‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 23 sur 45 · LYON · texte numérisé non relu

LYON

Cette antique métropole des Gaules y fut par excellence^ depuis les premiers siècles du christianisme jusqu'à nos jours j, la terre des Martyrs. Son Eglise, d'abord fécondée, fortifiée par le sang des Pothin, des Irénée, et de tant d'autres illustres confesseurs de la Foi, en 177 et 2o3, a toujours semblé depuis lors avoir le glorieux privilège de la faire triompher dé la même manière dans toutes les persécutions. L'arianisme de Gondebaud , vers 5oi , le paganisme des Sar* rasins , en 732 , et des Huns , vers 980 , ne purent pas ébranler davantage la foi des Lyonnais que ne l'avoient fait les cruautés de Marc-^Âurèle et de Sévère à leur égard. Quand > dans la suite des temps, en 1567, l'Enfer excita contre leur sainte et pure croyance les enfans de Calvin, et que ceux-ci commirent à Lyon, notamment en t558, toutes les impiétés imaginables , raffinant l'art des persécutions , spoliant, dévastant les te^iples, abattant, efEaçant les images rjeligieuses , faisant ainsi dès lors comme un eissai des destructions, des sacrilèges et des meurtres par lesquels, deux siècles plus tard^ une révolution soi-disant philosophique ravageroit la France (i), les fidèles de Lyon montrèrent que, dignes de il leurs ancêtres, ils sauroîent, à leur exemple , braver désor-^

mais tous les périls pour conserver la Foi.

Si la persécution de nos joursi, qui, tout en se généralî-* sant, a semblé, quant à ses stratagèmes et à ses formes.

(1) Les ressemblances ne pourront qu'étonner ceux qui, connoîssant l'histoire de notre temps ^ liront un ouvrage intitulé : Discours des premiers trouhles advenus à Lyon y avec V apologie pour la ville de Lyon y adressée au roi de france , pa^ M, Gabriel de Saconay, comte de VE^Use de Lyon ,• Lyon , 1 56^.

avoir le même esprit que celle du XVI' siècle, étoit venue par hasard de la même source , elle ne pouvoît que revenir avec toute la fureur du ressentiment contre les petits-enfans de ces Lyonnais qu'autrefois elle n'a voit pu vaincre. Objets d'une vengeance spéciale et progressivement réchauffée , ils dévoient éprouver avec une horrible préférence toute la rage des nouveaux: persécuteurs.

Dans le diocèse de Lyon, peut-être plus qu'en beaucoup d'autres , on n'avoît vu qu'un petit nombre de prêtres , en 1^91 et 1792, adhérer à la schîsmatique constitution ciyile du clergé $ et ce petit nombre se composoit d'esprits foibles, faciles à séduire par la protection qu'elle paroissoit accorder à leur zèle moins éclairé que sincère , et plus encore de ces esprits ambitieux qui s'étoient fait du saint niinistère, et même d'une affectation de régularité cléricale , autant de moyens de parvenir aux honneurs ou à la fortune. On ne compta parmi les assermentés du diocèse de Lyon aucun de ces ecclésiastiques dont la conduite sacerdotale n'étoit pas suspecte de vues mondaines, et que l'on y connoissoit comme réunissant la droiture à l'instruction. Ceux-ci ayant résisté à l'erreur, les agens de la révolution les vouèrent dès lors à la h^ine aveugle de la populace; et la liberté de culte qui leur fut illusoirement accordée dans quelques chapelles particulières isolées auxquelles le clergé schismatî que trop peunombreux n'auroitpas été capable de suffire, devintbientôt un piège infâme pour les saintes réunions des catholiques qui réclamoient leur ministère.

Ce seroit trop iietarder notre marche que de nous arrêter aux scandaleuses et barbares scènes par lesquelles «^'impies révolutionnaires vinrent les y troubler, et aux violences qu'ils y exercèrent avec une impunité qui trahissoit l'encourageante protection dont ils jouissoient : nous avons des outrages et des maux bien plus graves à raconter.

Parmi les officiers municipaux qui gouvernoient la ville à l'époque du io»août 1792, il en étoit quelques uns qui.

arcietis pour ]ç crime ^ et d'intelligence avec les hommes de la Commune de Paris {^Voy, Septembre), faisoient en sorte qu'à Lyon rpn imitât cesi massacres dont ils savoient que la capitale alloit donner l'exemple. Us se conformoient de tout leur pouvoir à Tordre qu'ils en avoient reçu de leur proçureur-ayndic, lequel, se concertant alors à Paris avec les Dantonistes'j avoit écrit le i8 août à sts afBdés de Lyon : «( Prépares-yous^ : tout sç dispose à faire un massacre général Aes mali^eiljqns {ji)n.

A Lyon comme à Paris, bien des prêtres non assermentés, qui alloient demander des passeports pour obéir à là loi de déportation rendue le 26 août {f^oy. Déportation), furent emprisonnés^ et la plupart de ceux qui en obtinrent ne les eurent qu'avec un signe perfide, inconnu d'eux, par lequel les assassins semës sur la route, et notamment sur les frontières, tout en examinant cette espèce de sauf-conduit, devoiqnt les recpnnoître pour des victimes sacerdotales qu'ils pourroient lil^rement sacrifier à la révolution. Les frontières de la Savoie, le plus à la proximité de ces respectables bannis, se garnissoient alors de troupes, qui, prêtes à envahir celte provii^ce, et stimulées par les auteurs du 10 aoii^, crioient avec rage : « A mort les prêtres elles rois » ! Et c'étoit parmi ces forcepés que les déportés dévoient passer pour entrer dans la terre de leur exil. Si tous ne furent pas massacrés par .çux, beaucoup furent. cruellement blessés: et tous ^e virent pour le moins inhumainement enlever parles agens municipaux delà frontière le peu d'argent qu'ils emportoient pour suj^^ifter quelques mois dans l'étranger. C'étoit leur dire, suivant un historien qui fut du nombre de ces déportés : « Nous, voulons que lu meures par la faim dans l'exil, ou par le glaive dans ta patrie (2) ».

L'atroce invitation epvoyée par la municipalité de Paris à

(i) Histoire du Siège de Lyon et des Désastres qui Vont suivi; Paris, ï797> à la pag. 76 da tom. !•».

(a) Jbid., pag. 7.4 du tome I«*^ '

toutes celles des provinces, le 3 septembre (JFày>, Septembre), celle d'imiter bien vite les massacres commencés dans la cikpitdle, produisit .soiji effet à Lyon, k 9 de ce mois* Le nombre des prêtres qui' y périrent alors , ne fut pas aussi considérable qu« le désiroit la faction .i^/?fonûte, parce que plusieurs de ceux qui étoient dans^ les prisons échappèrent aux meurtriers, soit par leur promptitude à escalader les murs5et à fuir $ur les toits d^s maisons voisines, soit par les bons offices des geôliers qui auroient désiré* les sauver tous. Trois seulement furent massacrés^ mais ils le furent avec des raffinemëns de cruauté qui mpntroient combien la £érocité dee assassins avoit soif du s^ng des prêtres. ( Voy. GuiLH^--

MET, Lacroix etRECNY.)

D'auti>6s tentatives furent faities quelques mois après , et surtout en février de l'année suivante, pour se saisir, dans les mêmes intentions homicides, de tout ce qui restoit encore de prêtres cachés dans Lyon \ mais elles furent déjouées par lessoins.de quelques officiers municipaux, qui, voués à la faction Girondine^ tâclioîent de réprimer la fureur des anarchistes pour établir, avec les formes de la modération , s^^ républiques fédératives. Les prêtres enfin respirèrent, ef pulrent se livrer à tout leur zèle , après que les Lyonnais eurent remporté sur ces agitateurs Dantonistes leur victoire du 29 mai 1793, et surtout pendant le siège mémorable qu^ cette ville soutint jusqu'au 9 octobre suivant contre un général Dantoniste delà Convention. Mais quand Lyon fut réduit à ouvrir ses portes aux assiégeans, les ennemis de la religion se promirent bien d'y exterminer non seulement tous les prêtres, mais encore toutes les personnes qui y faîsoient profession de piété.

Cependant là Convention ,, par un décret Ju 12 brumaire (2 novembre), porté en même temps contre les Bordelais et les Lyonnais, sembloft ne vouloir frapper que ceux qui avoient pris une part directe à la résistance. Ce décret livroit à un tribunal particulier^ qui avoit des formes judiciaires,

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ceux qui avoient agi comme administrateurs pendant le siège 9 et à une commission militaire ceux qui avoient porté les armes. Ces deujc tribunaux devoiettt être dirigés par les proconsuls Couthon, Maignet^ Châteauneuf-Randon et La-* porte , que la Convention avoit envoyés à Lyon : m'ais Cou*' thon à qui Danton avoit écrit , « qu'il falloit détruire cette ville y>, ne se nïontroit pas assez disposé à remplir toutes le^ Tues des Danionistes de la Convention; ils le firent remplacer, ainsi que Cbâteauneuf , par Collot - d'Herbois ^ en autorisant Fouché qui étoit à Nevers, à venir partager le» exécrables fonctions de Collot. G'étoit Collot lui-même qui Favoit choisi pour coopérateur ; et ce premier prédicant d'athéisme et de matérialisme , vint diriger à Lyon IV fureur de Collot^ tout en lui laissant adroitement les apparences de la primauté. ^ *5 .) :

Il n'eut pas plus tôt rejoint son collègue, vers le 8 novembre, qu'ensemble ils célébrèrent une fête tout à la fois barbare et sacrilège ,. pour faire comprendre aux forcenés révolutionnaires l'esprit dont leur rage, contre les gens de bien devoit être animée 5 et ils se Thâtèrent d'en informer la Convention (i). Le buste d'un énèrgumène quî auroit pu servir de modèle au crime même, et que la juste vengeance des lois avoit fait mourir sur Fëchafaud quatre mois auparavant (le 16 juillet) ; le buste de ce Chàllièr qui , peu de jours après l'assassinat de Louis XVI, \montrant dans une nombreuse assemKlée des siens, appelée club central y un tableau de Jésus crucifié , et s'écriant :. «Ce n'est pas assez que le tyran des corps ait péri , il faut détruire aussi le tyran des âmes )), avoit aussitôt mis le Christ en pièces , et l'avoit foule aux pieds (2) -^ le buste enfin d'un tel monstre fut porté triomphalement dans la ville : et les proconsuls présèntoient

(i) Voy, Moniteur : séance du^S brumaire, iSnoyembre 1793. (3) Histoire du Siège de Lyon, etc. Tom. \*^, pag. m.

