pa^ tenu secrets ces deux brefs (le premier et le second) , parce que Sa Majesté avoit défendu positivement d'en donner connaissance, » Un vénérable ecclésiastique nous atteste, d'autre part, qu'en 1804, M. l'aNcbevêque dte Bordeaux, transfert depuis 180a sur le siège d'Aix, lui disoit avec douleur, en parlant de ces brefs : « Engagés 'que nous étions dans les liens d'un pénible ministère , frappés de terreur à la vue des plus imminens dangers ( £h ! plût au ciel qu'ib n'eussent me-i nacé que ma tête ! ) , placés entre le double devoir de prése^velr là personne sacrée du Boi, et de sauver l'arche sainte, nous nous trou^vions dans une situation bien cruelle , dont personne he pouvoit connoitre les terribles alarmes. Le jour arrivera peut-être où^Hon pourra savoir les graves motifs qui nous empêchèrent de publier ces brefs. » Ld conclusion de toutes ces notions est que le Boi sanctionna sciemment; sinon librement, l'hétérodoxe constitution dviUdU clergé, comme il avoit sanctionné précédemment plusieurs autre! décrets funestes à la religion , et que sa non-sanction de celui du 16 mal 1793 ne pouvoit nullement ôt<^ regardée comme une protection formelle et positive des ministres de l'église catholique : ce n'étoit plus qu'un impuissant refus dç consentir à ce qu'on fit de nouvelles persilcutions contre eux.

pire que tous les crimes (i). » C'est donc par là qu'il arrive, en pareille circonstance, que, lorsque le monarque déchu est catholique , la persécution que des sujets fidèles souffrent réellement pour la religion qu'il professoit, est d'intention plus faite à cause de lui que contre elle : aussi a-t-on vu qu'en condamnant nos Martyrs comme fanatiques^ les persécuteurs ne pouvoieiit s'empêcher de les condamner, en même temps

( 1 ) Aeta in Çonsist. secret, i ^jun. 1 793. — Le texte de Jacques I, •yérïèé ddnâ ses ouvrages ^^ est en ces termes : Creérœ adversùs me in irHnunitiis concionihus catumniœ spargeiantur ; non Âjudd crimen aliquod designassem, sed quia Rex era/ai, Jifuod otnni crimi^e pejus hahebatur» Ac quoma/m hanc odii ckusa/m pa/iàtn fMrdhftteri pudor erat , sotiicitè in vitammeam, tnotwiue ing%ii' rehanty minima qttœque errata attgentes in immeÊ^bsum.,.. et qua/nquam omninô viaeri voieéant culpam ab officùf» et vitium qéhpmine distinguere; larva tamen incautis nanmiitnqiumi tle^ ddehat; et consiiiaquœ tanto consilio tegeéant, sj/lo prodebant indido. ( BAZIAIKON AXiPON sive De institutiorfé prtndpis ad Henricum fltium, in ôperibîiseditisabJacobo Montaeuto, Lanr dini, 161g. L..ll^p.^ 1 48.) Le même raisonnement se trouve» comme fruit de l'évidence , dans une Vie privée et politique de Lofiis XVI, publiée à Nismes en 1814 (vol. in- 8% chez Gaude fils). L'estimable auteur de cette Vie, tire fort justement la même conclusion des .aveux de firissot, l'un des chefs de la faction Girondine, au sujet de son Adresse à tous le& républicains français, quelques mois après la déclaration à& guerre qu'elle avoit forcé le monarque de faire aux puissances coalisées en Êiveur de la monarchie. Brissot avoit dit : « C'étoit raboliflon de. fa royauté que j'avois en vue, en faisant déclarer la guerre..... Les hommes éclairés m'entendirent le 3o décembre 1791, quand, répondant à Koberspierrè (qui ne la vouloitpas), quimeparloit toujours oe trahisons à craindre, je lui disois : Je n'ai qu'tme crainte, c'est que nous ne soyons pas trahis,.. Les grandes trahissons ne seront funestes qu'aux traîtres... Elles feront disparoltre ce qui s'oppose à 1^ grandeur de la nation française, la ROYAUTÉ. » D'après cela , le judicieux auteur dont nous parlons raisonnoit ainsi : « Puisque l'abolition de la royauté étoit nécçèsaîre à l'établissement d'une répur blique, Louis XV t n* étoit donc coupable que parce qu'il étoit Hoi.. brissot, et ceux qui vouloient, comme lui, la république, n'ont donc voulu sa moi^t que parce qu'elle étoit néce^iaire à l'établissement d'une république. » ( Voyez p. i58 et 139.)

(69) et par-dessus tout^ comme rojraUstes. La haine de la royauté fut donc le principal mobile des grands attentats sous lesquels ont succcnnbé tant dHUustres victimes , dont plusieurs sans doute ont mérité la brillante cou* ronne des Saints , mais ^non . la palme des Martyrs ( i). £t cependant, comme nous Tavons dit, quoique Ja haine de la royauté fût , dans les persécuteurs , la passion dominante qui fit périr en même temps , avec de purs royalistes , et comine «tels , un très-grand nombre de personnes pieuses, condamnées aussi pour. des actes religieux $ nous revenons à conclure que cette haine primitive de là royauté y ayant alors pour accessoire à leur égard celle de la religion qui les rendoit inébranlables dans leur royalisme, ces sortes de personnes moururent dès lors véritablement pour elle , et sont par conséquent de vrais Martyrs. C'est à ces personnes que convient plus spécialement le raisonnement de saint Basile , sur certaines victimes d^une persécution de son temps, à laquelle la nôtre a si souvent ressemblé. « Quand je considère , dispit-il , leur condamnation , et la mort qui s'en est sui^de , sans qu'elles pussent avoir ici bas , commç les Martyrs des persécutions décidément anti- chrétiennes, la gloire d'être alors même honorées comme eux , je reste convaincu que de plus grandes récompenses

(i) On pourroit oroire, d'après le témoignage d'Ammien Marcellin, que tous les catholiques mis à mort injustement par des î^iges chrétiens > étoient yénérés dans l'Ëglise comme Martyrs. £n racontant (L.XXyiIde son Histoire) les paroles d*£upraxtus à FempereurValentinien , cet écrÎTain prétend qu'il disoit : « Ceux que*, par Totre ordre 9 j'ai fki| mourir comnfie coupables, sont l'objet d'un t;ulte sacré chez les chrétiens. » Mais Baronius observe 5 dansrles note» de son Martyrih toge, au 9 ayril^ qu'Ammien, étant païen ^ ne* pou voit $tre bien informé de ce qui se passoit dans l'Bglise., et que, dans èes fastes avoués par elle, il n'j a aucun exemple qu'elle ait regardé comme Martyr celui qu'un magistrat chrétien auroit fait mourii*^ injustement^ pour une cause civik : Nuitutn endm hujusmodi rei easempium in eedesia reperkur, ut Martur haéittu sU, quem chrUtianvs cathalicuê mofiiHraSm > iicèt injuste, oeùidi manéaiset.

(70) leur sont décernées par le juste juge. Céun qui avoietit succombé sous le glaive des païens, tout en obtenant de Dieu la couronne promise , avoient en même temps reçu des hommes une juste louange ; mais puisque ces Martyrs de nos jours, dont les exploits non moins beaux pour la même i:ause , n^ont pas eu cette compensation temporelle à Tignominie de leurs supplices « il est bien paturel que, dans le ciel, la récompense ordinaire des maux qu'ils ont soufferts pour la piété se double , pour ainsi dire, en leur faveur (i). »

Nous n'avons pas besoin d'ajouter, avec saint Astère d' Amasée , que , dans chacune des classes de nos Martyrs (2) , la gloire et les récompenses ne sont pas égales

(1) Qtiapropter persuasum mihi est majora votds, quàmiis qui tuiic martyrium passi sunt, ajusta jtutice preemia servari : sù/uidem iiii et ai nominihus eertam et exjdoratani iawlera conseqtteôafUur, et à Deotn^rcedenieaDspectavant; voins a/uteni in panribus prœeiarè factis honores à poptUis non deferuntur , unaè par est muitiptieaAam reponi infvturo œvo iaéorutn pro fdetate susceptorv/mremuneratione'm, (£pist« 257, ad Monachos aé Jrianis vexatos.)

(â) Les Grecs, au rapport d^Eusèbe {Hist. lE celés. L. YI, c. xxxii), reoonnoissoient quati^ classes ée Martyrs, à savoir : 1**. les MéffOriomarteres, ou graods Martyrs, tels que Démétrius, Georgius et Théodore , qui firent des actions éclatantes pour la Foi ; 2°. les Osiomarteres, ou Martyrs qu'aucun péché ne souilla jamais, tels que Nicûn et quelques autres; 5*. les Jeromarteres , c'est-à«>dire les Martyrs sajcrés , oq revêtus de la dignité épiscopàle , et même seulement du sacerdoce^ tels que saint Sabas, etc.; 4^ enên htf^Marteres , ou Martyrs ordinaires^ — On ne pourroit admettre dans aucune des classes de vrais Martyrs dont nous parlons, ceux que quelques théo* logiens appellent «Martyrs sans tyran » , c'est-à-dire ceux qui, dans la pratique de quelque vertu chrétienne 9 n'ont souffert que moralement, ou par les dillîcultés physiques contre lesquelles ils avoieht à lutter. C'est dans Ce> seas un peu figuré que saint Jean Chrysostôme s'est servi de l'expression de « Martyrs de l'amour divin » pour ceux qui en étoient consumés. [HomiL 10, inepist* ad Corinth.) ; que celle de « Martyrs de la virginité d a été employée par le même père {Oratio de saneta Thecia, — Oratio de sancto Bariaamo) , et par saint Aœbroise {lu I. de virginilms), comme encai'e par saint Ber-

i 7« ') pour tous. On sait, non seokment qu^il y a plusieurs demeures dans la maison* du Père céleste (i), mais encore que le Dieu qui scrute les reins et les cœurs rend à chacun selon ses œuyres (2). « Le juge équitable par excellence , incapable d'aucune acception de personnes , considère la nature du supplice de chacun , et la constance plus ou moins grande qu'il a montrée dans lès souffrances. C'est en examinant les combats , qu'il distribue ses prix aux athlètes^ en raison de leurs mérites (3). »

nard j en parlant des personnes à qui la chair ou les circonstances rendoient cette vertu extrêmement dilïïcile. (Serm. 1. de odava Pasehœ. )€^est ainsi que les Bollandistes ont appelé «Martyres de la patience» , sainte Véronique de Binasco et sainte Justine sa compagne, parce qu^elIes ayoient souffert patiemment et avec une héroïque résignation, les douleurs aiguës d'une longue maladie qui les conduisit au tombeau (j3 jan. , c. vi, n* 8 ). Sans avoir un motif différent, ils ont poussé bien plus loin la promsion du titre de Martyr, lorsqu'ils l'ont encore donné , et cela plus formellement , dans le sens même le plus rigoureux, à un pape que r£glise gallicane n'a pas même voulu reconnoître pour saint, à Grégoire VU, dont la vie fut à la vérité fort orageuse , mais dont la mort , en des circonstances paisibles , ne fut point le résultat nécessaire de ses peines antérieures. Aussi Lambertini, que sa position empêchoit de s'exprimer à cet égard comme les Gallicane, n'admettoit qu'avec modification l'opinion des Bollandistes, en disant seulement : Inter q%jLOS [Martyres patientiœ) profecto r&censeri potest sanctus pontifeos Gregorius VII qui, post toierortus toto sui pontificâtus tem>pore maxinh&s trUuiationeSj in ejus actis apud Boiianéinos, Tom* Ft junii, p. 197^ mortuus didtur Martyr et eonfessor, {JDeServ. DeiBeatif. L. III , a xi, n" 1 1.)

