SUIVANT LES TEMPS ET LES LÏEUX
LàES différentes armes qu'elle employa contre- la religion, et les diverses manières dont elle la persécuta, ont été déjà suffisamment décrites dans le Discours précédent. En y confessant que son but unique , et même son but principal , ne fut pas directement j à l'origine , la destruction du catholicisme en France, nous avons remarqué que cette destruction fut regardée, par les Méi^olutionnaires y comme un moyen indispensable pour réussir à mettre un prince ambitieux k la place du Roi légitime. La religion catholique étant,, par SCS fidèles ministres et leurs ouailles les plus vertiieuses , le plus ferme appui du monarque, il falloit,,dans ce projet infâme, déplacer, dépouiller, proscrire ces mini3tres , les ejLiler ou les égorger, afin que le monajrque pû.t être absolument détrôné.
Tel fut le premier but, et tels furent les expédiens de. la révolution jusqu'au jour où Louis XYI périt.sur un. é^tafaud :: on sait quel prince elle voulut jusqu'alors mettre sur son
trône. Le cDtip - fl*œîî ï^iîgîeux àu^el nûUS devons nous borner sur les événemens de cette première période ^ ne nous permet pas d'entrer i ce «ujet dans les détails que pourroit nous fournir notre connoissance particulière des manœuvres secrètes dont le vulgaire s*est contenté de déplorée lés r|sijtats« 11 en éïàH trop fi^rteni^nt frappé pêuv qu'il hii fût pbssiblè d^ |)éîiétïeî: le îïiystl&f é doni s'enveloppa la vraie cause de nos malheurs jusqu'au meurtre de Louis XVI.
Ceux qu'ensuite la France éprouva ^ et qui surpassèrent les précédens, eurent une cause différente. On a cru la voir tout entière dans le conflit des ambitions qui se disputèrent, s'arrachèrent le pouvoir ^ mais sa somxe étoit placée bien plus haut, dans un liua'ge épais, où elle est restée ignorée jusqu'ici du phis grand nombre, et où ceux qui, depuis lors, ont détruit la partie lu plus essentielle de nos archives révolutionnaires, l'auroient par là confinée à jamais, s'il ne restolt pas en certains mémoires secrets des espèces d'inventaires authentiques et circonstanciés de ces archives.
Mais déjà l'impiété effrénée dont ces ambitions rivales se firent un moyen efficace de succès, est suffisante pour que celles des victimes qu'elles s'immiolèrent comme fanati^pies, soient justement réputées Martyres de la religion. Que sera-ce lorsqu'un jour on mettra , dans la dernière «éviden ce, que la cause supérieure , la cause excita tive du choc de ces ambitions particulières, avoit elle-même voulu que cette immense portion du peuple qui restolt inébranlable dans la religion de ses pères, fût <( contrariée sans •rel&che dans sa lai , et persécutée ^usqu'À lu tn«rt pour sa cmyance; »
Après ce tableau historique, fait nniquemept pour àervir d'Introduction à tous ceux du même genre, h&tons-nous de les exposer Tun «pi^s l'autre, suivant Tordre des temps, autant que le permettra la différente situation des lieux.
NÏSMES.