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Chaljiér aux scélérats comme n un dieu-sauyeur mort pour eux » . Le cortège étoit composé d'hommes sanguinaires et de femmes perdues'^ suivis.de démons personnifiés qui, tenant des vases sacrés enlevés aux églises , les,agitoient dans les airs avec une joie inferlnale. Au milieu d'eux marchoit un kne, Couvert d'une chape , coiffé d'une mitre , portant sur le dos une grande quantité d'objets du même genre : à sa queue étoient suspendus l'Evangile et un crucifix. GoUot et Fouché fermoient la marche , escortés de bourreaux qui portoîent des faiscenux romain» surmontés de leur hache étincelante. L'horrible cérémonie devoit se consommer sur la place de l'Hôtel-de -Ville : le cortège y arrive; et là, tous les acteurs de cette exécrable scène viennent l'un après l'autre adresser des vœux atroces à l'image de Challier^ après quoi, détachanit de la queue de l'âne, l'Evangile et le crucifix, ils les jettent dans un brasier préparé tout exprès. Ils font ensuite boire l'animal dans un calice, et vont livrer à une profanation plus grande encore des hosties que l'on orayoit consacrées, lorsqu'un oragç, que rien n'annonçoit, fond tout à coup sur l^s profanateurs , et empêche leur dernier sacrilège , en les dispersant. Le Ciel crût devoir dans cette occasion opérer le même miracle qu'il avoit fait , l'an 3o4, en Afrique , au martyre du prêtre Saturnin , lorsque le magistrat aUoit jeter dans les flammes les Saintes Ecritures. Une pluie abondante, par le temps le plus serein , vint éteindre le feu avec une sorte de colère^ et les élémens indignés ravagèrent à l'instant toutç la province (i).

Les proconsuls CôUot et Fouché formèrent aussitôt avec des révolutionnaires, fournis par la Commune de Paris, une commission temporaire de sun^eilfance républicaine ,

(i) Quas (Scr^turas sacras ) cùfn magistratus sacrilegus igni apponeret , subitd imher sereno cœlo diffunditur; ignis Scripturis saeris admotus extùiguàur, gran' dines adhibeniur, omnUque ipsa regio pro Scripturis domirucis , eiementujurtn^ ubuê dê^asttuur, (RûiQart : Acta sanatorum Satumini, Datiyi, etc. N* 3. }

chargée d'exécuter leurs ordres, et de faire des listes de proscription. Cette commission étoit divisée en deux sections, dont Tune devoit être permanente à Lyon, et l'autre j parcourir le département du Rhône, et celui de là Loire. (Arrêtés des 30 et â5 brumaire — lo et i5 novembre): cette dernière section de la commission fixa sa résidence dans la ville de Feurs 5 et toutes deuic eurent à leurs ordres un tribunal de sang. Celui de Lyon s'appela Commissi&n Hés^olutionnairey et celui de Peurs, Tribunal de Justice populaire. Alors les Dantonistes n'eurent plus à reprocher aux juges ce qui avoit fait le sujet d'une plainte de l'un des précédens àla Convention, à savoir-: « qu'ils s'embarrassoieàt dans les formalités^ et qu'ils avoient besoin de preuves pour condamner, tandis que, selon lut, on devoit se contenter de celles que les fronts indiquoient, afin de donner plus de xnouvenient à la justice nationale (i)». Deux autres révolutionnaires de la même trempe se félicitoient de ce que a ces deux nouveaux tribunaux alloient être expéditifs , juger sommairement (2)»^ et même « répéter en quelque façon la septembrisade de Paris (3) » : ce sont leurs expressions.

Tout en cherchant cependant à ne pas avoir l'air d'en vouloir spécialement aux prêtres, Collot-d^Herboîs et Fouché les désignôient formellement, lorsqu'ils écri voient à la Convention le 25 novembre : « Nous ne vous parlons pas des prêtres : ils n'ont pas le privilège de nous ocfcuper en particulier 3 iliais nous ne nous faisons point un jeu déleurs impostures. Us dominoient la conscience du peuple ; ils l'ont

(i) Lettre de Dorfeuille du 24 frimaire ( i4 déceoibre 1793) à la Conyen— lion , lue daos la séâoce du i*^ nivôse {11 décembre).

(2) léCttre de Pelletier au conseil-général de la Commune de. Paris j, en date du 22 frimaire (12 décembre 1793), et lue dans la séance du 27 frimaire» ( Voy. Journal de la Montagne. )

(3) Lettré de Perrotin au comité révolutionnaire de Moulins, en date du 9 frimaire ('29 novembre 1793).

égarée ^ ils sont complices de tout le sang qui a coulé : leur mort est prononcée (i) ».

Ces deux proconsuls les avoient déjà voués à la fureur des scélérats par V instruction qu*ils avoient envoyée le 26 brumaire (16 novembre), «aux autorités constituées, et principalement aux municipalités des campagnes , et aux comités révolutionnaires des départemens du'Rbône, de la Loire, et même de Tlsère et de TAin ». Cette m^frucrfon ,* divisée par chapitres, disoitdans celui qui àv* *. ".Our titre, Extirpation du fanatisme : « Les prêtres sont les seules causes des malheurs de la France. . . . La révolution , qui est le'triomphe des lumières y ne peut voir qu'avec indignation la trop longue agonie de cette poignée d'imposteurs.... Le temps des demimesures et des tergiversations est passé : aidez«nous à frapper les grands coups (2) ».

Le tribunal de Feursressembloit à celui de Lyon, et le ri-* vallsoit avec une sanguinaire émulation. Si Ton y amenoit les laïcs qui dëplaisoient aux révolutionnaires, on ne manquoit pas de traduire devant lui tous les prêtres et toutes les personnes pieuses que Ton pouvoit découvrir.

Les juges de Lyon étoient coiffés de bonnets rouges surmontés de panaches, couleur de sang. Un large cimeterre pendoit à leur côté , deux pistolets étoient k leur ceinture , et, sur leur poitrine, une petite hache descendoit en forme de décoration chevaleresque. Leurs jugemens consistoient s^eulement à la toucher sans rien dire , quand ils condamnoient a la peine de mort ; et c'étojt devant ces hommes effroyables que comparoissoient les agneaux du sacerdoce , les colombes du cloître et d*humbles fidèles ! Deux ou trois questions qu'ils leur faisoient pour la forme, et un coup-d'œil qu'ils j étoient sur le registre des dénonciations, composoient

(i) Lettre à la Convention, en date du 5 frimaire ( 95 novembre 1793}. Oi| la retrouve dans le Happort de Courtois à fa Convention , pièce 86. (a) Rapport de Saladin à la Convention^ pag. aa6, pièce $4.

toute la procédure ; que suivoit immédiatement leur signe de mort. Le sacerdoce fut tellement en Horreur à ces juges ^ cpie des prêtres assermentés qu'on leur amenoit^ et qui au~ roient volontiers apostasie pour sauver leur vie ^ étoient traités comme les insermentés. Un des premiers à qui le président demandoit s'il croyoit en Dieu, ayant répondu qu'il n'y croyoit pas beaucoup, celui-ci lui répliqua brusquement : (c Meurs, iniame , et va le reconnoltre ». Un autre de cette classe à crui le même président avoit demandé ce qu'il pensoit de Jésus , aj'ant dit, dans l'espérance d'obtenir quelque faveur, « qu'il le soupr.onnoit d'avoir trompé les Hommes » , s'entendit aussitôt condamner par ces mots : a Cours au supplice, scélérat. Quoi ! Jésus tromperies Hommes ! lui, qui leur précHa l'égalité ! lui, qui fut le premier SanS'" Culotte de la Judée (i) I »

Ce n'étoit pas avec ces formes railleuses que les juges i procédoieut à l'égard des prêtres non assermentés , et des

\ personnes pieuses qu'ils trouvoient inébranlables dans leur

! Foi. Les barbares y mettoient plus de gravité. EH ! comment

auroient-ils pu se défendre de quelque respect vis-à-vis de femmes vertueuses, de vénérables curés qui leur disioient: « Si votre devoir est de nous condamner, obéissez à votre loi ; mais il nous faut obéir à la i|iôtre , qui nous ordonne de mourir plutôt que de faire ce que vous exigez de nous. » Ces admirables réponses pénétroient même les juges d'un respect involontaire. Ilis auroient avec satisfaction sauvé les prêtres insermentés, si ceux-ci eussent voulu abdiquer le sacerdoce, en livrant leurs lettres de prêtrise; et les personnes pieuses^ si elles eussent consenti à faire le serment de liberté-égalité y regardé par tous les catHoliques de Lyon, comme une véritable apostasie. /

mens greffier.

Cestainsi qu'àLyon^ dansle court espace d'enTiron quatre mois y furent envoyés au dernier supplice^ non seulement plus de cent vingt prêtres; purs de tout serment révolution» nalre, et parmi lesquels il s'en tr<>uvoit plusieurs de différens autres diocèses^ réfugiés à Lyon, mais encore presque au-tant de laïcs de l'un et l'autre sexe y invariables comme eux dans leur attachement à la religion catholique.

Les vlctioies immolées en haine de la Foi dans la petite ville de Feurs, ne furent. pas en moindre proportion parmi Içs personnes qu'on y fit périr. On peut juger des sentimehs des Martyrs de Feurs par ceux d'une sainte veuve de la ville de Saint-Chaumont, nommée Fillat^ mère de neuf enfans^ qu'elle ne pouvoit nourrir que du fruit de son travail , et qui avoit été arrêtée à cause de ses vertus religieuses. En vain dans son pays , lui avoit-on demandé le serment de liberté^ égalité; elle l'avoit refusé constamment; en vain même, en la menaçant de la mort , l'avoit-^on fait supplier , conjurer par ses neuf enfans effrayés ^ de le prêter : (< Non , répondit* elle; j'aime trop ma famille pour lui donner un si mauvais exemple; Dieu en prendra soin ; mes enfans se passeront de moi ; et ils ne peuvent se passer du Ciel ^ où conduit la seule vraie religion que je leur ai enseignée ^ et à laquelle j'espère qu'à |nç)[i «xemple ils ne renonceront jamais ». Cette chrétienne si héroïque, étant amenée ensuite dans les prisons de Lyon,.^ repoussa avec une égale fermeté la proposition de sauver sa vie^ en allant dans l'église cathédrale profanée, rendre un hommage impie à l'idole delà :AatVo/t, dressée sur l'autel du Dieu vivant. Après l'avoir laissée plusieurs mois dans les fers, espérant que sa constance en seroit affoiblie, on la fit traîner à Feurs pour y être égorgée par le tribunal àe justice révolutionnaire; mais il n'en eut pas le temps. La'faction athéiste succomboit à la Convention : il fut obligé , comme la commission révolutionnaire de Lyon , de suspendre le cours de ses hëcatomphonies.

