‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 3)Chapitre 97 sur 242 · PIF · texte numérisé non relu

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Eh ! que Tont deyenir nos malheureux prêlres français dont Pie YI étoit la Providence sur la terre?

Une ordonnance républicaine du 17 février leur annonce que 9 s'ils ne sont pas sortis du territoire de la république romaine dans l'es*

sions dans le Nord ( ^. ci-der. , p. ^65) ; Antieif qui ayoit eu assez de préyo3ranoe pour déconseiller tout ce qui pouvoit indisposer la France ( il foula aux pieds la pourpre romaine, ne.youlant plus s'appeler que le citùjren Antid, et deyintVnn des consuls de U naissante république ) ; Aàierif paisible et sans influencé (malade et alité, il envoya sa démission au Pape , pour n'être pas obligé de quitter Rome ; et le Pape la refusa avec une juste indignation); tel étoit surtout le cardinal Caprara, qui , après avoir été nonce à Vienne , avoit obtenu, contre le vœu do Pape (Pie VI }, la pourpre romaine, sur la nomination de l'Empereur. 11 se retira à Bologne , sa patrie , etc. *• (Tom. II, pag. 345 de la seconde édi- Uon, Paris, l'an VIII de la république; 1800.) Son neveu, le comte Caprara, avoit été l'un des plus officieux partisans de Boonaparte, qui le fit sou grand -écuyer, quand il devint Roi d'Italie. Ce qu'il y a de bien plus digne de remarque dans ce rédt du même historien, c'est lorsqu'il dit insolemment : « La plupart de ceux qni avoient été enfermés furent , peu après , transférés à CivitA-Vecchia* On parloit déjà de les déporter dans quelqu*fle éloignée , mais ils apprirent bicnt^tt par quel moyen ils pourroient obtenir leur pardon. Quelqnea uns opposèrent beaucoup de fermeté A ee genre de .persécution \

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paee de Tîogt-quatre heures j ils C'est demain que commeDce . la

seront enfermés comme rebelles visite domiciliaire ; et ^ si l'on

aux décrets de la république; et tous découvre, vous seres mis

lorsqu'ils vont demander des pas- au cbftleau Jotnl-^n^, pour

seports, les officiers chargés d'en être ensuite jugés ». Mais enfin,

délirrer leur répondent : « La loi exercés à fuir de bourgade en

qui proscrit ne protège pas. — bourgade, Ils panriennent à se

■ — , soustraire aux implacables enne*

auquel ils n'étoicnt point préparés ; ™^ ^" «hef de la religion et de

tous les autres se crurent trop heu** ses prêtres.

reux d'acheter leur liberté par de Des douleurs de toute espèce ,

grands sacrifices ». Ils se retirèràat , et mille foisplus cruellesqoe celles

ceux-ci à Naples, ceux-U à Milan, un ^^ ,^ ^^^^ enveloppent le Saint-

à Tunn, et les autres à Venise. Mais «jl ^ i j j i i.* j v

presque tous parUgeoient les senU- Pè™ ««1»* dans le pala,s du Va-

mens du caMinal Antonelli, le pre- ^'«an (i> Un Galvmiste, tréso^

mîer que Pie VI eût décoré de la pour- rier-général de l'armée de Ber-

pre,eiqnin'avoit cessé d'être l'ceil de tbier, vient de sa part déclarer

oe Pape pour les aifatres de l'Eglise de au Pape « quil n'est plus souve-

France. La réponse qu'il fit * !• propo- ^j^ ^^ ^^^^ /^j , ^^ pj^ yj ,^^^

sitaon de renoncer à sa dignité seroit . . «^..« * :li i • * i . •

capeble de nous consoler des défec *" T^^.*" ^^«^ ^T *?f ^"^'

tions. «Votre proposition m'étonne, «^ »® résigne à la volonté divine ,

avoit^ildità l'officier qui la lui portoit; sans faire aucune réponse. Mais

et vous me fournisses vous-même la il ne sanroit garder le même siréponse. Vous étas militaire; or, je

vous demande si / après avoir joui (i) Le curé du diocèse de Soissons

paisiblement, pendant longues an- qui a publié en 1810 les Oimeâ de

néea, des honneurs de votre état, des la Hitfolution françaUe ( vol. in-8«,

gtAces de votre souverain , vous séries ches Leclére ) , étoit mal informé ,

asses lâche, à l'approche de l'ennemi, lorsqu'il a dUt, pag. 67, que le Pape

à la veille d'une bataille, pour aban- « s'étoit réfugié au Capitoie ». donner son servi<ie et Taniforme qui (a)Xe marquis Vivaldi, l'un des

vons décore ? Juges de mes sentimens ennemis les plus déclarés du gonver*

par ceux que je dois vous supposer ; ne ment pontifical , et que le Pape

et apprenez à mieux connolf re celui avoit exilé de Rome, pour lui épargner

qui a fiût serment, aux pieds du Chef une' peine plus grave , mais à qui

de l'Eglise, de défendre la pourjire l'extrême bonté du Saint-Père yenoit

romaine jusqu'à reffusion de son sang, de permettre d*y rentrer , pénéti» ,

Sa couleur seule me rappelleroit à danaTintervalle, jusqu'à loi, et Too-

mes devoirs, si favots le malheur trsgeant par cette apostrophe :« Ty- .

de les perdre de vue. Le moment de ran ! ion règne est fini ». Pie VI lui

l'épreuve est arrivé; et, avec la grâce répondit avec autant de douceur que

de Dieu, j'espère être fidèle à ma de dignité : « Si {'eusse été tyran,

vocation jusqu'à la mort ». vous n'existeries plus ».

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lence, lorsqu*au nom du général en chef 9 le général Cervoni Tient lui offrir une pension , en lui proposant de se décorer de la cocarde tricolore française qu'il lui présente. Pie YI refuse la pension ayec une dignité apostolique y et repousse ayec indignation le signe impie dont on yeut qu'il se pare.

O TOUS, ministres de l'Eglise , TOUS qui croyez ajouter à Totre gloire en obtenant des décorations étrangères à yotre sacer^ doce, et dont le caractère même 9 ^ouTent militaire ( V. Nouaii), lui donne un sacrilège démenti y écoutes la réponse de yotre Chef : «Je ne dois ptis, dit-il 9 porter d'autre décoration que celle que l'Eglise aTOue et dont elle m'a honoré. — Quant à la pension que tous m'offrez 9 je n'en ai pas besoin. Un simple bâton 9 au lieu de erosse dorée, suffit à ma qualité de pontife ; et il ne faut qu'un habit de bure à celui qui doit expirer sur la cendre et sousla haîre. J'adore la main du Tout-Puissant qui punit le pasteur pour les fautes du troupeau. Vous ayez tout pouyoir sur mon corps ; mais mon 'âme es>i au-dessus de Tos atteintes. Vous pouTCZ détruire les habitations des y iyans, et même les tombeaux des morts ; mais TOUS ne détruirez point notre sainte religion. Elle subsistera après tous et moi 9 comme elle a subsisté ayant nous ; et elle se perpétuera jusqu'à la fin des siècles ».