La sitoatioB Aes catholîqiusK du Languedoc > où Les ^^fd-Yt- Tiistes étoient en plus gi^and mooikre que dtuuà les autres provinces de la Fiance , avoît miâ les ppemiers à même de -ootmottre niieuK qu'ailleurs le projet que, dés i^Sg, les jneneors de l'Assemblée Constituante ayeîe&t> conçu , de décatholiser la Franfie, suivamt l'eipression de |dirabeatL La correspondanee de lettres et d'intrigues qui exàntoit entre ce$ me&ctars et lesiplus ardens rëligioniiatves de la oaiitréé, 'particulièremeut de la ville de Kismes; les i espérances que eeiix<;i manifeste ient ssr le triomphai pafocfaain de leur oaji«e , par l'exécutien du platt de décatholisation générale; et, d'autre part, la tnaitî^ éqoi ve>^ite«t topfeuettse ddnt l' Assem*blée Nationale s'expliquoitsiul-'I^Btique reUgitm^sks Fraa^ -eaiâ , alarmèrent îustemeiît les éaiboliquéi dsi Lbngnedoéi>
Si le earaetère cbaud et 1>ôuiUant des kabilanls pouvait faire «oupcAoïtiieT ces catholiques d'avoir mis «neexagétatioti -évidente dans la «lanifestation de leurs silairm^s, il9'aa«- TOient'éCé justifiés par les^ événemens qtu.vintesit bientôt montrer qu'elles n'étaient pas vaines;. Mâts dëjÀâis »v«icsit de jastes motifs de craindre pour le ^régaede la Foi :1b fametriT' miiii^tre éee p¥d(el5t»»5 KismoiSy qui étidtt à l'Aesèm^ bléè Nationale, ftabaùddeSnititEtiein'ne, inondoit Nîshms de bro<shayes aiitf-caliiolié|[aes autai^t qu'atyti^nonarchtques. En même temps , trois protestai!!^^ savoir : 4tn nommé Mattel, dont le propos ordinaire éfeît que , y< de]^tiis>t«iOp labgk^èmps on parloir dé J^stts-Ghnst et des Bouiiyohs^ >tB. noinnsé Dupujr-^nbaîiil et un avocat appelé Griotet^;, 'pi}bliotent chaque jéHt en' cette ville uti J<mrnëldu^^Sr aa nuaià , qui laissoil^è^trevoir de siiiifiti^é^ desseins oo|Qtre4k Foi^vomaine et odMi'e la Monarchie. Vers Jà même ^pidqae^ «n^-autre
journal non moins effrayant, fait à Avignon par l'effréné Tourna] qui contribua tant aux massacres exécutés Tannée suivante en cette dernière ville (yoy^. Avignon) 5 le Courier iP Quignon annonçoit, cTun ton^^satisfait , qu'un armurier de Ifismes venoit d'acheter à Saint- Etienne enFiWez plus de quinze-mille ûisiis; et les catholiques Nismoisdécouvroient que^eet achat formidable av^oit été fait ponr le compte des protestans^de leur pays; Ceux-ci étoient les seuls dans Kismes qui fussent armés^ et ils avoitot à leurs ordres tous lesprotèstans, égaleBMnt armés ^ des villes et des campagnes du Ba5-Laiigueâoo<et des Gévennes.
^ Environnés' de ces préparatifs menaçant, les catholiques de Kismes sentivent leur, foi s'élever au-dessus du danger^ quand ils apprirent que l'Assemblée Nationale avoit rejeté avecnne hypocrite supercherie la proposition de déclarer que «c la religion catholique continueroit d'être la religion- de l'Etat, et dé)jousraeule' des honneurs du culte public. » Ils ae5 réunîveiit dains l'égliae des Dominicains, et y résolurent de .demandeur 'au iloî et àl'Assemblée Nationale ,que la relî- :gion<;oathotîque eonsei^vât l'honneur d'être la religion de l'Etat. Leur, iwquâte fut ^signée le '20 avril 1790, par cinq mille citoyens des trois oiulre^ ^ mais quand l'Assembiée Nationale en eut fait lecture> elle la traita d'écrit incendiaire^ en accusant les signataires ,d'avoir eu des vues criminelles. Ces cathQliques>' pjensant dans leur bonne foi qu'elle â'étoit méprise réellement sur leurs, intentions, se rassemblèrent de nouveau pour développer la pureté de l^urs i<\otifs dan&une déclaration raisonnée qu'ils envoyèrent av^ç une nouveUe adresse au. Roi ^ Le i*'' juin jsuivaQt.
Dans lemém^t^mps l«s catholiques de Montauban, df Alby , d'Ujez^ et d'autres vill«s de la méqie oontirée,,av()ient pris desemblabljeadélib^sratipi^St, et envoyé de pareillç^s demandes à l'a^emblée. -Toutes disoient que « leqra alarm^a n!étoient que trop.justîfié^pftxJes efforts d'une espèce de;philosopjbie qui u» «rfûgnoil pasd'ciiiseiguer dans ses livres élémentaires^
^ue la religien > les lois, rindissolulMlité' du mariage: étbîeni des institutions anti-sociales. » Les meneurs de l'Assemblée Constituante jugèrent alors qu'il ne fallait pas tarder davantage à soulever ouvertement les protestan» contre les catholiques de la ville de Nismes, où paroissoit être le foyer de tant de nobles réclamations du catholicisme. Rabaud de Saint-Etienne écrivit de Paris à son père, quiétoit dan« Nisn^es : a II faut qu'il y ait du sang répandu ^ n'importe le plus ou 1q moins : c'est le moment d'éclater ^ » et la lettre où se lisait cet ordre de carnage > fut bientôt connue dans la ville.