De tous ceux qu'on appelle « Martyrs sans l'intervention d'un tyran » , nuls n'approchent plus d'être dignes de ce titre dans le sens propre, que ces héros de charité et de miséricorde qui, en temps de peste, ont gagné le germe de la mort, en secourant lés pestiférés, comme l'ont prouvé, et le Père Théophile Ratynaud, jédnitè, dans .9on traité : De veri Murtyrii NoHane, et Jeaif de' Andk^aéa, de l'ordre de la Trinité, dans soa Àpùtogiapro veroet pr^rio Mar-tyrio per pestem. On trouvera de ces Martyrs dans notre Martyrologe.

(1) Joan. j e. ziv, f. a.-

(^) Math., c. xvu,y. ay. — ÂdRmn" c.ii, f, %.-^Apoea/i., c. 11, f, 23. — c. XXII, 7^. ta,

(3) Verimh'in ipsisjton una est XMmium glaria y hec mm niê»^

( 70 Malgré ces distinctions faites par les saints docteurs de FEglise , en ses plus beaux jours , tous ces Martyrs n^en étoient pas moins les objets d^un culte d^honneur et dlnvocation. On n^attendoit pas même que la persécution eût cessé pour célébrer leur triomphe. Que dis-je ? il le fut souvent dès Tinstant de leur mort. Les chrér tiens de Sipyme fêtèrent avec les ti*ansports d^une sainte joie le martyre de leur évéque saint Polycarpe , immédiatement après son supplice , avant même qu^il eût été remplacé sur son siège ; et cela , di$oient-ils , « pour obéir au précepte du Seigneur (i) » : en quoi ils se montroient vraiment animés de cette Foi par laquelle nous savons que Jésus-Christ confesse aussitôt devant son Père ceux qui le confessent devant les hommes (2). L^antiquité ecclésiastique nous offre mille exemples de ce genre. On y voit même invoqués des Martyrs souffraUs qui n'avoient pas encore exhalé leur dernier soupir. Tout le peuple , ému par les prières des saints Martyrs Hippàrque et ses compagnons au moment de périr, s'écria : « Dieu , en qui vous mettez votre confiance , vous rendra les corps qu'on vous arrache ; et nous le prions nous-mêmes , afin que , par le mérite de vos prières , nous obtenions qu'il ait pitié de nous (3). »

sura eunctis œquatia fUtrihuta sunt prœmia. Hujus autem rei, M arhitrar, causa est, qudd sit jtiaex oA^curatus, nec quid-foam in partent aUera/m inflecH queat, Intuetur enitn et sup^ pUciorum magnitudinem, et toierantiœ constantiam; examirnansque certamina, pro meritorutn ratione athietis distrUniH prœmia. (T. I. jiuctuarii Bihliothecœ Patrum Grœcorutn : In sanct. Martyrem Phoca/m, )

( 1 ) CanvetUus itaque aiacriter factus , tU prœcepit Daminus, ad aiem nataiemque mattyrii. ( Ruinart : Aeta Martyrum. -^EpistùUx, Ecclesiœ Sfnymensis , apud Usserium , elc )

.(a) Math. yC. i:,^. 32.

(5) Tota muititudine eanctamante : Deus vester, eui confiditis , ipse vestra voiis eorpera testUuet : nos intérim ipsufn oramus ut preciéus vestris exoratus nastri nUsereri digneiur, (AMemao : Jeta Martynum.^eeidefntai. Pars II, p. i4a* )

( 7î ) La mort des Martyrs étoit regardée comme leur glo* rieuse naissance à la vie céleste. De là ce nom de Jour natal que , par un privilège réservé pour eux , on donnoit à celui de leur mort (i). « Chaque année nous le célébrons , à la même époque , par des messes solennelles, disoit TertuUien (2). » Quand saint Cyprien demandoit avec tant dHns tances « qu^on lui envoyât jour par jour la note de- celui où quelque confesseur de Jésus -Christ avoit péri pour sa cause, c'étoit pour honorer, ce jour-là même, sa mémoire parmi celles des saints Martyrs, dans Toffrande du saint sacrifice (3). » Lorsque saint Grégoire de Néocésarée, de retour de la persécution , se mit aussitôt à parcourir sa province pour y recueillir les noms de ceux; qui venoient d^y mourir pour la Foi , « c'étoit , au rapport de saint Grégoire de Nysse , afin de pouvoir célébrer des jours de fête , et faire de solennelles réunions eucharistiques en leur honneur (4). »

(1) On peut encore remarquer dans les anciens auteurs ecclésias* tiques que les Martyrs y sont appelés Beati^ à l'instant même de leur mort 9 tandis que les justes decédés dans le Seigneur, ont seulement la qualification de saints f que, de leur vivant, les fidèles de la primitive Eglise se partageoient avec eux {2 ad Coritith, c. xniy -f» 12- T-odEphes* c. i , ;^. 1 , etc. ) ; et qu'on voit encore donnée par saint Aueustin aux fidèles de son temps, lorsqu'il leur disoit : SanctiUis vestra, f Serm. 5a5^ 55o , etc. in nataii Ma/rtyrum. ) La béatificorfion des Martyrs étoit faite par cela même qu'ils étoient morts pour la

Foi. ;

(9) Ohtationes pro nataiUiis annua die facinms. {De Canma miiitis, c. 11.)

(5) Dies eorum quitus excedunt annotate ut conrnwmora"

tianes eoruvn inter tnemorias Martyrum celehrare possimus.,,, et ceMyrentUT à nobis hic ohtationes et sacrificia, oh commemoroHemes eorum s quœ eitd votnscutn , Domino protegente, cehéraéimus, (Ëpist. 57, adC4erum.)

(4) Âddimentum et gium coroUatium studii ergà Numen divinwm inHitueéat , ofmd omnes ubique poputos sanciens , ut in nomme ecrum qui pro fiée decertassent , dies festi atque soiemneseonventtMce(ebraren$ur. (S. Greg. Nyss. inLaiidesS, Gre* gorii Neocesariensis»)

« Dans ces réanions , dit le grand Constantin , Ton s'entretenoit d^abord , soit de la vie sainte qu~aToil menée le Martyr, soit du courage qu'il avoit déployé en mourant pour la Foi. Ensuite , on chantoit des hymnes , des psaumes, des louanges à Dieu , à qui Ton offroit après cela , en mémoire du saint Martyr, le sacrifice non sanglant du corps et du sang de Jésus-Christ (i)* »

La gloire des Martyrs , en (ces heureux tempâ , fut si éclatante aux yeux de TËglise , qu'ils étoient les seuls qu'on y invoquât publiquement (2), et les seuls dont on fît laféte. Lorsque dans lasuite on y invoqua d'autres saints, ce ne fut que sous une dénomination générale et collective (3), tandis que les Martyrs l'étoient individuellement et nominativement. Il nous en reste un bien auguste monument dans le canon de la messe , où nous voyons qu'ils sont encore les seuls qu'on y invoque de

(1) Mariyris tant vita ipsa modestiœ ac religiosœ divinorum mandatofutn abservantiœ deprehenditur , tam mors piena for^ Httutinis acgenerosœ indoiis. Praindè hymnipsaimique et Icmtles inspectori omnium Deovosthœc ccmuntur. Et ejusmodi saerifîcium in m^moriam iiiorwm peragitur, auod ah omni sanguine etvioUvtHa vacuum> est, (Gonst. imper. Ôrùtio ad sa/nctorum, cœtum, in Eusebii Hist. Eccies. L. V, c. xii.) — Le savant Muratori a démontré ^ dans son ouvrage De Paradiso , c. x^ que la commémoraison qui se faîsoit des Martyrs étoit eucharistique^ c'està-dire de joie 9 de félicitation et d'action de grâces 9 tandis que celle qu'on faîsoit des autres fidèles défunts étoit seulement propitiatoire, c'est-à-dire d'expiation, afiïi que, parles prières des vîvans', les âmes de ceux qui, après être sortis de cette vie, auroient encore eu besoin de la miséricorde de Dieu , pussent enfin l'obtenir.

(2) Fleury : Mœurs des Chrétiens, n** 39.

(3) Justinien Ghiapponi : Jeta Canonisationum (Romie, 1720) , dit , pag. a , col. 1 , que « Lorsqu'on se mit à rendre le même hon- . neur aux S S. confesseurs, ce fut avec un rit différent; et que cet usage ne commença au plus tôt que daas les premières année» du neuvième s)iècle , en supposant toutefois que des canonisation^^ eussent été demandées à Léon III par Gharlemagne », ce qu'à RcNue même on l*econnoit pour faux aujourd'hui. P^oy. ci-après p • 775 note i.

(75) cette manière spéciale, après la Mère de l)ieu et les saints Apôtres qni furent aussi des Martyrs (i).

Quels magnifiques témoignages encore de la haute estinie dont les Martyrs jouissoient , nous sont conservés par rhistoire dans ce qu'elle raconte du soin empressé que l'on avort de leurs reliques! Lorsqu'ils avoient péri en des lieux éloignés , ou envahis par une sacrilège persécution , leurs ossemens étoient apportés , comme des trésors inappréciables, dans quelque ville célèbre par sa piété ; et voilà pourquoi ceux de saint Ignace furent transférés à Antioche {2). Ceux de saint Polycarpe et de ses compagnons furent recueillis , « comme l'or et les pierres précieuses , » par les fidèles de Smyrne (3) ; et

(1) « Aux douze Apôtres (dit le père Le Brun, de TOratoire, dans son savant oaTrage de V Eayjdication des prières et cérémonies tU la Messe, tom. I, pag. 44^ * 9 on joint douze autres Martyrs qui 9 en répandant leur sang, ont été de yives images du sacrifice de la croix. » • — « Au neayième siècle (reprend le même auteur, pag. 555] 9 quelques églises de France y ajoutèrent de saints confesseurs 9 auxquels on avoit le plus de dévotion 9 copime saint Martin 9 saint Hilaire et d'autres saints ; mais on revint à l'ancienne règle de ne mettre dans le canon que des Martyrs. »

(a) Quœ in Antiochia/m reportata sunt, et in capsa reposita, sicut thésaurus inappretiadniis , ac ea quœ in Martyris greJtia sa/nctœ Eceiesiœ reiicta, (Ruinart : Jet, S. Ignatiiy n** 7.)

(5) Tios coHegitnusutaurum, gemmanujiuepretiosatn; etsepuiturœ ossamandavitnus. (Ruinart 9 Epist, Ecctes^ Smym,, n"* 14.) < — A ces témoignages 9 auxquels nous pourrions en féunir beaucoup d'autres 9 nous nous contenterons d'ajouter eelui de saint Grégoire de NaziaQze9 qui ne faisoit que peindre les usages de son temps 9 quand \V supposoit que la mère des Machabées 9 sitôt qu'elle eut vu le premier de ses fils mort dans le martyre 9 en ramassa les membres épars» les éleva entre ses mains 9 fléchit les genoux en signe de respect 9 et iréiléra soi> propre sang dans les reliques de ses enfans : Fragmenta nxem/brorum excipieiat, rèiiquias adorahat ( in iaud* Machaù,)^ — Saint Cyprien recommandoit à son clergé de conserver avec uu soin particulier les corps de ceux qui étoient morts en prison 9 où il& âvoient été mis pour leur foi : Corporihus etia/m ofhmUm qui, etsi torti 7ion sunt , in carcere tamen gtorioso eicitu mortis excedunt, impertiatur et vigiiantia et cura propensiar; neque entra

« Ton honoroit les tombeaux des Martyrs, sitôt qii^ils y reposoient (i). » Les premières églises qu'on érigea sous le nom de quelque mortel sanctifié, le furent sous celui de quelque saint Martyr. Jusque là, elles ne Favoicnt été que sous le nom du Sauveur; et saint Jérôme louoit beaucoup cette piété qui faisoit accourir en foule aux églises comme aux tombeaux des Martyrs (2). Ces tombeaux en formoient les autels; car c'étoit , selon le langage de Fleury^, « sous la table où Ton offroit le sacrifice de TÂgneau sans tache qu'étoient les corps des Martyrs , comme étoient sous Tautel que vit r Apôtre bien-aimé les âmes auxquelles il fut dit de se reposer un peu de temps (3). »

La Foi trouvoit trop d'aliment et de soutien dans les grands honneurs rendus aux Martyrs, pour que TEnfer ne suscitât pas, jusque parmi les chrétiens, des hommes qui décriassent le martyre, en même temps que les païens s'efforçoient de ravir à ceux qui mouroîent pour la Foi, la gloire qui leur en revenoit icibas,Dèsle second siècle de l'Eglise , les Gnostiques et les Valepitiniens soutinrent que le martyre étoit inutile ; que Dieu ne your loit pas le sang des hommes. Leur fausse et pei'fide doctrine ayant été confondue , les Marcionites essayèrent , le siècle suivant, un moyen tout contraire, en s'exposant témérairement au martyre , en haine de la chair et de celui qui Tavoit créée , qu'ils disoient être le mauvais principe. Alors seulement, des règles dont les bases étoient dans toutes les âmes droites et pures, furent établies eh droit positif contre ces hérésies ; et les évêques

virtus eorum aut honor minar est, qiMmtinûs ipsi quoque inter éeatos Martyres aggregentur. (Ëpist. 3^, ad Cierum.) (1) Fleurj : Masurs des Chrétiens, n' a3.