.^ Celles de Lyon ce8S«x*elit tout à couple 1 6 germinal (5 avril I. ao

1794)^ à l'instant où les proconsuls y apprirent que Danton, Hébert et Ghanmet venoient d'être emprisonnés par la faction de Roberspierre. Perdant leurs guides , et voyantleurs autres appuis chancelans, ils craignirent la vengeance du vainqueur^ mais honteux de leurs perplexités, et peut-être toujours altérés de sang, ils cherchèrent pour en avoir encore, à se placer dans une situation politique où la soif qui leur en restoit, seroitdu moins protégée par un ancien décret de la Convention (du 3 juillet 1 798), qui, miêttant le monstre GhaU lier déjà livré à la justice , sous la sauvegarde des fonction*naires publics de Lyon, les avoit rendus responsables de ce qui lui arriveroit de funeste « Ce fut avec ce stratagème que Iqs proconsuls firent condamner alors, comme ayant été des fonctionnaires responsables, le bourreau et son valet, qui^ le 16 juilliet, avoient exécuté la sentence de mort portée légalement contce Ghalli«r. L'un et l'autre ftirent décapités sous ce prétexte , le 1 7 germinal (6 avril 1 794). On apprit bien* tàt que Danton rav4>it été à Paris le 5 avril , et Ghaumet le 1 3. Roberspierre allpit £airê rendre^ le 16 (â7 germinal), sur le rapport de Saint-Juat ^ un décret qui révoquoit les pouvoirs des proconsuls Da^ntonisîes , cassoit leun^ tribunaux et commissions réMo/iiU'OfiTïaire^ , en évoquant à celui de Parî« toutes les causes de révolution « Les proconsuls, trëmblans pour eux-on^m^s , ne songeant plus qu'à pré|>arer l^ur justification , délivrèrent de leur présen>tfe la ville tju'ils'avoient m fort ensanglantée. Déjà le i9gerhiinal (8'avtil), \di Société des Jacobins de Paris avoit entendtt un mémoir^e justificatif de Fouché, dans lequel il disoit : «c Le sang du crime féconde le sol de la liberté , et affélmit «a puissance ».

Pou!r confirmer ce qui vient d^étre exposé'dans ce tableau, et ce qu'on a in dans celui' dès Lois et TKitrtJjîïAtrx rèYOLU- TIONNAIRCS, sur les vrais auteurs des massacres , il ne sera pas inutile ici de faire remarquer u*ne lettre trop légèrement lue jusqu'à présent, dans le RappàH de Courtois sur tes papiers trouvés chez Jhberspierre-, après su mort. Un particulier

anU'dantonîstej resté dans l'^silo secret où il s'étoit tenu ca< elle y aux environs de Lyon^ pendant le carnage qu'y avoienf âiit GoUotetFottché /écrivit de sa c^umiera à Roberspierre, le 20 messidor (8 juillet 1794) •' « C'est après neuf mois d'imprécations contre toi , qu'un de mes amis vient de m'assurer que toutes mes idées sur top compte étoient fausses» Lyon fut agité, ainsi qu'une partie delà République, à l'époque du 3i mai, du i" et du a j-uin (époque de la défaite des Gi^ rondins) \ mais son erreur n'auroit pas duré plus que celle des autres départemens , si les partisans secrets des Danton^

des Hébert, n'eussent attisé le feu •., GoUot-d'Herbois,

Fouchéy etc., etc., ayant, pendant leur séjour à Lyon, énoncé plusieurs opinions toutes marquées au coin du matérialismcj il me fut impossible de croire qu'ils ne fussent pas d'iivtelligence avec Danton et Hébert, etc. , e^c. »( Pièce io5, pag, 327.)

Que si , avec toutes les données que nous avon9 fournies ailleurs comme ici {Fby. Septembre ), le lecteur prend la peine d'examiner avec attention les procès - verbaux des séances, soit de la Convention, soit de la société des Jacobins de Paris, il demeurera pleinement convaincu que la persécution d'alors, contre les prêtres et contre Ic^s personnes pieuses, venoit spécialement de la faction* Z>an/o/iiVte, autre* ment dite des Cordeliers , et que ses motifs ne furent pas moins propres à faire des Mar.tyrs que cette haine du christianisme par laquelle s'étoient distingués les Dioclétien et les Galère, {f^oy. S. AvÉ, etc. etc.)

même pins loin ; et ils devinrent tout ensemble les rivaux de Néron et de Yalens, réunissant à l'invention du bateau i soupape du premier, lequel encore ne s'en servit qu'une ^eule fois, Tatroce perfidie du second, envers ces quatrevingts ecclésiastiques de Constantinople, qu'en Syo, tout en les faisant embarquer en apparence pour l'exil, il ordonna secrètement de submerger, quand ils seroient en pleine mer; et ils le furent en effet (i), L'Eglise, qui les honore comme Martyrs, le 5 septembre, refuseroit - elle le même honneur à ceux dont nous allons parler ?

Il n'étoit certes pas moins dirigé par un esprit d'impiété que ces empereurs , le proconsul à qui l'on avoît livré Nantes, ce Carrier, ardent partisan de Chaumet, et qui, le 9 mars ' 793> s'étoit hâté d'appuyer la demande que celui - ci avoit , faite d'un tribunal révolutionnaire; ce Carrier qui , dans son affreux système de dépeupler la France, afin que la Convention pût aisément « la rendre républicaine ^ insistoit pour que l'on commençât par les ministres de la religion». « Dans mon département, disoit-il aux Nantais (celui du Cantal), nous allions à la chasse aux prêtres ; et je n'ai jamais tant ri qu'en voyant la grimace que ces b -là faisoient en mourant (2), »

Dès son arrivée, non content de ce qu'il y avoit de prêtres déjà emprisonnés, il avoit fait arrêter spécialement «toutes les filles ou femmes suspectées d'avoir été, dans l'année où Tannée précédente , à la messe d'un prêtre réfractaire » ; et il déclaroit hautement que « les noyades n'étoient paa moins indispensables que les massacres du % septembre 1792.»

Alors se trouvoient à Nantes, parmi d'innombrables victimes aussi captives, quatre-vingt-dix prêtres, dont plusieurs étoient des vieillards ; et même quatre-vingt-seize, suivant la déposition d'un témoin dans le procès de Carrier,

■ ■ ■ III il. ■■ 1 1 ■ I I t \

(i) ricury : Hùt. EccL L. XVI. N* i3.

(3) yoy, Prudhomme : Crimes de Im Réi^luthn^ tora. VII , pag. I2S.

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un an plus tard (i). On en ayoit amené plusieurs des départemens voisins^ sous prétexte de les embarquer pour la Guiane^ maïs beaucoup aussi étoient de ces prêtres plus que sexagénaires du diocèse de Nantes y que l'on y tenoit en réclusion depuis Ja fin de 1792. Ils avoient d'abord été renfermés dans l'ancien couvent des Carmélites^ ensuite , yer« le mois d'août^ on les avoit fait monter un méchant navire qui devoit^ disoit-on , les déporter au-delà des mers. Ils y souffrirent beaucoup^ soit par l'infection de l'entrepont où ils étoient entassés^ soit parles mauvais alimens qu'on leur donnoit; soit parles insectes qui les y dévoroient. La navigation ne pouvant s'entreprendre alors, ils furent amenés, toujours prisonniers , à l'ancien petit couvent des Capucins , d'où Carrier les fit reconduire ensuite dans le même navire. Là, chaque jour, de cruels gardes leur annonçoient leur fin prochaine, et leur enlevoient progressivement les choses qui étoient à leur usage. Lorsqu'il fut décidé qu'on les submergeroit dans des bateaux disposés à cet effet, on les y conduisit, et, avant de les y faire entrer, on acheva de les dépouiller \ on leur enleva leurs vétemens , ne leur laissant que la chemise avec un caleçon; et on les attacha par le pied, quatre à quatre : précaution dont le but étoit de les empêcher de se sauver à la nage. Trois le purent néanmoins ; mais deux furent repris et replongés irrévocablement dans les flots. Sans le troisième, qui ne put être resaisi, nous n'aurions pas su les détails qui viennent d'être racontés.

Ce fut donc par les quatre-vingt-dix ou quatre-vingt* seize prêtres en l'éclusion à Nantes, que Carrier voulut commencer, dans la nuit du i5 au 16 novembre, l'expérience de st» bateaux de submersion. Celui dans lequel il les fit entrer étoit à soupape; elle fut ouverte, dans la nuit, par leur^ gardiens, placés en des barques voisines; et ces prêtres furent engloutis dans les eaux de la Loire. Carrier appeloit gatment

(i) Déeiarauon de GonUn, Tan d«s accusés comme complices.

( 3ii )

cet acte de barbarie raffinée : « exécuter verticalement le décret de la déportation!». Il en écrivit à la Convention , dès le 16, mais toutefois avec le ton d'un homme qui n'étpit pas encore certain qu'elle approuveroit cet essaie car il s'exprimoit comme si la submersion n'a voit eu lieu q^e par accident. Cependant il flattoit en même temps la haine que la Convention avoit pour la religion f car il lui disoit : « L'apostolat de la raison ; éclairant, électrisant tous les esprits, les élève au niveau de la révolution : préjugés , superstitions, fanatisme y tO})it se dissipe devant le flambeau de Ja philosophie. Un événement semble avoir vquIu diiainuer le nombre des prjêtres : quatre-vingt-dix de ceux que nous désignons sous le 90m de réfractaireSf étoient enfermés dans un bateau sur la Loire \ j'apprends à l'instant, et la nouvelle en est trèssûre, qu'ils ont tous péri dans la rivière». (Voy. Brjançon.) Le comité de saliut public, k qui cette lettre étjoit adressée, en fit part à la Convention., dans la séance du 8 frimaire an II (28 novembre 1793). L'assemblée n'y donna pas, à la vérité, des marques^d'approbation; mais aussi elle ne désapprouva point la proposition qu'un des n(iembres fit de mentionner honorablement cette lettre dans le procès -verbal. Un tel silence fut, avec. raison, pou^ Carrier, un consentement propre à l'encour^er à de nouvelles exécutions du même genre; et, dans la n^uit du 9 au 10 décembire, il fit iioyer de même soixante-quaton&e^iMitres prêtres, don^t cinquante-huit lui avoient été envoyés d'Angers, vers la fin de novembre (Foy. Vendée). Le proconsul ep annonça la nouvelle avec plus d'assurance à la Convention , par une lettre du 1 o décembre, qu'on y lut de suite, dans la séance du a5 frimaire (i5 décembre). U s'y exprimoit en ces termes : «Cinquante-huit individus, désignés sous le nom de prêtres rçfractairesy sont arrivés d'Angers à Nantes {Fby* AdLAP^L, etc.)î Ihissitôt ils ont été enfermés dans un batefeiu, sur la Loire. La nuit dernière y ils ont tous été engloutis dans cette rivière, avec seize autres de Nantes ou d'ailleurs : en tout soixante-

de ces victimes. Quelques uns, s'élançant à l'eau, s'accro* choient aux barques où les exécuteurs se trouvoient ; mais, à coups de sabre, on leur coupoit le poignet ^ et, à coups de rames et de crocs , on assommoit ceux qui paroissoient assez forts pour échapper en nageant. Les soldats révolutionnaires de l'affreuse compagnie dite de Marat, placés sur d'autres barques , faisoient un feu continuel sur la surface de l'eau , autour d'eux, afin qu'ils ne pussent avancer ni reculer en nageant, et que, leurs forces venant à s'épuiser, ils s'engloutissent à Tendroit même où ils se débattoient contre la mort (i) ».

