‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 36 sur 45 · GUIANE · texte numérisé non relu

GUIANE

On a déjà vu que la modération dont les Thermidoriens avoient si péniblement rerétu les apparences, et à travers de laquelle leur caractère s'étoit si souvent trahi, notamment parleurs lois du'i i prairial an III (3o mai 1795), du 7 vendémiaire an IV (39 septembre 1795) , se démentit tota^ lement par celle du 3 brumaire suivaiit (2$ octobre), le jour mém.e où. la Convention, expirant sous le poids de Tinfamic, termina ses séances (Foy. Lois et Trib. réyol. ^. III). On sait d*ailleurs que, pour en perpétuer l'esprit dans le Corps Législatif qui ail oit lui succéder, les Thermidoriens venoient de s'assurer les armes à la main , et par l'effusion du sang de ceux qui les repoussoient , la prérogative de former les deux tiers de ce Corps Législatif : tel avoit été le résultat de la fatale journée du i3 vendémiaire (5 octobre 1795).

L'esprit du Dantonisme régna donc encore dans le gouver* nement, non seulement par la tyrannique prépondérance des Thermidoriens dans le Corps Législatif, mais encore et surtout par la puissance des cinq conventionnels de leur parti avec lesquels ils avoient eux-mêmes composé cette pentarchie , appelée Directoire exécutif y qui remplaroit les comités de salut public et de sûreté générale. La France n'avoit plus d'espoir que dans ce renouvellement encore éloigné d'un tiers du Corps Législatif et du Directoire, dont la nouvelle conjr^Vu-* tion , diie^de fan IV y lui laissoit la faculté, maisseulement dtx<^ neuf mois plus tard, engerrainal deranV(avril 4,797). Arrivée à cette époque, la France revendiqua cette faculté, et en profita d'autant plus convenablement, que jusqu'alors le Corps Législatif, par la domination qu^y avoient exercée les Dann

ionistes y n'avoit été qu'une prolongation de la tyrannie conventionnelle (Fby. Belgique);

Ce ne fut donc qu'après les élections du tiers de 1797, et lorsqu'en mai il vint renforcer ]e peu d'honnêtes gens que le nouveau tiers de la' fin de 1795 avoit introduits dans la formation du Corps Législatif; ce fut seulement alors que la religion put proire, avec quelque fondement, qu'elle sor-> tiroit enfin à',nu^ aussi longue oppression* Mais, hélas ! cette espérance presque aussitôt contrariée par de justes motifs d'alarmes, et devenant chaque jour. plus chancelante, ne put se soutenir au delà de quatre mois. Dès les premiers jours de septembre suivaiit, les catholiques eurent le triste droit de s'appliquer ce qu'J^sèbe avoit dit en parlant, vers 3 10, de la persécution de la Palestine ; «Après avoir duré ^ept ans , elle atteignoit sa huitième année , en paroissant se dégager de ses calomnies contre nous, lorsque les excitateurs, attaquant derechef et avec une violente opiniâtreté les restes de l'Eglise, imagiiièrent, pour les perdre, de nou^ veaux stratagèmes > au moyepi desquels ils accumulèrent sur nos têtes opprimées des maux toujours croîssans (1) »,

Tel fut, en effet, le résultat de la catastrophe du 18 fructidor an V (4 septembre 1^,97). Opérée par les trop puissans débris de la faction Dantoniçnne, elle avoit été dirigée spécialement contre les prêti^es catholiques, dont la constcience étoitlaplus inflexible comme la plus timorée.

La loi du lendemain autorisa le Directoire à déporter le3 uns à la Guiane, tandis qu'il feroit périr dans l'intérieur, par la guillotine ou la fusillade, comme émigrés-rentrés, ceux qui étoient revenus de la première déportation. Pour

(1) Septùnm.jam persecuUeràs annus adetUum uergebat, et res nostme sensnn sine, sensu caiummantaan molestia iiberafœi <td .ocUfPwn usque annum proces'-

seront lUi twharum concitatores a^ifèrs\is Ecclesi^ reUquùis pertinadter

■ moliti siutt, novas res subindè alias post alias excogàantes p et mala malis curm^" tantes, (Hist. Eccles. L. YIII, no* 45 et 46. )

multiplier les victimes de la première cla$sey cette loi substi-* tuoit à la déclaration exigée par le décret du 7 vendémiaire' an IV, et que tant de prêtres n'avoient pas cru licite {Foy. Lois et Trib. réVOL, §. III), un horrible serment bien plus propre à les repousser, celui de haine à la royauté. Mais comme presque tous ceux qui avoient souscrit la J^c/arafion, consentirent à prêter ce serment, aimant i croire qu'il pou-= voit être fait dans un sens honnête, sans être aucunement en opposition avec la religion d'un Dieu de paix et d'amour, le nombre des prêtres déportables fut moins grand que ne l'avoient espéréles persécuteurs {Jf^oy. ci*dev. pag. 44^ » note).^

Cependant il fut encore très-considérable; car de tous les points de la France, de la Savoie et de la Belgique, quantité de prêtres étoient traînés vers Rochefort, sur les grandes' routes , et de prisons en prisons, avecles mêmes traitemens que Tavoient été les déportés de 1794 {f^oy. RoGhefort). Cent soixante y furent embarqués le la mars 1798, sur la £lré* gâte la Charente ^ d'où, après quelques jours démise à la voile, on les fit passer le 2a avril sur la frégate la Décade y qui alla les jeter sur les côtes de Cayenne : cent vingt, arrivés plus tard à Rochefort, montèrent le i*' août, suivant la corvette la Bayonnai^e qui les potta bientôt A la même destination. Beaucoup d'autres arrivèrent ensuite [successi-* ▼ement; et de ceux-ci, les premiers qu'on embak*qua, furent délivrés en mer par un navire anglais : mais, de peur que le^ autres, en bien plus grand nombre, ne le fuMeat également, le Directoire les fit enfermer dans les forts des lies de .Ré et (iVOléxofi {Foy. Oléron).

Nous conviendrons que les déportés embarqués alors^ne furent pas tout-à-fait aussi malheureux sur leurs vaisseaux , que l'avoient été ceux de 1794 sur les Deux, Associés et le Tfashingtçn. Auroit-ce été parce que. ce i^'étoit point en mer qu'on ayoit prémédité de les faire mourir, mais i la Guiane où leur tomj^eau sembloit creusé d'avance ? Ils y trouveront en effet une bien cruelle compensation à ce qui

leur manquoit de tourmens dans la traversée pour y consom-. mer leur martyre.

Ce n'est pas néanmoins que leur sort, dans les navires qui les transportoient ^ fût aussi tolérable que celui de voyageurs libres. De même que leur séjour dans les prisons de Roche-t fort, en attendant le jour de l'embarquement, n'avoit été que de bien peu , moins douloureux que celui des dépor-» tés de 1794^ leur situation sur les vaisseaux ne fut pas, de beaucoup, moins lamentable. Pendant quatorze heures et quelquefois davantage, ils restoient pareillement enfermés dans un infect entrepont où l'on ne recevoit d'air que par deux ouvertures de trois pieds en carré , c'est^-à-dire par les écou«* tilles qui sèrvoient d'entrée et de sortie au moyen d'une échelle presque perpendiculaire, de laquelle plusieurs vieillards firent des chutes mortelles. Dans cet entrëpa&t, se trouvoient entassés tous ces prêtres, la plupart infirmes, passant leurs quatorze heures dans des hamacs étroits , suspendus les uns sur les autres, de telle sorte que ceux qui caudioient dans les rangs supérieurs, lorsqu'ils cessoient par leukr poids d'avoir la face contre le plancher de l^entrepont, pésoient sur ceux du rang inférieur. L^air de ce gouffre devenoit bientôt si fétide que les sentinelles postées aux écoutiitesen dlehors , demandèrent que le temps de leur &ction fût abrégé^ et ce n'étoit pas sans quelque raison que le bapitaine d'armes chargé de faire rentrer les prêtres, tons les soirs, dans ce lieu d'infection, ne manquoit jamais, en leur donnant toutefois une qualification pour le moins absurde , de fredonner à leui*s oreilles ce vers d'une chanson d'alors contre les Bois ;

a TyTavf^ descendez au cffrcqeili». .

La journée étoit suppo^rtable j^our eux, parce qu'ils en passoient une partie en plein air sur le pont, ou ils faîsoient leurs repas bien plus que modestes i mais le supplice delà nuit

réloît si affreux (i), que huit y périrent pendant la traversée; et leurs corps furent jetés à la mer (Fb/. AllagnoN, Bea0gÉ; Bûcher jeune ^ Chevalier, Marcel, Montis, Reyphins atné, Traignier). Les autres n'arrivèrent que malades au port de Cayenne^ savoir : ceux de la Décade ▼ers le milieu de juin^ et ceux de la Bayonnaise à la fin de septembre. Quelques uns ne pouvant être transportés plus loin, Tagent du Directoire à Gayenne fut obligé de les j laisser à rhôpîtal ; quelques autres, un peu moins exténués , et favorisés par lui, furent envoyés en des cantons voisins 011 ils pouvoient trouver, dans les maisons des colons, quelques foîbles ressources contre l'insalubrité du climat et l'approche d'une extrême misère ; mais le plus grand nombre eut une destination plus cruelle : ce fut pour les uns^ le désert de Sinnamary, et'pour les autres la contrée plus affreuse encore de Konanama. En les dispersant ainsi ^ l'agent directorial imitoit ce gouverneur àts mines de la Palestine, auquel des confesseurs de la Foi avoient été livrés, et qui, pour ajouter à kur supplice, les séparoit en plusieurs troupes qu'il dispersoit au loin, recommandant à leurs surveillans de les tourmenter de toutes les manières (2).

