FUITE A L ETRANGER
Avant la loi de déportation, rendue le â6ao4t<i792, et dont nous avons parlé ci-devant, page i3â, beaucoup d'évéques et de prêtres plus particulièrement voués k la persécution, étoient déjà sortis de France. Ils j furent décides par le projet de les déporter, qui avoit été décrété le 26 mai' précédent, et surtout par la marche de plus en plus effrayante delà révolution. La puissance toujours croissante des persécuteurs ne permette it pas de se dissimuler qu'on étoit à la veille des plus funestes catastrophes. --- -
Le nombre de ces respectables fugitifs s'acci^ut bientôt
prodigieusement cliez les diverses nations étrangles, par l'effet de la. loi du 26 août 1792^ les premiers a voient été accueilli^ par les évéques avec la même bienveillance, la , même estime que Tétoient alors les déportés. Le Saint-Père Pie YI les confondoit tous dans une égale affection; et, en chargeant les évéques et les monastères des Etats romains de pouryoir à leur subsistance /Sa Sainteté préconisoit également les uns et les autres, comme a d'illustres confesseurs de la Foi {p) »• L'archevêque de Turin les xecommandoit comme « expulsés de France en haine de la religion, et à cause de leur constance à défendre la Foi et la discipline catholique (2) ».. Celui de Vienne en Autriche professa pour eux solennellement <( une vénération semblable à celle qu'il avoit ^ pour les premiers Martyrs de la religion (3) » . Il seroit trop long de rapporter les preuves que nous avons de Tuniformité des sentimens de cent cinq archevêques ou évêques de l'Italie, de la Suisse, de la Bavière, de la Hongrie, de l'Allemagne, de la Belgique, de l'Angleterre, du Portugal et de l'Espagne , à leur égard (4)« Les lettres pastorales que tous
(1) Quemadmodum i/erà perseçuf^w/urar qui, pastremo hoc tempore, . . . ^ \.
effèrbidt , numerum AUXITiUmtnum confessonun ^ qui de sanctâ religione nostrâ aptimè sunt meriti. (Litterae encyclicae ad Arch. et Epiac. PontificiaB ditionis pro recipiendis ecctesittsticis personis iis, quct ex GaUiarwn regno emigrdrunt : 10 oct. 1792-. } Le S. P. Pie VI en paiie de même dans aes brefs aux archevêques, éVéques^ abbés et abbesses ^ chapitres , clergé séculier et régulier de rAll®™<IS^6> 2^1 noyçmbre 1793; aux cantons suisses catholiques, et en particulier ^ celui de Fribourg, ao avril x^gS , comme dans son édit du 17 février de la même année. ^
(3) Dans les approbations et recommandations particulières de ce prélat en faveur de chaque prâtre exilé ou déporté , il le reconpoiasoit pour odio catho,licœ reUgionis Gatliâ expulsum ; le disant encore : Ob çonstantiam in calhoUcâ Fide et discipliné tuendd, detreclatumque jusjurandum , quod ipsis aduersatur, pi Gallid expulsum, {y. C. B. M. Card. Costa de Arignano, y^ncA« Taurinens. , 5 octobre 1792. )
(3) Non sine maximœ penerationis sensu . . . . f^osjure ac mérita primis chris^ iianœ. religionis, vestrœque Ecclesiœ Martpibus cLssimilauL ( Christoph. du Migazzi de Valle à Sollettijrin. Arch, Vienn, in Austridy i5 mai 1794* )
(4) L'évoque d*Orense, en Espagne^ Pierre de Quevedo y QuintauQ^ écri* -
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publièrent en leur faveur devroient être conservées dans nos archives ecclésiastiques, comme dans celles du Vatican.