Quand il ne resta plus de prêtres. Carrier fit noyer les autres victimes qu'il avoit en son pouvoir, sans épargner les femmes, et même leurs enfans à la mamelle, variant toutefois encore , avec une inconcevable cruauté , ce qu^il appeloit ses baignades. Un des témoins qui déposèrent, dans son procès , évaluoit à neuf mille, au moins , le nombre des noyés seulement , parmi lesquels ils comptoit quatre cents enfans ; qui le furent d'une seule fois : ce qui montre que la vie de qui que ce soit n'est plusxespectée, où l'on a commencé par mettre à mort les plus respectables ministres de la religion. « Jérusalem! Jérusalem! s'écrioit Jésus-Christ, toi qui tues les prophètes que je t'ai envoyés, tu seras bientôt comme une maison déserte (a)».

Dans une de ces submersions, où le nombre des victimes étoit de cinq cents personnes de tout sexe, des femmes que l'on vouloit dépouiller même de leur chemise, dans la barque, avant de les noyer, demandèrent en grâce qu'on leur laissât du moins ce dernier voile de la pudeur, plus occupées de la conserver intacte jusqu'à la mort, que du sort effrayant qui les attendoit : et , sans l'indignation que les matelots du port manifestèrent contre ce trop cynique dépouillement, la prière de ces vertueuses femmes n'auroit pas été exaucée.

(i) DécUirationa de Naud et autres dans le procès de Carrier .-«Pradhomme ; Crimes de la Révolution, an tom. VII.

(a) Mauh. G. nxiu, f, 3; et 38.

(3,4 ) Piudhonimt; dît, en d'autres endroits du récit qu'il a fait de» cTipies de Can;iei', à Nantes, que ce sexe timide « étoit «sseatiellemsnt occupé à cacher sa nudijé aux iDonstres qui l'outrageoient (i) m. C'est à cet liî*b)rien hardi et non suspect, qiie nous renvoyons les lecteurs qui voudroient connottre l'affreuse pBi'Ucularité de certaines noyades, que ces monstres appeloient des mariages républicains, ^abc plume se refuse à décrii-e de si épouvantables forfaits.

Mais de quel surcroît d'horreur on se sent pénétré , quand ou pense que les noyades n'étoient encore qu'une aorte de délassement, soitpouriesbourreauxquî, dans le même temps et dans la même ville, faisoient tomber les têtes par centaines , sous le fer de la guillotine ; soit pour les soldats révolutionnaires, qui, près de là, fusilloient ou hachoient en masse les Vendéens amenés à Carrier? On pourroit dire, i Nantes et dans les environs , tels que la plaine de Sainte~ Mauve , les carrières de Gigan , ainsi que le jardin de fEperonniere, ce qu'Ëusébe avoit raconté des chrétiens «le U Thébaïde, massacres sous sesyeux: « Nous en avons vuassafsiner une multitude, comme en un seul tas, te même jour, tandis qye les «utres étoient décapités en grand nombre, tellement que le fer des assassins et des bourreaux s'en émoussoit, et que, ne pouvant plus égorger, il se brisoït dans les mains qui irappoient encore ; si l'on demande pour- <quoi les meurtriers ne s'étoient pas lassés de frapper, c'est qu'ils se succédoient les uns aux autres (a)». Prudhomme porte à cent mille le nombre des personnes que Carrier fit périr à Nantes.deces différentes manières; et il nous avertit que le plus grand nombre veaoit de la Vendée.

Parmi les victimes qui expirèrent sous le tranchant de la

(i) Hùtoirt du Crwie* de la Révolution , pag. 334 -lo l^i"' ^11- (a) ybi quisqut, eÙM ûi iiUt partSaa degeremus , qua^tpluriinos attrvaàm fino die, aliat quûleni capiu tnmetaoi..~. vidùnui ; adaà itt ^adii ipti hebetarenUir, et cœdere ampliiu non vaUntts franfftrtntur, ipiique eamificts viribut (htiseeitui , sibi iavirem succédèrent. (Hial. E«rl. L. VIII.)

guillotme^ on remanrqua sîk jeunes vierges dignes du plus grand respect, par leur candeur autant que par leur piété. Une heure avant d'être conduites à Téchafaud, où elles^ le furent sans ji^gement, apprenant leur sort par le geôlier > elles s'écrioient, avec la candeur de Ttunocence : «Mais au moins qu'on nous juge, qu'on nous entende! » Le geôlier leur répondoit: a Gela ne sera pas; Carrier le veut ainsi ». Voyant alors qu'elles n'avoient plus d'espoir que dans le ciel, elles se prosternèrent aussitôt la face contre terre; et, s'adressant au Dieu consolateur suprême des opprimés, et rémunérateur de la vertu, elles lui offrirent héroïqujsment le sacrifice de leur vie.

De combien de noms serait augmenté notre Martyrologe, s'il eût été possible de connoître toutes les personnes qui sont mortes, pour la religion, sous le proconsulat de Carrier à Nantes! Ce ne fut pas le seul endroit où il donna des preuves cruelles de sa haine contre la Foi* Proconsul, dont le pouvoir s'étendoit sur le diocèse de Vannes ( département du Morbihan), il y fit fusiller, dans la paroisse de Noyal-Muzillac , par le général Lebatteux , commandant d'une division révolutionnaire, huit catholiques qui sortoient de l'église j et lui-même d'avance avoit fait creuser la fosse au bord de laquelle il voulut que ces huit personnes fussent immolées , à cause de leur piété. On le vit mettre, de stê mains, le feu i l'église du village de Petit-Fay, où il ne restoit plus que JLes femmes et des enfans, dont, à son exemple, la solda** tesque incendia les chaumières.

Carrier n'eut pa3 le temps défaire submerger les^oixante^un prêtres du département de la Nihure^ qui n'étoîent arrivés à liantes avec quinze autres d'A>ngers, que le i5 mars 1794 {Voy. Neyers). La faction Dantoniste étant alors momenta-» nément abattue dans la Convention, Roberspierre, en vertu du décret qu'il y obtint, le 27 germinal (16 avril), fit rappeler ce proconsul, en même temps qu^il faisoit condamner à mort, par une commission militaire, à Nantes^ deivc de ses plus fu»

rieux complices^ savoir^ Fouquet et Lamberty ^ et, à Paris^ par le tribunal révolutionnaire Danton^ Hébert^^Chaumet^ etc. L'ex-proconsul voulut ae rattacher à la faction de llobers* pierre ^ en parlant en faveur de sa loi du 22 prairial (séance du 24)9 quoiqu'il méritât d'être un des premiers qu^elle dût frapper le parti Dantoniste ne lui pardonna pas cette lâche défec^ tion.

Cependant 9 après le 9 theimidor y les Dantonistes, malgré la justice dont ils faisoient parade^ et malgré l'indignation de toute la France contre ce proconsul y crurent prudent de ne pas éclater contre lui. Leur hypocrite système alloit en être compromis, lorsqu'après deux mois de silence intéressé , ne pouvant plus se taire y ils imaginèrent de satisfaire la clameur publique en la répétant, dans la séance du 28 vendémiaire an III (29 septembre 1794)9 niais avec la précaution de se mettre d'avance à couvert, s'il falloit absolument donner suite à cette accusation. Ce fut de dénoncer Carrier comme agent de Roberspierre qui ne pouvoit plus les démentir (i). La dénonciation resta sans effet; et l'on en voit la raison. Quoique, dans la suite , les membres du comité réuo-^ lutionnaire de Nantes de qui Fouché a voit fait l'apologie dans la Convention le 25 floréal précédent (i4 mai 1794)9 ^t pour lesquels il avoit obtenu un décret portant que « les patriote^ Nantais n'avoient pas cessé d'être dignes de la patrie » ; quoique ces complices de Carrier fussent traduits devant le tribunal rés^olutionnaire depuis le 25 vendémiaire an III (16 octobre 1794)? ^^ qu'ils y demandassent avec les plus pressantes et les plus jus*tes instances que Carrier, qui avoit provoqué les attentats qu'on leur reprochoit, fût mis, comme eux, en accusation, la faction Dantoniste'-Thermidorienne ne Touloit pas que la Convention y consentit. Mais enfin il fallut céder aux cris du public , révolté d'une telle résistance ,

(i) Voy. dant le Rapport même de Couitoû^ les lettres de Julien fils i Ro* liçrspierre contre Currier : Pièces 107 A; ^07 '; 107 m ; 107 n.

sans en pénétrer le vrai motif. Ce fut seulement le 7 frimaire {27 novembre), que la Convention , ne pouvant plus résister, abandonna Carrier au tribunal. L'indignation générale > dégagée d'une partie de sa contrainte, par l'effet même du sys* tème des Thermidoriens, força des juges qui cependant leur étoient dévoués à condamner ce monstre à la peine de mort , le 25 frimaire ( i5 décembre); mais, en marchant au supplice, il répétoit encore ce qu'il avoit dit au tribunal, « qu'il n'a voit fait qu'exécuter ce que le comité de salut public de la Convention lui avoit ordonné; et qu'elle lui faisoit expier ses propres crimes». (Fby,, pour la série des Martyrs de Nantes, BiiUDKY, Dàvaine, etc. etc.)

JH^X.

VETÎDÉE.

Nous comprendrons sous ce titre , non seulement la première guerre , bien plus religieuse que politique , à laquelle on donna ce nom, mais encore celle du même genre, qu'on a nommée la Chouajtnerie.