On se pressa si bien d'^exécuter l'ordre reru que^ le 1 3 de juin, dès trois heures du matin, plus de six. mille protesta^ des Gévennes, de la Vannage et de la Gardonenqae-,jap^lés par ceux de Nismes , y arrivèrent; eicette ville commença ce jour-là même à devenir un théâti*e de carnage. Du i3 au i6, plus de huit cents catholiques y périrent par le fer. ou le feu des calvinistes qui , de leur côté , ne perdirent pas seulement vingt hommes dans le combat. Et cependant ces catholiques attaqués, massacrés, lorsqu'ils étoient encore sans arni[es,, seront accusés d'avoir été les agresseurs, et même d'avoir forijoLé le complot d'exterminer tous les protestans. Jusques à; quand donc conservera-t-il ses grossiers prestiges, ce stratagème ordinaire des factieux, imputant t^onstamment à leurs victimes l'intention d'avoir voulu les immoler euxmêmes ?
Le premier acte de leur fureur s'étoit exercé contre le monastère des pauvres xeligieux capucins, sous le faux prétexte que c'étoit de chez eux qu'étoient partis les premiers coups de fusils tii*és.sur les protestans, mais plus véritablement pour la raison.que^ depuis long^temps , les protestans avaient résolu de se faire un prêche de l'église de ces pieux cénobites, et d'établir dans leur cloitre, un séminaire de ministres calvi;uistes y et voilà pourquoi l'église et Le cloître avoient étèenvahis^ profanés, dévastés, et cinq de ces humbles
C i^tt )
religieux atrocement assassinés : celui->ci aux pieds des att^ (els; celui-là dans le cloître^ ^t d'autres en leurs modestes cellules. (Foy. Benoit, Clat, etc.)
Ce ne fut pas le seul couvent, la sedle église que pillèrent ces furibonds ; et il mentit bien impudemment le Courier d'Aingnon , lorsque , pour empêcher de croire que la harné de la religion catholique les eût animés^ il asisura que les yaâes -sacrés n'a voient pas été profanés par les vainqueurs. Us le furent très^notoirement dans plusieurs églises ; et quelques jours après, ne vit<onpas, à Massilhargues , des protestans d« Nismes danser, vêtus en capucins, et affublés d'étoles, dt chapes et de surplis , boire dans des calices à la santé de la Nation ? A Saint -Gêniez, village de la Gardonenque, des protestans du lieu qui y avoient apporté en trophée l'ostën- ^oir delà paroisse de Saint-Paul de Nismes, l'y pi*Oztiendient «u bout d'une piqtie en signe de triomphe.
Mais il n'entre pas dans notre plan de décrire tous les massacres et toutes les .profanations qui eurent lieu dans IVismes "en cette occasion. Le peu que no^s en avons raconté se trouve exposé d'une manière uniforme par deux historiens cTopinions absolument opposées^n matière politique. L'un est L. Prudhomlne dans son Nisioïre des Crimes de l'a Rès^o^ itttiofiy au tome III, pag. 189 et suivantes, bùil parlée Yaffaire de Nismes; et pag. aaS, -où il raeonte le tnassacf^ particulier d^une famiUe par des protestans à Niâmes, lé iS juin de la même année. {Foy, Gas.) Le second hîsiorrcn est Ta vocat Froment, dans son Mémoire historique* et politique sur le massacre des catholiques de Nismes , /ej 1 3 , 1 4 > 1 5 et 16 juin ^ publié à Nice en 1790.