Les gardes d'honneur et de sû-

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reté que Pie YI aToit daas soq palais , ont été reioplacés par des soldats républicains 9 qui ne sont que ses suryeillans et ses geôliers.

Sa bibliothèque9 riche et précieusCf contenant plus de qu^ante mille Tolumes, est devenue la proie de trois commissaires français qui 9 après en ayoir soustrait ce qu'il y a de livres rares , en grand nombre 9 la cèdent à un libraire ré-:

Tolutionnaire 9 pour la modique somme de douze mille écus romains ( 629880 francs ) ; mais seulement en céduief (1). Les petites archives particulières 9 où il avoît recueilli avec respect les divers mémoires des cardinaux

(1) On rçiroave de ces livres dans quelques bibliothèques 9 à Pari^, ou même sur les étalages des librsires de quais et de carrefours, ainsi qu'A Rome, à Florence, à Sienne» à Bologne , à Venise, à Turin , on en a au«si rencontré de marqués au sceau de acs armes » et quelques uns avec des noies marginales de la main de ce Pontife , dont la mémoire prodigieuse enU^rrassa plus d'une fois les plagiaires.

Par un ordre du 1 5 mars 1798, signé du calviniste trésorier, le collège»

ainsi.que la congrégation de la Propa»

gande, fut aboli. L'ordre porioit. ces

mots ; «Le citoyen H supprime la

Propagarulet comme un établisseipent inutile •. Les caractères typographiques de toutes les langues orientales , dont son imprimerie étoit si richement pourvue, furent enlevés, pour servir, disoit-on, k répandre ile» DpoUm d!s rifomme en Egypte, en Arabie, en Turquie , en Asie , en Perse , etc.

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contre la consUiution eivUc du passer A celui qui me succédera. •

etûrgé , les lettres de nos êyêques 9 -^ « Je ne le souffrirai pas 9 réplique

et les actes de la plupart de nos le cupide trésorier : il faut que

Martyrs sont déyastées par des tous me la lirriez de suite ; au-

militaires (1). Les commissaires tremeut je la prends de force.»

ont s de leur côté 9 porté Fardeur Le Pape, afin de prévenir toute

de la spoliation jusqu'à briser les Tiolence 9 la cède ; mais comme

serrures de ses bureaui et de ses Tanneau est de peu de valeur , on

armoires pour s'approprier tout le lui rendra le lendemain. En se

ce qui s'y trouve. Enfin , le 18 ■ '

férrier 9 à une heure après midi 9 poUUque et religieuse de Pie VI a dit

pendant qu'il dinoityle trésorier- que c'étoit Xaïuuau du Pécheur que

cénéral de l'armée entre inopiné- *« von^f^ aroit au doigt, et que le

^ -.* ^-* I .î j»- * - ï^ »:^«.. calvinifte demandoit C'étoit seulement 9 en lui disant: « Je Tiens . . .. x ^«

' ... ment une bague dumant-ro#et<e , que

pour recevoir tos trésors ; il faut 1^, p.p^, ^ prédéceaseur» avoient

quCTOUsme les livriez». Le Saint* portée. A la mort de Pie VI , M«'

Père lui répond avec douceur : Spina la retira, et la fit paaaer au*

« J'ai donné tout ce que j'avois, conclave où Pie VIT la reçut du car-

pouracbeterlapaixdeTolektino; dinal doyen, après son élection. Ce

*^^ .. . I . ». ou on appelle 1 anneau du Pécheur est

et il ne me reste plus nen». «Mais 9 « u ^ j • •

«» .. u« MM*^ Y*^ . «, "• ** ' un large cachet en or , du pnx de cent

reprend I avide publicain, fon- écua romains (5a4fr.), et à deux em-

dant sur un écrin dont les objets preintes; Tune représentant S.Pierre,

les plus précieux avoient été sa- qui , de sa barque , jette ses filets ;

crifiés À ce traité » voilà encore une «^ l'autre le nom du Pape régnant. Il

bague, et j'en ai vu une autre À jert à /ceUef , en cire ou en plomb

^ j •'% % I V n les brefs ou les bulles qui ne sont siinies

Totredourt! donnez-les». Le Pape j ^« • L *-\ x • m.

^ ^ t^ que du secrétaire , parte qo il équivaut

lui remet la première, en disant : 4 ^ gignature même de Sa Sainteté.

« Je peux TOUS donner celle-ci; Quand le Pontife meurt, le cardinal

mais l'autre 9 qui me vient des cameriingue vient le briser en cérémo-

Papes mes prédéceseurs (a}, doit *"" ^*^ 1* cbambre môme du Pape,

où il lui est remis par le mattre de

-— —— — — ^.^ j^ cbambre ; et il en donne les frag^

(i) Nous avons vu ces Mémoiree mens au mattre des cérémonies. Le

manuscrite entre les mains de feu Pape nouvellement élu en fait fabri-

M. Tafabé de Bassinet , qui les avoit quer un nouveau où se trouve le nom

retirés d'une main profane. Au com- qu'il a cboisi. On auroit de la peine à

mencement du régne de Buonaparta, croire qoe l'agent français eût dé-

l'édiUur de la CoÛedion de» Brefs en daigné celui de Pie VI, attendu la

annonça Timpresaion cbez le libraire valeur de la matière ; mais ce qu'il y

Lcclére ; mais le gouvernement en a de certain, c'est que Pie VII ne le

empêcha la publication. retrouva pas, quand il vint siéger sur

(a) L'auteur de Y Histoire cwiie^ la chaire de saint Pierre, à Rome.

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reliraot , le calviniste ordonne à l'tin des prélats du palais ^ dans la salle qui précède celle où est le Pontife 9 d'aller lui dire de « se préparer à partir de Rome 9 et qu'il faut que, le lendemain , dès six heures du matin , le Pape soit en route » . Voyant que le prélat hésite à se charger d'une si cruelle missio&yltti-mêffie rentre etnotiâe Tordre barbare à Pie YI » qui ne peut s'empêcher de répondre :

« Moh âge est de 81 ans j et j'ai été^si malade pendant les deux mois qui viennent de s'écouler, que je croyois toucher à ma dernière heure: à peine suis-je convalescent.