Cependant y malgré l'autorité de tous ceuid que a le Saint* Esprit a établis pour gouverner l'Eglise de Dieu »^ on vit , dans ces diverses contrées, quelques membres du clergé inférieur, mus par des motifs peu louables, blâmer la fuite de tous ces vénérables réfugiés qui n'apportoient chez eux qu'une honorable indigence. A Rome même, sous les yeux du Saint-Père, le vicaire-curé du chapitre de Sainte -Marie in uid latày dans les premières années de la persécution, étant soutenu par un parti assez nombreux , déclamoit en cbaire contre ces évéques , ces curés et autres prêtres qui , sans dente afin de se réserver pour de meilleurs temps, avoient fui le fer des persécuteurs. La véhémence de ses déclamations ferra les prélats français à s'en plaindre , et à lui représenter que leur conduite^ conforme d'ailleurs à la doctrine de l'Eglise, étoit glorieusement justifiée par l'exemple des Athanase , des Ghrysostôme , et de beaucoup d'autres saints personnages de l'antiquité ecclésiastique.
En Allemagne , fermentoit le même esprit de falousie et
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voit : Susdpim^s^ uenerafnur, ac dehitis , si tempus piMieretur, protetfuertmur iaudibus, illustres tôt confèssores , qui in fusce rerum angustOs etpost totelapsa sœeuia, prùnitù^œ Ecclesiœferyorem non adumbraat sQlùm, sed refyrunt y et ad vitfum expressis coloribiis reprœsentant» ( Epiât. a4 Cces, Scip^ k Villanova , decan, etvic.gen, jindegau, ai ocfodre 1792.)
Plusieurs prêtres de Sistérpn ^ Digne > Gap , \vf, , Marseille , qu'avoit accueillis avec un égal respect Tévéque de Nice , Charles-Eugène Valperga de Malione, étant bientôt forcés de fuir plus loin^ au mois' d'octobre 179a ( F'. Savoie), vinrent lui demander sa bénédiction ; «c Vous n'en ayez pa« besoin y leur répondit-il, et je me recommande à vos prières.» Comme ils insistoient, le prélat, lie pouvant plus résister à leurs désirs, cède en disant : <f Puisque vous voulez ma bénédiction, |e vous la donnerai de tout mon cœur; mais un pécheur comme moi ne peut bénir qu'à genoux des confesseurs dp la Foi pour lesquels il est pénétré d'estime et de vénération ». Déjà il est tombé dans cette humble posture ; et les prêtres, prosternés devant lui, sans osep lever les yeux, reçoivent, avec des sentimens de confusioii, d'admiration, de respect et de piété, la bénédiction qu'ils soUicitoient avec tant d'instance : nous t<^nons ce fait de l'un d'entre eux.
d'inimitié contre nos prêtres réfugiés ^ mais il ja'éclata qu'en- 1796, par la diatribe qu'un anonyme^ se disant moine de Saltzbourg^ fit insérer dans le journal littéraire de cette ville, le 27 juillet de cette année (i).
£n £spaj^,.le même odieux sentiment s'étoit manifesté depuis l fin de 1792. Non seulement des prédicateur^ ,. et surtout les religieux, blâmoient hautement 9 daps les chaires évangéliques , la fuite de nos pi*étres.9 mais encore des universités faisoient soutenir des thèses publiques da^slesquellea on prétendoitque les évéques et les pasteurs étoient coupables, pour avoir abandonné leur troupeau au. fort de la persécution, sans, excepter même les prêtres que la loi de déportation avoit formellement et violemment expulsés.