MBb

(1) Cottfessorts in varùu turmas disir&mt, et aiioê qtadem apud Çjyrum , alws in lÂano justit incokre, niiifuoê ptr varia Pmlestinœ ioca dêtpersosy ai" uersorum operum molestOs yexari omne^ mandatfii^ (£uMb. Mist> Mcclu* L. VIII, n» 46. )

(a) yojr. les récits de deux laïcs qui, pour des causes politises, furent ^^p^r».;» avr i<»a prA*rg» £«g iciits soot 4 /^MTColiiw» «t ^mjfimgt -de J^* Aymé; Paris, i8oo|, et Visyafgih Cayenne, parL.-A. Pitou; Paris, i8o5. Ce 'dernier historien dit , en parlant de la Décade sur laquelle il se trouvoit, et qui ^oit plus grande que la Bajrorinmkt : « Nous n'avions dans l'entrepont qu'un «space de trente pieds de large sur trente-sept pieds de long ; et quatre piedi six poutes de hauteur, occupés par deux rangs de hamacs Tun sur Fautre. Ajoutes à cela les valises qui rempHssoient un tiers de l'espace , et les piliers qui , de trois pieds en trois pieds , supportoient le» hamacs. Il restoit seulement aux déportés qui y étoient couchés, cinq pieds en longueur sur deux de hau-

Ceux des prêtres qui dévoient être relégués i Konanamm furent aussitôt rembarques sur une goélette j ils a voient à parcourir vingt-sept lieues maritimes pour arriver au point de la côte le plus rapproché de ce canton ^ et pendant ce trajet qui dura trois jours, ils n'eurent pour se désaltérer que l'eau de la mer. Mis enfin à terre ^ ils dévoient encore faire trois lieues et demie, à pied, leur valise sur le dos, pour atteindre Konanama. Mourans de soif, ils ne trou«- Vèrent pour apaiser cette souffrance que l'eau sâumàtre d'un fleuve, sur les bords duquel ils étoient obligés de s^ coucher pour en aspirer quelques gouttes. Lorsque , dans cett^ pénible route, ils demandoient quelque soulagement au chef de l'escorte qui les conduisoi^, cet homme féroce leur répliquoit : « Taisez-vous, chiens de déportés; ou je vous ferai taire à coups de fusil » . Enfin , ils arrivèrent au lieu sauvage qui devoit les voir presque tous périr. On leur y fixa pour demeure une butte sur laquelle, en été, les feux du soleil tombent perpendiculairement, et dont la terre rougeâtre comme si elle en étoit embrasée, en réfléchit les rayons avec toute leur ardeur, et fait en même temps jaillir de son sein les exhalaisons pestilentielles que ce brûlant soleil semble lui demander. Quand le soir, il paroissoit las de tourmenter les déportés, des essaims d'insectes venimeux venoient les assaillir; la piqûre des moustics les couyroit d'ampoules purulentes ; et les toits qu'on leur offrit pour la nuit ne consistoient qu'en une misérable cabane, appelée Hôpital, et des carbets plus misérables encore , où ils n'avoient que des feuilles desséchées pour couvert et

leur, d*o& encore il faut déduire la place des Talkes : ce qyâ réduiaoit leurs

cinq pieds à moins de trois. Quelles nuits ^ grand Dieu! 4{ueUes. nuits !

L'échafaud est un trône auprès de ce genre de supplice... t^a vue de ce gouffire TOUS feroit seule invoquer la mort. Aujourd'hui môme .que, je suis accoutumé au malheur, sans qu'il ait toutefois endurci mon âme, je ne puis réfléchir à la situation oii nous étions , sans que toutes mes idées se CQnîonitnt^». {f^oy, à l'article Nsyins, la note de Ufiag. 287).

pour murailleSi Eâcore y avoit-il si peu de cfttbëtj dam le commencemetit , que chacun d'eux vit se réfugiiefi' Jusqu'à vingt'^cinq et trente prétresdans son étroite enceinte* Us ti'y eurent d'abord pour lit que la terre ^ cette terré infecte et moi^ telle. Les moins malheureux obtinrent ensuite, des hamacs auspendus aux pieux de cette triste cahute ^ et la pauvre nourriture qu'on leur donnoit n'étoit qu'un moyen de prolonger leur supplice ^ en prolongeant leur vie (i)«

Dans cette aiFreuse situation , ils s'encouragent mutuellement à souffrir^ en s'adressant les uns aux autres ce que aaint Gyprien avoit écrit à plusieurs confesseurs de Jésus- Christ condamnés aux travaux des mines. « Les corps suc* combant sous le poids de la fatigue, se disoient->ils réciproquement ^ n'ont que la terre pour se reposer $ mais est-c<e donc une peine de coucher comme Jésus-^Ghrist se reposoit ? Ces corps s'impreignent de venin et de fange ; mais l'esprit purifie intérieurement ce qui se souille et se corrompt au dehors. On n'a que très-peu d'une nourriture , qui est encore mauvaise^ mais c'est de la parole de Dieu, et non avec du pain seulement que vit un chrétien. Les vétemens ne sont plus que des haillons ; mais celui qui a pris les livrées de Jésus- Christ est déjà suffisamment et même assez glorieusement vêtu. Par combien de splendeur ne seront pas compensées

(i) Ou avoit fixé leur ration joumaliére à huit cmces de paia,^ouze onces de cassave (farine de racine de nianioque desséchée), huit onces de viande, deux onces de riz , quatre trente-deuxièmes de tafia ,' quinze onces dlinile qu'on ne leur a jamais doi^nées; et jaunis ils ne reçurent les objets précédens aufvant le poids indiqué. De peur qu'ils n'allassent chercher des alimens cl^ez des indigènes peu éloignés , qui peut-être auroient eu pitié de leur détresse « on leur avoit défendu de sortir de l'enceinte qui leur étoit assignée , ne voulant pas, disoit-on^ qu'ils allassent « soulever les habitans par la superstition », c'est-à-dire leur parler de Dieu^ et les édifier par leurs vertus. Cette défense les empéchoit aussi de chercher à pourvoir à leitr subsistance par là pèche on la chasse i l'arc. Ceux qui échappoient à la vigilance d«fi gardes dans ce dessein « De pouvant atteindre leur but «tins passer dans les fbréts» y cooroisnt le risque d'être dévorés par les bétes féroces, (yqjrsge de L.^A^ JHusuy,

cette misère extrême > et cette dégradatioi^avilissaiite que lespaïens regardent comme hideuse et détestable (i) » !

Les déportés n'ont encore passé qu'une nuit dans ce séjour dévorant, et déjà le lendemain quand ils se regardent les uns Us autres, ils ne se reconnoissent presque plus, tant l'horreur de leur sort a défà changé leur visage. Ils eirent comme des spectres, leur bréviaire à la main, sans savoir où ils vont; ils se rencontrent, se touchent, s'entre-choquenff, et ne s'aperçoivent même pas. Un d'eux, surpris par le délire de la fièvre chaude, s'est déjà précipité dans une rivière comme pour éteindre le feu qui le consume; et son corps qu'on leur rapporte , le quatrième jour de leur arrivée , leur &it comprendre que l'hçLbitation qui leur est la plus néces* saire en ce lieu, est un cimetière consacré par la religion. Ils se le procurent à l'instant (a).

Quinze jours se sont à peine écoulés ; etles carbets ainsi que l'hôpital sont pleins de malades ; les ongles se détachent de leurs doigts; leurs jambes, leurs corps mêmes sont enflés et couverts de pustules. Les chiques se sont inti*oduites en si grande quantité dans la chair des uns qu'elle tombe eu lambeaux ; la dyssenterie a tellement épuisé les autres qu'ili n'ont pas même la force de changer de place ; et l'odeur qui s'exhale de leur corps en dissolution, est si repoussante .qu'il n'y a plus que leurs confrères , animés de la plus héroïque charité ^ qui aient le courage d'approchi^r d'eux pour les ser-

(i) Humijacentfe^sa làboribus uiscera; sedpœna non est don Chjfistojacere ; ' iqualent membra situ et sorde deformia ; sed spirttuàlàer intàs abbatur, quoi Jorù camalàer sordidatur : panis Ulic exiguus; ut non in solo pane uù4t hotno , sed in sertnone Dei : uestis deest; sed qui Christum induà, et vestitus tAundan- Hr et cultus est.,.,. Omnis ista defomutas ^ detestabilis et atra gentilibus , çuàU splendore pensahitur ! (S. Cypr. Epist. 77, <id JUfemesianum et cœteros.)