La première s'alluma dans cette vaste portion delà France, qui , bornée au Nqrd par la rive gauche de la Loire , depuis Erigné, vis-à-vis d'Angers, et dans son diocèse, jusqu'à Paimbœuf, diocèse de Nantes, se déploie au «Suâ? dans l'Anjou et le haut Poitou, jusque bien au delà de la Rodhie-sur-Yon, diocèse de Luçon , et un peu delà Châteigneraie, diocèse de la Rochelle, en comprenant au Sud, Bressuire, même diocèse; Aigei»ton-Ie<>*Château, diocèse de Poitiers; et à YEst^ dans cdui d'Angers , Yihiers , près Saumur , Aubigné- Briand, Beaniieu-^e»* Marchais. Plus des trois quarts de cette vaste étCAdueLde pays sont appelés par ses habitans Le Boccage; et seulement la partie rapprochée de. la Loire se

(3i8) nommoit le Pays de Mauge. Telle est la contrée à lamelle , depuis la noble et généreuse guerre de ses habitans, on donne le nom de Vendée. Nos lecteurs pourront aisément en fixer d'une manière précise toute l'étendue sùr-des cartes ordinaires de la France, en tirant à Y Ouest, depuis Paimbœnf jusqu'à Bonrneuf -eu-Rets^ port de mer, au même diocèse , une ligne sinueuse qui exclui-oit le promontoire avancé entre l'embouchure de la Loire et la baie de Bourgneuf ; puis de Bonrgneuf une semblable, jusqu'à Notre-Dame-du-Mont, sur les bords de la mer, au diocèse de Ltiron; de là, une ligne plus tortueuse encore, jusqu'à Saint-Hilaire-de-Rié, près S ai ut -Gilles -sur -Vie, même diocèse; ensuite, une presque droite, jusqu'à Saint-Vincent-sur-Grain, même diocèse; puis, sinueuse jusqu'à la Caillère, près la Cbàteigneraie, diocèse de la Rocbelle ; se dilatant après cela pour embrasser Saiut-Cyr-du-Gault, Marillet etFenîonx, diocèse de Poitiers; revenant enfin du côté de VEst par le diocèse d'Angers, i Qsqu'à Erigné , sans comprendre Parthcnay, Âirvaux, Thouara, Doué et Brissac. Ainsi donc, ce sont les diocèses d'Angers, de Nantes, de Luçon, de Poitiers et de la Rochelle qui ont fourni ces défenseurs du trône et de l'autel, que le plus fameux conquérant de notre âge, tout en les regardant comme ses ennemis, appeloit néanmoins les Géans de la Fendée.

La seconde guerre du même genre , et qui succéda à la première, éclata sur les confins du Maine, Elle eut pourtjombattans la plus saine partie des hahitans, non seulement de cette portion du Maine, mais encore de toute là partie de l'Anjou qui est en deçà delà rive droite de le Loire, de la hante et basse Bretagne , y compris les pays qui sont entre ce Seuve et la Manche. Ainsi vit - on concourir à défendre la même cause, et de la même manière que les P^endéens, (es diocèses du Mans, d'Angers, de Rennes, de Saint-Briewc , de Saint-Malo, de Dol, de Tréguier, de Saint-Pol-de-Léon , de Quimper, de Vannes et de Nantes.

Kestreint par notre sujet à ne parler de ces deux guerres que sous le rapport de la religion , nous mériterons d'autant plus de confiance en ce, qui la concerne, que nous tirerons presque tous noâ récits d'ouvrages purement politiques , et même publiés sous la domination des diverses tytannies que combattirent les Fendéens et les Chouans (i). Ceux qui l^ont été depuis le retour des Bourbons > n'ont fait que confirmer ce qui avoit été dit précédemment à cet ^gard (a). Les détails particuliers que nous y ajouterons^ sont dus à des témoins oculaires^ non moins recommandables par leur bonne foi que par leur piété.

Quelque grande qu'ait été la part que la politique vint prendre à la première de ces guerres, car elle avoit réellement commencé pour la défense des autels, son origine, son essence et ses progrès n'en forment pas moins une histoire qui nous reporte aux temps de ces généreux Machabées doiït l'Esprit saint a voulu lui-même consacrer les pieux exploits. Ici, comme là, c'étoient des Antiochus^ des Nicanor, des Gorgias, qui, déterminés à détruire la religion du vrai Dieu , pilloient son temple , en faisoient tissassinei* les Lévites, yplanoient uùe idole impure, déclaroient et brûloient les livres de la Loi , mettoient à mort quiconque en conservoit quelqu'un chez lui, ou Vouloit encore lapratiquer. Ici, comme là, c'étoient de vertiieiix Mathatliias, qui, d'à-

(i) y<yy>9 àuoA U Moniteury les ràppôrtfl, lettres, aetas, traités des ffoconsuls et connuissaires d« la Conventiop^ en i793> 1794 et 1795. — Histoire de la Guerre de ia Vendée, par Alphonse Beauchamp ; trois roi. in-S» ; Paris « i8q6» réimprimée en lâao en quatre vol. avec augmentation; Parîs^ chez L. G. Michaud , libraire , rue de Cléry, n» i3.

(a) Mémoires de M^* la maixjuise de Larocliejaquelein (refondus et corrigés en entier par M. Prosper dé Barante). Vol in-8»; Paris, 181 7. — Histoire des Guerres de la Vendée et des Chouans , par P, V, J, de Boumiseaux {des JDeux-^ Sèyres), témoin oculaire ^ trois vol. in-8"; Paris, 1820. — Le Consens ateur^ par M. le Tieomte de Chateaubriand; juillet 18x9, XLIY* Livraison; pag. 19$ du tom. lY.

bord forcés de se retirer à l'écart pour adorer Dieu , gémUsoient à la vue de tant de'sacriléges, en disant : « Ce que nous avons de plus saint est profané par les impies »; et &nissoient par s'écrier : « Que celui qui a du sèle pour la Loi , et demeure attaché à l'alliance du Seigneur, nous suive. SI nous ne combattions point contre eux pour nos âmes et pour notre religion, ils nous auroient bientôt fait disparoltre de dessus la terre. Ne mourons pas tous isolés dans une humiliante obscurité comme nos frères; et marchons ». A ce discours, toutes les forces d'Israël se réunirent; et, aprisbien des combats, le saint Temple fut enfin rétabli (i).

Que ce soit la pei-sécution faite à la religion du vrai Dieu, et le zèle ardent des habitans du Saccage pour elle qui les aient armés comme de nouveaux Machabées contre ses persécuteurs : c'est une vérité de fait solennellement reconnue par eux-mêmes , lorsqu'ils se crurent obligés de traiter de la paix avec ces intrépides Fendéens qu'ils n'avoient pu détruire entièrement. La Convention avoua « qu'ils p'avoîent pris les armes que pour défendre ce qu'ils avoient de plus cher, leur culte et leurs temples , ainsi que leurs foj«rs et les tombeaux de leurs pères ». Ses commissaires pacificateurs déclarèrent authentiquement dans le préambule de leur arrêté du i8 février 1795, que « les troubles qui agitoient les départemens de l'Ouest, avoient pris leur source dans l'interruption (forcée) du paisible exercice de leur cnlte, et que les auteurs de leurs maux étoient ceux qui avoient cherché a établir un culte particulier (a) ».

Us compteroient la religion pour bien peu de chose , com-

(i] SÏMinpugnat-enmui adi/tnàigaitet proaaimabus aoilni, ttjust^catùinîbus noalrù .- nunc càaii Jîiperdatt ma à terra, — JVon moriemur omnei , liait manui suntjnam iioith in occulta. Tune coagregata est ad eot ijrnagoga AtiiâiBOTwnfortù viiihm ex Iirail, ( I, Ittacb. 3.)

(g) Sûtoùv de la Guêtre de la fendéi, par jtfykoate Jfeauchoi^ : iSoE. Piice u< i6 da tom. II , p*f . 433.

parativement & la monarchie , ceux qui n'auroient compté pour rien l'insurrection de la Vendée, avant ce fatal Dix Jbût 1 792 , où le Roi fut renversé de «on trône , et qui ne fixeroient son origine qu'à cette époque. Elle avoit réellement commencé dès i79i> après que la loi de la constitua tion civile du clergé eut renversé de leurs siëges et chassé de leurs paroisses, les évéques, cures et vicaires qui avoient refusé d'adhérer à cette oeuvre de schisme et d'hérésie.

L'expulsion violente que , dans le Boccage comme dans le reste de la France, des administrateurs révolutionnaires avoient faite de ces pasteurs^ en les remplaçant par des intrus schismatiques, indignes, sous tous les rapports, de la confiance des habitans , blessa vivement le caractère énergique de ces Vendéens , qui , « fortement attachés à la religion de leurs pères, étoient capables des actions les plus héroïques pour la défense de leur Foi (i) ?>. Dès 1791, les gendarmes qui vinrent expulser les vrais pasteurs, et installer à leur place des prêtres de ce genre , furent souvent harcelés à coups de fourches par les paysans. Un de ceux-ci, ayant déjà reçu de ceux-là vingt-deux coups de sabre , étoit sommé par eux de se rendre : « Non, répliqua-t-il, rendsmoi plutôt mon Dieu »; et il fut achevé. Depuis le 3 mai 1791, des insurrections partielles pour cette cause, avoient éclaté à Châlans, dans le bas Poitou; à Saint-Gilles, Palluau, Apremont, Saint- Jean de Mont - Machecoult , aux environs de Châtillon -sur- Sèvres , à Nantes même; et la violence que des gardes nationales mettoient à les réprimer, ne pouvoit que les rendre plus générales. Dans les paroisses d'où elles n'avoient pu enlever le^vrai pasteur, il n'étoit pas rare d'y voir quatre ou cinq cents de ses paroissiens armés de faulx, de fourches, de bâtons , encore plus que de fusils, entourer l'autel où il disoit la messe. Les curés que les nova-

(i) Histoire de la Guerre de la Fendée^ édition de i8aOj pag. i4 du tom. I. I. ai

leurs étoient parvenus à. chasser de leur paroisse ^ ne pouvant plus célébrer le saint Sacrifice que dans les bois, leurs ouailles venoient y assister avec plus de ferveur encore qu'elles ne Tavoient fait dans leurs églises.

