‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 29 sur 45 · BORDEAUX · texte numérisé non relu

BORDEAUX

Cette ancienne capitale de la province de Guienne^ que la géo^aphie révolutionnaire a transformée en chef-lieu du département delà Gironde^ a fini par subir cruellement in. peine des torts qu'eurent dans nos grandes assemblées ^ plusieurs des députés qu'il y avoit introduits. Les talens distingues qu'ils y employèrent avec des vues anti-monarchiques, en firent les chefs de la faction qui vouloit le gouvernement républicain^ et qu'on appela Girondine. On a déjà vu qu'ils furent vaincus y et succombèrent les 3 1 mai et 2 juin 1 793 y par Teffét des iïiàn(ËlLyrèà réunies de deux autres factions, toutefois discordantes (entre elles, celle de Danton et celle de Koberspierre. Le plande/i»^era/t>me républicain, que ceuxci leur reprochèrent, servit alors de prétette à d'innombra-

flaint Théodore > eésofcite \ MÎnt MotMas et Jér osalem ; saint L'azafe, moine ; saint Théoctote, éyéque de Cyrinie; saint Matenra, évéqtie de Milan ; «aint Philistrius , évéque de Breacia ; saint Paphnuce ; sainte BasîKsse , épouse d« saint Julien Martyr, de laquelle Barohitis dit : fiasiiissa antem , b'cet maartfrium Mon ohierie, tamen ([uia muka gratHtiqne pwuta est^ ti dux JlfeiftyTUtn extùût censitm fÀÙuniater Mmtjrt'es rèperUur. (Ad9)aaiiarii.)

bles proscriptions dans le midi de la France. Bordeanx qui ^paroissoit être un des foyers an fédéralisme y Bordeaux où> ne voulant plua reconnottre l'autorité de la Convention , l'on .avoit formé une commission populaire de salut public en opposition à ses comités de salut public et de sûreté générale, pendant que Lyon soutenoit un siège contre leurs troupes , Bordeaux fut compris dans le décret du â novembre , qui livroit (« aux tribunaux ré\foiutionnaires et aux commissions militaires, déjà formés dans ces deux villes^ tous ceux qui seroient prévenus d'avoir pris part aux conspirations qui y avoient éclaté » . La faction Dantoniste qui venoit de présider au choix des proconsuls, et d'envoyer CoUot-d'Herbois à Lyon, avoit en même temps envoyé à Bordeaux Tsabeau et Tallien ] et ceux-ci 9 en y faisant emprisonner un grand nombre de personnes, y avoient, dès le sia octobre, établi , par un arrêté de ce jour, une commission militaire composée de sept membres, qui n'avoient d'autre soin à prendre > que celui de « reconnottre l'identité des personnes n amenées devant eux pour les « faire exécuter sur-le-cbamp ». Le décret de mort que les Girondins de la Convention avoient .fait rendre dans l'intérêt de leur système le 27 mars, ce décret qui <( mettoit hors de la loi tous les aristocrates et tous les ennemis de la révolution » , fut celui-là précisément que la commission employa pour les perdre eux-mêmes ; et , dans .le vague de cette imputation, furent aisément comprises .toutes les personnes odieuses à la faction athéiste, contre lesquelles on avoit en outre l'accusation de fanatisme.

Si donc , parmi les victimes qu'immoloit cette commiission, .en exercice depuis le à5 octobre , il y en avoit beaucoup qui ne périssoient que pour des causes politiques, il en étoit aussi qu'on ne sacrifioit qu'à raison de leur Foi et de leur piété. Ces vertus , de tont temps florissantes dans le clergé et parmi les fidèles du diocèse de Bordeaux , sembloient s y être animées d'une nouvelle ardeur, depuis que la religion y avoit été scellée par le sang de deux saints prêtres, barba-

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rement massacrés à cause de leur Foi, l'année précédente y le jour même de la fête réifoludonnaire du i4 juillet (J^oyez LangoirâN et Dupuis)« La ferveur de ces vertus ainsi ravi* vées formoit un heureux et frappant contraste avec les épou* vantables scandales des fêtes de la soi - disant Raison que l'athéisme donnoit à Bordeaux , où sa tyrannie s'établissoit sous les auspices principalement du plus jeune des deux proconsuls. Non content d'avoir, comme cela se pratiquoit ailleurs^ placé sur les autels une impudique comme une divinité nationale, il faisoit journellement figurer comme telle , à câté de lui , dans les rues et les promenades , parmi les victimes .expirantes, une femme qui, portée avec lui sur une voiture découverte, avoit le bonnet rouge sur la tête, tenoit d'une main une pique , et reposoit l'autre sur l'épaule du proconsul. De concert avec son collègue, il se glorifioit encore le i j mars , devant la Convention, de faire guillotiner les plus saintes religieuses, les prêtres qui n'avoient jamais manqué à leurs devoirs, et même ceux qui, les ayant trahis par la prestation du serment, conservoient encore quelques restes de l'esprit du sacerdoce.