(a) ilfl choittreni pour aépallare un terrain circulaire « situé sur le bord d'une rivière , et entouré de palmiem qui incUnoient leuns branches et leara feuillages sur les tooilbes qn'ib se marq«oient> pour ainsi diiTe^ à eux-nÉtaes.

vîr, La plapal*t attaqués de peste et de scorbut , ne cessent de viyre qu'après une cruelle agonie long-temps prolongée^ et lorsque les vers qui les rongent , ont pénétré dans leurs intestins : on voit alors ces reptiles sottir de leurs corps , devenus trop dégoûtans pour leur servir encore de pâture.

Les prêtres aimoient mieux expirer daus leurs carbetSi qu'à l'hôpital , parce que les infirmiers barbares qui le de$« servoient^ les acpabloient d'outrages au lieu de leur donner des soins. Le malade qu'on y dëposoit se voypit enlever en entrant touis 9es effets ppir un garde-magasin ^ et lorsqu'il réelamoit ensuite quelque objet que son mal reiidoit indispensable, le garde- magasin lui répondoit : « Vous êtes mort; ce que vous aveZ| doit vous suffire ».

Quand un prêtre ne Uissoit rien en mourant , soit dans les carbets, soit à l'hôpital, les nègres chargé^ de faire les fosses pour l'enterrer, se refusant alors à cette fatigue dont ils n'espérpient pas de salaire particulier, les confrères du défunt étoient obligés de creuser eux-mêmes la terre qui devoit le recevoir, et de l'y porter, à moins que par une cotisation souvent impossible, ils pussent payer ces avides fossoyeurs, qui, dans ce cas-là même, sembloient YQuloir être les bourreaux du cadavre. On voit par une lettre de l'officier du poste à l'agent directorial, qu'ils ne faisoieht que des creux étroits et courts 5 que, pour y faire entrer les cadavres y ils leur cassoient les jambes, les replioient sur le tronc, et ^pignoieat d^essus avec force , jusqu'à ce que le cadavre, rendu pour ainsi dire malléable, ae fondit en quelque sorte dans tous les vides qu'offroiént les irrégularités de cette parcimoaieuse ouverture.

Pour comprendre toute l'horreur de la situation des prêtres déportés à Konanama, il suffiroit de savoir que leurs gardes, quoiqu'ils n'eussent guère à supporter que les inconvéniens du climat, ne pouvoient plus y résister. Leur commandant s'en plaignoit à Tagent directorial, dès le 2a . octobre 1 798 , lui exposant « que les i^arécages du voisinage

•nyoyoient dans ce séjour leurs miasmes putrides ; qu'on n'y avoit à boire que de Teau très-bôurbeUse ; qu'on n'y trouiTôit aucun fruit , pas même un citron pour en corriger la mauvaise qualité; que les soldats et les officiers mêmes y couroient le risque de manquer de yivres; qu'enfin il leur itoit impossible de rester davantage dans un lieu que les Indiens eux-mêmes avoient abandonné à cause du mauvais air » • Us demandoient à passer à Sinnamary^ qui est à la distance de quatre à cinqlieues ^ et qui leurparoissoit moins insalubre.

Cette remontrance eut pour les prêtres un effet qu'ils n'auroient pas obtenu y s'ils eussent demandé ce déplacement pour eux-mêmes. Ce fut aux militaires qu'on l'accorda, et leurs captifs en profitèrent; mais uniquement parce que , sans cela , ils n'auroient plus eu de gardes pour les tourmenter. Depuis le II août que ces prêtres étoient à Konanama, soixante * six d'entre eux avoient péri ; et les trente environ qui restoient, n'avoient plus qu'un souffle de vie. Avant de quitter ce séjour de mort, ils voulurent aller rendre en commun de pieux devoirs à ceux d'entre eux qu'ils y laissoient inhumés; et, se faisant des torches funéraires avec des brandons , ils vinrent célébrer une absente attendrissante dans le cimetière , et s'y encouragèrent , par l'exemple de leurs frères défunts , à supporter leurs maux avec résignation 9 à pardonner à leurs persécuteurs , et à se maintenir dans tous les autres sentimens héroïques qu'ils dévoient à la Foi dont ils étoient }ijB généreux confesseurs.

Ce fut le'a5 noveml)re qu'ils partirent pour Sinnamary, marchant péniblement vers cet autre lieu de douleur, qui sembloit leur devoir être moins cruel que le précédent. Mais, dès leur arrivée, cette consolante illusion cessa quand ils virent ceux de leurs confrères qui l'habitoient. Quoique plusieurs eussent fait avec eux la traversée dés c6tes de la Charente à Cayenne , ils ne pouvoient les reoonnottre , tant ceux-ci avoient souffert à Sinnamary même. Ce désert est aussi meurtrier que l'autre , et n'a pour le rafraîchir on

plutôt pour rhumecter, que l'eau saumâtre d'une rîvîèrc <juî te côtoyé. Quelques colons qui s'y étoient cependant acclimatés, avoient donné asile dans leur habitation à des prêtres j mais ceux-ci ne s'y étoient pas mieux préservés de$ fléaux mortels de ce territoire. A celui-làméine qui, la veille, sembloit plein de vie, il ne falloit qu'un jour de cette fièvre chaude qui est si commune en ce lieu , pour que le lende* main il n'existât plus , que d^jà même il fût enterré ^ et les mêmes insectes de Konanama dévoroient vivantes les victimes de Sinnamary.

Quoiqu'on y fût moins délaissé dans les maladies, et qu'on y éprouvât moins de mauvais traitemens, on n'y ëchappoit donc pas davantage à la mort. Quarante-cinq prêtres y perdirent la vie. Il en mourut en outre cinquante*deux , tant danii Thôpital de Gayenne qu0 dans les cantons de Roura, d'Approuagua , de Makousia , etc. , que chez les colons charitable^ qui les avoient logés dans leurs maisons ; de sorte qu'avec lex soixante-six qui avoient perdu la vie à Sinnamary, çt les huit qui avoient péri pendant la traversée, le nombre des prêtres morts dans cette déportation , depuis le 1 2 mars 1 798 jusqu'au !•* janvier 1801, ne fut pas moindre de cent soixante-neuf. De ceux auxquels, à cette dernière époque, Buonaparte, devenu chef du gouvernement, en qualité de premier consul, permit de quitter ces contrées homicides, très-peu en sor-» tirent sans y avoir contracté des infirmités qui dévoient les entraîner bicfntôt dans la tombe (i).

Sur la totalité de ces cent soixante-neuf victimes, il en est cent quarante-neuf à qui nous croyons pouvoir décernei? les honneurs du martyre (Foy. J.-N. Adam, etc. etc.). Saint Pierre d'Alexandrie n'hésitoit point à mettre au rang des vrais Martyrs, ces onze évêques et tous ces clercs d'Antioche

( 1 ) f^ojr. , â ce sajet , les remarques et les réflexions par lesquelles ae temune Tarticle Roghbfokt.

fl

à qui , loi*s de la persécution de l'empereur Valens ^ l^aspérite du climat avoit arraché la vie , dans le bourg de Diocé* sarée et à Néocéaarée de Pont, où les préfets et les juges les avoient exilés comme en un lieu de souffrances (i).

Que si, après avoir décrit celles de nos déportés ^ souffrant Bien évidemment pour la cause de la religion, il nous fal* loit encore parler des sentimens d'amour dé Dieu et du prochain, avec lesquels ils expiroient, nous produirions les lettres de plusieurs d'entre eux à leurs familles, jusques au moment de leur mort. Ces lettres attestent^ non seules ment les saintes dispositions d^s prêtres qui les écrivoient , mais encore celles de la majetite partie d'entre eux. Nous avons toutefois à regretter que la manière avec laquelle leur prudence en hasardoit l'envoi , ne leur ait pas permis de les signer autrement que par une lettre initiale, de peur de compromettre leurs familles : ce qui nous prive de les rattacher aux noms de ceux qui les écrivirent, ou dont elles font mention.