(a) Romanm pieéis iaïudatur fides; v4n aiiéi tanto stvdio et frequentia ad eccUsia» et ad Martyrum septUcra eoncurritur. ( Gomment inepist. ad Gaiat, L. II, c. ni. )

(5) Mceurs des Chrétiens 9 n* 59

(77) commentèrent à se rendre )uges des cas où Ton devoit honorer, invoquer comme Martyr le chrétien qui venoit d'être mis à mort pour Jésus-Christ : « ce qui, dit Fleury , peut être regardé comme la primitive origine des canonisations (i). » Mais ces règles n'en autoiisoient pas

(x) Fleury, Mœurs des Chrétiens, n* ig ; et Canciie d*Eivirt, en SoSy can. g et 60. — Dans chaque église ou diocèse, on eut trois eatalogues, qu'on nommoit dipty^/ues, c'est-à-dire tables jdiées en deux. Dans le premier, on écrivoit les noms de ceux qui étoient reconnus pour Martyrs ; et, par la suite des siècles , on y ajouta les noms des éyêques, prêtres , diacres et fidèles qui étoient morts en odeur de sainteté. Le second catalogue port oit les .noms de. ceux qui, TÎTans encore, se distinguoient par leurs vertus , et par les services qu'ib rtndoient à l'Eglise. Enfin le troisième catalogue contenoit les poms de ceux qui étoient décédés dans l'unité catholique* Ces Dip^ tyfues se \i9o\ent pendant le canon de la messe, usage que retracent le Comimunieantes, les deux Mémento, et le No6is moque peccatorihus de notre liturgie. On croiroit que c'est de là qu'est venu le mot cctnonisiUion, avec l'acte qu'il exprime, 91 l'on ne savoit que» même après le premier acte connu de ce genre , ce mot étoit encore inusité. Ce premier acte fut un canon d'un concile particulier tenu à Rome, à Saint-Jean-de-Latran , en ggS, par des éyêques italiens, parmi lesquels il y en avoit quelques uns d'Allemands. Le concile ot^ donna, sur la demande de l'un de ceux-ci, Lieutolfe, évêque d'Augsbourg, que son prédécesseur. Saint Ulric ouDldaric, décédé vingt ans auparavant, seroit honoré et invoqué comme saint. Le pape Jean XV, qui présidoit ce concile, confirma ce canon par une bulle que souscrirvirent avec lui cinq autres évêques des environs de Rome, neuf prêtres et trois diacres. La teneur du canon montre que la chose étoit nouvelle sous tous les rapports, à l'égard de saints qui n'étoient pas morts Martyrs; car, tout en déclarant que la mémoire de saint Uldaric seroit honorée, on crut nécessaire de déclarer aussi que l'honneur qu'on rend aux saints retourne à Dieu , et qu'il a pour but de nous faire 'aider par leurs prières et leurs mérites. « Ceux qui ont cru, sur la foi de Surius, que la première canonisation fut celle de saint Suibert, évêque de Verden en Saxe, qu'on disoit faite par Léon III, sur la demande d'Hideibalde , archevêque de Cologne, et de Charlemagne, ont été trompés par une épître apocryphe attribuée à Tévêque Ludger , et rapportée par Raronius à l'an 804 de ses AwnaUs, §. a. » Cet aveu est de l'abbé André Tosi, pag. 140 du premier tome de son ouvrage Del somtno pontifice, e deila corte ronuma, publié à Venise ofï 1800, sous les yeux des cardinaux qui venoiont d'y £iire l'élection

moins à honorer^ dès Tinstant de la mort, ceux qui, ne s'étant pas livrés aux supplices par une impulsion condamnable, avaient évidemment péri pour la Foi, comme l'attestent TertùUien, saint Cyprien, et plu* sieurs autres SS. Pères des temps postérieurs. Quand il étoit notoire que les confesseurs avoient expiré dans les tourmens endurés pour Jésus-Christ , et qu'ils étoient

de Pie \lh « Benoit XIV, poursuit cet écritftin, a démontré [Dk Serv. Dei Btatif. L. I, c. vit, n** i5; et c. rm, n** a), par Tautoritè de plusieurs auteurs que cette lettre e6t supposée. » Mais Tabbé Tosi cesse d'être exact quand il ajoute que « Jean XY fut le premier qui fil solennellement cette fonction en canonisant saint Uldaric, » parce que ce ne fut point une canonisation suivant les formes em|^oyéeS depuis que ce mot est en usage. La première yéritable dans le sens moderne fut celle de saint Ytcs de Tréguier, par le pape Clément VI, en i547* Les canonisations néanmoins sembleroient avoir été réservées exclusivement au Saint -Siège 9 mais de fait seulement, par Alexandre III , à la 6n du douzième siècle, et par Innocent III, au commencement du treizième (Voyez la note suivante). «Il est évident, dit Benoît XIV {Ihidem, L. I^ c x, n" 6 et 7), que les primats, les archevêques ou évêques ayoient pu jusqu'alors permettre le culte public envers les Martyrs ou les confesseurs, chacun dans sa province ou son diocèse, et accorder les honneurs de la béatification, suit en faisant intervenir Tautorité du souverain pontife, soit en vertu de leur propre droit, jure proprio : et même encore au temps d'Alexandre III, il y eut plusieurs béMifications faites parles évêques. » La cérémonie consis^ toit dans la levée du corps avec de grandes cérémonies ; dans une pompeuse translation des reliques d'un lieu commun en un lieu émînent ; et l'on voit le concile particulier de Châlons-sur-Saône , en 8i3, mon>trerà cet égard le droit des éVêques, lorsqu'il défendit de faire ces translations sans la permission du concile provincial. Quand il s'agissoit d'un moine décédé en odeur de sainteté, c'étoit l'abbé de son monastère qui seul prononçoit la béatification ou canonisation (Mabillon , AnnaÂesord. S, Reneificti, prœfatio ad scBouium F, n* 91) : de là cette grande quantité de cénobites que l'on voit dans nos catalogues de saints. L'intei*vention du pape dans ces béatifications n 'étoit qae l'efifet naturel des circulaires qu'en pareil cas les évêques, abbés, ou synodes écrivoicnt à toutes les églises pour en faire part, et de celles que le pape de son côté envoyoit à ces églises pour se féliciter avec elles de cet heureux événement : par où il arrivoit qiie le culte qui n'a- Toit pu être prescrit par un évêque que dans son diocèse , ou par un abbé que dans son monastère, sembloH l'être à toute la catholicité. Le

C 79 ) ce que Ton dppeloît Martyres con^ummati; ou qu'ils aToient p^ dans les prisons, en attendant avec constance les supplices auxquels ils étoient destinés à cause de leur foi : ce qui les faisoit nommer Martyres designati; ils devenoient aussitôt des objets de culte ; et , se trouvant par là saintement vengés de leurs persécuteurs , ils avoient le titre de Martyres vindicati.

culte deyenant par là général du consentement du pape 9 fonnott la Téritable canonisation : jusqu'alors ce culte > restreint à une province, à un diocèse^ à un monastère 9 n'étoît, dans le fait, que ce que nouR appelons une héatification ; et voilà Torigine de ces deux actes qui^ dans leur essence , n*en faisoient guère qu'un seul. Mais dans le sens selon lequel on les entend depuis Alexandre III et Innocent III , on plutôt depuis Urbain YIII, « La béatification 9 dit Lapbertini, seroit^ suivant la définition de plusieurs docteurs y un acte par lequel le pape y dans son indulgence 9 permet qu'on rendie à un serviteur de Dieu, mais seulement dans une province , un diocèse , une ville ou une congrégation religieuse, et d'une manière déterminée, le culte propre aux bienheureux, jusqu'à ce qu'on en vienne à la solennité de sa canonisation. Les mêmes docteurs, ajoute Lambertini, disent que la canonisation est une sentence définitive du souverain pontife, par laquelle il ordonne que tel serviteur de Dieu, précédemment copapté parmi les bienheureux, soit mis dans le catalogue des saints, et que, par tout l'univers catholique, on lui rende un culte public, tel quç celui qui se rend dans toute l'Eglise aux autres saints canonisés. » Mais ces deux définitions étant contredites 9 en quelques points, par les variations arbitraires de plusieurs papes que Lambertini ne devoit pas blâmer , il tâchoit de tout comprendre dans liae définition particulièi*e ^ fort compliquée, « Nous pensons , dit-il, l^ que , régulièrement parlant, la béatification est une permission du culte, qui peut même en contenir le précepte , s'il est spécifié par un acte qui tende à une sentence définitive non encore prononcée,. mais que de nouvelles circonstances montrent devoir être prononcée : lequel culte, s'étendant à divers lieux particuliers, doit néanmoins s'y renfermer ; et :^^ que, quoique le culte des bienheureux doive être restreint à une province , un diocèse, une ville ou une congrégation religieuse, il peut néanmoins^ sans la loi du précepte , mais par une simple faculté , ou par un actf qui ne seroit pas formel, nî définitif en dernier ressort, s'étendre quelquefois à rSglise universelle. (De Si^rv, DtiBeat.L, ï, c. xxxix, n*" tk. 4 et 12.)

COKOLLAIRE.

