‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 42 sur 45 · OBJECTIONS · texte numérisé non relu

OBJECTIONS

« Première objection. Les liens qui attachent les pasteurs à leur troupeau y sont des liens sacrés et indissolubles, qu'on ne peut briser sans être prévaricateur. Les évêques et les prêtres dévoient donc rester au milieu de ce troupeau qui leur avoit été confié , et leur désertion mérite des reproches*

« Réponse. Cette difficulté attaque évidemment les évêques et les prêtres des premiers siècles, qui se retiroient de Jeur poste , lorsque Torage était trop violent , ou lorsqu'ils rece-> voient Tordre de s'éloigner. L'Eglise ne les en a pas moins rangés au nombre des Saints. On peut donc allier la sainteté avec la fuite dams la persécution ; mais reprenons l'objection en détail,

« Les liens qui attachent les pasteurs au troupeau sont indissolubles ». Qui en doute? Mais sont-ils rompus par notre fuite, ces liens? Non, les fidèles nous reconnoissent toujours pour leurs guides^ nous les reconnoissons toujours pour nos ouailles. Notre séparation n'a peut-être fait que i*esserrer les liens qui nous unissoient. Plus on nous persécute y plus ils s'affermissent dans la Foi; et, au milieu des sollicitudes sans nombre qui nous dévorent > nous avons la consolation de penser que beaucoup de fidèles , fortifiés par nos exemples, encouragés par nos discours, ont repoussé les intrus \ qu'ils aiment mieux moui*ir sans sacremens^ que

«L'appeler des prétrea impies et schismatiques; et que^ mar* chant sur les tracée des premiers chrétiens^ plusieurs ont conservé une vigueur de christianisme ^ qui ne peut venir que d'en-haut. Us ne sont pas rompus les liens qui nous unissent^ et nous espérons que la miséricorde divine les resserrera ^ et nous le reverrons ce troupeau chéri, dès qu'il pourra y avoir sdreté pour lui et pour nous ; dès que l'ordre , qui nous a envoyés en eiil, sera levé«

« Les évéques et les prêtres dévoient donc rester au milîeit de leur troupeau ». Aussi y sont-ils restés, tant qu'ils ont pu ) et ils y seroient e&core> s'il y avoit possibilité d'y être. Mais les violences les plus coupables ont été mises en œuvre pour les éloigner. On leur a dté leurs places, on les a chassés de leur demeure épiscopale , de leur presbytère ; on n'a pas même voulu qu'ils restassent dans le lieu de leurs fonctions. On en a emprisonné , on en a battu j on en a tué plusieurs. C'est par une espèce de miracle qu'ils n'ont pas tous été égorgés. Oh! alors les lois de la résidence n'étoient plus obligatoires. C'est alors, plus que jamais ^ qu'étoit applicable le précepte de Notre Seigneur : « Lorsqu'on vous poursuit dans Une cité , fuyez dans une autre ».

« Ajoutez que , pour consohimer notre ruine , un décret général nous a bannis, et sans nous indiquer un lieu d'exil, nous a forcés à sortir du royaume ». Que falloit-il faire? ce que nous avons fait , te que les Saints nous dnt appris à faire: obéir à cette loi, toute injuste qu'elle étoit, et nous expatrier. Plus heureux que beaucoup de nos confrères , nous sommes venus dans une terre catholique, nous y jouissons d'un culte public , dont nous avions été long-temps privés ^ et il nous est donné d'assister aux saints mystères , ou de les célébrer publiquement, sans être exposés aux cris de la fureur, et aux insultes des intrus fanatiques et persécuteurs.

« Leur désertion mérite des reproches ». Désertion ! ce n'est point là le mot qui convient à un éloignement dicté par la prudence^ autorisé par la nécessité^ commandé par la

force , jnetifié par la loi naturelle , par la lot divine. Ce n'est point là une désertion qui mérite des reproches : c'est un acte de vertu qui mérite des louanges ^ et qui en a obtenir, même chez les ennemis de rjEglise romame. Ce n'est pas que nous cherchions les louanges des hommes; peu nous importe qu'on nous loue, pourvu que nous soyions justifiés aux jeux de l'Eglise , et au tribunal de J.-C.