\ L'un d'eux s'exprimoit ainsi , dans ta première lettre qu'il

^' put adresser à son père, le 3 février 1799 : « Dieu a veillé

sur sa foible créature : votre fils existe 9 et la mort n'a pas encore frappé l'enfant que vous pleurez. Mon père, ô vous qui, dès ma tendre enfance, m'apprites, par habitude et par plaisir, à n'aimer que la vertu, si vos yeux, sans cesse bai- Ignés de larmes , s'ouvrent encpre à la lumière, et si ces lignes , tracées par une main chérie, vous parviennent, qu'elles consolent votre vieillesse^ que la douleur cesse de vous acca* bler, et qu'au moins elle respecte les bords de votre tombe. O mon père ! il est une autre vie où l'homme vertueux trouve enfin un abri. Si 1^ religion ne le disoit pas, le malheur suf-

firoit pour l'apprendre Oui, mon père, c'est dans ce

dernier monde où tout va se confondre, où le méchant

(i ) Qui quidem , propi^ iôeetrum mpériUOésm , tnta quoque bnet^ispûtiati sunt, (Theodoret. Hist, jSccles. LAV, c xx.)

n'a .plus le droit de noua poursuivre^ que itK>uâ pourrons nous revoir. C'est là que vos vertus, que mes infortunes, me feront trouver grftce devant Dieu. C'est là que nous serons vëunis pour vivre ensemble dans Téternité. Mon përel voua parlerai-)e de mes ennemis? Oh! non, le ministre d'un Dieu de paix ne doit point en avoir : ma religion m'apprend à pardonner ; et le ciel est témoin qu'à Konanama, mes lévret ne prononcèrent jamais les nojns de mes persécuteurs , que pour attirer sur eux la miséricorde divine. Ah! s'ils sont assez heureux pour que le repentir pénètre dans leurs ftmes^ si alors je ne suis pas là pour les consoler, pour leur dire : Je vous ai pardonné , qu'une main généreuse leur| montre ma lettre, et qu'elle allège leurs tdurmens. Ah! que votre bouche aussi prononce leur pardon. Le coupable est tou« jours plus à plaindre que sa victime^ et l'existence du mé<chant que le remords poursuit, est .trop affreuse pour que son ennemi même ne devienne pas son consolateur* Mon père, il vous tarde de eonnoUre le lieu où votre fils respire 1 C'est dans un séjour de moii; et de vertus qu'il offre, en sacrifice à Dieu, cette vie de douleur et de pénitence. Vous le savea : tout entier à mon devoir, j'étois au milieu de mes fidèles paroissiens , quand un ordre tjrannique vint m'enle-ver aux fonctions de mon ministère. Un homme revêtu d'un grand pouvoir se déclara mon ennemi, sans me connoilrev Le gouvernement écrivoit à ses agens de surveiller les prêtres. Le commissaire M^** crut servir son pays , en les envoyant à la morl. Je fus désigné pour victime 5 et, quand je n'étois occupé qu'à porter dans les familles des paroles de consola** tiou, qu'à prêcher l'oubli des outrages, le pardon des injures, on me traitoit de factieux , d'ennemi de la patrie : on osoit m'accuser d'exciter à la guerre civile. Cependant, par mes soins, la paix régnoit dans le canton^ ses habitans n'étoient point divisés, et la morale de l'Evangile germoit dans tous les cœurs. Le commissaire m'accuse ; on vient pour m'arrêtati WÊM9 bons paroiasieBa, malgré mot, cherchent à mè

tiélendre. Se parôû iè$ lors plus criminel | et, peu de jours nptès, Tordre de ma déportation arrive, O mon père! traîné de cachot en cachot, chargé de fers^ abreuvé d'amertumes ^ nourri d'inquiétudes ) mon courage m'abandonna, et je

connus toute ma foiblesse Chaque soir^ dans une obscure

)>rison, sitôt q«e la porte à double verrou ^ fermée sur votre fils y le déroboît aux regards de ses guidés , il répandoit des larmes ; le ministre des autels oublioit les êouffrànces de Jésus-Chriit pour ne pleurer que survies èie^nnes...». Que l'homme est foible^ quand Dieu rab^ndonne un instant à sa propre force h..» Cependant^ la Providence finit toujours par offrir au pécheur une main secourable. J'arriveà Bochefort^ et c'est là que, dans l'asile du crime, je dois trouver des aliges» Dieu puissant I Et je pourrois encore me plaindre ! Ah ! que ma bouché ne s'ouvre plus pour murmurer. Q mon Dieu I que ta bonté m'éclaire ;. qu'elle guide mon cœur, et que fe sois enfin digne de parcourir là nuit du tom^béau avec ces liommes prédestinés, avec ces vertueux compagn<>n6 d'infor- •tuncje ! Mon père ! je n'ai plus le droit de vous parler de moi. Ces vieillards vénérables dont je suis fier de partager le sort, Wont appris à 'ftouffrir : c'est à Rochefort que jele6 ai trouvés. Le cachot où je fus jeté renflermoit déjà huit ministre^s de la religion^ et avec eux, toutes les vertua.... Il étoit nuit q;uand j'entrai dans ce séjour funèbre : une lampe y^ répandoit sa lueur sépulcrale. Quel spectacle ! des vieillards couchés sur le carreau Ils n'avoient qu'un peu de paille pour

reposer leurs têtes ; et cependant ils dormoient tous : l'inno-

•cence sommeille si aisément! Bientôt mes regards se

fixèrent involontairement sur Tun de ces infortunés : un visage céleste > de longs cheveux blanchis par les années, tout en lui comntandoit la vénération. Â sa vue, saisi d'un saint respect, fe m'approche , je tombe à geooux devant lui , et je promets à Dieu de consacrer mes soins à ce vieillard. Il s'éveille, m'aperçoit, lève les yeux au ciel; puis, me tendant la main : O mon fils! me dit-il > vous êtes aussi fart'

fant du Seignenàr^ que la Foi ^ous soutienne dans la perses

cuùonj et que Dieu soit toujours votre consolateur Ses

compagnons d'infortune, s'ëtânt réveillés 9 s'unissent à lui j tous m'entourent ; tous oublient leurs malheurs , pour ne s'occuper que des miens : \t parois être la seule victime ;

je suis le seul que l'on console Ministres de Jésus-Christ!

m'écriai-je, ô mes pères! 6 mes modèles! que Dieu me donne cette force qui vous anime ! que ma foiblesse soit punie pai* de longues souffrances \ que, ma Foi n'en soit point ëbran-* léel et que je puisse, en vous imitant, mériter la couronne du juste que le ciel vous destine !

)) Deui: joui*s après mon arrivée, nous sommes enlevés de notre prison 1 et tratnés sur le bâtiment qui doit nous trans^ porter à la Guiane. Des ecclésiastiques de toutes les parties

de la France.t. .. un grand nombre de sexagénaires sont

entassés sur la frégate la Charente. Un bon. vieillard, acca-^ blé d'infirmités de toute espèce, peut à peine marcher \ l'un de m^^ confrères, que la fièvre tourmente , n'a plus que quelques jours à vivre. Plusieurs succombent sous le poids des années; Des membres du Corps Législatif, déportés avec nous , réclament en vain pour ces infortunés ; leurs voix sont étouffées» Cestà Cayenne^ltxiv dit-on, que ^ous réclamerez^ Mon père! des malades, des vieillards, serr<^les uns contre les autres, étendus sur des planches, tourmentés de ver-r mine , sans linge, sans vétemens , plus nsslnoun^is que ne le sont les plus vils criminel^* tel est le tableau déchirant qu'offrent les déportés ! Us ne respirent que pa^ UBe étroite soupape ( le méphitisme propage la contagion { ^ne adeur d^ mort se répand dans cette fourufiise ardente ^ et- cependant le plus léger murmure ne se fait point eufendr^. Tous ont ce courage que donne Tinnocence. Tous ont appris a spu/Frir, Xi*équip<^ge étonné contemple ave.c admiration le^ victimes^ plusieurs matelots versent en-sfeçret des^ larmes sur notr^ infortune ^ et leur sensibilité les porte à nous prodiguer dç géttéreux secours, (^o/.. ^s^viilbAKÇr^O

' » Nous débarquons à Cayenne $ les kabîtans de cette colonie veulent nous secourii^; mais une nouvelle déportation nous attend. Le commissaire du gouvernement exécute avec rigueur des otdres qu'il a sans doute reçus ; car quel homme seroit asses cruel pour se décider de lui-ntéme à tourmenter ainsi ses semblables? Les déportés sont divisés en plusieurs classes : les uns partent pour Sinnamàr j et ses environs ^ les autres sont jetés dans les affreux déserts de Konanama.

» Konanama est Tun des cantons les plus reculés de la colonie. Cepays, situé au milieu des bois^ est couvert de marais fangeux , qui corrompent l'air par des exhalaisons fétides ^ et tes habitations se bornent à quelques cabanes informes, asiles de douleur et de mort. C'est dans ce lieu sauvage que l'on nous a relégués. Des huit infortunés que je trouvai dans les cachots de Rochefort, deux seulement sont encore existans. Depuis cinq jours , le vénérable prêtre aux pieds duquel je m'étois prosterné, dans la prison de Rochefort^ et dont les saintes paroles avoienttant soutenu mon courage, a tessé de f^ivre ^ depuis cinq jours, la tombe du

juste est arrosée de larmes Ce bon vieillard, une

heure avant de rendre le dernier soupir, se tratna, malgré moi , au milieu du carbet qu'il habitoit; là , prosterné contre terre, entouré de ses frères, ou plutôt environné de spectres languissans, et après avoir reçu de moi les derniers secours spirituels , 3 nous dit t « Mes frères en Jésus-Christ , tous les maux que fai soufferts ne sont rien , puisque le Jtédempteur

des hommes a été abreuvé de fiel et de vinaigre Mourons y

comme le dit F apôtre , avec Fespérance que nous allons être introduits dans la sainte cité du ciel} mmirons as^ec Tespé* rance que nos tribulations ^ qui n^auront duré qu*un mo* fnenty nous conduiront bientôt à une gloire éternelle, Mou^ f^ons avec Fespérance que Jésus^Christ transformera un jour notre corps vil et abject, pour le rendre conforme à son corps glorieux, jimnt de mourir , prions pour nos persécuteurs j et que nof prières s'élèvent jusqu'à IXeu.... Dom L.... oesi^

àe parler ; je récitoîs près de lui les prières des agonisans ; mais bientôt sa main glacée se refroidit dans la mienne. Il expira entre mes bras.