Alors commenroient à perdre de leur puissance dans la Convention, la faction des Hébert, des Danton^ des Chaumet et autres Dantonistes que Roberspierre fit livrer successivement au fer de la guillotine , dans l'intervalle du a4 mars au 1 3 avril. Déconcertés par ce revers de leur parti , les proconsuls qui faisoient ensanglanter Bordeaux par leur com*mission militaire, la rendirent un peu réservée à l' égard des victimes politiques^ mais^ s'appuy ant sur les décrets de mort rendus précédemment contre les prêtres insermentés , ils en firent encore, les 8 et 1 4 germinal (28 mars et 3 avril), envoyer plusieurs à la raorl(J^oy, B. Lousteau, J. H. Galard, P. Delbée, etc.) : en quoi ils se montrèrent moins timides que les proconsuls de Nantes et de Lyon, dont la fureur sanguinaire parut alors subitement enchaînée (^P^oy. Lyon et Nantes). Celle des proconsuls de Bordeaux ne le fut réel-

lemént que par la loi du 27 germinal (16 avril 1794)9 <lui cassa leur commission y en révoquant leurs pouvoirs.

Comme ils vinrent soutenir dans la Convention que le nombre des cotttre-révolutîonnaires étoit encore immense dans Bordeaux, le comité Ae salut public se crut autorisé à remettre en activité vers le milieu de prairial (commencement de juin) la commission militaire de cette ville ; et Robexsspierre dont l'influence étoit alors à son plus haut période, fit envoyer, pour en diriger les juges, un jeune liomme de dix*-huit ans qui lui étoit dévoué, mais à qui la légèreté de son âge, la pétulance de son caractère, et Téblouîssement d'un pouvoir inespéré ne permirent pas de bien pénétrer les intentions de celui qui l'avoit choisi , sans avoir pu lui dévoiler tous ses secrets.

La commission de Bordeaux se remit donc en exercice 5 ^t, dés le 18 prairial (6 juin), elle envoya trois prêtres i l'échafaud {Voj, J. MoimiER, L. SouRY, J. de Villefumade- -Lafond). Le jeune proconsul extraordinaire. Ivre de son pouvoir autant que de fureur révolutionnaire , et disposé à tous l«s excès qui pouvoient entrer dans les vues du comité de salut public , continua de le servir avec une aveugle fureur, après le ^4 prairial ^ sans se douter que son patron, Roberspierre (1), n'y exerooit plus d'empire, et s'en étoit zhéme retiré {F^oy. Lois et Tribttnaux Révolutionnaires, §. II). Dans le court espace de trente-trois jours, c'est-à-dire depuis le 6 messidor (24 juin), jusqu'au 9 thermidor (27 juil-

(i) Dans sa Correspondance imprimée avec Roberspierre^ qu'il appeloitsoa hon ami y on voit pag. 364 > ?^'^^ ^^^ avoit vivement dénoncé Carrier comme tuant la liberté par les horreurs qu'il exerçoit d^ns Nantes , avant son rappel en mars 1794 ( ^o^> Naktes). Le surlendemain du 9 thermidor, ce jeune proconsul fat dénoncé à la Convention comme l'ami de Roberspierre par les Dantonistes Tallien et Carrier (Séance du 09 juillet). £n 1797» il se fit excuser publiquement par sa mère, comme s'il étoit encore en tutelle. ( Voy. Pl'udhomme , à la pag. 464 du tom. VI de son Histoire des Crimes de la Réuo^ liUion* )

let)^ oà Roberspierre fut terrassé parla faction Dantoniste-^ Thermidorienne y la commission militaire de Bordeaux, sous Taveugle direction de Teifréné jeune homme ^ dirigé luimême par le comité de salut public y qui triploit, à Paris, le nombre des. victimes, envoya à l'échafaud plus du double environ de celui des prêtres et des per$Qmies pieuses qui avoient péri dans les six mois précédens.