Entre ces deux écrivains se place arec une autorité non suspecte l'impartial Papon dans son Histoire âe la Révolu^ tion française y en 6 vol. « On eut Tjeàu, dit-9'(ttim. H), dénoncer à TAssemblée Nationale les meurtres étl es pillages faits à Nismes par les protestans, les conjurés obtim^ent qwe les plaintes fussent renvoyées au comité des redheréies, Où
elles dévoient rester ensevelies. Ce fut dans ce gouffre d'un oubli complaisant pour le crime ^ que furent engloutis les réclamations réitérées de la municipalité de Nismes, ses adresses et ses procès-verbaux. » Cependant, le i!fc octobre suivant, M. de Mâï>guerit, mairie de Tïismes, et membre dé l'assemblée, y demanda que cette affaire fût enfin examinée, et qu^on poursuivit les coupables. Il insista d'autant plus, ^e leur impunité prolongée faisoit croître leur audace , et que cette audace menaçoit même les officiers municipaux \ au point qu'un protestant officier de l'état-major de la garde nationale de Nismes , venoit de dire hautement dan^le club : K La lanterne est trop douce pour eux ; il £aut dresser un èchafaud au milieu de la place dite de t Esplanade y et les y faire expirer sur une roue de charrette. » Le cAté gauche de l'Assemblée Nationale invoqua l'ordre du jour contre cette instance de M. de Marguerit, qui répliqua vivement : « L'ordre du jour ! en est-il de plus pressant que celui-ci ? » Un aussi noble mouvement d'indignation entraîna l'assemblée à décréter que le rapport du comité sur cette affaire se feroit incessamment; mais il ne le fut qu'en février de l'année suivante. Rabaud de Saint - Etienne et Bamavo, protégèrent alors si chaudement la cause des leurs, que k l'assemblée défendit de poursuivre la procédure commencée contre les assassins. » (Voy. îe Moniteur,)
Quelques suppositions qu'on ait faites au désavantage des catholiques de Nismes , en attribuant à la chaleul* des têtes languedociennes le tort de l'agression dont on vouloit qu'ils fussent coupables , ce ne put être que des conjectures aussi maladroites que mal-intentionnées, puisque le parti protestant se composoit aussi de têtes languedociennes dont Tardeur naturelle , d'ailleurs égale , ne pouvoit qu'être extrêmement augmentée par l'esprit essentiel d'une secte contraire qui, domptée depuis nombre d'années, se croyoit autorisée à se rendre enfin dominante.
Les anciennes histoires de Nismes expliquant très-bien le
naturel commun ^t les dispositions diverses des Nismois protestans.et des !^[ismoi3 catholiques, dans tous les temps, depuis l'origine du calvinisme ^ ces histoires, disons -nous, concourent à repousser tous les doutes qui pourroient être défavorables à ces derniers dans l'affaire du mois de juin 1790. Deux traits vont nous suffire.
« En 1567, '^ jour de la Saint-Michel, 29 septembre > le signal en ayant été donné aux protestans de Nismes parleurs chefs, des chanoines, des.prétres, des religieux, le premier consul de la ville avec son frère, et ungrand nombre de catholiques, furent impi!oyablement égorgés et précipités dans un puits , dont l'eau surnageoit, mêlée de sang. L'é\êque fut dépouillé de ses habits distiuctifs, de sa croix pectorale, dje son anneau de pasteur, et traîné en pourpoint au lieu fataL Les catholiques cependant parvinrent à l'enlever 5 et, à la faveur d'un déguisement, il put se réfugier dans une ville voisine ; mais il y mourut bientôt de douleur d'avoir vu Tabomination de la désolation dans le lieu saint. L'église cathédrale a voit étë souillée, saccagée, et même démolie, ainsi que la maison du prélat et celle des chanoines. Le massacre qui avoit commencé dans la nuit du 29 septembre, ne finit que le i" octobre à midi 5 et c'est là ce que les Nismois ont appelé la Michelade. L'assemblée des religionnaires du pays ^ s'en constituant alors souveraine, décida que l'argenterie de la cathédrale qui étoit d'un prix et d'un travail inestimables, seroit convertie en monnoie , et que les biens-fonds des églises seroient vendus aux enchères publiques : le tout au profit de la secte. L'adjudication de ces biens se fit en effet aux plus offrans, comme si c'étoient des propriétés dont les envahisseurs fussent les. arbitres légitimes.» .
« Lorsque, cinq ans après, fut ordonné dans plusieurs villes de France ce massacre d'odieuse mémoire dont partout les protestans dévoient être les victimes, les catholiques de Nismes , oubliant tout ressentiment de la Michelade, et loi% d'user de représailles en cette rencontre , donnèrent au con-r
traire les plus àublimes exemples de la charité chrétienne. Bertrand de Luc , vicaire général , et Villars , premier consul , assistés des principaux catholiques, jurèrent la main levée à Dieu 9 de se prendre* eux et les protestans en protection et sauvegarde réciproques, et de se maintenir dans la tranquillité les uns les autres sans distinction de religion. » {Hist, de Nismes j tom. 5.)