» Chaque jour ce sont de noilyelles perte»: u|ve victime est suivie d'une autre victime. Celui qué^ dans trois jours, demain peut-être^ la mort va frapper, creuse aujourd'hui, avec délice, cette terre qui doit se refermer sur lui. Pn tombeau est le terme des désirs 3 et l'infortuiié qui se voit près d*j descendre , ne verse des pleurs que sur ceux qui lui survivent.

» Le cimetière où reposent nos amis , est le lieu où sans

cesse nous dirigeons nos pas c'est-là qut nous nous réu«-

Hissons, et que nous aimons à choisir la demeure où nous espérons trouver le repos. L'ami marque sa place auprès de so^ ami. Etendu sur sa toiâbe, il voudroit ne s'en plus sépa^rer. Cettie fosse qu'il creusa de ses mains, et qui n'attend plus que sa dépouille mortelle, détient son espérance. Cinq ou six jours à donner encore à la vie, lui semblent lUne trop longue route à parcourir

)i Nous savons que , dans tous les cantons où se trouvent des déportés, leur sort n'est pas moins affreux que le nôtre. La mort se divise pour les frapper. Ceux qu'elle n'a pas atteiiits jusqu'à ce jour, langmssent dans l'état le plus misérable. On diroit que cette partie delà Guiane n'est habitée que par des ombres.

» En faisant un calcul exact, il cat probable que, àee eent quatre-vingt-^treize déportés, il n'en existera pas dix

dans cinq mois Votre, fils alors ne sera peut- être plus.

Cette idée n'a rien qui le tourmente : il s'y arrête sans effroi ; et l'espoir que son âme, épurée par le malheur, sera digne de parottre devant le tribunal de Dieu , le soutient dans l'aveuir. Adieu, mon père ;.qixe le Seigneur protège votre vieil» lasse ^ que ses biens se répondent sur ma sceur et ses pauvres enfans. Je finis , en démandant votre bénédiction et le secours de vps prières. Votre respectueux et affectionné fils,

Le père de ce saint ecclésiastique venolt de mourir, quand eette lettre arriva en France : il n'a. pas eu la conscdation de la lire.

Un autre prêtre, sur le point d'expirer i la Guiane, en mars 1799^ et faisant ses derniers adieux à son frère, tiotaîre en France, lui écrivoit : <k Mon frère, je vais mourir f et je serois coupable devant Dieu, si je ne pardonnais pas à mes ennemis. En me voyant partir pour la Guiane, tu as voulu connottre mon dénonciateur, et tu m'as assuré, dans ta douleur, que tu tirerois tôt ou tard vengeance de son

crime O mon frère! abandonne un semblable projet

pardonne-lui, comme je lui pardonne : je t'en conjure^ au nom de Jésus -Christ qui va me recevoir dans sa sainte miséricorde. Recommande - moi aux prières dé tous nos Jparens et de mes paroissiens. Adieu, mon frère ^ en mourant, je demande à Dieu qu'il répande sur toi, sur ta femme et tes cinq enfans, toutes sortes de prospérités. Je suis redevable de trente-deux livres à la bonne M"* L*** : je te prie d'acquitter cette dette. Adieu, mpn bien^imé frère; Dieu va bientôt appeler à lui sa pauvre créature

Signé, P. M. G , curé ».

Oh! qu'elle fut honorée par la religion, cette terre barbare, où l'héroïsme des vertus chrétiennes s'est déployé avec tant de ^*andeur et de pureté ! Combien , par là , elle rachète à nos yeux les torts des fléaux dont elle accabla ceux qui étoient livres à ses rigueurs, pour la cause de Jésus- Christ! Les Martyrs dont die conserve les ossemens, en font presque une seconde Terre-Sainte 5 et l'insahibrité dont elle tesie armée, en écartera du moins, comme un ange exteriniuateur , les impies qui.voudroient aller profaner ces précieuses reliques, comme ils oM profané celles qu'ils purent trouver en France. Mais cette insalubrité n'empêchera point les voyageurs religieux qui parcourront la Guiane , de venir sur les tombes de Sinnamary et de Konanama, rendre aux

saints prêtres (july reposent^ les hommages de la veDéraliou et de la piété. C'est là que , souH les auspices de ces Martyrs , ils seront plus sûrs de faire agréer à Dieu leurs «vœux et leurs prières^ pour que le pèlerinage d'ici-bas se termine heureusement^ par leur admission avec eux dans la patrie de l'élernité (i).

(i) Pbar qti*OTÊ. ne nous accuse point de j^agiat 4*na ces dernières réflexions , nous nous yoyons obligés d'avouer que c*est nous-mêmes qui les avions présentées avec plus de développemens en i ygg, le 8 décembre (17 frimaire an V I II) , dans la;partie Farikèâ monda et littéraires de notre journal, alors intitulé: la FemÛUtùnpartiafe (N* XCIV.). Depuis le id brumaire ( 9 novembre précédent) , que Bnonaparte étoit devenu niiittre du gouvernement , les jouirnanx , disons plus , les hommes mteies les plus notables de la révolution , y compris Barrère^ demandoient hautement que les lois de déportation fussent abrogées. hea esprits étant ainsi préparés, Bfaonaparte, au nom des consuls de la république , rendij^, le 8 frimaire (29 aovembre 1799) , un arrêté portant le rappri des prêtres détenus aujLUes d'Olér^n et de Ré , à des conditions analogues à ce qui sera dit cinaprès, pag. 473. Déjà des laïcs déportés, même A la (luiane, pour des causes politiques» revenoieot librement en France; mais six mois dévoient encore s'écemler avant que les prêtres qui y étoient relégués eussent la demi-faveur de ceux d*01éron et de Ré. L'on ne s'occupoit nullement d'eux, quand, le 8 décembre 1799* nous osâmes plaider leur cause, et demander hautement le«r retour en ces termes :

M Nous seroit-il permis, à nous qui ne nous flattons point d'être philosophes, qui ne fhnes jamais de {eniHen' phiiosophûiues , de solliciter le rappel des hommes de bien , de ce& prêtres fidèles et vertueux , que de» tyrans , dirigés par cette même philosophie, n'ont cessé de jeter', pendant plus de deux ans, sur les plages dévorantes de la ûniane? Vénérables Martyrs de la Foi« je déshonorerois votre cause, si je venois la plaider avec le langage de celle-là même qui vous a fait immoler. Lorsqu'elle se tait sur la convenance de votre rappel, plus par la peur qu'elle a des vertus religieuses qu'elle verroit en TOUS, que par la honte de les avoir exilées , ne craignes pas que je la fasse parler en votre faveur : la religion seule est digne de réclamer pour vous. Par une juste reconnoissance de ce que vous avez fait pour elle, comme par intérêt pour la France altérée de vos leçons et de vos exemples , elle se rései*ve d'être la première à demander aux magistrats suprêmes de vous restituer , avec vos vertus, aux peuples qui vous demandent. Quoi qu'en dise , par l'habitude inyétérée du langage des persécutions, ce qu'il reste encore dans les fonctions publiques , de^ agens de ce Directoire déporté teur, les premiers magistrats ont reconnu que la nation française , inconciliable avec l'athéisme , a besoin d'une religion ; que la seule qu'on y puisse croire encore utilement pour les moeurs publiques, c'est la religion catholique, sa religion innée en quelque soite.

y N» XXiil.

OLERON et RE.