La chute de Aoberspierre paralysa le jeune procoi^fal ; et la commission militaii'e, reatant stupéfaite, cessa d'ellemême Be% fonctions*. Jusqu'alors on n'avoit point songé à ae défaire, parla déportation, de neuf cents prêtres environ qui étoient renfermés en diverses prisons de Bordeaux et à Blayes. Il en avoit «té amené près de soixante du départe ^ ment de XAveyron y presque autant de celui de la Corrbze; beaucoup d'autre^ Tavoient été de ceux du Puy-de-^Dome y de yj&riége, de la Haute^Loire y du Cantal y à^ Indre-et- Loire , de la Côte-d'or y du Rhôney du f^ary de F'aucluse, etc., comme des départemens voisins de celui de la Gironde. Parmi ces prêtres insermentés captifs, il en étoit aussi de Bordeaux même, notamment les vieillards et les infirmes de ce département, qui avoient été mis en réclusion d'après la loi du 26 aoû.t 179a.

Dé}à les Thermidoriens triomphoient avec leurs astucieuses démonstrations verbales de justice, lorsque, trois mois après la mort de Roberspierre , ils firent embarquer^ sur trois navires, pour être déportés à la Guiane, environ six à sept cents de ces prêtres (i)^ et les navires, empêchés par les croisières anglaises de se lancer en pleine mer, allèrent, comme à l'aventure , le long de la côte, versl'enr droit où se trouvoità lancre, devant l'Ue Madame y le petit

(i) Suivant une notice qui omis a été envoya par Vun dVax, lequel fat i bord de la flûte le Jeaniy, capitaine PtcMory, il y en aroit deux cents quarantesept sur ce seul navire : nous avons leurs noms. La notice est de M. Richard , an<cie» curé de Beyre, desservant actuel de la paroisse de Vesvrotte^ près Dijon ,

nombre de ceux de Vembai'quement de RocUeifort qui survivoient encore à leurs compagnons décédés {^Voy* Rochefort). Déjà le sort de ceux-ci étoit devenu moins rigoureux , par un effet de Tincertitude craintive qui s'ëtoit emparée de l'esprit des commandans de leurs navires, à la lecture de ce que les Thermidoriens faisoient écrire dans les journaux, soit p6ur vanter leur modération, soit pour accuser, avec le tyran qu'ils avoient remplacé, ceux qui avoient persécuté avant sa chiite , n'importe par quel ordre. Les commahdans des trois navires bordelais, dans la même anxiété, et croyant à la possibilité du retour de la justice, se gardoient bien d'user de rigueur envers leurs prêtres, dont la délivrance leur sembloit prochaine. Ge qui les concerne en cette circonstance est exposé d'une manière si touchante , par d'eux prisonniers de la déportation de Rochefort, MM. Rousseau et de la Biche, dans leurs récits imprimés^ que nqus ae saii^ rions mieux faire, que de les laisser parier eux-mêmes , en fondant toutefois leurs deux récits en un seul.

f( Vers la fin de l'automne, disent-^îls, lorsque nous étions encore à l'ancre vers la rade de Vtle Madeune, et lorsque nos commandans ne rcpondoient à nos demandes, qu'en nous doonaat l'espoir d'être bientôt remis à terre, o<^ espoir, que l'humanité auroit dû réaliser à l'instant, fut tout à coup hanni presque entièrement de nos caurs, par l'arriVée de trois bâtimens remplis aussi de prêtres , qui étoient partis depuis peu de Bordeaux. Le bruit de leur arrivée ciiH:uIoit dans nos vaisseaux depuis près d'un mois ; mais nous aimions à croire que la connoissance qu'on devoit avoir à Bordeaux de nos malheurs, auroit épargné à des hommes qui n'étoient pas plus coupables que nous, un supplice aussi mortel que le nôtre. Nous ne pouvions concilier ce nouvel acte de barbarie avec ce qu'on appeloit avec tant d'emphase, Ifit ehiuç du tyran , et le retour de la justice et des lois,

» Bientôt ces nouveaux compagnons d'infortune furent rapprochés assez près de nous , pour que nous pi^ssioiis les voir

elles entendre. Instruits sans doute de nos maux^ et persuadés que l'amertume abreuvoit nos cœurs » ils cherchèrent, avant de nous adresser de loin la parole, à distraire un instant notre douleur, en exécutant, sur un des ponts les plus élevés dç leur navire, une petite symphonie touchante, à laquelle nous répondîmes par les applaudissemens dé la plus vive reconnoissance. Après ce premier tribut offert de part et d'autre, à l'intérêt qu'inspiroit un malheur commun, ces dignes confrères hasardèrent quelques questions sur la situation où nous étions. Nos réponses les portèrent à nous demander de plus grands détails, par lesquels ils apprirent la mort d'une foule de leurs compatriotes et de leurs amis , qui avoient été embarqués avec nous. Cette conversa lion ne putpas être bien prolongée, parce que nous avions lieii de craindre qu'elle ne fût.brutalement interrompue par les officiers de notre navire ; mais nous ne restâmes pas long- temps sans être dédommagés de ce sacrifice qu^un reste de crainte nous commandoit.