« Seconde objection. Un bon pasteur donne sa vie pour êes brebis : Bonus paâtot animant suam dat pro oyihus suis. Cet oracle de J.-C. est clair et précis , et ne peut s'accordei^ avec la fuite que se sont peitnise les évéques et les prêtres français.

« Réponse. L'obligation de se sacrifier pour êes brebis y est pour le pasteur un devoir incontestable. Malheur et mille fois malheur à celui qui n'est pas pénétré de cette vérité ! C'est un lâche et un mercenaire ; il est indigne du titre qu'il porte. Mais que s'ensuit-il?

tt II s'ensuit que si la peste ravage une paroisse ou un dio<cèse , l'ëvéque ni le curé ne peuvent s'absenter sans trahir leur devoir. Plus les ravages s'étendent, plus le pasteur est nécessaire pour consoler les mourans, pour recevoir leurs derniers soupirs, pour leur adoucir les angoisses et le^ horreurs auxquelles ils sont en proie. Un pasteur^ qui fuit en ten^ps de peste, est le dernier des hommes. Les hommes le couvrent de mépris , et Dieu le couvre de malédictions.

« U s'ensuit que si la guerre est dans un pays , Févéque et le curé doivent partager avec leur troupeau tous les désastres de la guerre \ et si c'est surtout au milieu des peines de la vie y que la voix de la religion se fait puissamment entendre, le pasteur qui s'éloigne alors, afin de pourvoir à sa sûreté personnelle , et que la crainte de la mort empêche de se tenir à son poste , est un déserteur , et le plus vil des déserteurs. Il affiche qu^il aime mieux la vie que son devoir.

« La famine fait ressentir ses rigueurs dans une province j

le peuple souffre ; la pâleur est sur toutes les figures : que doit faire le pasteur? Souffrir la faim avec son peuple ; partager tout son pain avec le pauvre ; pleurer avec celui qu'il ne peut nourrir ; bannir le désespoir par ses exhortations ; ramener à la pénitence par ses discours ^ et prendre occasion du moment où le corps souffre davantage , pour sauver plus sûrement les âmes.

« Pasteurs, qui que vous soyiez, sachez alors mourir pour votre troupeau. Votre mort est aussi utile, que votre présence est nécessaire* La couronne réservée au bon pasteur vous attend) le juste juge la tient dans ses mains : il va la placer sur votre tête.

«: Mai9 s'ensuit-il qu'on ne puisse jamais s'éloigner de son troupeau? Prenez garde , censeurs rigides , vous allez méconnottre l'esprit de l'Evangile ^ vous allez condamner J.-C. et ses Saints.

ce Le bon pasteur donne sa sne pour son troupeau , toutes les fois que sa mort peut être utile , qu'elle honore la religion, qu'elle contribue à l'agrandissement du règne de J.-G. Mais si cette mort est inutile , si elle cause un mal sans aucun profit, si elle produit un crime gratuit, si elle enlève aux peuples leurs pasteurs , sans leur rien donner en dédommagement, alors il est sage de fuir la mort. On fait une bonne action en la fuyant ; on feroit mal de faffronter» C'est ce qu'a compris^toute l'antiquité chrétienne j c'est de cette manière qu'elle a interprété l'Evangile.

H Le bon pasteur donne sa f/ie pour son troupeau. Mais si les bi*ebis mêmes se révoltent contre le pasteur ; si elles ne veulent pas entendre sa voix \ si leur docilité se change en désobéissance , leur reconnoissance en ingratitude , leur bonté en fureur ^ si leur rage est exaltée , au point qu'elles se jettent sur celui qui leur tend une main secourable , alors il ne faut plus rester au milieu d'elles : il faut aller au loin pleurer sur les égaremens et les crimes de ceux qu'on n'a pu guérir par .son zèle , ni ramener par sa douceur ; il faut

Attendre le moment où celui qui change les cœurs , rendra nos soins fructueux et notre ministère efficace.