Au surplus , je ne peux pas abandonner mon peuple ni mes devoirs : je veux mourir ici ». Le publicain réplique brusquement :

ff Vous mourrez aussibien ailleurs ; et, si je ne puis vous déterminer à partir, on emploiera des moyens de rigueur pour vous y contraindre » . Quand il fut sorti.» le Pape se hâta d'aller ranimer ses forces au pied de son crueiûx , dans une chambre voisine; et il revint ensuite, disant à ceux qui le servoient : « Diçu le veut ; préparons-nous à souffriF tipujl ce que sa Providence nous destine » . Un changeqnent pottc ainsi dire miraculeux , tant il étoit subit et complet , s'étoit opéré dans son, caractère même, qui jusqu'alors avoit été si vif et si^seosibte. A l'instant oii il s'é|toit oQerl à Dieu comme une victime pour l'Eglise universelle pro qtid

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noH veriius mori (1), il étoit devenu un modèle de résignation et de ^patience si parfait , si sublime , si extraordinaire et si constant, que les personnages attachés à son service ne purent plus, le reste de sa vie , que l'admirer comme un prodige de vertu. « U ne m'est pas permis , a dit ensuite son confesseur (le P. Jérôme Fantini, trinitaire déchaussé^ réformé, pour le rachat des captif ] ; il ne m'est pas permis de révéler ce qui se passoit alors dans son âme , dont il me dé* oouvroit sacramentellement les secrètes pensées ; mais ce que je puis déclarer, et ce que j'affirme, c'est que , loin que j'eusse besoin de lui fournir des motifs de consolation et de courage puisés dans la Foi , j'en recevois moimôme de lui , tant il étoit résigné à tous les événemens que lui présageoit la dureté avec laquelle procédoient ses satellites. »

Ce fut dans la nuit du 19 au ao février qu'ils vinrent pour l'enlever du. Vatican. Pie VI voulut auparavant entendre la messe ; elle fut célébrée dans sa chambre. Mais les militaires impatiens s'irritent de la lenteur du prêtre qui offre le saint sacrifice : craignant que le peuple ne se soulève contre eux ,

(1) Expression de TiBscription placée sur la porte princiiiale de l'égUsc patriarchalc da Venise lors des obsèques de Pie VI» célébrées par le Sacré Collage, le 3o octobre 1799.

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ils tiennent infiniment à ce que S« Sainteté soit sortie dé Rome avant le crépuscule ; et, proférant de nouveaux blasphèmes > ils menacent d'entraîner k Pontife ayant que la messe soit achevée.

Elle l'est à peine que, deux heures avant le jour, ils Tarrachent de ses appartemens (i).

Comme, à raison de son âge, de sa foiblesse et de la paralysie qui laisoit des progrès notables, il ne pou voit aller qu'avec lenteur, surtout en descendant Tescalier du Vatican, les satellites se permettoient de le presser en paroles, et

(i) Troî« jour» aprèty c'est-à-dire le si3 fifevrier i798> les révolution'* naires de Rome» pour célébrer de quelque manière Foctave de l'entrée conquérante du général Berthier, et ae Tenger en quelque sorte Je l'au-* gnsie cérémonie des cardinaux f dans la chapelle Sixtine , le jour anniTeraaire derélévation de Pie VI A la chaire pontificale, firent» sur la place de Saint-Pierre , de pompeuses obsé»

ques au général Duffiuix. Son oraison funèbre y fut prononcée avec tout l'accent d'une rage anti-papale, par 1»

P. Faustin Gagliuffiy des écoles Pies»

|ttofesseur d'éloquence» lequel» jaloux de devenir tribun de la nouvelle république romaine» fit ensuite» avec empressement, le serment de hains à ia roymad. Ce discours est en entier dans i» Moniteur du ai ventoœ an VI ( II mara 1798 }. On j yoil le général Masséna préconisé» de mtee que BerUiiev; et Je P. Gaglinffi termina son discoors par ces exelamatioas : ^ Vive la mémoire de Dophotl etc.V ( r. ci-après» pag. 335. )

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même plus brutalement, pour accélérer sa marche. Sa piété cause bien d'autres mou vemens de dépit chexles oodlitaires qui l'entraînent, loTsqu'avantde monteren voiture , il veut aller encore adoirer Dieu et renouveler son sacrifice, dans la basilique de Saint-Pierre. Il des* cend dans la chapelle seoterraioe de ta Confkêêiim du saint Apôtre ( auprès de son tombeau ) ; et il 7 récite surtout, avec une ferveur extraordinaire, le beau répons d'invocation que , dès le commencement de son pontificat, il y aveit fait placer en tableau , accordant des indulgences à ceux qui le répéteroient en ce lieu sacré.

£nfin , après avoir mis le Pon^ tife dans un carrosse de sa domesticité, on l'entraîne précipitamment. Déjà, le aa février, il arrive près du Jac de Bokène, où se trou voient errans quelques prêtres français , dégubés , pour leur sûreté, les uns en mendians, les autres en soldats au moyen des habits que des militaires français compatîssans leur avoient cédés.

N'écoutant plus que le sentiment de la reconnoissance et de la Foi, l'un d'eux s'approehe au moment dhi relais r Piè VI qui le reeonnoit, et conserve, au nnlieu des sooffcanoes, là sainte joie d^une âme pure, lui dit enrsouriant : « Etesvoue donc devenu soldat?» — « Sain^<Pète , répood-U , noua le sommes. tous; et noua le serons toujoufs de Jésus - Christ et de

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Pie VI. » — « A quel état déplorable TOUS Toilà réduit î » — o Notre gloire est d'être à votre suite! en rencontrant Votre Sainteté le jour même où l'Eglise célèbre la fêle de la Chaire de Saint - Pierre à Antîocbe, c'est pour nous un nouveau garant que l'enfer ne prévaudra pas contre elle. » — «Je l'espère bien ainsi...

Mais , où allei-vous ?» — « Hélas !

Saint - Père , la brebis suit les traces du pasteur ; et , si nous ne pouvons toujours vous suivre, vous serez toujours accompagné de nos vœux pour votre conservation,: Ecce nos reiiquimus omnia 9 et secuti sumus te.» — « Ëh bien ! conservez votre force et votre courage : Estote for^ tes, » — « Oui, Très-Saint-Père; nous en avons un si grand exemple devant les yeux, que nous serions bien coupables de ne pas l'imiter. » La voiture part, et le Pape est enlevé à leurs hommages.

Elle le dépose, le a5 février, à Sienne, dans le couvent des Augustins, où il restera jusqu'au aS mai. Il peut y respirer; et l'un des prêtres qu'il a laissés à Bolsène, celui qui avoit eu le bonheur de lui parler, est admis à le voir. Il paroit inquiet sur ses souffrances.