L'éloignement où la F^i leur commandoit de se tenir des prêtres schismatiques , étoit si tranchant dans les paroisses mêmes les plus calmes , que ceux-ci n'y trouvoient personne qui voulût assistera leur messe ^ et moins encore la servir. Dans plus d'un village , comme aux Echaubrognes^ près Châtillon-sur-Sèvres , on leur refusoit même du feu quand ils en demandoient pour allumer les cierges de leur auteL

Tant que subsistoit le trône dé saint Louis , sous la protection duquel on avoit jusqu'alors servi Dieu paisiblement en esprit et en vérité, ces pieux villageois espéroient encore des temps moins fâcheux pour leur religion ; mais tout espoir fut perdu quand ils apprirent la catastrophe du lo août. N'ayant plus que leurs bras pour défendre leurs autels > ils éclatèrent d'une manière plus formidable par l'attaque de Châtillon et de Bressuire le 24 ^^ même mois. Le désespoir de ces peuples venoit d'être poussé à la plus extrême irritation par des commissaires de l'abominable Commune de Paris, qui avoient débuté à Châtillon par soutenir que (des prêtres trompoient les peuples f que leur religion n'étoit qu'un tissu de fables j qu'il ne falloit élever des autels qu'à la raison ». Le peuple s'étoit soulevé contre ces prédicans de Fathéisme ; ils n'avoient eu que le temps de s'enfuir à Thouars pour n'être pas mis à mort.

Ce fut alors que la monarchie , bannie de sa capitale d'où elle avoit si mal protégé la religion , parut se réfugier sous les ailes mêmes de cette religion si décidément protégée par les Vendéens ; et leur guerre , d'abord uniquement catholique , devint aussi royale parce qu'ils étoient de courageux et fidèles Mathathias. Dans l'explosion générale qui s'en fit le 10 mars 1798^ toutes les campagnes retentirent de cette

exclamation qui comprenoit Tune et TfHitre cause : (( Mon âme est à Dieu ; mon corps est au Roi ))b I46S gardes nationales des provinces voisines qui marchèrent contre ces insurgés , ayant été repoussées par eux , et la Convention les ayant remplacées par des troupes réglées^ lorsqu'un de leurs bataillons surprit plusieurs de ces paysans réunis^ et leur ordonna y sous peine d'être fusillés à l'instant, de crier: « vwe la nation » ! ce cri leur paroissant une sorte d'abjuration de leur Foi comme de leur royalisme , ils s'agenouillèrent en silence, préférant la mort 5 et ils la reçurent avec le contentement de la piété, comme une glorieuse récompense de leur fidélité à Dieu, et même de celle qu'ils gar -> doient au Iloi.

(( Ni la prison, ni les outrages, ni la mort même, dit un historien (M. Bourniseaux ) , ne sauroient faire pâlir des hommes persuadés qu'ils n'ont pris les armes que pour venger la cause de Dieu et la ruine de ses autels. Qu'on les frappe, qu'on les immole : ils sont inaccessibles à la peur. Leurs yeux fixés vers le ciel semblent y chercher d'avance le prix d'un dévouement héroïque et religieux. Dans une autre occasion, les troupes de la Convention avoient fait prisonniers douze Vendéens, et alloient les fusiller. Déjà ils étoient à genoux^ déjà les fusils se dirigeoient sur eux^ et les officiers républicains qui étoient présens s'étonnoient de ne pas voir sur leur visage la moindre apparence de frayeur; tout à coup une de ces victimes s'écrie : Nous aidons une grâce à ^ous deman^ der. — Quelle est^elleP — C^est que vous ne fassiez tirer les coups de fusils que les uns après les autres ^ afin que nous oyions dai^antage à souffrir pour la gloire de Dieu , et que nous recevions une plus belle récompense dans le ciel (i) ».

Obligés par les déplacemens qu'exigaoient les mouvemens de la guerre à s'éloigner de leurs villages, ils n'avoient pas

(i) Les proconsuls Richard et Choudieu ont eux-mêmes parlé de ce trait à U page 18 de leur Mapport imprimé.

voulu que leur^fFa«teurs, à la défense desquels ils s'étoîent voués principalement, restassent abandonnés aux furieux qui ne manqueroient pas de venir^ quand ils le pourroient, désoler leurs paroisses ; et ils avoient emmené avec eux ces prêtres dont le ministère d'ailleurs devoit leur devenir plus cher encore dans les circonstances périlleuses où ils alioient se trouver* Le nombre s'en accrut beaucoup de jour en jour par la délivrance de ceux qu'ils arrachèrent aux prisons des villes dont ils firent la conquête^ comme à Mont- Saint - Michel , à Tours, etc. Il ne resloit plus d'autre ressource à ces ministres du Seigneur que de se mettre aussi sous la protection des Vendéens, et de suivre leur destinée. Qu'on ne s'étonne donc point de ce que la religion fut honorée et pratiquée au milieu des efforts de leur résistance aux troupes de l'tmpie Convention , suivant que l'attestent tous les historiens. Chaque fois qu'il s'agissoit de marcher au combat, tous se mettoient à genoux^ offroient à Dieu le sacrifice de leur vie pour la double cause de l'autel et du trône ^ un prêtre leur fàisoit une courte exhortation chrétienne à la suite de laquelle il leur donnoit une absolution générale, que chacun recevoit prosterné avec le plus humble esprit de pénitence et la plus ardente ferveur. Ils se relevoient ensuite, et marchoient d'un pas intrépide à l'ennemi. Pendant la bataille, leuvs pasteurs qui d'abord levoient les mains au ciel comme de nouveaux Moïse, couroient bientôt à ceux qui venoient d'être blessés, les soutenoient dans leurs bras, confessoient les mourans, et, sous le feu même de l'ennemi , prodiguoient aux uns et aux autres toutes les consolations et tous les secours de la religion. Le ciel accordoitil la victoire aux Vendéens? leur premier soin étoit d'aller en remercier Dieu dans les églises, si elles n'étoient pas restées souillées par le schisme, ou quand on avoit en le temps de les purifier par une nouvelle bénédiction. Si elles étoient encore souillées, ou qu'on n'eût pas la facilité de les rebënir, leurs prières se faisoient sur le champ même de la victoire ^

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OÙ souvent ils exigeoient que leurs prêtres célébrassent des messes d'actions de grâces..

. Telles furent uniquement les occupations des prêtres dans l'armée vendéenne. « La boucbe mensongère des impies dont les lèvres distillent le venin des aspics, et dbnt là langue, comme un glaive aigu, £ait des blessures pi*esque incurables », a pu seule dire que ces ministres sacrés combattoient avec les Vendéens. Ces bons villageoiis , bien instruits de leur religion, auroient cessé d'avoir confiance en eux, s'ils les eussent vu s'écarter de la sainteté de leur ministère en touchant seulement des armes. Sans doute on les vit, dans certaines occasions où l'eiBEroi de quelques combattans alloit compromettre le sort de l'armée , relever leur courage pour la sûreté de tous , « en les armant, à la manière de Judas Mâcha* bée, non de boucliers et de dards, mais des paroles saintes de la loi de Dieu (i) », Us le dévoient d'autant mieux qu'à la suite des combattans , et sous leur protection, étoient leurs femmes , leurs enfans , les vieillards de leurs familles , que la plus atroce persécution avoît forcés à fuir de leurs chaumières incendiées.

La Convention, dans sa rage , avoit ordonné , le a6 juillet 1^93, que vingt* quatre compagnies d'incendiaires et de tirailleurs -braconniers iroient porter le feu dans les de« meures , les forêts , les récoltes de la Vendée , en exterminant ce qu'elles j trouveroient encore d'habitans, surtout à Mor« tagne, à Chollet, à Chemillé. Le général Grignon, qui commandoit une des plus nombreuses de ces hordes qu'on appeloit si justement calonnes^ infernales , étoit parti d'Argenton en faisant « livrer aux flammes tout ce qui pouvoit être brûlé , et passer au fil de la baïonnette tout ce qu'elle rencontroit d'êtres viyans sur son passage ».

Lorsque , après bien des victoires et des conquêtes à Chollet, Thouars, Parthenay, Fontenay, Saumur, La Flèche ,

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il) II. Mach^C.xr.f. 11.

Mtrm^mmmmaÊÊti

Angers, Mortagne, Clisson, etc., comme après quelques revers et quelques pertes, l'armée vendéenne éprouva, au milieu d'octobre, la sanglante défaite de M ortagne , où , de cinquante à soixante mille combattans , elle se trouva réduite à trente mille 5 ne pouvant plus retourner sur son territoire tout en flammes, elle ne vit plus de salut pour elle-même, pour les femmes, les vieillards et les enfans désolés qui^a ! suivoient, que dans le passage de la Loire à Saint-Florent*

le -Vieil. Sept à huit barques transportent en moins de trois jours, à travers les plus grands périls, mais sous la protection du ciel , plus de soixante mille personnes sur la rive droite du fleuve 5 et les voilà qui marchent vers Segré comme au hasard. «Un drapeau blanc en lambeaux guidoit les tribus de saint Louis, comme jadis l'Arche-Sainte conduisit dans le désert le peuple fidèle », dit le plus éloquent de nos écrivains, M. de Chateaubriand.

Douze mille fantassins avec quelques canons vont en avant ; Tarrière-garde se compose des meilleurs soldats et de presque toute la cavalerie. Entre ces deux corps, cheminent péniblement et péle-méle avec l'artillerie et les bagages neuf à dix mille femmes dont la plupart veuves portent des orphelins , quantité de religieuses ftgées et de prêtres, des vieillards soutenus d'un côté parleurs fils, et de l'autre s'appuyant sur un bâton. « Cette triste procession, dit l'une de ces courageuses femmes (la marquise de Larochejaquelein ), occupoit environ quatre lieues de longueur » 5 et cette multitude d'infortunés dont les vétemens en lambeaux ne pouvoient plus les couvrir, suivant ce que nous raconte verbalement une personne qui les vit passer, et qui, après vingt-six ans, ne peut encore le redire qu'en versant des larmes d'édification comme d'altendrissement; cette multitude cheminoit en récitant des prières, et demandant au Seigneur de continuer à veiller sur elle.