« On Seroit tenté de croire que ce que nous racontons est une fable ; mais autant ce genre de persécution est nouveau , autant il est véritable : ce sont en France les brebis qui ont chassé leurs pasteurs. Elles les ont chassés , à main armée ^ avec la férocité la plus caractérisée. Cela étoit inouï dans l'histoire des persécutions. Que les païens aient exercé leur fureur contre une religion nouvelle ^ opposée à la leur^ incompatible avec la leur, cela n'étonne point. Mais en France, les prêtres ont été persécutés par des hommes de leur religion. Ce sont des catholiques (il est dur de s'en souvenir, il est amer de le raconter); ce sont des catholiques qui se sont armés contre des prêtres catholiques. Ce sont des enfansqui ae sont armés contre leur père. C'est un des caractères de la persécution française , la plus extraordinaire qui ait jamais été suscitée.

« Encore une fois , que devions-nous faire? J'interroge ici ceux qui nous condamnent. Quel parti devions-nous prendre ? Kous en avions trois à choisir : de rester, de nous défendre, ou de partir. Rester, nous étoit impossible. Les décrets s'y opposoient, la fureur populaire nous en empéchoit; et cette fureur se fût accrue , si nous nous fussions en général obstinés i rester. Nous défendre ? les ministres de J.-C. ne se défendent point ; ils endureitt les mauvais traitemens , et ne se vengent pas. Si on veut les tuer), ils reçoivent la mort > et pardonnent. Partir, c'étoit le plus sûr et le plus sage. Notre départ conserveit des ministres à la religion ; il épargnoit des crimes att peuple ; il ralentissoit une rage dont on devoit tout craindre. Partir, étoit un acte de soumission à un décret injuste et ▼exatoire. C'étoit une preuve que nous savions souffrir les injustices, etfaire tous les sacrifices à la tranquillité publique.

« Mais n'exîstoit-il pas un quatrième parti , celui de mourir? Oui; mais de quelle utilité eût été notre mort, qui auroit été celle de la majeure partie du clergé ? Quel bien en

fût-il résulté? La phîlosopbîe ayec 9eê poignards nOusauroit presque tous exterminés ; et , si quelques uns nous eussent regrettés 5 tous nous auroient blâmés. « Un bon pasteur donne sa vie pour le bien y pour le salut de ses brebi* » 9 mais il la met à couvert lorsque le sacrifice n'en e^t pas nécessaire y encore plus lorsque le sacrifice en seroit nuisible*

« Telle est la vraie morale de Jésus-Christ > aussi éloignée de la lâcheté que d'un courage puéril et gigantesque* Prétendre qu'il faut mourir plutôt que d'aller en «sil> c'est ajouter à la sévérité de la Ipi chrétienne ^ c'est accréditer des principes que TEglise a toujours repoussés ) c'est se rapprocher de Tertullien qui a ébrit contre la fuite dans les peraécutions , et qui y dans cette circonstance , a abandonné l'Evangile, pour suivre Terreur des Montanistes.

« Troisième objection. Mais lorsque les évéques et les prêtres des premiers siècles s'éloignoient de leur tlroupeauj, ils s'en éloignoient le moins possible, afin d'être toujours a portée de veiller à ses besoins, de s'occuper des pauvres, dés veuves , des orphelins. Leur absence par là deveuoit bien moins préjudiciable aux églises.