«Je souffre, répond le Saint-Père, avec saint Paul ; mais je n'en suis pas abattu : Patiar, sed non confundar. » Gomme ce prêtre , enviant le bonheur de M** Marotti qui ne se séparoit plus du Saint-

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Père, étant devenu son secrétaire pour les lettres latines ( t) 5 le com-

(1) Me Benott Stay, qui lavoit été jasau'alors, n'ayant pu, à raison de son grand âge, suivre le Pape dans ce voyage effrayant et cruel, dont on ne pouvoit prévoir le terme , M*' Marotti , si pénétré d*adniiration pour le Pontife, s'estima heureux d'être appelé par Sa Sainteté pour l'accompagner jusqu'à la mort. M. d'Auribeau nous apprend , à la pag. 548 des Extraits de Êts grands Mémoires, que Ms' Marotti , qui ne s'éloigna plus du Saint-Père, écrivit, en latiu et avec le plus grand soin, on intéressant Journal de son yojrage , depuis Home jusqu'à Valence , dans lequel il rendoit compte de tous les traits de vertu sublime dont il avoit été le témoin; que ce prélat étant mort à Rome^ après l'installation de Pie VII, et son manuscrit ayant passé entre les mains de son exécuteur testamentaire qui se disposoit à l'imprimer , le cardinal secrétaire d'Etat loi enjoignit de le lui remettre sur - lechamp , avec toutes les feuilles de la copie au net qu'il avoit commencé d'en faire. Puissent ces précieux documens n'être pas in^vocablement perdus ! Les seuls authentiques qui nous restent sur ce voyage , sont les notes ajoutées, par M. d'Auribeau , à sa traduction de V Oraison funèbfv de Pie VI, par M«' Brancadoro ( f . ci - devant, pag. a83 ). Il fut témoin oculaire de presque tous les faits jusqu'à Sienne; et il n'a admis, dans sa narration, aucun des détails subséquens , imprimes en France , sur Pie VI , sans avoir consullé les personnages qui accompagnèrent le Pape à Valence , et ne le quittèrent qu'après son dernier soupir.

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paroit à saint Jérôme 9 qui remplit sensible consolation » ceux - là des fonctions analo^^es auprès du même de France qui, réfugiés en Pape Damase, aussi persécuté Angleterre 9 et partageant ses doupour la Foi : «Oui, réplique ayec leurs y dont s*augmentoient les la plus touchante humilité Pie VI ; peines de leur exil 9 s'étoîent emmais le Pape Damase étoit yérita- pressés de lui écrire dès qu'ils blement un Saint; et nous ne som- avoient appris son enlèyemeot de mes qu'un misérable pécheur : Rome. Leur affliction en devenoit Si; fna H Papa Danuuo era d'autant plus grande que d'ingrats un Sanip da vero; e Nai» sia~ Romains participoient eux-mêmes mo un mùerabUô peecatort. » à cette atroce iniquité 9 et que Les /acilités que le Pape avoit « Pie YI 9 régnant en grand Prince* de communiquer avec ses enfans, avoit gouTeroé ses Etats ayec au* et la crainte surtout qu'on ne tant de douceur que de justictt» profitât du Toisioage'de la mer en adoucissant la rigueur des lois 9 pour le faire éTader, moins en- en gagnant les cœurs par de^biencore que l'éyénement d'un trem- faits». Ils étoient d'autant plus blement de terre 9 décidèrent les consternés t qu'en Pasteur excelombrageuxpersécuteursàletrans- lent. Pie VI avoit soutenu9 conporter snccessi yement, le a5 mai , sole et régi merveilleusement l'Een deux châteaux divers ; et 9 le glise par sa doctrine comme par a juin, il fut décidément enlevé du sa piélé 9 sa prudence et son iné- Siennois, comme un prisonnier 9 branlable grandeur d'âme, au mi« et conduit auprès de Saint -Cas- lieu des plus difficiles et plus tersien, dans un monastère de Char- ribles circonstances : et tel est, treox à trois quarts de lieue de Très-Saint -Père, ajoutoient'>-ils, Florence, où il arriya le même la louange qui vous est due; tels jour. Pendant les dix mois qu'il y sont l'ornement et l'honneur demeure, ses gardes le surveil- propres de votre pontificat (1)».

ledt ayec tant de rigueur, que ce

n'est qu'avec des peines infinies >f^^^" ^«,^»P« * ^**°'»«' °« •'**^

que les prêtres et quelques évê- ''^'j^^^.'' -^.^ ^ t^ i„^o

ques ont le bonheur de 1 appro- gubemasse, ieg&us tempérasse, bene-

cher (1). Ils lui furent d'une bien ficus det^ùunsse, tùm veuribus, tùm

■ not/is ariùitn monumeniis décorasse^

(1) Cest là qu'il créa archevêque tfuod est ma^çrU Prindpis : at Eccie-

de Corinthe Ms* Jowpli^Marie Spina ; siam doctrine sùnul et pietate , et pru-

et il fut prêtent, comme assistant, à dentiâ, et ùnperterrùd animi magnitu-'

sa consécration , faite par le cardinal dine, inUr difficiUimas rerum angtu-

Lorenzana , archevêque de Tolède, tùts,fukire , soUai et regere^ quod est

le seul cardinal qui, ayant pu re- optimi Pastoris : Jkœc, Beatissùne Pa-

3io

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Pie VI répondit à cette lettre de nos évêques, par un bref où il les consoloit eux - mêmes de ses malheurs personnels. Les sentant moins que ceux du clergé de France, dont il admire de plus en plus la constance 9 il leur dit :

« Cette charité paternelle que j*ai manifestée précédemment en?ers TOUS et les autres inTincibles confesseurs de Jésus-Christ y la Toilà donc obligée par Tous-mêmes à TOUS consoler, à tous encourager, pubqu^en oubliant l'étendue et la durée de tos propres infortunes , TOUS êtes affectés de tant de chagrins, et troubles par tant de craintes , A cause des maux que, dans sa suprême miséricorde , Dieu m*a Jugé digne de souffrir pour mon salut I Si c'est afin de me corriger et de me châtier , que sa main s'est ainsi apjpesantie sur moi , qu'y a-t-it là qoi ne me soit glorieux 9 puisque cette tribulation , quoique je Taie méritée par mes péchés , atteste que je suis aimé de Dieu, et que le père des miséricordes me traite en enfant chéri , suiTant la parole du grand Apôtre? Que si c'est seulement pour éprouver ma Foi et ma perséyérance qu'il per« met que je sois ainsi traité , com-

ter , hœc i^estra iaus est; hoc pont^^ oatds i'estri propràpn decus et ornamen" tum. Le rédacteur de cette lettre fut le P. Mathieu - Matharin Tahamud > prêtre de rOrotoire , ancien professeur de théologie ( f^. ci - apr^s , M" Tabakacd ).

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bien grande alors est ma gloire , puisque cela prouve que, malgré mon indignité , je suis agréable à Dieu , saint Paul ayant dit que ce sont les élus qu'il purifie comme l'or dans la fournaise , afin que leur Foi soit trouvée beaucoup plus précieuse que l'or éprouvé par le feu I Le Seigneur console ,et fortifie si merveilleusement ma foiblesse par cette pensée , qu'indépendamment des tribulations qoi pèsent sur moi , je désire en souffrir de plus grandes encore , pourvu que je souffre toujours pour Ja justice et pour Jésus- Christ.. •Vénérables Frères, votre courage et votre Tertu dans les malheurs sont si admirables que ce n'est pas de moi que tous avez besoin de prendre exemple : c'est plutôt vous qui devezservirde modèles de Foi , de constance et de sainteté , non seulement pour tous ceux qui souffrent la persécution , mais encore pour moi-même. ..Eh!

qu'ai-je A craindre , après tout ?