» Trois ou quatre jours après cette entrevue lointaine et presque furtive, plusieurs d'entre eux accompagnèrent deux des oiSciers de leur équipage qui venoient visiter ceux du nôtre. Ah! ce fut alors que nous nous livrâmes, avec une tendre émotion, à tous les sentimens que notre seul rapprochement a voit produits. Avant de nous connoitre , nos coeurs , déjà unis par la communauté du même sort et de la même cause, étoient déjà, pour ainsi dire, confondus dans les doux liens d'une amitié réciproque. Ils le furent bientôt par ceux de la reconnoissance. Touchés du spectacle déchirant de notre misère, ils ne voulurent pas nous quitter avant de nous avoir fait promettre de partager avec eux le peu qu'ils possédoient encore dans leurs vaisseaux. Ils n'avoient pas été, comme nous, traînés devant des comités de spoliation, et livrés ensuite, sur les vaisseaux, à des hommes avides de leur dépouille. Us n'étoient pas, comme nous ( vu l'époque tardive de leur embarquement ), environnés

d'une eoborte de soldats^ et surtout d'une bande de matelots ^ pour qui la rapine sembloit un besoin. Les officiers de leurs vaisseau!t adoucissoieût le malheur de leur position pai^ beaucoup d'égards. Nous avons pu en juger lorsque^ quelques jours après, nous eûmes obtenu de nos officiers la permis*» siofi d'aller rendre à nos confrères de Bordeaux, la yisite qu'ils nous avoîent faite. Mais quel fut leur étonnement quand ils revirent parmi nous. les parens et les amis qu^ils y avoient ! Ils ne pouvoient plus les reconnoitre, tant les souffrances nous avoient malgris, desséchés, réduits à rien. Elles avoient achevé de dépouiller nos têtes, arrêté la sève de notre barbe, rembruni étrangement notre teint, et horriblement altéré les traits de notre visage. Ces vénérables confrères qui, jusque-là, s'étoient regardés comme les plus malheureux des détenus, et qui, en effet, avoient été mis à de bien rudes épreuves, croyoïent alors n'avoir rien souffert, en compa* raison de ce que nous éprouvions' nous-mêmes ^ et ils ne pouvoient, en nous contemplant, retenir leurs larmes et leurs sanglots. Quoiqu'ils commençassent à tomber dans la détresse, ils nous offrirent, non seulement pour nous, mais encore pour les autres confrères restés dans nos navires, tout ce dont ils pouvoient disposer : argent, linge, habits, souliers. Us voulurent qu'entre eux et nous tout fût commun. IS^ous leur rendons le même témoignage que saint Paul ren-* doit aux fidèles de Macédoine , « qu'ils furent charitables , selon leur pouvoir, et même au-delà de leurs facultés ». Qubd in multo experimento trihulationis ^ abimdantia gau^ du ipsorum juit^ etaltissima paupertas eorum abundavii in diuitias simplicitatis eorum : quia secundiim virtutem testi-^ monium illis reddo ^ et supra virtutem voluntarii Juerunt, ( II aJ Corinth., c. VIli, 3f, 2 et 3.) Les visites réciproques se réitérèrent de temps en temps, jusqu'au i*' février 1796, où nos vaisseaux quittèrent le Port des Barques, pour nous amener à Saintes ».

lues déportés de Bordeaux furent^ dans le même-temps^

débarqués en partie au port de la ville de Brouage, et les autres reconduits à Blayes et à Bordeaux. Ceux-ci et ceux->là restèrent encore long-tetnps détenus , avant 4e pouvoir retourner dans leurs provinces respectives. Ceux qui J'étoient à Blayes ou à Bordeaux, n'eurent pas cette liberté avant la fin de 1795.

L'abominable Convention , malgré la feinte humanité des Thermidoriens f s'étoit dissoute le a5 octobre , sans daigner s'occuper d'eux. Que disons-nous? elle avoit même voulu, en expirant, qu'ils rétrogradassent sous le poids de leurs précédens malheurs. Tel avoit été le but de sa loi du 3 brumaire ( a5 octobre) 1795, comme on le peut voir à notre article : Lois et Tribunaux révolutionnaires.