Benoit XIV, après avoir profondément examiné la question du martyre , se résume en disant « qu'on ne doit rien ajouter à la simplicité des anciennes règles dans la procédure de canonisation de ceux qui Font subi (i); que ce seroit manquer à la Foi, d'attendre,

(i) La seule preuve que les canonisations mêmes desMartjrs eussent été réservées au Saint-Siège par le pape Alexandre III9 en 1 17O9 comme on croit que le furent alors celles des serviteurs de Dieu , décédés en odeur de sainteté, seroit une décrétale que Bernard, grand-archidiacre de Compostelle, vers la 10, publia comme tirée des registres d'Innocent III, et que Grégoire IX inséra dans sa collection de DécréUdeSj en 1254 (Lib. III, tit. xlv, c. unie. De Reiiquiis et Venerationù Sanctorum.), La réserve s'y autorise d*un seul fait abusif,. indiqué sans désignation de lieux ni de personnes. Il y est dit : Aiîdivimus auod quidam irUer r os diaéoiica fraude decepti, homînem quemdam tn potcuione et ehrietate ocdsum, quasi sanctum {more infide" iium) venera/ntur.... lUum ergà non prasiàumatis de cetera coiere; cùni etiamsiper eum> miracuia fièrent, non ticere vobis ipsunh pro sancto aésque auctoritate romance Ecciesiœ venerari. Mais cette décrétale ne se trouve dans aucune des lettres d'Alexandre III, ni même dans les canons de son concile de Latran, qui parut décider le contraire en 1179, lorsqu'il dit (can. 27) que a ceux qui meurent vraiment pénitens en faisant la guerre aux Cotte* reaux ou Routiers, ne doivent point douter qu'ils ne reçoivent le pardon de leurs péchés et la récompense étemelle. » Ces Cottereaux étoient des bandes de vagabonds enrégimentés, dont les seigneurs se servoient pour leurs guerres particulières, et qui vivoîent sans religion « comme des païens. » La même promesse fut faite par ce pape à tous ceux qui partiroient pour la croisade qu'il convoqua la même année. Mais on ne voit pas qu'il ait donné une égale assurance à ceux qui combattoifent les Albigeois : il ne leur accordoit que la remise de deux années des peines qu'auroient méritées leurs péchés. La crainte qu'on ne regardât comme Martyrs tous les catholiques qui périssoient dans cette dernière guerre , et le parti que cet illustre pontife sut tirer des circonstances critiques de son règne, pourroient seuls faire croire à l'authenticité de cette décrétale. Traversé, persécuté depuis son élection par trois anti-papes successifs, en' faveur de qui se dcclaroient la plupart des évêques. d'Jtalie, et surtout l'empereur Frédéric I qu'à

( 80 d^exiger, comme pour les autres saints, avant que de leur décerner un culte public, que leur justification devant Dieu eût été confirmée par des miracles ; et qu'il suffisoit, pour cela, qu'on eût bien constaté que c'étoit pour la cause de la Foi qu'ils avoient péri. Toute discussion ^ur la sainteté de leur vie est même inutile ,

cette occasion il excommunia, et dont il délia les sujets du serment de fidélité, en 1160, il n'ayoit trouyé qu'en France une reconnoissance solennelle de la lé^timité de son élection , dans le concile de Toulouse où se réunirent cent prélats , tant anglais que français , avec les rois des deux nations, en 1161. Cette disposition de dévouement au pontife put les porter à Toir. le plus grand bien de i'£giise universelle dans l'attribution que le pape se faisoit à lui-même de Texercice du droit des canonisations, en canonisant beaucoup de saints dont un seul étoit encore Français, savoir saint Bernard. H en usa surtout pleinement lorsque saint Thomas de Cantorbéry, tué dans la résistance qu'au nom du Saint-Siège , il faisoit au roi d'Angleterre, fut canonisé par lui' comme Martyr, précisément en 1 1 yjOy malgré quelques opinions contraires. (Voyei itistoirc du Ddméié de Henri II, roi d'Angieterre avec Thomas Becket, arjohevêque de Cantorhéry , par l'abbé Mignot; in-ia, 1^56. ) L'ascendant prodigieux que ce courageux pontife acquit fut tellement surabondant, que ses cardinaux y participèrent. £n faisant décider par son concile de Latran que les deux tiers de leurs voix suffiroient à l'avenir pour élire pape' celui qui les auroit obtenus, il exclut du droit de suffrage le reste du clergé et le peuple qui, Jusqu'alors, en avoient joui, suivant l'ancien droit commun des £glises ; et cette exclusion eut lieu, pour la première fois, à l'élection de son successeur, Lucius ni, en 1181.

Innocent II J, qui monta sur le Saint-Siège en 1198, ce pape d'un non moins grand caractère , qui hésita si peu à mettre en interdit les royaumes de France et d'Angleterre, à se rendre arbitre et comme maître de la couronne impériale entre Philippe de Souabeet Othon de Saxe, à excommunier les rois Jean Sans-Terre et Philippe-Aiiguste> en déliant leurs sujets du serment de fidélité ; ce pape qui ranima la guerre contré les Albigeois , et poussa les chrétiens à une quatrième croisade contre les infidèles, dut affermir dans ses mains pontificales ^ pour l'avantage de l'Eglise, les droits qu'Alexandre III paroissoit avoir exclusivement procurés au Saint-Siège en ce qui concerne les canonisations. Ces droits enfin reçurent une nouvelle «force et toute l'extension dont ils étoient susceptibles» sous Urbain VIII, si puissamnu^nt secondé et par sa congrégation de l'inquisition , et par les événemens de son temps. ( Voy. ci-après la note a de la page 85.)

continuoit ce grand théologien , parce que le martyre contient en lui-même toute la sainteté possible, même chez les pécheurs repentans qui n'ont que l'attrition,

Imisqu'ayant les mêmes effets que le baptême , il efface es souillures de toutes sortes de péchés, et confère in* failliblement la grâce sanctifiante (i). »

Si donc, à Tégard d'un grand nombre au moins de ces victimes que nous allons inscrire dans notre Martyrologe, il est d'une incontestable nptoriété qu'elles ont péri pour la cause de la Foi , ce qui est déjà démontré ,

(i) Ex his perpendimus jure mérita communiter recepUun concttisionem , ut quotiescunque de tnartyrio et coMsa martyrii per légitima documenta a/pparet, ^uis Dei famniuspasBit cano»^ nizari, et debeat pro Martyre eoli oc venera/ri absquealiqua discussiarie sanctitatis, quippè t/uàd martyrium univerêam in se cofitinet sanctitatem.,.. Ità ut non eadgatur etiam Hf&AGv- LO&iJtt patratiô et inquidtio, prout reguiariter requiritur in c&nomsàtiane c(ifhfè$8orum, etc. ; ed quèd qui Christo commo^ ritur, riiMis MH^GCi<oRvn signis egeat.... Sanctitatem quaten-ùê est omnimada ètim/macutata muiiditia , eontineri in tnartyrio compr&bat vuigatum iiiud thedogorum et ca/nonistarum oadotna, quàd martyrium impiet picem éaptismi cujtis sacrée menta omnid côtnptentur in eo, ità ut peecatorum, am/nium* rubigo de iabes dvstergitur, gratiofue sanctificans, verè con^ ferturjf ut pàtet ex Tertuitiaho, de Baptismo, c. xvi ; ex Cypriano, Ëpist. 79 ; ex Augu^tino^ de Civitate Dei. Lib. xiii^ c. 7 ; ex sancto Thoma, in Illpartem Qud&stionum* Quœst. 87, art. 1. {De Serve-, rum, Dei BeaXificati&ne. In Appendice ad tom. III, p. 5a8 et 52g. ) D'après ce passage d'une si frappante clarté, que doit-on penser de VAricÉlyse du Traité de Benoit XIV^ par l'abfoé Nicolas Baudeau, quand cet abréviateur (pâg. ai5o ) faft dire par ce pape : « Nous, avons établi , dès le premier livre , là nécessité des miracles dans les causes de béatification, non seulement pour les confesseurs, mais encore pour les Martyrs ?» On doit saroir au reste que l'abbé Baudeau, qui écrivît tant pour la secte des Economistes, à laquelle il étoît attaché, ^'occupa fort peu de théologie. Ayant eavoyé à Benoît XIV son Ana^se^ il en ï'eçut une lettre obligeante qu'il a publiée comme .une approbation ûe tout le contenu de son livre. Ce ri'étoit qu'une lettre de secrétariat dictée par la politesse. Le traité de Benoît XIV h'est pas susceptible d'abréviation; et ioute abréviatîf^n ne peut que l'altérer.

et le sera de plus en plus par la suite ; non seulement leur béatification est déjà faite par Dieu même dans le ciel, mais encore cette béatification céleste est aussi évidente, aussi notoire qu'elle peut l'être sur la terre pour tout vrai croyant, indépendamment de leur éventuelle béatification pontificale.

Comment donc se fait -il que, contradictoirement à ces vérités comme à Tantique discipline de FEglise en sa plus belle ferveur, ces vrais Martyrs ne soient pas. plus honorés parmi nous que le commun des défunts dont la mort, ordinaire comme la vie, a laissé la justification incertaine ; que le dernier même des malfaiteurs justement suppliciés, du salut de qui la charité ne veut pas qu'on désespère , et pour qui Ton implore également le Dieu des miséricordes ? Tout ce que nos prêtres font de plus solennel en la mémoire de nos Martyrs, se réduit à convoquer, une fois chaque année , les chrétiens dans leurs temples , pour les y faire pleurer avec eux sur l'immolation de ces généreux athlètes , c'est-à-dire sur leurs triomphes ; à se revêtir de deuil dans le lieu où ils ont péri, c'est-à-dire dans la lice même où ils ont remporté la plus belle des couronnes ; à s'efforcer d'y fléchir la justice de Dieu pour des vainqueurs que Dieu même y a dès lors « justifiés et glorifiés » pour toujours, suivant sa promesse infaillible. Le christianisme d'aujourd'hui ne seroit-il donc plus celui des temps de TertuUièn et de saint Augustin , où le premier se félicitoit de ce que les fidèles tenoient à grand honrfeur de pouvoir montrer aux profanes « le recensement nominal et les fastes des Martyrs de leur âge et de leur nation (i) » ; où le second s'applaudissoit « de ce qu'on lï'avoit pas besoin d'apprendre , aux enfans de l'Eglise , . qu'ils ne dévoient pas prier pour les Martyrs , mais bien plutôt se recommander à leurs prières , et que prier .

■ ■ ' l ' ' III" m II » I

( 1 ) Sed tu peregrinus mundi hujus, civis mpenxœ Jerusaiem, hahes tiws cen^us, tuos fàstus. {De Carona miiitis^ c. m.)

( 84 ) pour eux, comme pour les autres défunts^ seroit leur faire injure (i) ? »

Cette doctrine , constamment professée par les Pères et les Docteurs des temps qui Suivirent, étoit encore en pratique , sans restriction et sans entraves , il y a deux siècles y quoique , dans Tintervalle , la sage institution des procédures de béatification eût réservé au Saint- Siège le droit de transformer, en culte public , le culte privé qu'il ne sauroit être'défendu de rendre aux serviteurs de Dieu morts avec une réputation de sainteté , et, à plus forte raison, aux Martyrs à qui leur baptême de sang a conféré toute la sainteté possible. £h ! pourquoi donc ce simple culte privé est-il dénié aux nôtres, jusqu'à se conduire publiquement envers eux comme si Jésus- Christ ayoit pu manquer de parole à leur égard ; comme si , au lieu de les couronner de suite , il les eût relégués dans les feux du Purgatoire , et comme s'ils y dévoient rester en souffrance tant que Rome n'auroit pas mis leurs images sur nos autels ? Voilà ce qu'attestent faussement, et ces chants funèbres par lesquels on vient obscurcir leur gloire, lorsqu'on devroit en relever la splendeur par des hymnes de louanges ; et ces sacrifices de propitiation qu'on offre lugubrement pour eux , lorsqu'ils ne noiis demandent que des sacrifices d'actions

(i) Ided haéet ecdesiasticâ disciplina, qvod fipeles nôrunt, cAtn Martyres eo ioco recitentur ad aitare Dei, iii non pro ipsis aretur : pro cœteris autem commenwratis defunctis oratur. injuria est enim pro martyre orare, cujus nos dehemus ora^ tiordéus commenelari. (Serm. deVerhis Apostoii, 159, aliàs 17, n" 1.) — Ideà q^ippè ad ipswni mensam non sic eos comme^ moramus quemadmod'àni aiios qui inpace quiescunt , ut etiam pro eis oremus; sed magis ut orent tpsi pro noéis, et eorum vestigiis infuerea^nus,.,. (Tractatus in Joann. 88.^ — Non pro mis orat Ecciesia; nam meritd pro aiiis defunctis orat Ecciesia; pro martyriéus non orat , sed eorum potiùs orationibus se

comntendat Impieverunt quod scriptum> est (£ccl. c. iv,

f. 33) : Certaproveritateusqueadmortem. (Senn. 284. DeVerhis Apostoii. Serm. 284). — Le concile de Trente a pris cette doctrine pour règle dans sa session XXII, c. u et m.

de grâces pour le courage que Dieu leur a donnée et le privilège qu'ils ont eu de mériter le ciel par la seule effusion de leur sang pour la cause de Jésus-Christ. Ou la Foi réprouve ces expressions de douleur et ces sacrifices expiatoires , ou bien vous n'êtes pas vivement persuadés que ces victim(es soient mortes pour la Foi. Ah ! penseriez-vous que cette généreuse persévérance dans la profession et la pratique de TEvangile , qui attira la mort à tant de chrétiens placés dans Talternative d'apostasier où de mourir, ne fût pas commandée par la Foi ? Et, pour employer le langage de Tun de nos plus savans prélats (i), « croyez-vous que des innovations, repoussées avec tant de fermeté par tant d'intrépides confesseurs, tant de généreux Martyrs, n'avoient rien de dangereux; que des sermens, qu'ils rejetoient au péril de leur vie , n'avoient rien de coupable ; que des principes , au maintien desquels ibsacrifioient tout, n'étoient que de simples opinions ou des vérités indifférentes ? » Vous ne le dites point; mais vous vous retranchez derrière deux décrets de la congrégation de V inquisition romaine y sous le pontificat d'Urbain VIII, par qui vous les supposez sanctionnés sans modification. Vous n'avez donc pas observé, i**. que ces décrets rendus, en iGsS, par une congrégation à laquelle n'appartenoient point les causes de béatification (2), ne furent point faits

(i) M<* François de Bovet, alors érêque de Sîsteron, et maintenant archerêque de Toulouse, dans son excellent ouvrage: Les Consoiations de (a Foi sur tes nuUheurs de i^^Egiise, adressé de réttrahger aux fidèles de France 9 en 1797? réimprimé depuis lors plusieurs fois, et récemment à Toulouse, en 1B19.