Mai^], partout où la malignité, l'avarice, et peut-être un secret penchant pour la révolution française , inspiroient des crnsures si indécentes, si injustes, et même si anti-chréiiennes, il se rencontra des prêtres français qui les confondirent avec les armes que leur fournissoient la tradition apostolique, et même l'Evangile. Comme ils plaidèrent cette cause J>eaacoup mieux que nous ne sfOirions le faire, noua préféroas.de laisser parler à notre place l'un d'eux, en choisissant toutefois celui dont la réplique, égalant pour le moins toutes les autres par la solidité des preuves, la justesse et la plarté du raisonnement ,.:est restée presque inconnue en France, et mérite, néanmoins de figurer parmi les monu** mens écrits de l'Eglise gallicane. Elle fut composée au commencement de 1793, à Orense, en Galice, par un docteur de la mabon de Navarre , membre de la société de Sorbonne , et vicaire-^général d'un évéque qui avoit déjà subi le mai*tyre dans la maison des Carmes^ le a septembre 1792. Â;vant de lire cette justification de presque tous les éyêques et prêtres réfugiés chez l'étranger, il est bon toiiitefois d'être prévenu qu'elle ne sauroi); obscurcir le mérite du petit,
(t) f^4C»/« ci^prèfl, tom. II> pag. 3a. •
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nombre relatif de ceux qui eurent le courage surnaturel de rester comme îgnt)rés en France pour l'intérêt delà religion. La vocation particulière qui les y retint ne pouvoît être celle de tous les membres de l'Eglise gallicane. Si tous se fussent accordés pour y rester^ comme Fauroient voulu leurs dé* tracteuréT y le corps entier du clergé , périssant infailliblement'en* cette condamnable résistance, auroit entraîné dans une perte, sans utilité comme sans honneur, ce petit nombre qiii, dévoué aii danger', devoit contribuer si puissamment^u maintien de la religion^ par l'exercice piérillèiix du saint ministère , et pal* reffusion même de son sang. L'on ne doit voir,. dans la pièce suivante, qu*un plaidoyer ibéo* logique pour la défense des honorables confesseurs que la Providence vouloit conserver dans les lieux de l'exil , afin qu'ils pussent, dans la suite ^ venir ranimer le flambeau de la Foi dans leur patrie. \
I«s PaÂTttEê raAHÇiis ont-tiis pu 9 sAifrtf .%£«ssBR'citm cdvsciifiircB ^
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i( Ce qui nous détermine à traiter cette <][uestion , c'est qu'il nous est assure que, dans une université célèbre d'Espagne , on a soutenu une thèse oà l'on a dit que « la fuite àts Fonçais est illicite m. J'ai cependant peineà concevoir que, dans une université savante , on se softpermis de juger si sévètement-toute l'Eglise de France. Je me persuade difficilement que des hommes pleins de lumières et de modération, cherchent à accréditer une' opinion dont Teffet naturel seroit d'enlever toute ressource? à de malheureti^t proscrits ; car il est notoire que le très-grand nombre de prêtres 'français, réfugiés dans les differens Etats de l'Europe, n^ subsistent que par la générosité et Its bienfaits A^s nations, hospitalières
qui lf4{»]i4,«iCQll^iUkviIu.'iisjae posulcitent onéiiie ^ubsiste:^ s(Utr«qiept.JMftii5 fiiiiçes:^*^tre3^ en partaat^-ontëtéprévari^ catev;r«: >-dé6. lors tpu^'ifitéHl^u'iU ont puânspiter comme pexaijç.utés >.t#iabe à.L'iiwUujt* Sîjeuvfiu1e<a été^oOEupable,' si |ei^fre%^ est ja4;4^Vi!pit^l05lu)iamfs<hoBiiéteé de toutei^ les classes auront raison de suppi^im^r deAsdcowrsqui amto^^* rii^ej^t^e, np^^ ^.et de £p9^r par là les réfugiés^ à. alWr: chacun lep^^i^dfreila, place ^que llËglisd lui areit confiée ,. et rémpâir d^s obUgalioas anxqjteUestil ne pouToit.sie soustvaite sans
m C'est oe^tie jt|it4««^fft#U«a-été soulei|(iieyi]^.je'meprow pQfijâ daj^aqper;; ^tài^ ce qui est'pl»s:pc|yhal>le, elle na point.été seiiteOilie^iâl ^n'est* pas inutile: de combattre une opinfon qui est accréditée jusqu'à un certain; point ^ qui ébranle apâéiM des* p€ir#o^i»es:d'tunj espdibiiQlid^'y et qui «st d'autant plus dang^ei^d»- {{ue^^c'estrdf/laHBiUgion méine qu;'êUe s^f^ble ticer ^le^di^v > :<.;»<.