Les prêtres qui étoient prisonniers à Brouage s'y trouvoient encore en décembre suivant ; et ils y soufiroient des maux presque aussi cruels que ceux dont les prêtres de la déportation de Aochefort avoient été les victimes, sur leurs vaisseaux. Indépendamment de ce que l'air de cette petite ville, tombant en ruines, est humide et malsain, à raisou des marais salans dont elle est environnée, n'ayant guère que cent habitans, elle n'offroit pas beaucoup de ressources de charité à ces prêtres; Leur situation étoit si déploralile^ que les officiers municipaux de Brouage s'intéressèrent euxmêmes à ce qu'ils en tussent tirés par l'autorité même du corps législatif qui avoit succédé à la Convention. Us firent constater leur situation par un médecin dont ils signèrent le prox:ès-verbal. «Je certifie, disoit-il, le 12 brumaire (2 novembre 1 795), que le plus grand nombre de ces prêtres sont atteints de fièvres fort tenaces et opiniâtres 5 d'autres, d'une dyssenterie violente qui en a porté plusieuirs au tombeau^ et notamment, depuis quinze jours, huit ont succombé» Dans ce moment, le nombre de ceux dont la santé est passable, suffit à peîniî pour porter les autres en teri^e. Plusieuirs manquent de vêtemens ; et une partie couche sur les planches, n'ayant pas seulement de la paille, etc. etc. Signé de la Grave ^

officier de $&iKlé ; et certifié par jes officier» municipaux de la commune de BrcNiage (siégeant) à Marennes^ le i4 brumaire. Signé DivrU t^Jînhaud v.

M. de la Biche ^ en transcrivant ce certificat^ vers le commencement de 1796^ dkôita^ec raison : «Comment, en le lisi^t seulement, rantorité n'a-t-elle pas aar-)eM;hamp ordonné ^e ces prêtres fassent i«tivoyés dies eux » ? Ne Gomprenunt pas eneore, cer ^ne nous avohs expliqué, comment ces vainqueurs Tharmidotiens qui rejetoient sur Robei^pterre les peMéeulionaqu'ii^avÀient faites eux-mêmes, les oontinueient exié^re «piès sa mort, M. de la Biche s'écrioit, avec un preseentknent confus de nos explications : (( Ah! Aoberspîerre n'est dimofNMiatisst mort qu'on lepense^ ou, certes, son abominahie système de cruauté lui «urvit ». Ce système étoitpriucip^ement celui des Danienistes mêmes de septembre 1792, qui, vamcus ea mars 1794, éloient redevenus vainqueurs le 9 thermidor ^ et avoient^ pour mot d'ordre^ cette espèce de maxime /encore accréditée par eux de nos joura , « qu'il ne faut pas laisser rétrograder le siècle , ou, plus clairement, ie ehmr de'-ltt réi^iàtion y>, i^Vby. Lois et Tribun. KÉvoL., 5. n.)

Ces prêtres n'obtinrent lég4ilement U faculté de retourner dans leurs familles, que par le décret du i4 frimaire an Y (4 décembre 1796). Le nombi-e de ceux qui avolent succombé sous le poids de leur captivité, à Bordeaux, ne fut pas n&pindre de deux cent cinquante environ (i), depuis le 3o

(i) Le relevé qu'on ayoit lôen vonla fiiîre pour nous d« registre mortuaire de rhépital de Saint- André de Bordeaux» ne porloit le nomfan des prêtres qai y décédèrent » depvis le 3o mer» 1798 , qn'â qeat an , du moins jusqu'en aa octobre 1795. Gomme nous n'y trouvions point le chanoine Ra vk>t , de Dijon^ que nous savions être mort dans cet hdpital ml 1794» ^^^mis avons écrit, relativement à cette omission» à un vénérable prêtre du même diocèse^ de la même déportation, qui avoit presque vu mc^pifir ce chanoine , et qui, dmbarqué en automne de cette année, et débarqué #uuite à Bronage, fut du petit nombre de ceux qui survécurent à ce long supplice, et vit encore , pour la gloire et rutiUté de l'Eglise , en la paroisse de ^Y esvrçtte , près Di)on , dans laquelle il est

maxs ^794» juftifu'ait aa oclobse 1 793: seulement (^^. J. Al- BOUT etsiiivaiu), aanscompsencbe tons ee«x que , de Blaye, l'on amena malades à l'hôpilal lie Saint-Jkndiié ile Bordeaux au ils pésir^nt (i)« ^ ... 1 . .

Si TadfttoiRiM de ^aisil -Gy prian citée di|i\8i notife Discoims préliminiiv^^ oà il a, été pneuvéqiie la movt daais lea prisons lo9fqpi!<wi Y est poiUR 1» cause tha 1& Foi^* deiine droit à la p^lpie du martyre 4 as rap]ilk»ti^n des principes de ce père 4e rSglîse à la eireo0fla««0 partîouliâre.de la mort des prêtres eaplila à Boffdeaiis drÀrBkijrA^ «vigeoit encore que nous fis^ionf Mcoaanpttre ua Y«ai •supplice dans leor situation >îl IMHH aiiffirok dt'iCQpiep»toe>qmft nous en a ^té écrit d après raUeatatîoJB: de léaftesBatOaulftines (a).