(2) L'année même où la congrégation qui prenoit dans ses actes le titre « d'inquisition romaine et universelle, » approuvoit le livre fameux du jésuite Santarelli {deHosresi, Schismate, Apostasid... et de Potestate Summi Pontiftcis in his deîittis puniendis: Romœs 1625), dans lequel l'auteur prétendoit établir que « le pape a le droit d'infliger aux rois des peines corporelles , et de déliier leurs sujets du serment de fidélité ; » l'année même où, de Rome, ce livre étoit répandu dans tous les Etats monarchiques de l'Europe, et où le clergé

pour des temps aussi extraordinaires que les nôtres , et si semblables à. ceux des premières persécutions de

de France 9 indigné contre deux libelles d'un genre analogue {Admo^ nitiù ad Regem christiamssimum et Mt/fteria pditica), se dîsposoit à les condamner, ce qu'il fît le 12 janvier i6a6 (le livre de Santarelli fut, par jugement du parlement, brûlé le i3 mars suivant) ; cette congrégation qui ^ huit ans plus tard , condamnera le célèbre Galilée à un ennprisonnement indéfini et à d'autres pénitences pour avoir enseigné le système planétaire que nous professons tous aujourd'hui comme le seul raisonnable; cette congrégation qui, en i656, approuvera constamment dans la conduite des jésuites missionnaires en Chine ces rits superstitieux et tendans à l'idolâtrie , que , depuis le 25 mars |645, la congrégation de la Foi ne cessoit de réprouver .(voyez son décret du la décembre i645, un an après 1^ mort d'Urbain VIII, et ses nouveaux décrets de 1674 et 1704)» rits que Clément XI condamnera le 19 mars 1715, par sa bulle Ex iUa die , que Benoît XIV anathématisera par la sienne Eœ quo singtUari-y •du 11 juillet 174^9 cette congrégation, disons-nous, rendit les décrets dont il s'agit le i3 mars et a octobre 16a 5. Elle ne s'y borna

fme a défendre « d'exposer non seulement dans les églises et autres ieux publics, mais encore en des oratoires et autres endroits des maisons particulières , les images de ceux qui seroient morts avec la réputation de saints ou de Martyrs , quelque bien fondée qu'elle fût , fii aucun autre objet qui indiqueroit de la vénération pour leur mémoire , et pourroit sembler le prélude de quelque culte , avant que ces personnages eussent été déclarés bieqneureux ou eussent été canonisés par le siège apostolique. » Ne giiorumvis homirium cum sanctitMts , seu martyrU fama , qucunttmufue i((a sit , ttéfttnctarwm imagines , et quodçunqvjù aiia venerationem et cuitum prœ se ferens et indicans in oratoriis aut iods puétids vel privatis, vel ecdesiis apppnantur, aiitequàm ah avastaiica. s^de canonizentur, aut heati declare^rvtur, £lle défendoit encore d'im-r primer des histoires de la vie, des révélations et des miracles de ces défunts réputés justes, sans qu'elle-m$me les eût approuvées, et que le pape en eût ensuite donné la permission expresse. L'évêque du diocèse où chacun d'eux a voit vécu, où il étoit mort, étant compté à peu près pour rien à cet égard, pouyoit tout au plus viser le simple manuscrit de ces histoires : et l'approbation qu'il leur donneroit seroit comme non avenue pour l'impression ; car il falloit que ce manuscrit , ainsi visé, fût ensuite envoyé a la congrégation de l'inquisition; et ce ne devpit être qu'après qu'elle l'auroit examiné et approuvé elle-* même que le pape permettroit de l'imprimer, pourvu toutefois encore que 9 dès l'origine, il eût été précédé et suivi de deux protestations d($

TEglise , mais pour des temps ordinaires ou des circonsr tances spéciales et contemporaines (i) ; 2^. que ce pape

l'auteur, desquelles la congrégation avoit elle-même rédigé la formule. Par ces protestations 9 qu'on a vues dans notre préface, l'auteur devoit « déclarer qu'il nedonnoitpas ce qu'il avoU écrit comme approuvé par le Saint-Siège , mais comme une histoire purement humaine , qui , sans autoriser aucun culte, laissoit les choses dans le même état où elles étoîent aupararant. »

( 1 ) €es deuxdécretsconyeiioîent probablement aux circonstances d'à*lors. Depuis que la Chine ayoit été ouverte aux fésuities > en 1 555, et que Tordre de saint Dominique y avoit aussi envoyé des missionnaires animés dii même zèle pour la Foi, il étoit à craindre que, dans cett« concurrence, parmi les dangers que eouroient le» uns et les autres, Pesprit de corps ne fît ihettrô, avec une rivalité trop empressée, au rang des Martyrs, ceux qui périssoient pour une oauae quelconque > dans un tel éloignementw Benoît XlY noué révèle que les supérieur! de Tun de ces deux ordres avoient défendu de dirb des messes de morts

four ceux de ses missionnaires qui étotent tués pour cause de religion De Serv. Dti Beaiif. I* II, c. xii , n*" 1 1)« Borne alors devpit naturellement se réserver l'examen dea causes de leur niprt ; et i) en étoî^ de même par rapport aux mission» des lades orîenMikî&, du Brésil, du Canada, de Constautinople. EnËufbpe., où le proteatanti/sme, ayant excité des guerres de toutes: parts, n'étolt presque 'plus. .qu'un parlî pùiitiquô (.Hénauk't 4àreffé ohtm/f>., an i&y^y'y^rà^^^^^ P^t? ^^ protestans , regardant comme. d« vrais Martyrs ceux d^f lem» q^i péris*soient pour leur doctrine, ea publioient des Mvtyfologeâ9«dans les* quels il les présenrtoient comnàe Fideies EvimgHU. U^ti^ >. Christi pugi(eis EûciêsiœfiUos£it^eii4ui^tiê8$t€nu(f$de^^ d'autre

part, rignoraBcC' superstitieuse 'de quelques ça^hoUqAi^«ppuvoit être entraînée à croire que tout soldat id'uil parix musmé^iCathoiùiue, lorsqu'il périsseit dané les combats^ devoîl ^t^ .i^éputé Martyr, il importok, d'un côté, queî I'IUusîob. des faux 1 Mortyroioges du protestantisme fût détruite , «t^ d'aatn&ct^é'> que Içs fidèles ne lissent pas la méprise de réputer Martyrs o{»KX.qi|[ ne mOjOfoifOt) dans.la réalité, que pour 'uae cause politique. L!un «^ Tiiutre nepOtUvant être faits alors avec un plein succès pai* voie d'instruction, ilome, parlant aa nom dei'Eglise, dut le faire par voip d'aittorité. Mais, de, ce que, pendant notre révolution , la religioa catholique a vu quelquefois sa cause associée à la. cause des coyalistes, il n^. s'ensuit pas que les circonstances aient été. les m^nes que lors des guerres des protestans. Elles il'auroient. pu l'être tout au plus qu'en ce qui coij^cornoit les combat* tans Fendéens et Chouans, dont les troupes prenoîent le nom dW-v fnéc cathoUque et toyaU (voyei Y ekdjIb). Aussi n'avonsTnous point

s^dbstînt long-temps de les sanctionner par un bref , car ce ne fut que neuf ans après , c'est-à-dire en i634, qu'il donna ce bref, en modifiant même leur rigueur par Fadmission de cas exceptes , dans lesquels on voit rentrer naturellement celui de nos Martyrs (i) ; 3/". qu'après , comme avant ce bref et ces décrets , la congrégation des

admis au nombre de nos Martyrs ceux qui y périrent, ou. sont présumés y avoir péri, pour la seule cause politique du royalisme^ Nous venons de montrer asseat péremptoirement, page 55, que nous savions distin^er l'une de l'autre. £h ! certes , si l'on peut dire , par rapport à ceux que- nous admettons comme Martyrs, qu'ils périrent aijssi pour ^ne cause politique , on ne sauroit nier qu'ils périrent bien plus pour la cause de la religion à laquelle il étoit de l'intérêt de l'autre de se rattacher, ils périssoient sans contredit pour elle,. ceux qui n'étoient mis à mort que parée qu'ils voulaient persévérer dans cette Foi que la persécution regardoit conune le plus grand des obstacles à l'établissement de sa république d'athées.

(i) Les réclamations des évêques contre les décrets de la congrégation de l'inquisition roD!iaine, et peut-être encore la répugnance du pape Hi^bain VIII à les sanctionner par un bref, obligèrent cete congrégation ellé-nirêifie à ks modifier. Six an» après, et le 5 juin i63i , «lie fut obligée demanifester déjà une décision de ce pape, qui, sui- Tant que Texplique fienoît Kl\>{de Serv. DeiBeat. , L. II, c. xii, n"" 2), permetfoit que « les histoires des serviteurs de Dieu, morts naturellemeiitou <Jairts le martyre, fussent imprimées d'après la seule approbation de l'évêque diocésain , pourvu toutefois, l^ que l'auteur n eût pas dit d'une manière absolue et définitive qu'ils étoient bien^ heureux;- éb'ti*an^portant à. la personne ce qui appartenoit à sa conduite, ou provenoît de l'opinion publique; et a^ qu'il eût mis, au commencement et à la fin de'^to livre, les deux protestations dont nous venons de parler. » Ce^tidanl Uii)ain TIII ne se décida pae encore à confirmer pontfficalement ces* divers décrets qu'il vouloît concilier autant qi^'il étoit ^<ys^ble. Ce ne fut que neuf ans après les

Î)remiers, qu'il donna, le 5 juillet i654, son bref à ce sujet, par equel il ùit défendu , conformément à ces décrets , d'avoir chez soi des images de ces personnages 'réputés justes ou Martyrs, qui les re^ présenteroient avec Une autéole, ou avec un diadème, ou avec des rayons de lumière , et ce qu^en tentie d'art on appelle des gioirea. Mais le pape, sentant bien que ces décrets pourroient rendre douteuse la justification de tant de saints vénérés par l'Eglise , avaat l'établissement des béatifications et canonisations pontificales, comme ceux des temps voisins qu<î le Saint-Siège n'avoit pas encore proche