Mais revenons à l'événement du mois de juin 1790^ où tant de catholiques furent massacrés en haine de la Foi dont ils avoient fait des professions si courageuses dans leurs déclarations solennelles des 20 avril et i*' juin. Gomme ceux d'entre eux auxquels nous consacrerons des articles nominatifs, avoient 'tous signé ces généreuses déclarations au péril de leur vie, nous aurons raison d'en conclure qu'ayant persévéré jusqu'à la fin dans les mêmes sentimens , et ayant été immolés en haine de la religion catholique, ils ont droitd'étre admis dans le présent Martyrologe. ÇToy. J. B. AvziBY^ etc.)
im^mmam^tÊ^-^.
AVIGNOîî.
En avançant de plu3 en plu» 4ans rexçculion de leur complot pour mettre Philippe sur le trône de Louis XVI^, les factieux^ qui avoijent déjà écarté le clergé fidèle par cette çoiutit<u^/t hétérodoxe qui leur donnoit une«spèce de clergé docile à leurs vues , sentirent qu'ils ne dévoient pas plus Uiaser aux vrais i^oyali&tes qu'aux évéques et prêtres catho* liquea, dans l'intérieur de la France, un asile où , sQU5trail;s aux pouvoirs de la faction , les premiers pourroient venir £ornifir un centre d'opposition efficace , et d'où les seconds lutteroient trop aisément contre un schisme favorable aux vues des conspirateurs. Cet asile s'offr oit naturellement dans Avignon et tout le Comtat Ycinaissin, qui étoientpossédës par les papes en toute souveraineté, l'un depuis i348, et l'autre depuis i!à']i. Il falloit donc en dépouiller le pontife^ et la réunion violente de ces pays à la France fut proposée par les factieux, à la première Assemblée Nationale^ mais elle y trouva tant de puissans adversaires, que la proposition ne put y être convertie en decrfiL^ .
Elle fut renouvelée en 1791, dans la seconde assemblée, connue sous le titre de législative , qui étoit déjà très-irritée de ce que le pape soutenoit, par ses décisions apostoliques, la fermeté des prêtres et des laïcs inébranlables dans leur Foi, et surtout de ce qu'il condamnoit la défection de ceux qu'avoit entraînés la séduction. On déclara franchement, dans cette assemblée , qu'on ne vouloît pas^ « que le pape conservât dans l'intérieur delà France une sorte de citadelle d'où il pourroit librement lancer ses anathèmes » contre ces prétendues réformes ecclésiastiques, dont on espéroit tirer un si grand avantage ; et il est très -remarquable que cette raison impie fut la seule qu'on allégua pour s'autoriser à
envahir Aylgnon et le Comtat. Ainsi }e permit la divine Pro« YÎdence, afin qn'il ne restât pas douteux que les victimes qu'on immolerott dans cet envahissement, le seroient par l'impiété, et princîpal^nent en haine de l»Foi catholique.