Les îles qui existent sous ces deux noms ^.sur la côte du pays d'Aunis ou département de la Charente - Inférieure j ne commencèrent à devenir des lieux de supplices pour les

Ses ennemis affectent de publier que le gouvernement ne la protégera. pas plus que les autres^ mais par cela même qu'il la protégera , et qu'elle est celle du plus grand nombre, celle de tous les Erançais vraiment religieux» il protégera donc réellement une religion qpi, de fait» est la religion dominante. Qu'on lui en dispute le titre et le droit qu'au surplus nulle secte ne sauroit lui ravir ; elle n'en sera pas moins celle de toute la France religieuse. Ofa ! comme •es sentimens encore comprimés se développeront avantageusement pour les mœurs publiques presque anéanties» lorsqu'elle reversa ses apdtres autorisés à dire comme le plus grand des leurs : a Nous sommes assurés maintenant que les sou^ances de l'exil » et même la mort lente » plus dangereuse que celle des fusilladea et de l'éclMiaud» ne nous sépareront point de la charité de Jésus- Cbrist. Vous voyez en nous des victimes en qui les plus cruelles épreuves n'ont pu altérer ce double amour qui nous unit avec les hommes, comme avec la Divinité. » Au mérite des vertus que nous leur avons connues» ces prêtres auront ieint celai de les avoir épurées au feu des plus cruelles tribulations. Pleins d'une charité sublimç» ils reviendront en demandant grâce pour leurs impies bourreaux.; ils les remercieront même des épreuves auxquelles ils ont mis une sainteté qui n'en sera devenue que plus pure et plus brillante. Ils béniront ceux qui les avoient maudits» lors même que ceux-ci les mjBudiroient encore. Etrangers à tout souvenir capable d'éveiller des ressentimens humains» ils n'éprouveront que la satisfaction de revoir leurs ouailles chéries, et de pouvoir leur inspirer de nouvelles vertus» toutes profitables à la patrie.

« Ils oublieront Mais nous» qui tînmes autrefois la plume pour inscrire

dans les fastes de la religion les actes mémorables de ses ministres et de ses enfans» nous saurons U reprendre pour y consigner des exemples que les beaux siècles de la primitive Eglise n'ont point surpassés. 11 importe à l'édification de la génération présente » comm« à l'instruction de celle qui nous suivra , de consigner d'une manière durable tout ce qu'ont déployé d'héroïsme les milliers de prêtres» que la rage de l'impiété fit entasser dans des fonds de cale étoufians» infects» et jeter ensuite sur les rives- mortelles de Synnamari, ou dans les affreux déserts de Ronanama.

a Atroce. raffinement de nos tyrans modernes ! Ils avoient entendu dire à ces ministres^ d'aprè« TertuUien > que « le sang dès Martyrs devenoit la semeuca

prêtres que vers la fin de 1 798 ,, lorsqu'il ne fut plus pos-* sible d'aller Les jeter dans les désçrjts de la Guiane. (^f^ofejs GuiAN£,) Les Aurais avoient pris sur mer la troisième des corvettes, qui ; eu porto ient encore un grand nombre dans cette contrée^ sauvage, j et> les déportés'de ce navire ayant été sauvés par les vainqu^ulrs, le Directoire exécutif de la république française , moins :toucbé de la perte de la corvette qu'irrité de la délivrance de ces proscrits, ne voulut pas

jp» ■ m

deB ohi^stî^Qf ; q^ les çlinstiens se moltîplioient à mesure qa^ le gUive les œoiHOBn^it » : fit fi'iaaX pQpr cela, ii!en douUms p^s, j^ve.s'abaUnaQt.cU moiâ^ sonner leur Ute« et de féçoi|der la terre de. leur sang:, ils les ont envoyés jtnourir en détail^ et.ch(a<{ue jpuiT'-.» danii ces climats homicides. Ib les. ont livrés aux bétes féroces « BQ^.pa8 dans un amphithéâtre public j^ où l'admiration et la compassion leiic anroient fait «utant de prosélytes qu'U.y auroit eu .de specta-

^eurs, mais dans .des lieux lointains^ inhabitables ^ où Tinsalubrité d'une atmosphère empoisonnée» devoit sans cesse leurinfiltrer |a i^ort, ea même- temps que les scorpions et les serpens s'efforceroient de leur arraclier la yie. Si, pour tâcher de respirer un air moins funeste que celui de leurs étroits carbets, ils

's'avancent datts les champs, les hélées ,féroce9 les. .4^Yq]f<^njt;, s'ils xentrent, les insectes et la mort viennent les y détruire. O tous ! qui pérîtes sous les proscriptions antérieures, le prorapt supplice qui termina d'un seul coup vos peines, fut moins affreux que ces tortures sans cesse renaissantes j, cette agonie perpétuelle qui éternise les douleurs de la mort sans en procurer le repos !

ttDaBs ce long supplice» dans cette mort prolongée» d'où les persécuteurs s'attendoient à voir jaillir le désespoir .et la fureur, quel est le langage de leurs victimes ?.•/« unis mourà'j écrit l'un de ces prêtres, à son frère en France, je fHxiê mourir; et je serois coupable deuant Dieu y sij^ ne peuifonnois pas à mes ennemis! Un autre ^ adressant des bords de sa fosse nne lettre à son père, lui dit : yous parlerai'je de mes ennemis? Oh! non; le ministre d'un Dieu de paix ne doit point en at^oir*

n Oh ! qu'elle est favorisée du Ciel cette terre disgraciée pai; la nature, où l'héroïsme delà religion sedéplme avec une liberté si majestueuse; où les victimes peuvent manifester, dans tout leur éclat, des vertus célestes qu'il faut ici cacher sous le boisseau ; où elles peuvent dire hautement qu'elles pardonnent à leurs tyrans, qu'elles prient pour leurs Isourreaux : ce qui ^e leur seroit pas permis parmi nous! Terre des confesseurs et des Martyrs, serez-vous longtemps, aoiis cet aspect ^ pnéférabie à la France, où Ton n'ose presque pas dire qu'on' vit et qu'on meurt en chrétien? Combien vous rachetez à nos yeux,' par les vertus éminentes auxquelles vous donnez l'essor, les fléaux dont vous accablez ceux qu'on livre. à votre rigueur! Désarmais on ne parlera plus de Synuamari, de Konanama , d'Aprouague , que comme d'une autre terre sainte,

«xp^ser à la tnéme déUrrânce ceù% qui restoient à Rochefort, et ceux qu'on ne cesdoit d'j conduire ^ouir la déportation. Il les fit transporter en des tles voisines, celles de Ré et d^Oléron , pour y être enfermés dans les forts qui s'y trouvent. Les premiers qui f débarqu^ent eurent pour logement une partie des casernes'; et dans chacune de leurs petites chambres l'on entassa quàtoi'ze d'entre eux. Quand cH es furent ainsi comblées , oh relégua les autres prêtres en des galetas dont Iqs

dont l'iii«alabrîté, comme lin gardien séyèré, écartera ''lès picofenes^ indignes de marcher sur un' soî qfA'ont haUté des S«Bt8> inaiâ dont ^Ht ne'eéuBsira pas plus à 'détourner la ferméor, - jalouse dé yénérel^ leurs tr&èéa;* qu'autrefois le ftfr menaçant des Sarrasins ne déconcerta les conqnérans'de hi Palestine. Un jour, peut-être» noiis irons en pèlerinage sur ces rites sauttfgea, demander i cette terre 1>iiri>are les ossemens de nos frères qu'elle a vu sVndMinir dans le sein de l'immortalité. Nous les rapporterons en Ftwncè avec autant de respect i^e Philippe III y rapporta lui-^méme le corps de son pére^ peur y posséder» avec ces reliques chères et yénérableSy des sajets constans d'émnia*' tion et d'encouragement à la rértu.

« Vous aurez déjà prérentfnos démarches en nous rapportant quelc^es uns de ces rentes si désirés» vous que la Providence n'a conservés sans doute que pour vous ramener ad milieu die nous. En nous les remettant» vous nous raconterez l'immensité des détails édifians que vous ont offerts ces héroïques autant que malheureuses victimes. Vous nous répéterez comment leur dernier soupir fut encore une bénédiction pour leurs persécuteurs; vbus nous direz comme ils expirèrent en formant de» vttuz pour la France. Et» témoins de leurs derniers souhaits »'participans des mêmes sentinkens» disciples de la même doctrine » enfans dU même père , vous ne viendrez pas sans un égal amour pour vos ennemis» Sans un pareil désir de concourir à cette prospérité nationale» à à laquelle» au reste» il est déjà reconnu qu'os se fera parvenir la France que par la morale et la vertu *. prospérité à laquelle on aspireroit en vain» si votre Dieu n'étoit pas invoqué. Qu'ils cessent donc devons craindre» ceux qui ne vous haïssent qu'à cause du mal qu'ils vous ont fkit! ]>es hoionnes qui leur nasem* bleroient seroient en effbt redoutables pour evtK : mâis vous qui» purifiés aa creuset de la persécution » allez nous paroHre descendus de la région des mges» tout en vous sera saint» grand et généreux. Votre injuste patrie» devenue pour Vous si marâtre» n'aura de votre part que des témoignages de véritahle tendresse ; fct peut-être inênie vous ahstiendrez*votis enéUNTe de lai dire en la revoyant les larmes aux yeux » crque votre mettre disoit en pleurait, à la vue de Jérusaletn : « Hélas! si' toi qui massacras tes prophètes» tu eusses suiyi leur$ conseils» tes cpmes, qui se sont amoncelés jusqu'aux deux» n'àuroient jias attiré sur toi leurs Veujlfeances! etc. etc.» ■ ^ •