Rits , spécialement chargée des causes de béafifîcatiQn ; approuva toujours ce que vous semblez croire quHls vous interdisent, c'est-ànlire, au lieu de ces lugubres messes expiatoires le jour anniversaire de la mort des serviteurs de Dieu , même non Martyrs, et non encore déclarés bienheureux par le Saint-Siège , des messes de SS^ Trinitate , de jSternâ Sapientiâ^ ou in Honore omnium Sanctorum{i)i

mes bienheureux, et à la sainteté desquels les fidèles rendoient dë)4 des hommages publics, il déclara « qu'il ne youloit ni n'entendoit préjudicier en rien à ceux qui, du commun consentement de l'Eglise^ ou depuis un temps immémorial, ou d'après les écrits des Pères et des saints, ou par une longue croyance , ou par la tolérance, soit du siège apostolique, soit de l'évêque diocésain, receVoient un culte public » : Quoa siipra dicta prœjudicart in'aiiauo non vu4t, fumid intendit lis, qui, autpercommunem Ecciesiœconsensum, vei immemorahiiem temporis cursum, aut per Patrum, vivorumque sanctomim scripta, veî iongissimi temporis sdentia, ac taierantia sedis apostoiicœ, vei ORDINARIi coiuntur. Benoît XIV en inféroit avec raison que, par là, Urbain VIII ouvrit une voie aux cas extraordinaires dans lesquels avoient lieu ces exceptions : ah his igitur exceptioniius à démente ettatn VIÏI excogitatis, orturh dudt via extraordinarna q^sœdidtur casus excepti ( ibid. jL. II, c. xvn, n"* i) ; et dans cette voie extraordinaire étoient certes i)i^ les Martyrs des huit premiers siècles de l'Eglise : d'où il seroit permis de conclure que les nôtres, immolés dans une persécution qui a été si semblable à celles d'alors, comme nous l'avons démontré^ peuvent appartenir en quelque façon à la voie extraordinaire des cas exceptés. Ce fut dans ce bref qu'Urbain VIII, ajoutant de nouvelles . règles aux anciennes, potir'les procédures de béatification, défendit aux évoques des lieux dans lesquels seroient tnorts ces personnaffe» réputés justes ou Martyrs, de recevoir des informations, de faire des enquêtes sur leur vie et leur mort , ainsi que sur les miracles opérés par leur intercession, sans une délégation tbrmtelle à cet effet, sotfs peine de nullité pour leur procédure ; et, comme si ces âmes réputées même à bon droit. juslei ou Martyrs, pouvoient être fesponsables d'un culte* public que, dans son enthousiasme impatient, la piété des iSdèles, vivement frappée de leurs vertus, leur rendroit d'abord spoiîtanément, et ensuite avec persévérance , avant le jugement du Saint-Siège , ce pape statua que, dans ce cas , elleà pourroient êtfe a jantais privées de toute béatification et canonisation pontificales. (Voyez, sur ce point, le n" 4 du c. XVII du L. Il de Serv. Dei Beatif,)

(i) Urbain VIII avoit reconnu qull ne pouvoit interdire le culte

(90) 4^^. qjue Rûiiie elle -même n'a pas cru devoir ensuite accorder une place à ce bref dans son grand Bullaire > dont les volumes , où se trouvent les bulles et brefs d'Urbain YIII, furent publiés en 1752, sous le ponti^

priré qui est du droit de tous les fidèles en particulier; et nous professons que , suivant la discipline actuelle de l'Eglise , le culte public ne peut ayoir Ueu qu'après l'autorisation du Saint-Siège. La question est de savoir si le» messes de Stmctissivfia Trinitate, de JEtenia Sapientia^ etc^, \^ your anniversaire de la mort de ces serviteurs de Dieu, appâitienneqt au culte public 9 ou ne sont que du culte privé* La congrégation dés Rits , à laquelle res3ortissent les causes de néatfiication et canonisation ^ iavoit déjà repoussé tout doute à -ce sujet ^ dans plusieurs circonstances 9 et notamment encore en 1625 , l'année, même de la. béatification de saint André Avellin) lorsqu'elle publia^ comme édifiante, (a. réponse que son secrétaire, c'est-à-dire Paul Mucanzi, Tbéatin, avoit faite sur ce qui avoit été demandé à la congrégation ^ relativement à pareille n^essje qui s'étoit constamment célébrée à Naples, le jour anniversaire du décès de ce bienheureux. «La dévotion privée, ayoit-il dit, ne sq peut enlever ni défendre à persop^e : c'est pourquoi je crois que , le jour de ce serviteur de Dieu 9 l'on peut célébrer une messe solennelle de Sanctissirna THrUtàte 9 fro-gratiamm actione, afin dé donner quelque consolation au peuple qui y accourt » Lorsque^ la même année , on vint dénoncer à la congrégation des Kits une semblable messe qui se chantoit à Rome « le jour anniversaire de la mort de saint Pie V, non encore déclaré bienheureux, elle répondit : Cetehrationem rms$œ de Sanctissima Trinitate toleranda/m es^e. Plusieurs théologiens , et notamment le Théatin Molfési, mort ^ Maples en 1620^ et cité par Benoît XIV {Hfid> L. II, c. xi:,.n'' 16), décidoient aussi permissum esse d/ic festo servorum Dei non heatifwatorum ,neque cationizatarum , canerermssam etiani soiemnem j dé Sanctissîma Trinitate (ÇonsiL 45 in 7, Condus.y Comme, dans les càqses de béatification qui survinrent 4 cette congrégation, après les décrets et le bref d^ Urbain y III, il n'en étoit presque point ^ù il n'y eût eu de pareilles messes chantées les jours anniversaires de la mort de ceux qui en étoient l'objet , elle les regarda comme suffisamment autorisées par le Saint-Siège. Malgré la rigueur de ce bref et de ces décrets contre tout ce qui se rapprocheroit d'un culte public, elle ne désapprouva point qu'aux funérailles ^e saint François de Sales , à Lyon , le peuple e^t fait éclater des transports d'allégresse, et l'eût publiquement invoqué comme saint; que , sans la permission du Saint-Siège, on eût publié des vies édifiantes de saint Louis de Gonzague, de saint Philippe de

( 91 ) ficatde BenohXIV (i) ; 5^ que cet illustre Benoît XIV, lorsqu^ avant d'être pape , n'étant quç rarchevêque Lambertini , et raisonnant en théologien cardinal , il traitoit ce bref et les décrets avec plus d'égards dans son traité de Serv. Dei^Beatif.^ avoit même toujours penché du côté de la congrégation des Rits , ne présentant que comme une simple conjecture de sa part l'opinion , obKgée dans sa position, que ces messes pourroient être presque regardées comme appartenjant à une sorte de culte public ; opinion qu'il infirmoit ou restreignoit encore de plusieurs manières (2). Tout ce qu'on peut

Néry, etc. etc. etc. Quoique Urbain YIII eût ftévèrement défendu les images où les serviteurs de Dieu aeroi^t représentés ayQc des signes de la gloire céleste, la congrégation fut loin d^ blâooier ces anges dont on ayoit orné le toaibeau de saint Y încent de Paul 9 et cette Couronne de fleurs ayec laquelle sainte Catherine d-;) Kicci aypit été peinte sur Je sien^ £^ii, quoique ces décrets et ce bref eussent défendMy comnie une provocation au culte pubUc» en lee qui concernoit les Martyrs, tout ce qui affîrmoit notoiremient, avant aucune déclaration, aucune permission pontificale , qu'ils ayoient été immolée . pour )a Foi , elle décida néanmoins 9 le ao novembre 17179 qu'une inscription mise au bas des images des jésuites Rodolphe. Âquaiiva. et compagnons, distribuées avec profusion aux fidèles, n'était point contraire aux décrets d'Urbain YIII, bien qu'elle affirmât qu'ils « avoient perdu la. vie pour Jésus -Christ et sa Foi. » Elle éluda de même ces décrets, le 3o juillet i7!|i9, à l'occasion db la châsse dans laquelle on avoit iq^porté des Indeâ le corps du jésuite Jean de Britto» que* tous le» fidèles venoient vénérer , et sur laquelle étoit grayée cette inscription , qui le leur désignoît .ccunme un Martyr : Hie asservaaUur e^m.vpmralniis Pa4ris Joamm de Btitto oeeûixle maruUuo Ra/man4ul&vcr reguU Maravénsis in odiwm fidd gué^rta feénuirii 1693. Çon avis fut que cela ne devoit pas être pris pour un acte de culte public.

(1) Il n'est point, en effet, dans le Coliectionis BuUwnim , Brevium, aiiorumqu» difdoniatum mcrosanctœ B<mliçœ Vaticcunœ Tomus III, à JvMq lit ad Benedictum XIV : imprimé à Kome en 1762, 6'est-à-dire sèus le pontificat de œ derniier pape, qui, sans doute alors, pluâ libre dans ses jugemens, attachait moins d'importance à ce bref qu'il avoit cependant imt valoir dans ses propres écrits, avant d'être pape.

(â) £n parlant, non de Martyrs, mais seulement .de serviteurs de Dieu décédés avec une réputation de sainteté , à l'occasion desquels ,

( 9^ ) inférer de ses raisonnetnens à cet égard, et des exemples par lesquels , tantôt il les étaie , tantôt il les détruit , se

le jour de leur décès ^ on chantoit une messe de Sanetissima Trini» tau s ou eic, par une concession, apostolique, il disoit : « Gomme il est facile de comprendre qu'en substituant une telle messe à une messe de morts, on croit que Tâme dHin serviteur de Dieu, en mémoire de qui on la dit, n'a pas besoin de nos suffrages , je penserois que la confiance, mani^stée de cette manière, rentre dans un culte public, quoique moindre que celui qui s'annonceroit par une messe où Ton nommeroît le serviteur de Dieu dans les collectes , » c'est-àrdire où oh Tinvoqueroit formeHement. Laissant de côté cette distance immense qui sépare la messe d'actions de grâces à Dieu, de la messe d'invocation formelle, distance qui affoiblit si fort ce qu'il ne donne encore que comme son opinion particulière de théologien , il nous suffit de remarquer que tout ce^qu'il en conclut, c'est qu'il iconyient d'être autorisé dans ce cas-FA par une concession apostolique. Le seul exemple postérieur aux décrets d'Urbain VIII, qu'il nous apporte d'une semblable concession, en ipreuve de cette opinion, regarde moins la meh^^dù Sà/netisrifna Trvnitate, chantée à Narni, dans le diocèse de Ferrare^ le jour du décès de la bienheureuse Lucie, avant toute béatification pontificale, que l'exposition solennelle dé ses reliques, le même jour, dans là même église : permission, accordée le as août 1711, par la congrégation des Rits, et confirmée par le pape Clément XI, le fl5 septembre de la Tnême année. (De Serv. Dei BeaUf. L. II, c. xx, n* 17.) Lambertini prévient, à ce sujet, que les exemptes auxquels se rattachent des induits ne doivent pas être pris taxativi, mais seulement denumS" trativè, non comme des règles , mais comme des faits ; et il semble affecter de nous décrire le spectacle édifiant et utile que produisoient, avant les décrets de 16a 5, tant de messes de ce genre célébrées de toutes parts, même avec les premières et secondes vêpref(, sans induit' ni concession , le jour du décès des serviteurs ou des servantes de Dieu, décédés en odeur de sainteté, et non encore béatifiés parle Saint-Siège. C'est arec une satisfaction yisible qu'il nous parle de la messe à laquelle assistoient les cardinaux nés à Rome , le jour du décès de sainte Françoise , Romaine ; comme encore de la déyotion publique à celles qui se chantoient arec une égale solennité les jours anniversaires des décès de saint Ignace de Loyola , dej saint Louis de Gonzague , du bienheureux Stanislas Kostka , de saint André Avellin , de saint Philippe de ^iéry, et de tant d'autres en d'autres lieux, tels que du dominicain Marculin, àTorli; du bienheureux ^gide ou Gilles, à Santarène en Pologne ; de la bienheureuse Louise, desbieiiheureuses Colette et Ide , «'linsi que d'une multitude d'autres en Belgique. (Voyez les BoUandistes, tom. 3., maii, p. 4oa ; et Molanus, Innatàti Sanétarum Belgii,

réduit à faire penser qu^il seroit bon qu^en pareil cas , ces messes fussent autorisées, ne fût-ce que tacitement.