« Jtéponse. Quand les évéques des premiers siècles étoient exilés, ils alloient au lieu de leur exil, quelqu'éloigné qu'il fût de leur diocèse. Ainsi saint Athanase alla à Trêves, saint Hilaire de Poitiers en Phrygie, saint Chrysostôme à Pitynute> etc. Nous avons imité cette conduite. On nous a chassés de notre patrie : nous nous sommes réfugiés dans des royaumes étrangers*

n Si nous eussions eu le choix de notre etil , nous nous serions tenus à la proximité de notre troupeau, hei dangers ne nous eussent point effrayes ^ la pauvreté n'eût point airété notre zèle : ne pouvant travailler au grand jour, nous aurions tâché d'être utiles pendant les ténèbres de la nuit. Nous aurions employé tous les innocens artifices que peut suggérer la charité chrétienne : c'est même ce que nous avons fait pendant long-temps 3 et nous n'y avons renoncé que

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lorsque le danger est devenu trop grand , ou lorsque la loi de déportation nous a arrachés de la France.

« INous aurions du moins voulu rester parmi noi compar triotes^ mais telle a été la persécution , qu'il a été iii^po»* sible à la plupart de se tenir cachés dans aucune de^ vil}^ de la France entière. Nps tyrans ayoient prî| le 'piçyen de nous suivre partout, et partout d'encb^tner ivoire zèle, e| d'exciter contre nous la hain^ publique. IJn prêtre persécuté passoit-il dans une autrç ville. Dès qi^'il arrivoit, pp 1^ for-» çoit à déclarer ce qu'il étoit. Si son paaseptpt «xpriqioît la qualité de prêtre , dès lors il étoit suspect, bientôt tourmenté ^ bientôt epiprisonné ou chassé, quelquefois massacre. Il n'y avoit pas de ville , ni de village où il pilt éçb#)^er aui( recherches vexatoirea de Atn ennemis» Cette néçe^fité dei passeports a été l'une ^s plus funestes ii^ventio9s y, Tun des plus cruels moyens de la tyrannie.

« Il falloit donc le quitter absolument ce royaiimo Q^ù U ministère ecclésiastique étoit proscrit, où To^ j^ pouvoir plus être prêtre catholique sans être traité cçmmç. un scélérat, et sans appeler le poignard sur s$^ tête. U fallait le quit* ter ce royaume où Us filets de la servitude se sQpt étendu* sur tous les individus, et les enveloppant 4ou^j ce roy^uiaQi^ qui n'ojBTre 4e si(ir^té qu'aux brigaç^^^ 4^ )*j4coinp!eaAe qu'l^x actions infirmes; il falloit le quitter ce rayaume QÙ, suivfint le langage de Job, il ne règne q\ie ténèb^^» confusion, désordre, et d'étt^rnçUes horreurs : Terr^m ipi^^riç$ et ter^e-^ hrarum , ubi upibm mortis ^t nullus grdg , ^e^ se^ifêrm^ horror inhfihitat.

u, A^utrefois , sous l'autorité bienfaisant^ et pr^^tjw^i^çe def Rois , un honnête homme avoit un asile partout^ S'iji quittoit un liçu pçnr Ml«sr en habiter un. wtrfj il Mm\ ^^r d'y jouir de la liberté, ide la tranquillité { et, pçurvu gu'il ïospectât les lois , il étoit proté|[é ^a^ la fo^çfç publique» VHm jinjourd'hui, l'homme que l4>n \eu,t fair/e passer ppur s|ispect (et tout hoffi^e est f us|^ect en FxîmciB> ^i^^ qu'il est T«3r-r

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tueux) ne peut plus espérer de trouver un seul coin de ce grand empire où il puisse respirer librement. Telle est la correspondance journalière des municipalités et des clubs y que celui qui a été persécuté dans un lieu, Test dans tous : il n'a plus à choisir qu'entre la fuite et la mort.

a Quatrième objection. Nous disons avoir obéi à une loi portée par l'Assemblée Nationale ^ et, d'un autre côté, nous disons que nous ne regardons pas l'Assemblée Nationale comme revêtue d'une autorité légitime. Il y a là une contradiction manifeste. Si l'assemblée n'a qu'un pouvoir usurpé , elle n'a pas pu porter de loi ; et si elle n'a pas pu porter de loi ^ nous n'avons pas dû lui obéir. La chose est claire , d'après nos propres principes. Nous sommes donc inexcusables d'é^e partis d'après un décret de déportation.