feaéires 6ans cliassis, et les toita r lubiéfi/.les livroient à toutes leâ ÎDIures da If air , que Les yapem*Side'U|iier rendoient trèsi^alfaisant. Là, pendant Tfaiver.j ih étoient abando|iBé« à toutes les rigueurs de la saison ^ et pendant Tété, U^ na-* geoient, pour ainsi dire^ dans une atmosphère nxéphf tique. Aucun lit n'étoit donné pour le reposde la nuitj, ni aux unSx ni aux autres; <et ils n'eunent pour se coucher que d^ la patlle> quaild téutafois ils avoient pu ei| adieter^ et lorsque la vermine. s'y introduisit > ils) n'eurent pas toujours les moyens de. la laire renouveler. La • nourriture quQU leur dtsftribupit chaque jour, ne conaistoit. que dans une livre et demie de painino'ir et grossier , accompagné d'une légère portion de viande malpropre^ remplacée quelquefois par un peq dlè^nonie rance et dégoûtante, du de vi^i^ liaricots tfés-HlaTa;Pouvlpttr boisson > Ton distribue it à chacun trois * verres *en'virbii»d^ub vin âpre et répugnant. Quel soi*t pour des iprétres dé|à exténués pan tin pénible voyskge et. par leur (^uel^ëf^^uv dans les prisons; pour des prêtres dont beaucoiq> , étant ootogénaîses., ouacQsl>lés d'infirmités, n^pouvôient se mtmvoir seuls , <m marcher qu'avec afin béquilles ! •Et ûépendant le Directoivef^fiar arrêté publié 4e ^9 prairial an Vit (^fj juin 1799) ,)nHnit présenter à la France leur condition comme assez donoe. Regrettant -que ceiux qu'il foisoit ^ebhercKerehtore pour le» y soumettre, lui échapif- «ent, il les invitoitperfidementà^so rendre *d'euX'*>m4mes en ces tlesy afin de s^épargner l'inquiétude d'être aurfirisk dans leurs retraites, et le>désagréni|ent d'être triitiws dé ibace en icea [Aeux succursales de' ta ^luiane. Cpur mieux les tromper, il fit annoncer ensuite menisoagièrement par leajonmaux t^Bte; depuis son arrêté, plusiie|ùLxb défhrtahhs donj^ 11 doniiA)it même les noms^ avoiènt demandé des passisports .pour •se rendtre dans cesjîles. j . • i ',

Ce stratagème* d'tmpoatore jëtoit d-aktant plus atroce que le Directoire dcvoit être, content du grand n^Mubre de captifs qui s'y 'trouvcievt défi. Danfele seul fort dé Ré^ il y

ayoit environ onze cents prétiies, auxquels 'étoîent encore réunis quelques séculiers de l'un et de l'autre sexe départes pour des causes politiques ; et, afin de les ^i?a^o/er davantage^ on avoit confondu avee râx plusieurs forçats condamnés pour des crimes trop réels.

Parmi ces onze cents prêtres, il en étoitt quatre-vingts à peu pi^ès qui, ayant fait le serment de la cénstUution cwile du clergé y en 1791, appartenoient encore à l'ï^lîse schisma** tique, et ménve quatre qui, trop*dociles à la tyrannie de la Convention, s'étoient' mariés : preuve trop évidente que la persécution d'alors -étoit diifigée par ié ^n^nie esprit que celle des Danton et des Ghaumet. (Fby^ LoB et TniBUtliLiTX KÈVOLUTIONNAIRES.) Mais de ces quatre-vingts qui. étoîent coupables du serment schismatique y il y en:eut soisantie qui , en présence de leurs confrères, firent' Ifr'^rfltta édifiante ré* tractation , et rentrèrent dans le sein de.ta'Véïritable Eglise ; et, dés quatre mariés, il en fut deux quiy amèrement repentaus de leur faute scandaleuse j Hexpi^ent par hnepésiitenee proportionnée à» l'amerfutee de leur répeniBC. ^

AhJ' comlMen elle devbit étre^ endurcie Tâme criminelle qui H^stoit au tpuchant spectade que présentoient les vtais coûfédsèurs dé la Foi enfermés/d^ns le fort! ils faâsoicBt tous leU)*s pieti:it'^£erbicéè ayee uneréj^ularitéquliressembloit à de l'émuiàiion, et avec un»' ferveur que- ka Séraphins même pouvoient4flur envier* Gondomnëis au^niomide JaJFrànce à toutes 4f s privations, en prpie aux souffi^ànces le$ plus vives^ ïls )M ftiisoient desT<0ax que poùic le bonheur de jcette.méme France; et, maudits pa^ leurs b^utreauîs^- ilsine leur répon* doient que par des bénéd^^OBA.; } - •> > i <

Ehi que parlons-ruous deiim[(les m;àlédict«Qns? Pourq«oi ne dirions^nouf pas iésbi^artas >vexationa>que se plaisoôeiU à leur faire ceux-là même qui n'avoie»t,d'aulre iSOndaUssion que celle deles;garder3 Le eomoïKavdantidttfort, non séulemeni les insoltoit & tout |>ropos, mais encore l^s* ti>aitoît avec la plus extrême bcuialité ^ et lestsoldats^'0xoités'par ses

exemples et ses discours , deveuoient pour eux autant de persécuteurs. Combieu de fois i^e^se. donna-t-il pas le féroce plaisir de les. confiner, sous de frivoles et même de faux prétextes^ en des cachots presque entièrement obscurcis par depaisses grilles , et qui étoient ce qu'il y ayoit de plus rigou^ reux dans les prisons même de la citadelle !

Lefortdel'ile d'Oléronregorgeoit également de semblables prisonniers*. On y ayoit de même entassé quatorze prêtres daùsxhacpie cbambre^ quoiqu'^le pût à peine en loger deux un peu comq^odément. Leur nourriture n^étoit pas meilleure que celle ^eieurs confrères udu, fort de Ré; et Talr salin et dévorant de l'île, auquel il^ A'étoient point accoutumés, leur occasioi^noit aussi des maUdies qui, lorsqu'elles ne les conduisoient pa^ au tombeav^, leur léguoîent des infirmités incura^les^ par lesquelles sans doute dievoit être c^qçourçie

la duréede Ipur yie«> , .

. Leurs, sentime^s n'étoient pas moins angéliques et leur conduite inoins édifiante quç le^ «entimens . et la.po.i^duite des prêtres de l'autre fort. Dans i' intervalle de Jeurs prières, ils s'entretenoient ensemble de^ sciences de leur état, et des moyens de se rendre plus parfaits dans la pratique des ver*- .tus du sacerdoce. L'un 4*eux que les autres en avpiçntprié, M. Cbblleton, du diocèse de Lyon, fort instmit dans les matières ecclésiastiques^ leurfaisoit fréquemment 3ur l'Ecriture-^Sainte c^es çonféremces lumineuses qu'ils écputoient avec une pieuse avidité j et souvent aussi , pour contenter leur dévotion, il .cQUisentoit .à devenir, avec; le supérieur d'un ^ncien séminaire de Savoie, M. Guillet, le directeur et le prédicateur des retraites^ spirituelles qu'Us aimojient à faire de temps en temps , pour, s'çxpiter de plus en, j)lus à la perfection sacerdotale.

Mais cet arrêté du DîrectoîrfB, qui manifestojlt, si claÎ7 rement son . désir d'augmenter encore le nombre de,s 4:aptifs de Ké et d'Oléron, avoit pr.ovoqué ces membres-là même du Corps législatif qui , au 1 8 fructidor , avoient le

pluflf vivement sollicité la 'déportation des prêtres nonassermentés, à se soulever contre lui, parce qn^l y avoit envoyé « des asserrtientés , et même des prêtres mariés ». Ceux-ci étoient encwc chers à quelques amis de la révolution qui se tt-ouvoicnt dans le corps législatif. Un d'eux, Boulay (de la Meurthe), qui, lé 18 fructidor an V(4 septembre 1797), avoit tant insisté pour que l'assemblée dëcrétât la déportation des prêtres doiit la conscience rie s'étoit jamais laissé corrompre, se récria vivement, dans la séance du 3o prairial an VII ( 1 8 juin 1 799) ; sur ce ^ue le Directoire avoit, disoit-il, « exercé le terrible droit de déporter à regard de prêtres qui avofent fait tous les Sermens, toutes les déclarations 5 et même à l'égard de prêtres marias)». Leur lort, aux yeux du Directoire , ëtôît d^âvoîr eux-mêmes^ par un fond d'attachement à la Foi, opposé l'Evangile k ce culte grotesque, imaginé et installé d'autorité dans leurs églises, sous le nom de Théophilahtropie , par l'un des membres du Directoire (Earevéillère-Lépaux;). '

Ce* culte, qui h'étoit âii fond que le déisme mis en burlesques céréAionies , leur paroissoit, quoique sous une forme moins Midteuse , n'être guère moins abominable que celui de la déesse Itaisùn, ctéé par Hébett etChaumet en 1793. Le directeur déhoncé dans* cette séance comme « un fanatique entêté dWè religion absurde dont il aVoit voulu être le fondateur », perdant tout à coup sOni zèle islamique, déposa son autorité directoriale qui ne potivoit plus soutenir par la pèrséiùtîdn l'établissement dé sa Théophilantrôpie.