Cependant, pour être moins suspect d'une indulgente par* tialttë dans une cause où il s'agissoit aussi des intérêts temporels de la cour romaine, et voulant être toujours rigoureux dans l'application des principes en matière de martyre, nous admettons que le matif de beaucoup d'entre ces victimes ^ en s'opposant à cette réutiion qui devoit les rendre matériel lement infidèles au souverain légitime dont elles bénissomit Le gouvernement, aivoitpu être politique>kien plus que reli* gieux : et voilà pourquoi nous circonscrirons étroitement le nombre des Martyrs qu'a donnés a l'Eglise l'atroce catastrophe connue sous le nom . de Massacres de la glacière d'jdvigfiQnf en octobre 1791 •
Mous ne nous arrêterons donc pas à raconter en détail les horribles manoeuvre^ employées parla faction pour se défaire de ceux des Avignonais et des Comtadiiis qui, persévérant avec un noble courage dans leur attachement au gouverne** ment sous lequel ils étoient nés, luttorent centre le profet de réunion à la France. Un tel récit est réservé aux historiens de nos troubles civils. Ils |dir6n^. comment six cent vingt - une personnes furent assassinées pour cette raison, soit dans Avignon, soit à Carpentras, soit dans le reste du Comtat (i). Ils raconteront commeiit, depuis le 21 août, on
(i) Le nom de cet atroce Mathieu Jouve ^ dit Jourdan Coupe- Tête , qui présida à ces massacres et les fit exécuter, n'est pas même ici prononcé. Noos croyons néanmoins devoir, pour la plus grande mtelligence cite ce qui s^a dît aux articles Lois bt Tribunaux kbvolutiovnairbs, et surtout à Fart. Orangb , faire connoitré dès à présent la faction particulière qu'il servit. C'étoit' celle des Dantonùtes et môme des Girondins , dont le but sera plus amplement développé à Farticle Sbptbmbre , ainsi qu'au premier des deux précédens. Né à Saâit-Just, près le Puy-en-Velay, vers 1759, Jourdan avoit été successivement garçpn boucher, i^arcon maréchal-ferrant, contrebandier sur les frontières de Savoie, soldat au régisieat -d'Auvergne, valet dans les écuries da marchai
jetoit^ l'une après l'antre, dans la prison au palais du gtm-^ Tèrnenietit , vm si grand nombre de personnes de tout état^ et même de tout sexe ^ qu'au jour du massacre , elle n'en con^ tenoit pas moins de soixante-une, parmi lesquelles: encore étùitune femme enceinte. Us ne laisseront pas ignorer à la postérité, comment «lies y furent atrocementassassinée&dans la nuit du i6tau 17 octolire.
Ces prisonniers innocens et vertueux étoifent appelés, Tun après l'autre > à la porté- de ta première salle qui donne sur 1-escalier^ efdes'assassinssoudojé^lesyassommoientavec des barrés de fer, puis les prëcipilc^ient à J)eiiie expirans dans le bas'fond' d'une large four qui servolt de glacière, où d'à-
deVaus^; après cela en 1787 ei 1788^ marcliand de vin à Paris, sous le nom de Pétùf-et en 1789 Fan des coupeurs de têtes de la capitale. L'année suivante, il alh^ se faire marchand de garence pour la teinture à Avignon^ comme pour y attendre qw'en 1791 op le créât général de la féroce armée révolutionnair* de Vauçluse; et ce fut- en .cette ^{ualité qu'il dirigea le carnage dont il s'agit dans le présent article. «
Ses forfaits inouïs^ tres-«mpîement racontés dans la Biographie uniuerseUe, dofvent'môîns tiéna occa)>er que les factions pour lesquelles il les commit. Cm furent celle des Cm^effers:^ d'accord avec celle de la Cironde. (Voyea-iea la différence et les vues a^ux. 3">* et 4"^* notes de l'article Septembrb. )
Pfous devons dire cependant que ces forfaits non seulement restèrent impunis tant que l'une ou Tàutre lut puissante , mais encore qu'ils reçurent d'elles des récompenses et des encour&ge«ens. Jourdan< fut même promu par elles à une charge qui luv donna, le - pouvoir de faire triompher plus complètement Tune ou l'autre dans tout le Midi^ par les mêmes moyens. Le conseil exécutif du gouvomement l'âvoit nommé , en février 1793, commandant de la gendarmerie d'Avignon. (^Monàeur. du a5 de ce mois. )
La faction des Girondins ayant disparu le 3i mai , Jourdan étoit dévoué totalement à celle des CordeHers, contre laquelle luttoit alors celle des Jacohms. On le voit, le 3 1 décembre et le 17 janvier suivâns^ dans la société de ceux-ci; •ncof^ mélangée de CordeUers, y faire, pour se concilier la faveur des vrais Jacobins qui vouloient Ten exclure, la jiistifîcatidh de sa conduite précédente^ ^ l'apologie de ce qu'il appeloit ses batailles: Il y justifioit en outre le Càrdè'- Ver Kovère ; et, à la faveur des autres CordeUersy il obtenoit même le baiser
fraternel et un diplôme, {Moniteur àw i5 nivôse, 4 j^^vi^'' ^19^^ ^^ ^^ > Pluviôse, 20 janvier.)