Seroit-ce la mort ? Quand on ne vît plus que pour Jésus-Christ , l'on ne peut que gagner à perdre la Tie(i). »

*^M>— J— H^-*— .1*1^ ■■Il I

(t) f^eneràbîUs Fratres.,. ifutùn si^ gnificationem paterrue ceaitatùt qud fot caeUrosque iayictos dbi couru- SORBS, venerahiU* fraii*ea mostf^s semper compiexi êumus , si anieà JeJùnus pobis f muitd nunc magis aéconsoiandos et confirmandos anùnos vestros dmidu^ censemus , cùm uideamus %His magnitudinem acdiulumàaUm œrum"

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Mais» tandû que !•• clergé de France continue à lui donner de si douces consolations , une partie notable du sien , les professeurs mêmes du collège Romain » et, de celui de la Sa/pUnetj l'abreurent

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d'amertume (i) 9 en prêtant, de- Tant les magistrats de la naissante république romaine, im serment abominable qui leur est prescrit »

celui de hAÎnt à ta royauté f qull avoit déjà séTèrement ré-

narum veUrarum oblitoê, tanto in mœ- à yMs , teé à nobù atque ah omnibus

rare metwfue i^enaripropUr tas ^fuibuê uestra Fidn , eorutarOia ac sancutatis

Dau 9 fwr summam misenconUam exempla gintpèienda.,.. QuidfifuœttH

$umn, ad uUutem nostram openutdam timeamus ? mortemne? miihi »wrér«

in nMt, dignot no$ habuiL,. JKImc ad Chriitau €st, €t mori iuerum. ( Daium

eorr^dendos et cagtigandoê no$ êuprà ex cœnôbio CartusiaB prop^ .Floren-

captUnostrumitagrai/atasitmanuMDo- tiam ,10 novembr. 1798. )

jRmi ; qtiid hde tnbiUatione glorioêùu ( i) Voya ses bre6 des 16 et 3o faD-

nobis^tjui, etsi juste pro peecatiâ mtstnt Tier 1799, aa Pro - vice - ^rent de

nfi^Ùf^ur, per êa Umtn» quSbus t^fligiF' Rome , Ms' Octave Boni , archevêque

muiTt et amarià Jhop tt Ucèt pteeatores de Naiîame. Il ne frutpM crdre que

àmnuy tamm à Pâtre nÙMericorduarum Pie VI n'eût en aacim égiord aux ôr^

amantittimo, tanquamfiUos haberi co^ constances critiques oà se trouvoient

gnascùmu^ cùm dieal apostoius : Çuem \ea prétfes romains fonctionnaires pa-

diligà Deu$ castigat ; flagellât auLem Uics ; car » sana récriminer aucune-

omnem fiUwn quem redpit. Sù^e per ment contre renvahissement du fo-

ieniatianêm hanc qud sic exerceriper»^ Irimoine A «aii(Mrr«>^ ne pensant

mittit nos Deus , experiri ueiU Fidtm même pies A sa sonvèraiaeté lempo-

«t penwerantiam nostram ; quanta reUs^ il lear avoit pennis » avec, une

hœc item gioria nostra est I dkm pet Ue^a généreuse indulgence > de pré-

tentationem kanc etùun uel in nostrd ter un serment de résignation dont il

hae indignitaU sperart possimus non avoit lui-mSme dicté la formule > et qui

despeetos, sed aceeptos nos esse Deo , auroU dû suffire aux magistrats, s'ils

CÙ4B iiiud legimus : sieut in igné pro* n'eussent pas voulu que ces prêtres

batttr attrum^ sic hominiss accepti in «bjurassent «usai la supvéoMtîe spài'

Jbmace taUationis ; neque ideoeonsi-^ tuelle du Pape^ comme sa puissance

Ho ut in tentatione deficianms, sed ut temporelle. La formule permise étoit

probatm mostrœ Fidei multà pretiosior en ces termes : « Je jure de ne par-

auroquodperignemprohatur^int^enia- ticiper A aucune conjuxition ou sédi-

tÊMT» Hàe cogitationt p ^eneràhUes Frth' tion, ni à aucun mouvement qui

1res , ùà mirificè et consolatur et eor^ tendroîent au rétablissement de la

roborat infirmitatem hanc nostram monarchie , et A la subversion de la

Deus, ut non eas soUtm quas firimus , sed multd etiam majores tribulationes peifinv desideremus , dammodà ei propter justitiam et propter Christum

république actuelle. Je )ure » en outre , haine A l'anarchie y foi et obéissance A la république et A la constitution « smsf cependant le droit

eas perfore debeamus Fenarabiles de la relijgion catholique ». Ce qui

Frmtres... tanta est virtus uestra in hde augmenta infiniment la douleur du tribulatione perferendd , ut non nostra Pape , fut d'apprendre que Tex-Jé-

3ia

PIE

prouyé ( V. ci -devant, tom. I, pag. 5a et 444 }• Malgré Thumiliation et la gêne de sa captivité 9 le Saint-Pontife 9 s'animant alors

suite Vincent Bolgéni , théologien de la Pénitencerie j le même qui avoit déjà^ comme censeur, approuvé l'ouvrage de Spedalieri { f^, ci - devant, pag. 373 ) , non content d'avoir tenu , dans sa chambre, au collège Romain , des congrégations pour engager à prêter le serment de haine à la royauté , et de Tavoir même fait prêter par plusieurs ecclésiastiques dont la conscience y répugnoit , sans le prêter toutefois lui-même , en avoit encore publié la justification dans une brochure intitulée : Parère di etc, , aui giuramento , etc , qui séduisoit beaucoup d'autres prêtres. Le Saint- Père condamna sa décision trop scandaleusement accommodante ; et ses supérieurs immédiats le déclarèrent suspens ( V. Oraaone ne' funerali di Pio yi , nelU note ( pag. 3g ) dal segretario delVautore, il cardinale Braticadoro. Biminiy 1800). C'est à ce sujet que Tabbé Marcbetti, relevant très-judicieusement les contradictions de Bolgéni , publia cet excellent ouvrage que nous avons indiqué tom. I", pag. 606, et dont le titre, mis en français , seroit : Ze Oui et le Non, ou Parallèle des Doctrines et des Bègles ecclésiastiques de l'abbé Bolgéni y ai^ec le fait et les doctrines de Vabbé Bolgéni j dans ses écrits de la seconde manière y spécialement sur le serment dit civique : vol. de 112 pag.