Il fit tomber, pour ces nouveaux Machabées, les portes d^Ingrande, de Candé, de Château -Gonthier, de Laval,

leur ouvrit même celles de Granville, de Dol, de La Flèche , d'Avranches et du Mans; mais, depuis que les Vendéens avoient passé la Loire, leur jeunesse, perdant de vue les au-^ tels éloignés de leurs paroisses, s'abandonnait, malgré leurs prêtres, à des désordres dont le ciel les punit, d'abord par un revers désastreux , sous les murs d'Angers ^ le 5 décembre , et, dix jours après, par leur presque totale défaite au Mans, et vers. Savenay, Une grande partie périt sur les ckamps de bataille f presque tout le reste, faii prisonnier, fut voué à la mort de différentes manières : les uns furent fusillés, de suite^ au Mans; d'autres furent envoyés à Savenay , où ils subirent le même supplice. Le plus grand nombre, y compris des femmes et des enfans, fut conduit à Nantes, où le proconsul Carrier fit mitrailler, sabrer en masse quatre-vingts de ces femmes , avec cinq cents enfans , et noyer tout le surplus ^ dans ses bateaux à soupape, {f^oy. Nantes.) « Dans ces noyades y dit M. Bourniseaux , les paysans et paysannes que l'on conduisoit à la mort, chantoient des cantiques dont le refrain étoit : « En mourant pour son Dieu , Ton est sûr d'aller en Paradis )>•

Déjà, dans la ville même du Mans, une grande quantité de femmes, après ai^oir été rangées sur plusieurs lignes^ avoient été foudroyées par des feux de peloton, devant la demeure même des proconsuls \ et celles de ces infortunées qui n'étoient pas tombées des premiers coups, en avoient reçu de nouveaux, qui les avoient également immolées. Les malades, qu'on avoit été forcé de laisser dans l'kôpital d'Avrani^hes , y avoient été égorgés par les vainqueurs, le 21 novembre. Ceux qu'ils trouvèrent dans celui de Candé , éprouvèrent le même sort^ et ceux. qui restoient dans l'hôpital de Château - Gonthier, furent jetés vivans dans la Mayenne.

De tous les Vendéens et Vendéennes qui avoient passé la Loire, trois à quatre mille seulement survivoient^ et ces tristes restes se rappro choient du fleuve, pour en tenter le

( 3aê )

passage. <( Ce n'étoient plus des soldats^ dit M. de Chateaubriand: des prêtres portoient des malades sur leurs épaules; de jeunes filles, des femmes, des enfans, des vieillards, expiroient dans les fossés et sur les chemins». Très -peu réussirent à revenir sur la rive gauche de la Loire; et ils y furent obligés de se disperser dans les bois ; les autres s'étoient réfugiés dans les marais, les fermes et les forêts de la Bretagne. Et cependant les Vendéens continuèrent encore d'être redoutables pour la Convention , jusqu'au commencement de 1795, où ils furent abusés par la pacification qu'elle leur offrit insidieusement, en faisant les aveux dont nous avons parlé.

Il étoit difficile qu'elle ne convint pas d'avoir voulu priver absolument ces peuples de leur religion , lorsqu'entre autres attentats de son proconsul Carrier et de son général Grignon, on avbit vu ces deux honimes infernaux incendier de préférence les villages et les bourgs qui s'étoient le plus signalés par leur piété , et en fusiller les habitans avec une rage toute- particulière. Le premier, dans la paroisse du Petit-Fay, oà il ne restoit que quelques femmes et des enfans, les avoit fait périr par le plomb des soldats, et avoit lui-même mis le feu à l'église, pour donner le signal de Tincendie. Dans un autre village, huit catholiques, qui «ortoient de leur temple , avoient été , par son ordre, saisis, conxl'uits au cimetière, et fusillés sur les bords d'une fosse qu'il avoit fait ouvrir pour engloutir leurs cadavres. Grignon, arrivé, au travers des cadavres et des cendres, dans le bourg de la Meilleraye , l'un des plus distingués par sa Foi, et, y ayant de suite ordonné aux hommes et à leur curé de se rendre dans l'église , où d'abord ils furent dépouillés , avoit fait conduire ensuite, et fusiller, dans le cimetière , premièrement le curé, et, après lui, &es fidèles paroissiens, l'un après l'autre. Les femmes que la soldatesque rencontra dans les rues, y furent toutes égorgées; celles qui restoient près des vieillards et des infirmes sur leur lit de douleur^

furent dévorées avec eux, par les flammes, dans leurs chaumières incendiées.

Nous n'avons donc plus besoin de preuves en affirmant que la Foi et la piété de ces Vendéens ont été la principale cause de leurs malheurs. Pour établir cette vérité, nous n'avons pas été réduits à nous prévaloir du titre de catholique et royale f qu'avoit pris leur armée, ni des décorations religieuses qu'ils portoient dans les combats; il nous suffit d'en parler comme historien : c'étoit, pour les hommes du bas Poitou , un médaillon sur lequel étoit représentée la Sainte- Vierge, entourée de chérubins qui sortoient d'un nuage ^ et, pour ceux du haut Poitou comme de l'Anjou , des croix, des scapulaires, des chapelets. Leur cri de guerre, à tous, étoit : (( Vive la religion catholique et le Roi » !

Cependant nous ne saurions nous priver de la satisfaction de faire remarquer, dans leurs hôpitaux militaires, le religieux motif de leur héroïque dévouement, lorsqu'il ne leur en restoit que de vives souffrances. Voyez-les dans ceux de Châtillon, de ChoUet, de Mortagne, de Saint-Laurent-sur- Sèvres , où ils sont servis avec tant de soins, par les sœurs de la congrégation dite des Filles de la Sagesse , et exhortés à une sainte mort, par les prêtres de la mission du Saint- EspritÇi^ Ces malades n'ouvrent la bouche que pour chan-

(i) t)eux pieuses congrégations instituées, en 1706, à Saint'Laurent-nor- Sèvres par un vénérable prôtre, Marie Grignon de Montfort, mort en odeur de sainteté Fan 17 16. La destination des missionnaires du Saint-Esprit étoit déporter le flambeau de la Foi au-delà des mers, comme encore de parcourir les campagnes du Poitou, de la Bretagne, etc. pour y catéchiser les ignorans, et y ranimer la piété. Cette congrégation comptoit, en^i^Sg, plus de cent cinquante prôtres^ et a produit des hommes d'un mérite distingué sous le rapport des lumières comme de la rertu. On cite entre autres MM. Vatel, Mulot, Valois et le P. Guillou, célèbre voyageur, qui n'est mort qu'en 1817 , après avoir ramené beaucoup d'incrédules à la religion. — Les Filles de la Sagesse furent destinées à tenir des écoles pour les petites GUes pauvres, et à servir les malades dans les hôpitaux. On en compte aujourd'hui plus de trois cents répandues dans la partie Ouest de la France, où elles se font remarquer

ter des cantiques^ réciter des prières, remercier leurs bienfaiteurs, et rendre à Dieu d'affectueuses actions de grâces, de ce qu'il les a jugés dignes de soufirir et de mourir pour sa sainte cause.

La seconde guerre, à laquelle on donna le nom de Chouan-^ nericy n'offrit pas, dans sa généralité, autant de sujets d'édifîcartion^ mais elle fournit encore beaucoup de traits où les Bretons, les Angevins et les Manceaux, se montrèrent les dignes émules des pieux Vendéens. Son nom, qui lui vint de ce que les premiers chefs de l'insurrection étoient quatre frères (i), que les habitans appeloient Chouans y par corruption du mot chat-huanty à raison de ce que, ne sortant que de nuit, et contrefaisant le cri de l'oiseau de ce nom, pour se reconnoitre dans les bois, ils en faisoient comme le mot d'ordre de leur troupe f ce nom, disons-nous, n'exclut point la pensée que les insurgés de la Chouannerie avoient pour motif la cause de la religion comme celle du roi. Quand le marquis de Puisay e avoit, par l'ordre du Monarque, régularisé

, par une humilité profonde , une tendre piété, et une charité généreuse qui ne

fait nulle acception des personnes. Elles servirent les soldats de la Convention comme les malades de la Vendée, avec un zèle égal et si affectueux , que plusieurs des premiers en furent touchés jusqu'aux larmes. Vivement émus de ce que ces pieuses filles, que la veille ils auroient voulu égorger, les soignoient avec tant d'empressement et de cordialité, ils abjurèrent devant elles leurs erreurs démagogiques, devinrent chrétiens, et môme royalistes. Les cantiques qu'on verra chantés par les femmes vendéennes en allant au supplice

I ( ^qy, JsAirvE Chadâigwe), avoient été composés par le vénérable Grignon

de Montfort, qui lui-même en mourant avoit dit cette strophe si touchante

^ par sa simplicité , qu'elles répctoicnt en montant à l'échafaud :

M Allons , mcf clierf amii »

Allons en Paradis :

Qvoiqa'on fa^ne en tiss lieux»

Le Paradis Tant mieux •.

(i) Les frères Cottcreau du village de Saint-Ouen-des-Toits près Laval.

leurs opérations guerrières dans les parties Ouest-Sud et Nord" Ouest dû département d^ llle-et^Villaine , et dans la partie Est de celui du Morbihan ^ s'ils avoient tous fait serment f( de nereconnottre d'autre. souverain que le Roi de France », ils avoient aussi juré « délie reconnoitre d'autre religion que la religion catholique ».

« Les idées religieuses et monarchiques , dit M. Beai^ champ (i), dominoient parmi les Chouans avec autant de force que dans la Vendée » ; et lorsqu'au commencement de 1 795 , des commissaires de la Convention vinrent pour traiter de la paix avec eux, la première condition que ceuxci, demandèrent parleur réponse du la février, fut qu'ils jouiroient « d'une liberté illimitée dans leur culte et leur croyance religieuse », entendant parla n'être point astreints à ces déclarations de soumission , qu'exigeoient les lois d'alors, et qui effrâyoient les consciences timorées {Voy. Lois et Trib. révol. , §. III). Dans le traité de pacification que signèrent avec eux ces commissaires, le ao avril suivant, ils confessèrent solennellement que « la clôture des églises, la destruction du culte , et la persécution contre s^s ministres avoient été la principale cause du soulèvement des campagnes, et de la gueri*e des Chouans yi, C'étoit donc bien pour conserver aussi leur religion que les Chouans y comme les Vendéens, avoient résisté si courageusement à ceux qui vouloient la détruire.