Quand^ le 39 germinal suirau'lt (18 àvrï i794)» ^ fut dénoncé à la Con-
vancè on avoit jeté de la chaux yjve , pour y consumer promptcônent leurs cadavres (\).
On vit en cette occasion , dans les. rangs des bourreaux ^ un exemple de ce nlbnstrueux alliage des pratiques de la religion de charité avec les actes d'une férocité extrême , par lequel s'étoient signalés trop souvent les siècles les plus barbares. Parmi les assassins étoit , en qualité de complice^ un prêtre abominable, nommé Barbe, qui, placé dans l'embra* sure de la porte où Ton assommoit les victimes, leur don-^ noit l'absolution au moment ou elles alloient être frappées. Mais elles avoient déjà rer.u du vénérable, prêtre Nolhac, leur compagnon de captivité^ une absolution bien plus propre à tranquilliser leur conscience. G'étoit là ce qui les faisoit se
▼ention^ et que Merlin de Thiouville s'éleva contre lui^ c*étoit l'époque où Roberspierre Temportoit sur la faction DarUonienne ; et ce fut le Dantoniste Liegendre qui s'intrigua pour le sauver. {Moniteur du i*' floréal, ao ayriL) Il n'en fut pas moins emprisonné ; et de sa prison , il écrivit à la sociêié des Jaoohins pour la prier de prendre sa défense (le i6 floréal, 5 mai) ; mais la société se trouva plus contraire que favorable k sa cause > parce que les vrais Jacobins y étoient alors plus nombreux que les Cordeliers, En vain le Cordelier Talliea y plaida pour lui, en demandant même qu'on emprisonnât a^s accusateurs; Vadier fit échouer cette officieuse plaidoirie. {MomUsnràn. 19 floréal, 8 mai.)
La Convention enfin étoit absolument passée sous l'influence de Roberspierre» lorsque, le aS floréal, 17 mai, elle décréta que Jourdan seroit jugé et puni pour les crimes qu'il avoit commis dans le département de Vancluse. (Mfoni^ fmr du 3o floréal, 19 mai.) Les niotiû de sa condamnation à mort par le tri* bnnal révolutionnaire, le 8 prairial (27 mai), ne furent pas si étranges que l'ont paru croire ceux qui ne faisoient point la distinction des deux factions, de leurs vues particulières, de leur hausse et de leur baisse. Gomme il fut condamné pendant l'oppression de la faction DantorUenne , sous le règne éphémère de Roberspierre , il le fut , non précisément comme fédéraliste, suivant qu'on l'a dit y mais, selon que le porte la sentence elle-même, comme « auteur ou complice àts conspirations qui avoient été formées dans les départemens dea Bouches*du*Rhône, et singulièrement dans son cKëtcict (d'Avignon); et pour s'être procuré des biens nationaux à vil prix, «ainsi que le pradquoiént la plupart des Zfantonistes, .|[ JVote dei* Editeur. )
( I ) Voy. Mémoires sur la Révolution d'Avignon «r du Comtat Venaissin , par Passery, ancien avocat-général de la viee-tégatfon d'Aviron ; 3 yol. in-4<^ italien et français, dédiés au S. P. Pie YI ,'
présenter à la mort avec la résignation des saints ^ et rece* voir le coup mortel avec la juste confiance qu'il ne pouvoit que les mettre en poôse^s ion de la couronne de )ustice. {Voy.
îfOLHAC.)
On ne connoissoit guère ^ dans rhistoire de l'Eglise^ d'autres exemples d'un tel supplice, que la conduite des hérétiques du XVP siècle y à l'égard des catholiques d'une Till^î de Flandres dont ils s'emparèrent par surprise. Après en avoir saisi les prêtres les plus recommandables par leurs vertus comme par leur doctrine , et même les laïcs inébr^n^ labiés dans la Foi , iU les enfermèrent dans un château y et les précipitèrent de la fenêtre dans un fleuve. Fresque tous les Martyrs delà glacière d'Avignon moururent comme ce vénérable Pierre, Tun de ceux de la Flandre , qui, en tombant , manifestoit sa joie de monrir pour le Seigneur, et s'écrioit : (( O mon Dieu, que votre volonté soit faîte : w Orahat is, dunk cader^t » alacri anitno et constanti. : Fiat vQluntas tua , Domine (^i).