« Ce n'est point par intérêt que je la cçinhosl;.' L'intérêt tempera. n;^^tjri^ ^wx «eux à quiiDèeii; A chyniié le courage 4e(£airetan|td^fi«ic]9^es» Je la cesttfaais ^tMirrbonneu]* 4^ ri^glf^Ç 9.poB^ir.d^yAii»p«ir 4e6 âmes qu'un préjugé-fàoheux peut égarer; pour qu'on ne puisse piuî formerl'ombre d'un ài}^f^^ ^wM f»i¥i0r«^^o)e9lgé de-l^ranoe; )etp>our'^u'il soit inconte&tableiMfitcpÉrbuiitétqee cette cause méfke^ l'attention eil'appi^Qbetîqn^iietOMltd'lesiEglisesicâthGfliqfes; •
«« Je^dunnois mis diyfTO^>de> traiter cetJle '4|tiQ3tion^ que j'ai déjà résolue dans un petit owirrage intitulé { Ea^sédet faits de la révolution française en ce qui touche le clergé ^ je me flatte d'y avoir profiyé jusqu'à réyidence^ que les prêtres ont été persécutes ; qu'ils l'ont ëté cruellement et constamment, depuis trois Ans ^ plus; S'ils ont élé^perséotttés^ ils^oni pu partir , puiç^q^e ^'«* «n .principal d^^dJKoitmBtorel j c'est même un principe avoué par TEvangile^ et transmis à l'Eglise pM* J;tC.,*5 jfuïi <st.p^vmis'de fuir énrtèmpsr dépco-sécutien.
« CeHA4#^^> comio«.il^e3^amen particulier de cette que»^^^
tion doit donner lieu à ime discussion^plas éteadùe f et qu'il me fournira l'occasion de développer des yérités utfles et inXéressantes 9 fe m'y siiis dééklé' poirr*là' justification du clergé, dont j'ai'lTuJnneur d'être membre- et parce que je pense qu'il ne convient pa> à la di^ité de l'Eglise de Frati ce d'être $eulera>cnt«eupçoiinée. : - -^
f(. PQiirfiK)i>les7évéqu^ et les p«élïèS"frènçèJs^ sont -ifs partis ^pûurqabioàtr4â^aIjandon^éllent« pi Aetos ét'lëîi^^ peauxjliàe. devoiextt^^ilsvpas rêsteiî en. Financé ^malgré les dangers ? la crainte de la mort devx)it-elle* If» empêcher de donner.aux'catlioiiqués tous les secours li^Kgieiix?'
« Ici les* yépèiises se- présentent en foiiie^; 'et^ pour lenr donner quelque ok*di^è|renfeiinons«^dus dan^ led propositions, sui vantas •:! *• " • -», "/i *%;.
« i^". Leclevgé'dé^^anoeiiiitéllèlleitte^t-^ pu jpartir^'jïate s'expbsér au mqindiW'Md^è;
a a"". Il a été tellement persécuté', qu'à a did paillf^, ^ti'il a été forcé à.piutil!<} ^< *^i .. . ". : ■•i* ^i '--^'^ --i". •; . :t t; ^r« 3\ Il a/ié«i teUcéfént-perséti^fiLté/^ti^^ «-Âilu^ôk'{>û>»« |Kâ* penser dié.pavtir'ttasàrofienîér Dleu^^ieiâ^^^ blAme ^
« 4^ £q pâctavt) il a o^i^Mi ftfi^ftëA^S.^. , il'^^uivi ^exemple dcice Dieû-bomme'j-'q of fc'u.j hm • .
a S**, Il a.agitoopmie agis8bièyt46s'lB^ftt»ës, tespremi éy éques et le& pvètrery dâiis les tM{lfidr|péfaéiôtttif>n .
« Ces cinqporbpositions scmt^suffiéawles'pour'effaÉër toua les doutea,e^>ratuemer lësespbit^qoi aûxoientlea tthis fortes préventions contreinous* m* '