GerapoHt 1801. ( f^. encore notre tom. I", aux notes des pag. ii5 et 44' 0 ^^^ ex-Jésuite avoit en effet pablié, avant la révolution , des ouvrages dont la doctrine se trouvoit démentie par ce nouvel écrit. Se

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d*une indignation divine, tonne courageusement contre les assermentés , et leur impose le devoir des rétractations.

voyant ainsi condamné Me toutes les manières , il essaya , dans une seconde brochure intitulée : Sentimenti sul Giuramento , de faire croire qn'il se repentoit d*avoir publié la première, mais en soutenant toujours sa précédente décision. Il fut attaqué de toutes parts en Italie , et même par un Suédois, nommé Tiulen. Parmi tant d'Italiens qui se joignoient à M. Tabbé Marcbetti, étoit le savant Ms*" Simon de Magistris, évêque de Cyrène (m partibus), qui donna une Difesa de' bretn di Pio PP. VI , eontro le impugnazioni di Bolgéni; et M. l'abbé Marchctti ayant fait une nouvelle attaque dans une brochure , sous le nom de Fermino Terreni, pe~ nittnziere di yécquapendente^ Bolgéni lui répliqua très - aigrement , vers la fin de 1800, dans un pamphlet de ai4 pages in-8«, intitulé : Metamorfosi del dntt. Gio : Marchetti da Pc" nitenùere mutato in pénitente , esposte da Giov. Vinc. Bolgéni teologo délia sagr. Pemtenzeriaa postolica , in con~ futazione di un Ubretto stampato sotto il nome di Fermino Terreni, etc. sul giuramento detlo civico. Le Saint- Père Pie VII , nouvellement élu , étoit à Rome depais dix mois , lorsque Me de Magistris , impatient d'y rétablir le Giomale Bcdesiaslico , supprimé depais l'entrée des Français, en février 1798, débuta, le ag avril 1801 , par en consacrer la première feuille toute entière à la réfutation de ce dernier ouvrage de Bolgéni ^ en annonçant l'intention de la continuer de la même manière. Mais il ne lui fut pas permis d'aller au-delà ; et

PIE

Gomme les ftmespieuses saToient qu'il étoit dépourra de ressources pécuniaires 9 et que ses tyrans exigeoient eneore qu'il payât les frais

cette feuille est conservée comme une pièce rare autant qu'instructive.- On y voit que Bolgéni regrettoit qu'après ses conférences fayoivbles au serment» il eût été empêché , par la goutte qui le tourmentoit, de' courir le prêter avec ceux qu'il y avoit décidés. Il vantoit les prétendus avantages qui étoient résultés de cette démarche , disant « qu'elle arrêta l'impétuosité de la persécution , calma beaucoup les injustes soupçons des gonvemansy fit qu'on jouit d'une plus grande liberté dans les fonctions ecclésiastiques; que^ dans les affiches publiques , on ne vit plus de menaces furieuses et d'injurieuses déclamations contre les prêtres et les religieux : de quoi , ajoutoit - il > toute la ville de Rome ponvoit rendre témoignage », Ms' de Magistris lui répliquoit : « Et ce fut alors aussi que, nonobstant le serment prêté à son de trompe , et avec des notifications publiques, par les sectateurs de Bolgéni, le ai janvier 1^99 9 comme il l'assure luimême , on défendit * aux ^ prédicateurs de monter en chaire , le carême suivant; les cérémonies sacrées de la Semaine-Sainte furent prohibées ; le clergé fut dépouillé du peu de revenus qiii lui restoit , et même de êea vêtemens ecclésiastiques » sans qu'il pût même se faire distinguer des laïcs par U petit coUct. J'appelle aussi Rome entière en témoignage de ces bons effets dn serment». Ces détails curieux serviront de complément à la notice que le rédacteur des Mémoires peur êmvir à tHiètow €ceiétia»tùjiut

de son Toyage (i) , elles lui offrirent quelques sommes d'argent.

Son cœur fut extrêmement touché de ces offres dont la religion ayoit excité la générosité ; mais il étoit également satisfit de pouToir se dispenser de les accepter , parce que la munificence des souyerains de l'Europe avoit cru devoir à sa dignité de monarque de pourvoir à tous «es besoins. Parmi les hommages de ce genre qu'il reçut alors, il en fut un qui, tant sous le rapport du donateur que sous celui de l'objet , formoit un contraste Jtrop frappant avec la barbare conduite de nos révolutionnaires, pour ne pas lui être de quelque consolation (a). Ce présent consistoit en un calice d'or avec sa patène 9 ayant sur le

du dix-'neuvieme tiède a donnée sur Jean-Vincent Bolgéni , à la page 667 de son tome IV, où, après avoir purlé de ses ouvrages antérieurs à l'éphémère république romaine, il dit :

« Nous le croyons auteur de plusieurs autres productions sur lesquelles nous n'avons pas assez de renseignemens pour en parler».

(1) « Les consuls de la nouvelle république romaine venoient d'accorder une somme de*i5o,ooo francs à la famille du général Duphot , dont 45,000 an père et à la mère du général, 35,000 à sa sœur, fl 80,000 au jeune fils du général. » {Moniteur du !•' prairial an VI — aomai 1798.)

(2) Ce fait nous a été raconté personnellement , en décembre 1800 , i Paris même , par M*' Spina , archevêque de Corintbe , qui » ayant accom-

5i4 PIE

pied les armes de France d'un côté , et de Tautre cette petite croix qu*en France une l'eligieuse prudence a coutume d'y graver. II lui étoiteuToyé par le Dey d'Alger qui lui écrivoit en même temps :

i( Très-Saint-Père , ces Français perrers qui tous ont tout ravi, ne ▼ous ont certainement pas laissé un calice; et je tous prie d'agréer celui que je me fais un devoir et un honneur de tous offrir. » Ne diroit-on pas que les cendres de saint Cyprien exhaloient alors un miraculeux parfum de catholicité sur les côtes de Carthage , et que les Algériens ne partoient plus que des rives de la Seine ?

Bien que les hommages que ren* dirent en personne à PieVI, dans la Chartreuse , le grand-duc de Toscane » le roi et la reine de Sardaigne, ainsi que plusieurs prélats 9 eussent été inspirés par leur vénération pour sa vertu , nous ne devons en parler que parce qu'ils leur fournirent de nouvelles occasions de la connoitre dans tout son héroïsme. Les réponses du Saint- Pontife à leurs honorables condoléances 9 consistèi-enl essentiellement en ce s phrases si dignes d'être conservées dans le langage même avec lequel elles furent dites : N&i ci siamo ftUto un doveré

pagné Pie VI depuis Sienne jusqu'à Valence y où il reçut aes derniers soupirs 9 avoit été témoin de la réceplion de cette offrande.