ftiiaple deiienpMi.'ir* «h fa <!è^lifUe4Keâe ntiàmtépdadtect qài suit; le 5 juil- Jet fdig^ : ^O'sfMrèfLCfr^s 9tMif «W>iMn^» Upaidltqpt^ )m icgisifes (del'lidpital Saint- André) on^^té ti^ès-mal tei^uA, ^ <}|i'il poujcroi^ y ayoir beaucoup d'autres omissions semblables; car j'évaluoisle nombre des prêtres morts à Bordeaux Â'aSo environ. J'ai été tnoi*-méme/'eh qualité dé malade^ à cet hôpital (aTAni l'««i]Mn[iieiaen«.éc la^arde^ri^iiilaïAe I794)*.n y a^oti deux aaUes assçz. TSStesL ^es^inéçs pa^r a^ua^. LpA %. étoiviit icv(t nvpîpsedbiés les ans das autres. Chaque lit contenoit deux malades. Il n'y avoit que ceux qui ne laii' soient aucun espoir de retour à la santé qui eussent un lit particulier, oh ils attcodsient 'avec une liéroiqucf -palietioe que la mort rhit mettre fin à leurs «|ia»x, et .cpur9iM^er )e|u|9 s|i^i|i$cf9. rll sn ,psasoàb peu de ionrs qu'à n'en mourût quelques uns. Je n'ai habité lefort 4u Ha que pendai|t six mois (l'été et Tantomne de 1794)* ^® nombre des prêtres morts doit donc excéder celui de cent un , que Youi ttourez -su? tes registres. Veuillez être assuré , Monsieur, que c'est là qa'«8t mort le.chanaiiM» «te ( ifoy\ G. M. Ratiot) ». De plus amples renseignemens nous ayant man(j[ué^ nous n'ayons pp inscrire beaucoup plus de cent une de ces victimes dans notre Martyrologe,

(i) Le retpacffealilé anmdnier de l'Mpital de Blay«, M. Maignen^, qui nous a Ua»#niist0«siearealBfl%iMiBjpBSffelailîfi A Blt}ie, «vee les noms de eenxquiy férûpeat, aaaa éuriMl^ fe4 juin 1619 : «Le voittirier Charles Lami, homme digne de foi. , assure 4fa'ii a coéduit, en quatre difliventes fois , des prêtres malades> du PMàm Bkj» à Bqfdtaux » savoir : dix-hottla premfèrefcis, quinze laMQQndfl, donse la IraisiAMe, «* iienf la qnattîÂme. Sur ce nombre de daquattle-quatre, il peut se fiiire qu'iiv^soit mort plusieurs, attendu surtout ^ik étinewt sdMDlusnnt eirténtfés kAqu'on leur permettoit de* sortir de ces tombeaux » : ( le. fort de Itle'du J^âté, et le petit cône de la citadelle ).

(ai) « Je n'ai rien négligé pour ne dire que ce qui est vrai , écrivoit encore le

, .Â.Bo^*dUa.u&>,l«Ur6ort&'éioit pas moi»* cbuoI qn^à Blayej oy^ . votçi ce. «qu'il fiit.«i^ o» dernier endPttiti^.Entos^g ipmt centaines, leS'Uns aii^fi^rtdel'tte dukPdté, ic» aistves «a petit cône de.la,citadiJle> ik n'y hebitoient que dises souterrains o)>8curs , oii Teau dépottUât des voàlea^ et où ils «ouehoient sur la terre humide. Ck» nH Jl^uor donnoit pas méiue* de la paille pour leur servir de Ui. Lorsqu'ume femme ohuritable^ nommée Dupuy^épOuse- d'un simpIebouciKfr'^: voulut par pitié leur, envoyer. iiinA barque .dwÂgée de paijile> elle né le put qu'après eB> avoir obtenu la perooissîon du proconsal. Il est^ aj^ute-^t-ou, jpresqu'itMatile de dite ce qui s'est pratiqué'partout ailleurs c^inmeiici^ savoir qu'on leur enlevoit leur argent^. leurs livres etitouÉree qui pouvoit ^tre pour eux un objet de consolation î. il est.iuutile encore de parler des mauvais traitefuens que l^urs gardiens se permettoientenvers eux. Blaye se rappellera long-tempi la iureur avec laquelle un certain bataillon de volontaires fondit sur ceux d'entre ces prêtres que l'on iaisoit passer à Bourg-sur-Gironde : il fallut toute l'én^gie de la gdrde nationaie de Blaye pour les soustraire à la rage dies soldat». On ne donnoit pour toute nourriture aux prêtres que du pain et de l'eau ^ eh! quel piiiu dans ces temps-^li! Ce qu'on p^rmettoit à de cupides pourvoyeuses de' leur apporter devla «ôte, leur étoît vendu au poids de l'or ^ et encore souvent le mauvais temps empécboi.t ces femmes d'abprder File. lis sont même restés une fois trois jours sans avoir le pain noir de la iiation ordi^ naire ^ et plusieurs sont morts de faim. Plus d'une fois, soit par la disette absolyie de pain^t soit par. sa mauvaise qualité qui le rendoit imtaangeable , ^Is fureirt réduits à dévorer le peu d'herbe qui croîssoit sur cette terre sablosmeùâfe. Les deux hivers, qu'ails y ont passés , ont été pour eux d'autant plus