« Réponse, Quand nous disons avoir obéi à une loi ^ nevs n'entendons pas reconnottre , dans l'Assemblée Nationale , un pouvoirlégisIatif,puisqu'ellene doit son existence qu^à Kusurpationetau crime. Nous nous gardonsbienaussidereconnottre comme une véritable loi le décret de déportation , puisqu'une loi est sage , juste, propre à procurer le bien, tandis que ce décret est injuste , insensé, et capable d'opérer le plus grand mal , notamment la destruction entière de la religion. Lors donc que nous nous servons, en cette occasion, du mot générique de loi, nous voulons exprimer seulement un ordre appuyé de la force, un ordre émané de la puissance qui seule étoit en exercice dans le royaume de France, et qui avoit en main tous les moyens coactifs de faire exécuter ses ordres. Quand nous nous servons encore du mot obéissance ^ ce mot est impropre , puisque l'obéissance proprement dite n'est due qu'à l'autorité légitime ; nous voulons seulement dire que nous avons cédé ^ que nous nous sommes soumis par nécessité à ceux qui , ayant usurpé le pouvoir, en abu* soient pour tyranniser les Fnançais , et persécuter les prêtres.

a Mais que ce décret de déportation fût une loi portée par un prince légitime , ou que ce fût une volonté atroce de bri-

gands qui avoient pris la place du Roi^ nous ayons dû également partir, parce que, dans ces deux cas , notre résistance etoît impossible. Ces législateurs avoient pour eux, et la force, et l'armée, et les tribunaux, et tout l'appareil de l'autorité. Ils avoient pour eux l'opinion publique, non des honnêtes gens , mais de la populace qui partout forme le grand nombre. Notre résistance à ce décret persécuteur eût donc fait, sur le peuple, le i^éme effet que la désobéissatice à une autorité légitime. Elle eût occasionné un scandale. D'ailleurs, en résistant, nous eussions vraisemblablement perdu la vie ; et perdre la vie , sans qu'il en résulte l'appa* rence d'un bien , c'est un acte de folie, c'est un vrai délire.

« Si j'avois besoin de chercher encore, dans l'histoire, des, monumens pour appuyer notre conduite, je nepourrois être embarrassé que du choix. Il faudroit être bien neuf, et dans l'histoire ecclésiastique, et dans l'histoire profane, pour ne pas savoir que tous les chrétiens, que tous les Saints, ont obéi aux usurpateurs, ou du moins pUé sous leur pouvoir; qu'ils se soumettoient à la puissance, sans examiner si l'qrigine en étoit juste «ou vicieuse.

a Nous avons été d'autant plus autorisés à suivre cette marche , qu'il n'existoit plus en France d'autorité royale ; que le Aoi étoit nul, sans armées, sans force ; il étoit dé« pouillé , captif, et contraint à plier lui-même chaque jour sous le sceptre de fer de ses sujets, devenus ses maîtres.

« On a beau dire qu'il faut savoir mourir en pareil cas ; on a beau étaler de grandes maximes, qui ont un faux air d^éroYsme : il sera toujours vrai que la prudence ordonne de fléchir sous l'autorité dominante. Si, au milieu des horribles et innombrables révolutions qui ont désolé les empires, on avoit toujours voulu résister à la force , il eût coulé des fleuves de sang, et la race humaine seroit éteinte aujourd'hui. a II faut savoir mourir V , est une belle maxime, bien sublime, bien héroïque ; mais, n'en déplaise à ceux qui nous condamnent, s'il y a delà doire à mourir pour son Prince et

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pour son Dieu ^ quiconque sacrifie' sa vie sans utilité^ attaque directement les principes du christianisme. Quiconque meurt pour braver des scélérats, est un fou : autant vaudroit aller se battre seul contre des lions et des tigres. ^ i< Giujuiènie objection. La France est doi^c aujourd'hui 4ana ressource ^ la Foi y est éteinte, et l'irréligion dominante. C'est la faute des prêtre^ fugitifs, qui ont abaiidonué leurs brebis à la voracité des loups. Ne valoit-il pas mille fois mieux rester en France , et y ranimer le feu sacré que Jésus- Christ est venu allumer sur la terre ?