Et certes, ils se montrèrent derechef bien enflammés d'amour pour elle, lorsqu'ayant été bientôt foi'cés de reprendre les armes, ils furent informés que le vénérable évêque de Dol et beaucoup de saints prêtres , revenant de leur exil, dévoient débarquer en juin 1795 sur la plage de Quiberon , avec une vaillante escorte de chevaliers français. A combien de bons catholiques de ces contrées ne coûtèrent

(i) HUt, de la Guerre delà Vendée et des Chouans y édit. de 1806^ à la pag. 390 du tom. III.

pas la vie les résultats malheureux de ce courageux débarquement {Voy. Ui R. DE Hercé, etc. Vannes)! et ceux-là périrent vraiment bien aussi pour leur Foi. Chaque chrétien, témoin de leur supplice^ les regardant comme des Martyrs, s'empressoit d'imbiber quelque linge de leur sang, et Temportoit avec vénération comme une At^ plus précieuses reliques qu'il pût avoir. Cette prairie voisine d'Auray où tant de ces victimes étoient enterrées, fut appelée d'une voix unanime, la Prairie des Martyrs; et chaque jour encore on y vient de toutes parts en saint pèlerinage , de même qu'autrefois on alloît aux tombeaux des Martyrs^

Qui ne sait que les persécuteurs continuoient encore leurs impies et féroces immolations au printemps de 1796, un an et neuf mois après la-chute de Roberspicrre , tellement que le général Hoche, qui lui-même paroissôit* les autoriser, reconnut que leur continuation formoit le plus grand obstacle au succès de la commission de pacificateur qu'il avoit alors? Il déclaroit au Directoire de la république que les Chouans persisteroient à combattre tant qu'on feroît persécuter leur religion (i). Cette vérité ne fut bien comprise que par Buonaparte , lorsqu'il devint maître du gouvernement à la fin de 1799. S'il obtint que cette longue guerre cessât au cotnmencement de l'année 1800, ce ne fut que parce qu'il s'annonroit pour le protecteur et le restaurateur de la religpn.

En rapprochant de tous les faits que nous venons de raconter, les principes exposés dans notre Discours prélim., on ne sauroit dénier le titre de Martyr aux prêtres, aux religieuses, et autres femmes dévotes qui furent immolés juridiquement pour la principale cause que ces deux guerres avoient en vue; et même encore à ceux des combattans qui, faits prisonniers , et condamnés au dernier supplice , attestèrent

(i) Hist. de la Guerre de la Fendée et des Chouans y ibid,, pag. 385«

jusqu'à la fin, par leurs discours , leur conduite et leurs sentimens, la Foi pour laquelle ils avoient pris les armes.

De bien graves autorités sembleroient vouloir encore que Ton comprit aussi dans la même classe y ces autres combat^ tans qui périrent en des actions guerrières contre Tennemi de la religion y encore plus que de la royauté; quand ils conservèrent jusqu'à leur dernier soupir, ce zèle, cette Foi , cette ardeur de piété, cet espri( de pénitence, cet amour de Dieu qui les avoit armés pour la défense de ses autels. Saint Thomas ne regarde-t-il pas comme de vrais Martyrs ceux qui sont tu^s, les armes à la main, en défendant la république chrétienne et TEglise catholique (i)?

Il y a plus : à la suite de guerres qui eurent le tort apparent d'être offensives, où la politique avoit essentiellement plus de part que la religion, on vit, par cela seul que la religion leur servoit d'étendard , qualifier de Mar^ tyrs y^ï honorer comme tels dans l'Eglise, ceux qui avoient succombé dans le combat. Ces fameux chevaliers de Gharlemagne, les Roland, les Olivier, et tant d'autres chrétiens qui avoient péri dans la vallée de Roncevaux , ne furent-ils

(i) COun qmspropter honum commune mortem sustinet, si hoc refèrutia* ad Chnstum , aureolam merehitur, et Martyr erit , utpotè si rempubUcam defendat ab hostium impugnatione, quifidem Chrisii eorrumpere moliitntur, et in ttUi defensione mortem sustineat. (In quartum librum Sententiarum Pétri Zomhardi. Distinctio 49 » Art 3, in Qusest. a» ad XI.) — Dicehdum quodboruim reipuhlicœ estprœcipuum interbona humana : sed honum dii^inum, quod est propria causa nuatjrrU, estpotOu quàm humanum , quia tamen honum humanum potest effici dii'inum , ut si referatwr in Deum , ideà potest esse quodcunque honum humanum martyrii causa, secundum quàd in Deum re/ertur. (Secanda secund» Qusest. 134» ^^' 5 , ad 3». />e iîû qui in hello justo ^nro defensione reipublicœ morùuntur. ) — Patitur etiam propter Christum , non soàun oui patitur propterfidem Christi, sed etiam qui patitur pro quocunquejustitic^perCf pro amore ChristL (In£pist. ad Rom. C. viii, lectio 7. ) -^Duplex autem causa proquaquis mart/rii ctuisam prosequitur : una si patiatur pro jide Christi, t^el pro quacunque aUa virtute ; nemo uestràm patiatur quasi honùcida , aut fitr, aut maiedieus , aut alienorum appetàor, si autem ut christianus non erubescat : alia, si patiatur pro Mcclesitg utiiitatt. ( la Epût. ad JBpftes. Cm, lectio t. )

pa$Yénérés dansTEglise comme Martyrs^ parce qu'ils avoient été mis à mort par les Sarrasins en combattant pour la Foi (1)? C'est uniquement parce que le Koi de Norwège, Saint OlaW) fut tué par des idolâtres auxquels le même motif lui avoit fait déclarer la guerre , que l'Eglise le mit au rang de ses Martyrs (a). Saint Bernard ne promettoit-il pas avec assurance la gloire et la récompense du martyre aux chevaliers de Jérusalem qui seroient tués par les païens, que cependant il leur déiendoit de tuer s'ils pouvoient les empêcher par quelque autre moyen de trop insulter aux fidèles ou de les opprimer (3) ? On connott les promesses que les papes Urbain II, Eugène IV, Alexandre III, etc. etc.,

(i) Petrus de Natalibus^ liv. V, Catalog, Sanctorum, c. cxxiii^ dit : i?olandu$ et UUverius, atque multi alu milites ehristiemi, qui à Sarracenis, in BundofHille pro fide Cknsti pugnantes , ocdsi sunt tempore Caroli Âfagni, in vatalogo Marljrrum scribuntur.,.,. Passio horum Martjrrum celebratur 16 kai. junU (19 mai). Jean Molard, dans ses additions au Martyrologe d'Usuard, dit aussi : Kal. XVI juniif in Gallus Bolandi comitis et sociorum qui juxth Pam" pelonem suhPp^neù montibuspro Christo pugnantes, Carolo Magpo imperante^ occubuerunt. — On Ut encore dans la Chronique ecclésiastique de Luitprand^ à Tan de Tère chrétienne 883 , et de Tère des Mores 9^1 : Habehatur pro Martyre in Hispania Aolandus cornes..,, cujus fuit pater Milo de Angieriis cognomentô Bemardusj lepir CaroU Afagni. Tractemundus, évéque d'Elvire, auquel il «voit envoyé sa Chronique , lui répondit : Nec desunt quos Sarraceni mactatoa et in occisione gladii necatos ad cœlos transmittunt in dies. Edition de Thomas Tamaio de War^SLs: Mantuœ Carpeyanorum , i635.

(a) Voy. Martyrologium romanum, in die 2%juliij et Historia Cotkontm à Joanne Olao, 1. XVIII, c. v.

(3) Quàm gloriosi revertuntur victores de prœUo! quàm beati moriuntur Martyres in prœlio! Gaude,Jbrtis athleta, si viuis et vincis in Domino; sedmagis exulta et gloriare , si moreris et jungeris Domino. Fia quidem frucUtosa , et tfictoria gloriosa : sed utrique mors sacra jure prœponitur. Atun etsi beati qui in Domino moriuntur, nùm multà magis qui pro Domino moriuntur? £t quidem, sive in" leéto, siue in belio quis moritur,^ pretiosa erit sine dubio in conspectu Domini mors sanctorum ejus, Cœterum in bello tanto profectd pretiosior quanto pt gloriosior. (Serm. ad milius templi , c. i.) — Miles Christi securus interimity interit securior..,., Cùm autem ocddàur ipse , nonperiisse, sed perpenisse eog" noscàur..... In morte régis liberaUtas aperùur, cùm miles remunerandus eduçt--* lifr. (Ibid. C, lu.)

iaisoieat aux croisés par leurs bulles^ ainsi que le Canon 27 du 3^ concile général de Latran sous le même Alexandre. Rome^ encore au xiir siècle ^ regardoit si notoirement comme des Martyrs ceux qui périssoient dans quelque guerre contre les Sarrasins , qu'en 1212^ le roi de Castille, Alphonse IX , écrivant au pape Innocent III pour se féliciter avec lui des résultats victorieux de sa bataille de Las-Navas de Tolosa^ contre les Sarrasins , lui disoit : ce Quel sujet de joie ! que d'actions de grâces à rendre de ce qu'îLn'a péri que vingt-cinq à trente de nos soldats chrétiens , et surtout de ce qu'ils sont allés à Dieu par la voie du martyre ! Leur bonheur est si grand que nous devrions peut-être regretter qu'il n'en ait përi qu'un si petit nombre dans une aussi grande armée (i) », Et le pape, approuvant les sentimens contenus dans la lettre d'Alphonse, les confirma par de solennelles actions de grâces, et par un discours analogue qu'il prononça en présence de tout le clergé et du peuple de Rome (2).

On ne peut opposer à ces autorités et à ces exemjples un synode de Constantinople , où la plupart des évéques et des prêtres refusèrent d'accéder à la demande que l'empereur Phocas leur faisoit d'honorer comme Martyrs, des prêtres qui avoient été tués en combattant à la guerre. Nous avons vu qu'il n'y en avoit pas d'armés parmi les combattans de la

(1) Occubuenint ex parte régis Sarracenorum centum milUa armatorum et

ampliùs De exercitu autem Domini vix yiginti quinque christiani mit triginta,

de toto exercàu occuhuerunt. O quanta lœtitia! ô quot gratiarum actiones! nui de hoc dolendwn sit quàd thm pauci Martyres de tanto exercitu ad Christum martpio peruenerunt. (Mariana : Hist. IMspan» L. 11^ c. xxy. ) — Dans THis-f toire du Siège de Tolède^ par Julien > archevêque de cette ville ^ il est dit : Jtfulti chnstianorum , diun urb obsessa fui/ , timentes uenire in manus Sarrace-t norum , in uia passi sunt martjrrium diversi modi, quorum nomina scripta sunt in cœîis. Multos ( Sarraceni) occidunt qui Mar^rres censeri possunt , cùm occisi sint in odium religionis.

(a) Fleury : Hist. EccL L. LXXVII, n« 11.

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Vendée et de \9.0iouannerie. La décision du synode ne regardoit que les prêtres tués les armes à la main ; et l'on ne sauroit étendre cette décision aux combattans de nos deux guerres , puisque Théodore Balsamon qui nous a transmis Tacte de ce synode ^ nou^ fait comprendre qu'il ne s'agissoit alors que de guerres purement politiques (i): c'est ainsi que Ta compris le judicieux abbé de Fleury^ au n"* 3 du livre XXX YII de son Histoire Ecclésiastique.

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