Là pèntarchie dont il faisoit partie, entraînée vers sa chuCé'pàr ses tetglversatiônis et ses abus^ de pouvoir, cbercbôit «licore'â se mainte'nir par une tyrannie qui^ en le rendant de plus en plus odieux, accéléroit sa perte. Il' disparut enfih dans ce jour du 18 brumaire an VIII (g novembre 1 799)^ qui 'mit à sa place ce guerrier que bientôt l'on verra proclamé premier consul de la république, et 'qui, cinq ans plus tard, ceindra sa tête du diadème impérial.

Daii3 la nécessité où, chez une nation depuis long-temps opprimée, la politique niettoit un nouveau chef d'Etat de se concilier U.fi^veur publique par des actes de modération et d'humanité, Buonaparte voulut fsiire cesser l'eul des déportés de la Guiane , de Rë et d'Oléron. Le ministre de la police du Directoire, qu'il avoit maintenu dans ses précédentes atti*ibutHms,. étoit Fouché (de Nantes); et ce' ministre (f^ojr. NsYBRâ) restreignit d'abord les bienfaisantes dispositions du consul aux prêtres assermentés ou mai*iés qui ste trouvoient soit aux îles d'Oléron et de Ré , soit en d'autres prisons; Eux seuls furent autorisés , par un arrêté consulaire du 8, frimaire ( 29 novembre 1799) à retotirner dans leurs foyers. Bientôt cependant un autre arrêté du 6 nivôse ( 27 décembre suivant), en accordant solennellement la liberté de culte» sembla étendre la faveur de ta délivrance aux déportés nom assermentés : mais la condition d'une vague pro'* messe deJidéKté au nouveau gouver&êment consulaire de laqueUe dépendoit cette liberté de culte, effarouchant la^ conscience^ timorée de ces prêtres, il« hésitoient à y souscrire^^; ;et cette hésitation servoït de prétexte au ministre paurlè6:reienir en captivité. Eh! cOminéttt n'auroient-ils pas été effarouchés de cette /irome^^, puisque ce ministre, dans une iiKBtructioja adressée le 22 nivôse (i^- janvier) aux administrations des dépaHemens, expliquoR éù ces termes le précédent arrêté du gôtiVernement consulaire : « La liberté des:ciiltes èstrouvrag^de^Uphiloèophie et de la politique.,;. Que toiis iés k^uhes soient égaux; mais que les lois qui en règlent Y-exeÉc\w béndnUent A' è\xe séi^hreriient exécutées w'j et ces lois étoîcnt celleis de la Convention, les décrets du i r prairial an III (So mai 1796) , et du 7 vtodémiaire an IV sep temhre 1795).

Bien des prêtres des fdjftè de Rë et d'OIéroh, s'étant néanmoins-résignés â la condition- exigée ^-eurent la permission de/. retourner; 4anjs..lew,s (familles; mai$>y à*la fin de février 1800, il y en avoit eneaTe"oaEi^t viiigt dans Ptle deRé, où,* 4

la vérité, ils n'étoîent plus renferme^ que la nuit; et une centaine dans le fort d'Oléron, où, restant emprisonnés , ils n'ayoient pu obtenir la permission de parcourir l'île, et d'en visiter les hal>itans«rElle leur avoit été refusée sous le prétexte <i . que ces habitans étoient plus susceptibles à^ être fanatisés que ceux de Tile de Ré». Âfaiseoifin on les fit passer dans celle-ci; et ils y furent encore retenus avec les autres (») jtisque vers l'époque oùBuonaparte concltri;80(n:eoncordat du •i 5 juillet i8oi avec le souverain pontife K« VIL (f^oy. Lois et Tri$dwaux révolutionnaires, )

En considérant les conditions inquiétantes auxquelles la liberté du culte étoît accordée par le futur empereur, on ne peut s'empêcher d'observer que la concession mtoit bien loin de la franchise avec laquelle Gcmstantin et Licinius avoient mis fin aux persécutions de l'Eglise ^ par leur édit de 3i 3* II9 y disoient : « Nous étant assemblés à Milan, pour traiter d^s choses qui coiicernent4e'bten de l'Etat et la tran-* quillité publiqiiç> nous avons ctU devoir commencer par ce qui regar4^ J^^pvltetd^ 1^ Divinité. Et, pour cela,. nous per* niettonçî au^ ^ihr^ieiis . et : à toutos sor^s de personnes de suivre 4^He religion, qu'il leur plairia, afin que la Divinité q^i préside dansie ciel soit à Jamais, propice à noua et à nos sujets. Et, pou? ique la Divinité sonveraine, .que noto servirons tous suivant la liberté de notre conscience^ nous accorde s^ bienveillance ordinaire, non& avons jugé^cottfefiàe'à la sage/sse et.à la raison d^i^^i refuser, à qui qu<s ce .«oit la. liberté de professer 3 soit la. religion chrétienne» toîtctdute autre religion qu'il cîfoii;<^t mieux lui convenir.. Qûftut aMxKré- Ijens; nous statuoiis que, $s^n^ .^garé^aiux ordennandes pu-» i)^lié§s précédemment conte<^ ^ux 9 Quleur^pernieltisa Texer-^ cice de leur religion, sans les-troubler ni. les inquiéter en rien j et nous voul^us encore qué^ si^lés édifices autrefois des-

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' /t) On peâtléiif appliquer en grande partie les remax^es et les observations ^ar lesquelll^ 4|è; tor^îni^ no^e article BAOPBroaf 4 : . : .

tinés àleurs assemblées ont été achetés de bous ou d'un autre, par quelque particulier ^ ils leur soient rendus de suite sans en exiger le prix , sauf à se pourvoir pardevant notre vicer^gent pour en être indemnisés par nous. Il en sera de même pour les édifices de ce genre que nos prédécesseurs auroient donnés à des particuliers après Içs aypir enlevés aux chrétien^. Et parce qu'indépendamment des édifices où ils ont coutume de s'assembler ; ils avoient des biens appartenant à leurs églises y et dont ellesLoht été dépouillées^ nous voulons que, sans délai, ces biens leur soient rendus de la même manière , c'e$t-à<>dire que ceux qui les auront restitués sans un remboursement, l'attendent de notre libéralité. Toutes ces choses étant accomiplies suivant qu'elles sont commandées, nous espions que le Ciel nous contînuefar les faveurs qu'il, nous a fait éprouver dans les occasions les plus importantes (i) ». Licïnius, à Ta vérité j viola dans la suite ses engagemèns, et se remit à persécuter tes chrétiens 5 iuais Licinius'fut bientè,t réduit, par ses revers dans les batailles, à se*dépouîller de la pourpre impérîaléj et Constantin, exact observateur 'de ses promesses, et de plus. en plus généreux envers les

ïn Jraeuuis fudferemu^^,héi^^,^Ofer ikx^^ qt^ vidthivn^s ^luribus hominibus p^^^irq,^M^l' in,p^ii9ifr crdiiu^dlfl, e^se.crecUdùnm,.qmhus JOivinùatis ret*e- ,n^§4^pKfti^^Jiff^ ta^dffT^tpu^^et chnstiam çt ommbiu libertaiem sequ^fHK -^^^gffffi V'^^'^v^^y^ yo(H^sejt,y\quq,'q9qj/lem Divinàas ùisede çcBle^ti^ mbis iftqii^ onuulit^ , qui^ fdU^pptea^iO^ nqsira sunt constitutif placata uc propiiia potr 'Sit.efistenélijtfKfùe.çamiJIws^du^ ù^eumium esse. credidi*

tfmSi ut fmlli ommnà fit/çukatem akn^andam pi^aremu^y. q^ uel obsetvaUom Çhristùuuoruttty velei^rel^ionimentem suam dederat, quam ipse sibi tspUssùnmn £^ sentireti ut possit nqibis summa Diuinitas^ cujus religioni iiberis mentibm €>kêequimup,ifin omnUqis sQlifUfH foftorem suum beneuolentiamque praestare, .QHM^^ç^fiO^v^nàplaçu^seitqbis ut amotis omnibus omnind çofiditionibus ^ qtfœ,pf^^jf(pptis datis siff^ Ckmtianorum nomine uidebantur, nunc verè ac 9imf^^cit$Kimmquisqueeoiifim,yquieamdem ob^seruandœ religionis Chnsûanprum germât ^olifi^^ein y citrà uUam inquktudinem aq^molesiiam sui idipsum observtffre cofitçndant,.,i^, jÉtqueJiQC insuper in persond Çhristianovum staïuendum esse eensuimusy quàd si eadem ioca ad quœ ttntta çonuenire consueverant , eer(4

chrétiens^ obtint -de* profanes ^ comme dé l'Eglise^ le surnom dé Grand que toutes lea générations lui con^meront de âiécie en siècle* .

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