addiêê lê^aprUis^ ôtnartii, ii decevnhris.) Lambertini parloit même sans aucun blâme de cette messe décidément y o tire et d 'invocation i Gaïudeamus omnes, etc. ^ qui fut chantée solennellement à Goa, en Thonneur de saint François Xayier^ lorsgu'en i554 son corps y fut apporté des rires de la Chine , où il étoit mort en 1 552. Ce théologien, à la vérité, paroit ensuite s'amender en disant « qu'il ne s'agit pins ée ce qui se faisoit autrefois, mais de ce qui doit se faire an)oard'hui, » d'après les décrets de i6a5, et le bref de i654; et cependant il les infirme encore en d'autres points. Quoiqu'ils eussent défendu les tableaux votifs , les images de cire ou 4'argent, les lampes et les cierges offerts aux tombeaux des serviteurs de Dieu non encore béatifiés, Benoît XIV remarquoit que, dans les procédures de cano-^ aisation de saint Thomas d'Aquin , de saint Antonin, etc. etc. etc. , la congrégation des Rits avoit trouvé bon qu'on eût brûlé des cierges sur leurs tombeaux , dès le jour de leur mort , et il regarde cela comme très-permis à présent, par rapport à d'autres, ut signum particurtaris etpriveUœ lœtitiœ; ut signum giorîœ qua prohamiiter credimus fruisanctos nondum apprdbatos, nous avertissant en même temps que c'étoit aussi l'avis du cardinal Bellarmin. Il approuve, non moins formellement, qu'on y aille suspendre des tableaux votifs {ihid. iAid., c. XI, n"' i5 et i4); qu'on porte leurs reliques aux malades qui les demandent [ihid,, c. xiii, n** ii ).; que, le jour anniversaire de leur mort, on prononce solennellement leur panégyrique, modo ut orator se conttneat in deéitos fines, et heatitatis aut sancti- UUis tituium, à moriôus et opinione ad personam, non trcmsferat {iéid. ibid,, n** 4)* ^^^ comment tout cela ne seroit-il pas per*mis, puisque, selon sa remarque, à la mort de chaque pape, en l'exposant dans une des chapelles de la basilique de Saint-Pierre , on avance ses pieds en dehors d'une grille ouverte , afin que le peuple , qui vient en foule pour les baiser avec un sentiment de culte , puisse commodément satisfaire sa piété P Toutes sortes d'hommages qui ne seroient que d'un culte privé , sont donc formellement autorisés par ce grand théologien (n*" i5); et il faut bien observer que, par les exemples dont il s'étaie, il les permet à l'égard même des serviteurs de Dieu morts naturellement, et dont la justification ne peut tirer ^a complète notoriété que des miracles opérés par leur intercession auprès de Dieu. .Que seroit-ce donc à l'égard de Martyrs dont la justification est rendue certaine par leur seule mort pour Jésus-Christ, indépendamment de tout miracle ? Et voilà pourquoi il ne milite aucunement contre nous l'exemple qu'il cite de cette messe de morts qui continuoit de se célébrer à Rome » pour le pape Innocent XJ , dont

( 94 ) par la seule congrégation des Kits , qui jamais n'a refusé une telle autorisation, lors même qu'il ne s'agissoit que de

la congrégation des Kits ayoit entre|>ris la procédare de béatification , qu'elle n'a jamais pu conclure , parce que ce serviteur de jPieù n'étoit point de la classe des Sfartyrs^ et qu'il talloit des miracles pour sa béatification. Il est permis de douter si, en ce qui les concerne, Lambertini a touIu faire valoir bu restreindre la décision d^nnocent III , portant que : « Célébrer des messes de morts pour un Martyr, seroit lui faire injure a (De ceteératione missarum^ cap. càm Marthœ), lorsqu'il ne lui opposé qu'une subtile distinction scholastique , en disant que cette décision ne doit s'entendre que d'un Martyre vin^ dicatOy c'est'â-dire béatifié par un jugement du Saint-Siège ; lorsc|u'il est évident , par la lecture de la lettre même d'Innocent III, d'où cette décrétale est tirée, et de laquelle il sera fait tout à l'heure une

{)lus grande exposition, qu'il a parlé en général d'un Martyr seuement oon^t^mma^o. L'explication obligée que Lambertini donne de la conséquence qu'il tire de sa distinction, ne consiste qu'en ces mots : Quippe quddn hoc iri re, pubiica et QUASI soiemnis inesset deciaratto eo$ esse perfectè veatos , et nostris preçationiéus non indigere; quod ante Ècdesiœjudidum fieri omnino nan.Ucet. Le mot QUASI énerveroit déjà beaucoup ce raisonnement, s'il avoit quelque force; mais qui peut croire que, par une messe d'actions de grâces à Dieu qui leur a donné le courage de souffrir le martyre pour sa cause , on feroit une déclaration canonique de leur béatitude ? Nou» manifesterions seulement notre foi, dont tous les articles sont indivisibles, et qui veut que nous regardions comme perfectè heatos et nostris precationivus non indigentes , ceux qui sont morts pour Jésus-Christ. Cela sera prouvé jusqu'à la démonstration la plus évidente, par Benoît XIV lui-même , lorsqu'il parlera des enfans morts après avoir reçu le baptême.

La lettre qui a fourni la décrétale d'Innocent III, dont il vient d'être parlé , et qui doit en doriner l'explication , étoit adressée à Jean de Bellesmes, prélat savant, précédemment archevêque de Lyon, qui avoit demandé à ce pape, quand, par qui, et pourquoi cette secrète, ou prière super oitata du Sacramentaire du pape Gréffoire-le- Grand : Jnnue noiis. Domine, ut animœ famuii tui Leonis (saint Léon) hœc prôsit oblatio, avoit été changée, dans les modernes sacraméntaires , en celle-ci : Annue nohis. Domine, àu€tsumus 9 ut 9 intercessione ieati Leonis , hœc noéis prosit ohiatio. Ni l'une ni l'autre n'avoient été c(ans les Sacramentaires du pape Gélase; et, depuis saint Grégoire-le-Grand, on ne voyoit pas que saint Léon eût été canonisé autrement que par la vénération publique. (Toy. ci -devant, note 1 9 p. 80.) La réponse d'Innocent lit à Jean

( 95 ) serviteurs de Dieu décédés naturellement, et à la béatification desquels les miracles et de longues procédures

de Bellesmesy commençant par ces mots Otm Marthœ^ est trèsrenoarquable sur ces trois points. Super qiLO tihi taiiter respomiemtis, lui écriToit-il, qttdd quû iiiud mutaverit, aut quandà mutatuni fuetit, ignoremiu». Sdmttê tamen qua fuerit oeca^ sione mutatutn, quia cùm Sacrœ Scripturœ dicat auctoritaa fudd injuriam fadt Martyri qui orat pro Martyre, idem est rationedofwimiii de sanctis aUts sentiendum , quia orationiims fwstriê non indigent, pro eo quod càm situ perfectè heati, omnia eis ad vota succedunt ; sed nos potiûs orationiims eorum indigemus, quos, cùm miseri simus, undique mata mulia perturbant. Vndè quod in pferisque orationibu^ continetur prosit, videlicet i;e^ proficiat huic sancto, vel illi, talis oblatîo ad gloriam Tel honorem , ità sanè débet inteiiigi ut ad hoc prosit quod magis ac m>aais à fidetibus giorificetur in terris, aut etianx honoretur : iicèt pieriqus reputént non indignum> sanctorum, gioriam usque adjudidum augmsntari, et ided Ecolesiam, intérim^ sanè posse augm^entum, giorificationis eorum optare. Utrûm tamen in hoc articule locum habeat iila disttnctio qua docetur qudd defunctorum, adii sunt valdè boni, aiii sunt vaidè maii, alii mediocriter boni, et alii mediocriter maii; undè suffragia quœ fiunt à fidetibus in Ecdesia pro valdè bonis, actiones sunt gratiarum; pro vaidè malts, eonsoiationes vivorum; expiationes verd pro mediocriter bonis, et propitiationes pro m^ediocriter malis, tua .discretio investiget, ( Epist. Innocenta III, libri XI editi à Steph. Baluzio, Epistota lai; t. I, p. 671. )

Ajoutons à cela que la plus frappante des cérémonies de canonisation qui se font avec tant de solennité dans la basilique de Saint-Pierre du Vatic^a^ depuis la bulle de Benoit XIV, Jd sepulcra AposUH ioruTn, du. 9 des calendes.de décembre 174* (car auparavant les canonisation;» n'a voient pas d'église fixe) 9 donne lieu de conclure qu'en établissapt ces cérémonies pour la canonisation de sainte Brigitte par le pape Boniface IX , en i4i49 O" n'entendit pas les donner toutes comme nécessaires à celle des Martyrs. Parmi les offrandes faites k l'ofifertoii^ de la messe célébrée par le pape , furent alors deux colombes blanches avec deux tourterelles enfermées dans une cage peinte en vert. Le p«^pe en délivra une y et elle s'envola dans les airs. On voit dans un vitdre des cérémonies de canonisation , imprimé à Rome en 1494» qu'un cardinal ofTroit alors une cage peinte dans laquelle étoient deux colombes, blanches dont «une seulement devolt être délivcée^jo etpouvoit s'envoler Un second ofTroit une autre cage

(96) sont indispensables ; tandis que les miracles et les longue» procédures sont inutiles lorsqu'il s'agit des Martyrs.. £h ! pourquoi donc , si pour les nôtres cette autorisation vous sembloit nécessaire , vous êtes-vous abstenus de la demander ? Ce ne pourroit être , sans doute , parce qu'il étoit à craindre que la congrégation ne regardât pas comme Martyrs des évêques, des prêtres, des chrétiens de tout sexe et de toute condition qui ont été si matiifestenient immolés pour leur foi , et qui sont morts par obéissance même aux décisions du Saint-Siège, en la personne mille fois auguste de Pie VI (i). Ce n'est pas

semblable dans laquelle étoient beaucoup de petits oiseaux dirers , mais qu'on ne déliyroit point. Dans la suite 9 ce genre d'offrandes se composa de trois cages, dont une étoit dorée, et renfermoit deux tourterelles; la seconde, simplen^ent argentée, contenoit deux colombes blanches; et la troisième, peinte en plusieurs couleurs, étoit pleine d'oiseaux de diverses espèces. Une telle allégorie de ce que le pape étoit censé faire en ne délivrant qu'une colombe , pouvoît convenir à quelque }uste délivré du Purgatoire ou des limbes par la puissance spirituelle du Saint-Siège. C'est ainsi que l'entend la multitude de Rome, avide de cette cérémonie. Mais s'il s'agissoit d'un Martyr, elle ne pourroit convenir en ce sens, puisqu'il est de foi qu'un Martyr, par cela seul qu'il mourut pour la cause de Jésus- Christ, fut, par l'unique effet de cette mort, introduit aussitôt dans le sé)our de la gloire céleste. Benoît XIII supprima la cérémonie des cages dans les huit canonisations qu'il fit en 1726 et 1727; et il la permit ensuite une ou deux fois, parce que les canonisés n'étoient pas des Martyrs. Benoît XJV ^onne à entendre qu'elle n'en resta pas moins quelque temps supprimée ; car il dit que cet usage ne fut repris que par son prédécesseur Clément XII. Il a été pratiqué dans la dernière canonisation faite par Pie VII, lé 241'^^^ 1^07 9 insds elle concernoit seulement des bienheîireux ou bienheureuses, qui n'étoient point Martyrs. Nul bienheureux n'avoit été canonisé depuis quarante ans , où le furent en 1 767, par Clément XIII , six justes , dont encore aucun n'étoit Martyr.