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di cùtmderare in tutto quuto ia votantà dei Signore , e di chinart ii capo aile êupreme sue dtliherazi&ni : « Nous nous sommes fait un devoir de considérer en tout ceci la volonté du Seigneur, et d'incliner la tête devant ses décrets suprêmes. »

— la twn capiêco eosa vogiiano da tne guesti Hgnùti; éasta : siamo neile mani di Dio ; ne sarà quel che vorrà :

« Je ne comprends pas ce que veulent de moi ces messieurs (les agens du Directoire); qu'importe !

Qous sommes entre les mains de la Providence : il en arrivera ce qu'elle vendra » .

Ce Directoire 9 alarmé par l'intérêt que Pie VI inspiroit , et par l'irruption des troupes autrichiennes en Italie, envoya Tordre de l'amener en France. Déjà, cependant, sa paralysie faisoit des progrès effrayans ; et il souffroit beaucoup, surtout à cause des vésicatoiret que la maladie avoit exigés, lorsque, sans égard pour ses maux, les agens français l'enlevèrent brusquement de la Chartreuse , le soir du jeudi a8 mars , pour le mener coucher au - delà de Florence , dans une auberge , d'où le lendemain on le fit partir avant le jour (1). Quel nouveau

( I ) Lorsque , dans la matinée du vendredi 99 » il fMSSoit sur le pont de Scanea^fasino , dit an de ses esli-

ibles compagnons de voyage» plu-

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supplice pour le Saint-Pootife de Irayerser, pendant les quatre mois , qu'il ya Toyager encore 9 tant de Tillages et de citéa qu'agite la fié-" Tredelaréyolution; où a'élève de toutes parts Tarbre infâme de la révolte et de Pimpiété ; où presque tous les fronts en portent la triple couleur 9 et presque toutes les Toiz en profèrent ayec ftireur les ré- ▼oltans blasphèmes ? Quel repos et quels alimens que ceux qu'on lui laissera prendre en de mauvais gîtes 9 pour délasser les trente cavaliers avec leur commandant^ sous la garde desquels il est conduit (1)?

Confessons néanmoins qu'en arrivant à Parme, le soir du 1*' avril, il fut un peu consolé par les égards respectueux du commandant français de cette ville qui , ne suivant que son cœur, mérita, de la part du Pontife , une très>flatteuse marque de reconnois-

sî«ars cavaliers cîsalpîiis , qae les Français envoyoieiit à Hantoae pour en défendre la Ibrterease , insaltérent le Pape an point de abar ie dka a giùsa di comMj t fart aUo di dai'gii ta henetUzione ; et , devançant le carrosse de Sa Sainteté , \\i hii crioient , en ae retournant vers elle : « A Paris! à Paris \ » Le Saint-Père, baissant les yeus^-supportoit ces nouveaux outrages avec une admiiable patience. ( Viofgg^ dd, Peregrino jipouoUeo, etc. )

(i) L'auteur du Fiaggio dti Père*gmo jiponoUeo dit avec raison / • L*on doit aussi compter pour .beau-

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sance. Sa santé dépérissoit de jour en)Our ; etilne sembloitpas qu'on pût avoir la barbarie de le traîner plus loin, quand, dans la nuit du ta au i5 , le capitaine de son escorte vint lui notifier Tordre de partir quatre heures apvès. Cet ordre', conçu dans fes termes les plus menaçans , n'étoit que le résultat d'une fausse alarme de l'ap»

proche des Autrichiens 9 par qui l'on pensoit qu'il seroit délivré* Le Saint-Père qui ne s'en doute aucunement , oppose sa déplorable situation à TobUgation de partir.

Des médecins sont appelés pour en décider; et, obligés par le capitaine républicain de lever les draps du lit pour lui montrer à nu ce corps vénérable .meurtri par les vésicatoîres , ils déclarent que le Pontife court le risque de nàourir sur les grands chemins, s'il est dé nouveau soumis aux fatigues des TOjages»

L'officier sort alors pour quelques ,- ■ - - -• ■ Il

coup 9 dans ses peines , les chétivea haVitationa oà il s'arrête , toutes les privations qu'il eut à y aoolirir, et la dépendance dure et cruelle à bqnelle il étoit réduit. Le lecteur peut mieux en juger que nous ne saurions \m peindre. Ne voyageant jamais qu'au caprice et à la discrétion d*antrui, il ne trouva, dans quelques endroits, pour se sustenter , que deux ceulâ \ et, pour dormir y que des lits excessivement misérables. Il nous sembloit que sa constante patience évangélique étoit seule capable de le faire survivre k tant de souffrances ».

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instans 9 et revient en disant ty^ ranniquement : « Il faat que le Pape parte mort ou vif».

Le dimanche 14 9 en effet , de très-grand matin , il fut en route pour Plaisance , d'où 9 le 1 5 9 on le fit partir pour Lodi 9 afin de le conduire par Milan à Turin ; mais k peine ayoit-il passé le Pô que 9 la crainte d'être surpris par les Autrichiens saisissant ses gardes 9 on le fit revenir à Plaisance 9 pour aller à Turin par Crescentino.

£n arrivant 9 le mercredi a4 avril 9 près de la capitale du Piémont 9 où Ton s'arrangeoit pour ne l'y laisser entrer qu'après trois heures de nuit 9 il espéra que là du moins se borneroit son pénible voyage 9 et qu'il y seroit convenablement logé ; mais 9 lorsque 9 se voyant relégué à la citadelle 9 il apprit qu'on le mèneroit bien plus loin 9 sa surprise ne nuisit point à sa résignation habituelle ; il leva les yeux et les mains au ciel : « J'irai 9 dit- il 9 en adorant la volonté divine 9 j'irai partout où ils voudront me conduire ; » André éove voranfio.

Le suriendemain 9 vendredi 26 9 à trois heures après minuit 9 on le fit partir pour Suze ; et 9 le dimanche làSf afin de transporter au-delà des Alpes ce saint vieillard que jusque lA on n'avoit pu mettre dans un carrosse ou en sortir qu'avec un pliant en cuir et à sangles 9 on l'assied sur une espèce de chaise à porteurs qui n'étoit guères qu'un

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grossier brancard. Les prélats 9 comme les autres personnes de sa maison 9 auront des mules pour gravir les rochers. C'est vers le terrible passage du mont Genèvre qu'on se dirige; et 9 après un repos de quelques heures, au bourg d'Oulx (1) 9 le mardi matin 9 5o9 le Saint-JPère est porté sur la montagne. Pendant quatre heures9 il va suspendu sur des sentiers étroits 9 entre un mur de onze pieds de neige et d'effrayans précipices. Des hussards piémontaîs lui font offrir leurs pelisses pour se garantir du froid insupportable qui

(i) Il y reçut un hommage dont nous devons d'autant mieux parier, qu*il sert à faire comprendre qu'à rhonneur de notre nation , toua les militairea français n'avoient pas les affreux septimens du Directoire.