« Jiéponse* Il n'est que trop vrai que la France u'a presque plus ap.cun signe extérieur de catholicité^ plus de temples ^ ou des temples vendus i l'Enfer ; plus de monastères, plus d'instructions ;' qu'elle semble avoir perdu tous ses pasteurs, n'avoir plus de sacremens : mais notre présence n'eût point remédié à ces scandales « et tous ces maux existoient avant notre départ. Que n'avons^nous pu les empêcher aux dépens de tout notre sang, ces maux horribles qui dévastent Fune des parties jadis les plus brillantes du règn^ de Jésus-Christ ! Mais , encore une fois, nous n'y pouvions rien ^ et notre mort n'eût été .qu'un mal de plus ajouté à tous les autres»

a Nous avons laissé notre troupeau entre les mains des intrus ; mais quel moyen d'agir autrement ? et saiqt.AA^i^^ n'en fit- il pas autant, lorsque l'intrus George, impie et cruel, dévastoit toute l'Eglise d'Alexandrie, pendant qu'il égaroit le troupeau, et semoit partçut l'ivraie dans le diamp du père de famille ? Et n'en firent-ils pas autant , j^us ces dignes évéques d'Egypte, chasses par les Ariens, et vem[^acés par des intrus ? Et s'est-on jamais avisé de leur imputer la perte des Ames , que leur absence a pu causer ?

a Lorsque Dieu , toujours jusjte et terrible , veut punir un peuple prévaricateur et superbe j lorsqu'il 'veut lui élever le dépôt sacré de la Foi, pour le transporter ailleuzv , alors il permet que les pasteurs soient frappés^ et les brebis sont dispersées et délaissées , et tous les efforts humains ne peuvent

arrêter le cours de ses épouvantables vengeances. Telle est aujourd'hui la France , suv laquelle semble être tombé tout le poids de la colère divine ^ terre de malédiction ^ et de crime et d'impiété^ terre que les peuples étrangers ne voient plus qu^aveç des yeux de pitié, ou d'indignation^ ou de mépris.

i(Ne croyez pas néanmoins que ^ paniii tant de coupables , il n'y ait point d'innoeens. Il en est bien plus de sept mille qui n'ont pas fléchi le genou detant Baal . Dans toutes les villes, dans presque tous les villages, il y a des familles édifiantes par leur Foi , étonnantes par leur courage 5 des familles que la contagion n'a point atteintes. Non, toute chair n'a point encore corrompu sa voie ; et , dans ce royaume inondé d'un déluge de forfaits, il est des familles toutes chrétiennes f chrétiennes au milieu des injures^ des menaces et des dangers ) chrétiennes, quoique sans culte public: quelques unes ont même le courage de cacher dans leur sein, au péril de leur vie , un de ces prêtres prévilégiés, et en très-petit nombre , que le Ciel autorise à sacrifier la leur aux besoins de la religion. Celles qui en restent privées , se sont fortement atta* chées au premier de tous les pontifes , à Jésus^-Christ ^ dont la grâce les soutient au milieu des angoisses , et les élève au-dessus d'elles-mêmes. Nous avons une pleine confiance que ces âmes , si profondément religieuses , obtiendront grftce pour leurs frères ; qu'elles rappelleront les antiques mis^icordes du Seigneur notre Dieu ; que ce Dieu de bonté , touché de leur constance , et fléchi par leurs larmes , nous renverra tous dans cette vigne dévastée^ et que, par sa main paternelle et toute^puissante, il arrachera ce beau royaume, près dépérir, aux fureurs des monstres qui le dévorent, et aux efforts de l'Enfer qui voudroit y fixer son empire : Exau diet de cœlo smncto sua (ps. 19 ) ».

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