(1) Ce seroit bien le cas de dire ce que saint Bernard écrivoit au pape Innocent II , au sujet des masssacres presque simultanés du Vic^ torin, le bienheureux Thomas de Paris, et d'ArcharabauIt , sousdoyen d'Orléans: Proh dotor I juxtà prophetam (Osea/m.^, 2) sanguis sanguinem tangit, et simul juncti fortiûs cla/m(wt ad vOs de Franciâ, Ciamat, inquani, et voeiferatur uterque sanguis ciàmore tàm valida, ut vaUat ip9um ^jiwque paiatium iwiestm

( 97 ) non plus que vous en soyez venus à douter quHIs soient morts pour la Foi, en mourant pour cette cause : seroit-ce donc que vous craignissiez de déplaire aux persécuteurs ou aux héritiers de leurs systèmes , en rendant grâce à Dieu de la gloire de leurs victimes ? Nous reviendrons sur la possibilité et les dangers de cette déférence.

Au surplus , les opinions conjecturales de Lambertini , Iprsqu^il ne raisonnoit qu'en théologien, suivant sa position y s^ évanouissent comme une légère vapeur devant ce qu'il expose, quand il parle en interprète de la Foi.

Vous venez de Tentendre dire , conformément à la doctrine des temps apostoliques , « que le martyre produit, pour la justification, le même effet que le baptême (i) »; entendez-le maintenant affirmer, avec saint

concourt; tàtn pio ut et scixea pectara debeat ematHrô. Quid facis, amice sponsi, custoê sponsœ Christi, pastar avium ChrisH? Putasnc suffUAes excogitart r^ùmedium quod huic obviât pesti tàm nefantUB» tàm inavditdb^? tic. etc. (£pist. 161.} (1) Voyez ci-deyant, p. 82. Indépendamment des passages des /SS. Pères qu'il y a indiqués, on en peut citer d'autres non moins formels. Si deiictum est , dit saint Cyprien , occiditur; ri crimen, oésistit» (De Laude.) — Nihit tam magnum atquc ventrandum quàm quàd libéral à m^rrte et fdcit vivere, et tfat perpétua

regnare cum êanctis Detts om^nium cuUar, veiut quodda/m

tnartyrio remedium vitœ dédit, quando aiiis pro msnto eorum tribuitur, oMispromisericordiasuatradidit. FidimtModhunê nominis tUutum fide nobiies venisse plerosqué, ut devotionis obsequium mare honestaret , sed et aHos fréquenter €ulspeadm,us interritoê stetisse, ut admiesa peccata redim^entes, cnUrre suo ioti haberentur in sanguine, et reviviscerent interem,pti qui viventee computabantur oedri. Mors quippe integriorem facit vita/m, mors a/missam invenit gioriam; na/m hoc spes jarri am,issa percipitur, hoc salus cuncta reparatur, (£pist. 77. ) — Saint Ambroise disoit : Mudti càm essent exitus vitœ, usque ad finent te dudt ( Deus }, tisque ad martyriu^m prosequitur; ibi constituit beatitudinum paimam ( in Luc. L. Y ). — TertuUien s'ezprimoit ainsi ^ dans son Apoù^gétique (cl.): Totwn Dei gra^ tiam redimit {martyriutn) , omnem veniam aé eo compensa-^ tione sangtdnis sui expedit; et dans.son livre DeSeorpiaco (c. yi), parlant des péchés qu'on a le malheur de commettre après le baptême,

( 98 ) Thomas (i), « qu'au décès des enfans régénérés par ce sacrement , il ne faut pas célébrer des messes de morts , ni réciter les prières pour les défunts (2). » La raison qu'il en donne est péremptoirement revendiquée par les Martyrs mêmes non vindicatif et seulement cànsummatiy puisqu'avec leur baptême de sang 9 ils ont obtenu la même justification que les enfans avec Teau baptismale^ « C'est, dit-îl , que , si Ton faisoit pour eux des sacrifices et des prières de ce genre , on induiroit le jpeuplé à croire qu'ils souffrent des peines daiis le Purgatoire, et que, par conséquent , leujr baptême n'a pas suffi pour Içs jqstifier devant Dieu (3) » : ce qui sèroit une des plus décourageantes héréçiç^. £t c'est à çèlte-làj même que vous poussez les esprits dp la multitude , par vos sacrifices propitiatoires , vos chants lamentables et vos discours plaintifs, le Jour anniyersairç dç celui où ils naquirent a la vie immortelle, in glorioso nàto//; de çelqî ou ils furent introduits dans la gloire ! ^ :

il dit : Poiuit igUur {Deu^ seçuruta satatia, extrema jrrqs^JM» dimiefUiôhëih martj/rU,' et tava^n'ûmsanguinisindèsecûrum^.» PrôpHècHim MàHyHtmnihiijam rèputari potest , quiima in tavàcrd ipsa vtia 'depanitur^

(1) Ad 4* Distinct. 12^ quœst. 2^ art* 7 5 quœst. 3.

(a) Missorn céteirari adf^%^ç po$se pro parvuiis haptizatis, non qui^moff, rlbdemptioneni Cf^ipœ, necadaugmentum glo^ riœ ; sedad soiatium vivorum, qd commmdandum redmtp^ tiânis 'nostt[as^ myèteriurn , ad gr(ifiarufn actianein pro ipsis parvuiié, et ad ostçndèndum quàd pertinent ad corpus Christî fnysticum. (De Serv. Dei Beçt^f. L. II, c. JXy o"* 16. )

(3) Et sq/nè , ne pte6s imperita , quœ sola rerun^ spede duci-* tur, si viflerù , in wfimtium oéiHi , sacra et preces perinde fieri atquepro aiiis dpfunetis , putaret eos ad eocsoivend<ji^ purgatorii igni^ piosfnas, eccUsùm suffragiis indtgeré {iéid. thid, ) Benoît XI V cite même comme autorités lapliipart d^s missels et rituels des églises ^e France» dans lesquels il est ok'danné, si l'on veut célébrer une messe pour les enfans morts après le bâptém^ , de dire la messe De Sanc^ tissima Trimtate, ou De AngMs, oxxDè Die currenti^ comme cela est expliqué par Thîèrs, -dans soq traité des Superstitions qui rê^QTd^ni tes sa^crtmûns.

( 99 ) céleste par leur baptême de sang. Eh quoi ! lorsque YOiis-mémes ^ à la mort des enfans baptisés , et sur la béatitude desquels encore la Foi ne resta pas toujours bien fixe (i), vous allez avec tant d'assurance, et sans vous croire liés parles décrets d'Urbain VIII, chanter dans noà temples : « Ne versez pas des pleurs sur le trépas qui leur a doniié la vie en leur ouvrant le ciel : il né reste rien à souhaiter à ces saintes âmes : nous ne pouvons rien demander, si ce n'est qu'elles prient Jésus -Christ d'avoir pitié de nous , et de nous réunir avec elles dans le choeur des bienheureux dont elles font partie (2) ; » vous venez, dans le même temps, consternés et cou-

( 1 ) Le Sa>cramerUaire du pape saint G^ase , n*" 96 et 97 , et même celui de saint Grégoire-le-Grand , n° 106, attestent cette incertitude aux temps où ils y i voient. Dans l'oraison ou collecte du premier » l'on dîsoit : Deus qUi ad ccUeste i^egnum non nisi rehatis per aquarn^ et Sfriritum sandum, pa/ndis intraàttm; muitipiica super anima/m famud lui (JY) misericordioim tua/nh; et cui donastî cétérem et inconta/mvnatutn trcmsitum post iaptistni sacramentum, da ei et piémiudmem gïaïudiorum. L'oraison étoit la même dans le S(icranienta/rmfn Gregorianum, si ce n'est que le mot ceierem y étoit remplacé par ci»(esiem, mais l'esprit en étoit le même ^ comme le proUrent la prière Supér obiata, ou secrète, et la^post-communion de ce Sàcrâtnehtairie : aans l'une, on disoit : Prapitiare. Domine, supptiûAtiôniéus nostris pro anima fam/uii fui (N), pro qua tibi offerimus sacrificium uvudis ut eum, sa^nctorum tuorum consortio sôùktre dignéris; et dans l'autre : Ut au&m in fine istius vitœ regelt&raitiofiis fonte mundasti , ad eo^ iestis regni beatitudinefn faciois petvenire. Le point de Foi dont il est question ne paroît avoir été bien rétabli dan» toute l'Elise que par le concile de Trente, dans le canop 5 de la cinquième session [De Pecea/to originaH), crû il est dit : Nihit est dàthnàtionis in iis qui ve^è consepuiti SWM eÛfnCÛHsto pei^baptiisinUm^.,,.. ita ttt nHUi eoê a/h ingresêu ôM6 rèrhôtètûi*.

. (i) Proses et Otiaisôns du lâissel Parisien 9 dknà là' ûjàiié In èxe^quiisparvulorwfa, où l'on çbante :

J^aHëH riè ààie plane tum >

Funus hoc , funûs sancium y Vitam Wllifs hœlè largîiur:

Cmlum hïc ap*ritur^

( lOO )

verts de deuil, à Toccasion de vrais Martyrs dont la justification jamais ne fut douteuse dans TEglise (i); vous venez déconcerter notre confiance , en faisant retentir d'avance , comme devant nous effrayer sur leur sort j ce terrible fracas de la trompette du jugement : Tuba mirum spargens sonum ; et vous demandez i Dieu « qu^ils soient purifiés par vos sacrifices propitiatoires ; et que , dans sa miséricorde, il leur accorde le pardon et le repos (2)! » Ici toute notre foi se confond, et l'on ne peut sortir d'un trouble aussi affligeant que par un raisonnement qui ne l'est guère moins ; car enfin,!puisque tels et tels que nous appelons à bon droit Maftjrrs^ ont voulu mourir et sont morts plutôt que de trahir leur foi , ou de violer la loi de Dieu , comme tous les contemporains l'ont vu, comme l'attestent les plus irrécusables témoignages , notamment ceux de nos|évêques, premiers juges , et juges les plus compétens en une telle cause ; ces sacrifices expiatoires , ces chants et ces discours

Nil damnatioms reperitur.

Feiici çuid nos optemus

Anima ? Quid postulemns ?

Quin ipsa CAristum precatnr^

Reis nobis ut misereatur.

Tasostfitûf, ChrisU^longm Nos parffuUs junge : '

Choris beatis Nos infer gratis.

Voyez encore le missel de Reims, et quantité d'autres.

(1) Dans les Sacra/mentaires Gélasien et Grégorien, toutes les prières relatives à ceux qui étoient morts Martyrs, ay oient le même sens que celle-ci du second de ces Sacramentaires : Adjuva nos. Domine Deus noster, ieati (N) Ma^tyris tui jyreçUms exortUus» ut , etc. etc.

(a) Vt animœ purgatœ sacrificiis induigentiam pariter et requiem copiant sempitemam. — His emundati sacrificiis, — Ijms nunc prosit ad veniam. — Judicandus homo reus, huie ergo parce Deus; etc. etc.

lugubres ne peuvent-ils pas rendre équivoque votre croyance ? Mais, en même temps que d'ailleurs ils outragent aussi ces glorieuses victimes , ils les dégradent encore dans Topinion des chrétiens, et compromettent même votre propre cause (i).

Vous les dégradez, puisqu»2 vous ne pouvez vous mettre à fléchir pour eux la justice divine qu'aprèfs les avoir idéalement arrachés du trdne céleste où ils sont assis pour vous juger, et les avoir ensuite , par une téméraire hypothèse , précipités vous-mêmes d'intention dans les feux du Purgatoire. Votre cause en est compromise, soit qu'on la considère en ce qui vous est personnel , soit qu'on l'envisage en elle-même ; car enfin , mal à propos et sans y penser, vous donnez lieu de croire que vous ne vous élevez pas à cette magnanimité d'âme qu'il faut pour apprécier l'héroïsme de leur sacrifice , et sans laquelle on ne sauroit.en faire un semblable : d'où les esprits sévères pourroient inférer que si vous êtes restés fidèles , c'est que vos épreuves n'ont pas été poussées jusque-là : Nondum usque ad sanguinem restitistis (a) ; et que, si la persécution renaissoit avec la

même fureur, en s'attachant à votre personne Quod

omen Deus avertat (3) !

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