vénérable aumônier de l'hôpital de Blaye; j'ai çoiualtécfua ffvti oat Vu^ et même des persécuteurs ; et. je n'ai fait uMgs €[tte de ot qui m*a paru attesté ». ...

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eradt <{ti'oa ae l«iurdotinoit point de bmpottr se ckftuffer, •^t que rarement on permettoit aux penonnes eompiatissantes 4e leur en porter. La charité indnatriense de quelques Jbonnes ftmes imaginoît ^ àla vérité, des staratagèmea pour leur faire parvenir des moyens d -adoucir l'extrême rigueur de leur sort} mais cette sainte industrie , quand fil^ étoit dé^ couverte par leftKjigens de la persécution; valoil Temprisonnement à la personne qui Tavoit employée ; et ce qui étoit destiné aux prêtres devenoit- la proie^des satelUtes. Parmi les personnes emprisonnées à cause de ces pieux artifices ^ on- compte M. Billoneau , orfèvre, M. Chétj, M^ Deyrem, etc. Cependant la Providence pennit que la barbarie des gardes fût quelquefois ttompée, au profit de ces re^^ctables capti£i. Us reçurent par intervalles, entre autres secours , ceux de M^ Pichon, de Bordeaux, qui vint elle-même à trois différentes reprises à Blaye pendant la nuit , dans rkiver leplus rigoureux; avec des malles remplies des obfets les plus nécessaires. Elle avoit pour rivaux e|i bonnes œuvres à Blaye, indépendamment des personnes que nous avons déjà nommées, plusieurs autres habitans du lieu; et même un simple garçon boulanger ,. nommé Par enteau. Eh! de combien de choses n'a voient - ils pas un extrême besoin? Leurs vêtemens mêmes, rongés par la vermine, ëtoient en» core usés par le temps. Qu'on se les représente ainsi vêtus, dans cette espèce de caveau infect d'où très-souvent on les empêdioit de sortir pour respirer un air moins contagieux , et dans lequel la cruauté des gardiens ajoutoit sans cesse par4eurs mauvais traitemens.^ à l'hofreur du lieu; et qu'on dise que ce n'étoit pas là un supplice égal à celui des sépulcres dans lesquels on enfermoit tous vivans les anciens Martyrs! Ce supplice ne parut s'adoucir que trois mois après la chute de Roberspierre 3 mais quel adoucissement qui ne faisoit guère que le varier, en y ajoutant la plus méprisante huniiliation? On les fit alors ti*avaiiler comme des forçats pour le service de la citadelle ; il falloit qu'ils roulassent des

pierre* >M0 tqpM Inroaeltè» ou qu'ils kt portassent mir àm hxm»rà$: lisus ksrtMiTftiix des bagnes leur étoient imposés; et mdheiiiP à mimi d'entre eux qui n'avoit plus assez de fovce pour fiûre ce qui lui tftoit prescrit. La moindre puni* tiou qu'on lui iaffigèoil^ consisloil à lulretranclier .une. partie de sa noumiliare »«

' ' C'étoit à de pareiBes peines que les Néron ^ les Caligula , les Trajan a voient fait condamner les coupables de la plus basse condition (i). Lorsque Maximjen, au temps du pape Saint» Marcel ^ voulut par adulation pour Dioclétien, lui faire ériger des thermes i Rome^ on le vitforcer, en hainedunom chrétien, ceux qui s'en faisoient honneur^ aux travaux grossiers et pénibles qu'exigeoient les préparatifii de cette immense construction , obliger les uns à tailler , à porter des pierres , les autres àcrentferla terre (a). Ainsi , du temps de saint Athanase, en Orient , les Ariens condamnèrent des évéques très*Âgés , i la taille et au transport deapierres y les persécutant de cette manière y tisqu'à' ce qu'iU trouvassent la mort dans l'excès de la fiittgue (3). Ainsi, finaiemeaten Afrique y au T* siècle^ le tyran |iuneric> voyant qï^il ne pou voit ébranler la Foi des hommes 1^ plus recommandabi es, après même les avoir chassés de leurs emplois, et les avoir privés de leurs rétributions ordinaires, résolut de les faire périr en des travaux rustiques, et obligea ces hommes , nullement accoutumés à la fatigue , i labourer la terre pendant la plus grande ardeur du soleil : ce cju'ils faisoient tous avec une douce résignation , et s'en réjouis*