Les victimes de la glacière d'Avignon, parmi lesquelles il a pu se trouver plusi^eurs vrais Martyrs., ne nous sont pas toutes connues. Nous savons seulement que , dans leur nombre > étoient François Dumas 5 Pierre Forestié 5 Nicolas Dibou, patron de barque 5 Jean Talon, plâtrier ; Antoine Samuel , agriculteur j François Sicard^ Jean Jean, jeune homme de dix-* huit ans; Nicolas Vincent, sellier; Balthaear Niel, libraire, et Jean-Gabriel Niel, son fils ; Joseph Bruno; Charles Pont, faïencier ; Joseph Sicard, teinturier ; N. Antonin , cultivateur; deux femmes mariées, Cécile Croyet, enceinte de cinq mois, et N. Armand. Lorsque, le 8 novembre suivant, avant que la chaux ^ût entièrement dévoré les cadavres, des personnes pieusos^. 4|u« ne put repousser l'infection qui s'eshaloit de cette giacière , les en retirèrent pour leur don* ner une sépulture honorable, elles en comptèrent soixante^
(x) Gallonitis : De sanUorum Mmtjrnm Cruaatibus; Firis, 1660, p. 906/
d€ux. Ces tristes nestefi furent déposés en vingt-deux grandes caisses que l'on scella ^ et qu'ensuite on porta^ avec une reli-» gieuse solennité , dans le cimetière de Saint^-Roch d'Avignon. Le clergé des dix - sept paroisses de la ville assistoit i ces obsèques.
Dans un massacre antérieur, fait le ii de juin précédent ^ les sicaires de lipi même faction avoient fait pendre^ pour le même motif politique ^ dans un mouvement populaire^ Louis* Joseph-Jean-Dominique de Robert, niurquis de Bocbegude^ l'abbé François •* Maurice Oirray> prêtre - bénéficier de la métropole d'Avignon; Suare^ de la Croix, marquis d'Aulan; et Charles-Louis Aubert, fabricant de bas. Il seroit possible qu'en périssant ainsi volontairement pour une de ces causes que les théologiens appellent philosophiquement bonnes y mais qu'ils ne jugent pas suffisantes par elles-mêmes pour procurer la gloire du martyre (i), ces cinq personnes l'eussent cependant méritée^si leurs sentiraens politiques provënoient d'un principe de Foi, et se rapportoient à Dieu (2). Mais il est possible aussi que> parmi ces cinq victimes, comme parmi les soixante-deux autres, il en ait été qui nç fussent que dans le cas de cet homnte à qui, dans la persécu* tion des Vandales en Afrique, on fit subir, pour une cause seulement honnête, le même supplice qu'aux vrais confies*seurs de la Foi,, et quç néanmoins saint Victor d'Utique , dans l'histoire de cette persécution , n'a pas regardé comme un ftlartyr (3).
Nous ne resterons point dans la mém« iadécisioa k l'égard du respectable curé du bourg de Sarrians, dans le Comtat, que des kordes de la faction assassinèrent à la même ép6<{ue,
(x) ColUgitur Martyrem non esse qui mortem suoit ex ratione philosophicè duntaxat hona. (Benedfct. XIV : De Serv. DeiJBeat. £. III/c. xiz, n* x6. )
(3) Voy. Discours prélim. pag. 33 et 55.
(3) Maf(^ nonfidt % cùm dtMUmJuaritifd0o^d^ çiudéfus ^spc^iendos sola avili honestate , quas in tenad arcanvruii^ anud custodia inyenitur, ( Lib. III^ de
Persecut, FandaUca.) ^
en ravageant le territoire de Carpentras. Il étoit accouru au-devant des dévastateurs, pour sauver ses paroissiens; et, se prosternant la face contre terre devant ces furieux, il leur demandoit grâce pour son troupeau, lorsqu'un d'eux le massacra dans cette posture suppliante ; et son corps fut mis en pièces. Nous regrettons Ëien amèrement de n'avoir pu découvrir le nom de ce curé, auquel on peut bien appliquer ce que Jésus-Christ disoit pour faire distinguer le pasteur véritable de celui qui n'est qu'un mercenaire : a Le bon pasteur e^t celui qui donne sa vie pour le salut de ses ouailles » : Bonus pastoranimam suant datpro oyibus suis* (Joan., c» xx, ^. i i .)