(i) Sueton. tnNerone, C. xxxi. -— /n Caitguia, C. xxvii. — Plin. L. X. JhisÊol .— Le )uri8con9alte Pédias , f . Nom pàtrimum , ff. de Incendiù , Bui" m* f eus, dit : Si eorditUons personœ enmt, in cjpiw ^us temporis pubiieum dabis.

(a) Cœpit oh inviOam chmtiatioium, omnet t^d affieiionan làhoris eompel* tercy et per ¥aria loca alios ad lapides^ alios ad arenam. fodiendam damnare. (Res geste sancti Marcelli papœ^ in Gallonio : De sanctarum Marprum Ou« c/aCi5iif. Pariaii*, i»>4*'« >6^> P<^« 319.)

(3) f^eteree episeopoe jinani pn^mgas fievunt , et hcfs quidam in lapididnis manaparunl, iUosque adnecem pevsecuti sunt. (S. Ath «nu . Mpîst» «^ Sàfâonos^

sunt même cbnas le Scigneor ( i ) . Or y si FSgligfe Mfptui» oe^mme de vrais Martyrs ceux qai étoientAiorla 6Jiv snîfb.d^ j»«feîls travaax impoaés «n punilion^ de leur Foi y à pkia foiife raison doivent -ils être eoAsidérés cotnme tels, ce»iprèferes qui, avant d'y être foroéa, avoieat dé^li staftspt' voie bi hourîble captivité et de si affreux traitemens. N'oiiklknaa pan <(u'à Blay^y de mémequ'i Bordeaux^ lettrs.aoBfiramees.taiiinaLe leur détention , $ans . compter ce qu'ila avaient préoédemment souffert, ne durèrent pas moins de vingt mois. (Fby. pour la séri^ d^i confesseura de la Foi^ m0rt^ captife à Bordeaux, J« Ah^oVY, etOi etc.; et, ponv la sérûe de oeit:t qui y fiirent égorgés:, J. Ai^ix, etc. etc.)

Quant à ceux qui revinrent du supplice de cette captivité en 1796, nous pouvonsbieu leur appliquerles réflexions par lesquelles s'ost' terminé notre article JiÙCttESOBS: (F&y^ cidev,ant, pag«. dfjS), «Les récompenses: poromises pfar Dieu aux Martyrs, dit saint Gyprien ,. neaont pas seuieakent pour ceux qui y ont perdu la vie. Jésns^Clirist dicenie ans» les honneurs du martyre àceux qui , dans de cruiolles. épreuves , ont conservé Uur toi pure et invincible.!llft!viji!ent et. r^oent avec lui, tous ceux qui, persévérant i&na la fermeté de la. Foi, n'ont. aucunement flécbi devant. les édits saci'iléges et funestes des persécuteurs (2) )k

(i) jétut tyntirmus isto modo Fidei infring^re non uabdt murum , cogitât ut nostrœ religionis. komines in auld ejus constitiUos ^ neque annonas^ neifue stipendia solitapotù*entt4t* : addidit quoque et Utbonbus conterere rusticanis. Dirigit viras ingeauûs. et admodum deiicatos ad campum ifiicenseak, uLsuh ardeatù soiis ifieendio cœmites mu^sium deseçar^nt , uhi omnes cum gfiucUo pergentes y in Domino lœtabantvr^X^^^^^^ '• ^^ Perseçutione vandalica. L. H.) ,

(a) Nec sx>los ammaifuersos et interfèctos , èUvinm po/Ucàatiortis manent prœmia y sed etiam si ipsa passiofidelthus desit^ Mdès tamen intégra , aique inuicta perstiteritf et eontemtis aç reliais suis omnibus , Ckristum se seaui Chrisiianus ostendeHty ipse quoque à Christo interMoHytes hononàw^, pomcente ^fOy et dieèntef «ic. . . . f^U^eriè^ omîtes àicù, (yipOêtohis) eV tegnare cum tUhristo, non tantiim qui oedtijtterint , sed et qtdque in Fidei suce Jîrmitate'et Dei timoré pers-^ tantes, imaginem Bestiœ non adordvennt, néfue' ad fimesta ejus et sacrilega èdùsta eonsenserva. (S. Cyjpr. JSpist, ad FbreukàtUm. De ealto«tliti«tae'Maity* rii, Cap, xif.)

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