Déjà l'on a vu avec satisfaction les bons procMlés du commandant de Plaisance. Ici , l'un de nos officiers , en station à Oulx , sollicite , auprès des chanoines r^iiliers dans le monastère desquels Pie VI est dé* posé, la faveur d'y entrer pendant U nuit , afin de le contempler. Il est introduit jusqu'à la chambre où dornaoit le Saint - Père; et» s 'étant fait donner une lumière pour jouir du bonheur de le voir, il approche de son lit, prend sa main , la baise avec une tendre vénération , et ne se retire qu'à regret, en s'écriant, les yeux baignés de larmes : « Lç saint homme ! oh !|le saint homme »î f^o/ez page 16 de l'opuscule : f^iaggio M Ptrt^ grino ÂpostoUco Pio SeslOf par un écrivain « qui s'y trouva en personne » vit et entendit tout immédiatement ».

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règne eDCore dans celte région élevée; mais les .maux de la terre ne pouYoient plus rien sur cette âme céleste ; il remercie en disant :

«Je ne souffre pas^etle ne crains rien. La main du Seigneur mé protège sensiblement parmi tant de dangers. Allons , mes enfans , mes amis ; du courage I mettons en Dieu notre confiance » :et c*est ayec ces sentimens que dé)à il est entré sur le territoire français.

Après sept heures et plus d'un si cruel trajet, il arrive près de Briançon, dans Taprès- midi du mardi 3o avril. Oh ! combien ce grand Pontife, insensible à la douleur, est consolé non moins que surpris en voyant accourir au-devant de lui tant de Briançonnois , qui , amenés par leur Foi 9 lui donnent, dans un saint enthousiasme , les plus vifs témoignages d'une sincère piété) Ils méritèrent des premiers cette exclamation que , dans la même consolante surprise, en plusieurs' autres endroits, fit presque involontairement le Pontife, encore oppressé des chagrins dont quelques membres du clergé romain avoient trop navré son cœur. S'adressant aux personnes de sa suite {MiraiuseU, et seqtunU6us se éixU)^ il s'écrioit, dans son admiration (i) : Anun dico vobU ; non inveni tantatn Fidem in

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5iy

(i) yoxet la pag. 78 des notes de VOnmane, dtée ci- devant, pg. 3ia.

IsraeL (Math., c. VIII, f. 10.) On le loge à l'hôpital, dans une chambre fort étroite et fortincom-' mode , en lui défendant de se mettre à la Seule fenêtre qu'elle eût, et en lui déclarant qu'il est un otage pour la république.

Bientôt , on lui procure de nouvelles peines , en lui enlevant la majeure partie des siens, qu'on envoie de même comme otages à Grenoble ; savoir, deux prélats , M*' Spina , archevêque de Gorin-* the {in partiétM) , et M** Caraccioio, maître de chambre de Sa Sainteté; le P. Pie Ramera, mi* neur - réformé , qu'à Plaisance il avoit pris pour chapelain ; son secrétaire M*' Marotti , et celui du second de ces prélats : il ne reste auprès du Saint-Père que son confesseur , le P. Fantini , avec son fidèle aide - camérier , nommé Morellî ; et sa résignation n'en est pas moins invariable.

Mais les succès des Autrichiens en Italie faisant craindre au Directoire qu'ils ne viennent enlever le Pa{>e à Briançon même , il veut que le Saint-Père soit aussi transporté à Grenoble. Plusieurs des militaires chargés de le conduire, voudroient trouver, da.ns leur pénurie d'argent, un prétexte de s'en dispenser, lorsque l'un d'eux, jaloux de son départ, propose économiquement une ignominieuse charrette. Enfin, le 27 juin, on l'emmène dans . une mauvaise chaise à deux places, où l'on y met

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encore avec Kii les deux conso* lateurs qui lui ont été laissés.

Combien est rude ce pénible Toyage f parmi des montagnes rocailleuses où Ton peut faire seulement cinq à six lieues par jour! Il n'arrire que le soir à Saint-Crespin^ et le aS, à Savî^ nés. Les autres pauses se font^ le ag à Gap, le a juillet A Corps, le 3 à U Mure (i), le 5 à YiziUe (a); et l'on ne sera que le samedi, 6, à Grenoble.

(x) Le» impies révolationnaires de cette ▼iUc, déconcertés par le religieux empressement que le peuple avoit de se prosterner aux pieds de Sa Sainteté , imaginèrent, afin de se jouer d'elle y de placer, dans une chambre de la maison même oh elle logecit , une femme affublée d'un grand manteau, au pied de laquelle ils ajoutèrent une pantoufle du Pape ; et , supposant qu'il avoit demandé que neâ fenêtres fussent fermées, ils permirent au peuple d'y entrer, pour lui baiser les pieds et recevoir sa bénédiction; mais cette obscurité, qu'ils avoient ménagée pour mieax tromper la dévotion publique, n'empêcha pas que la fraude sacrilège ne fût bientôt reconnue. ( f^iaggio dtl JPeregrino jfpoatO" iicOf etc., da chi vi si trovà in persona^ tutto piddt ad aiçoitA immédiat^'' même,)

(a) Un calviniste, riche manufacturier de Vi^illej voalut le loger dans sa belle maison , et l'y traita fiveic autant de respect que de magnificence.

Tout- les autres protestans qui se trouvoîent chez loi se sentirent pénétrés de la, ipéme vénération ; et ce ne fut qu'arec les plus amers regrets qufilsse

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Les honraiages que la piété des Grenoblois lui rendit pendant les

le virent enlever. Malgré le mesquin stratagème de ce politique silence étrangement prolongé , par lequel certains personnages, que notre ouvrage importune , espéroient faire oublier les faits les plus honorables de Pie VI , les exclamations mêmes de cet estimable protestant frappent encore délicieusement nos oreilles , et retentiront Jusque dans la postérité»

« Quelle majesté ! s'écrioiUil avec les transports de l'admiration : quelle majesté dans tous les traits de ce vieillard î quelle résignation ! quelle

bonté I quelle vertu! Ah! que ne

peut la croyance des miens condescendre au désir que j'ai de baiser tes pieds ! »

Ajoutons avec reoonnoîssance , pour tant d'honorables personnes de la même communion, ajoutons à ce témoignage, les paroles si mémorables d'un autre protestant, Mallct du Pan, citoyen de Genève, dans son Mercure BnUamique. « De toutes les injustices barbares qui forment Tbistoire de la république française, disoit-il à Ixïndres ( le a5 mai 1 79g ) , je ne sais s'il en est une qui soulève autant l'indignation que la froide et systématique atrocité du Directoire envers le Souverain-Pontife. Jamais traitement ne mérita mieux le nom ^assatsihat. Il y auroit eu moins d'iabuimmité à livrer la têle blanchie de Pie VI au fer du bonrrean , qu'A profaner avec étude la sainteté de son caractère , qu'à l'abreuver intentionnellement d'affronts et de douleur ; qu'à le traîner de son palais ravagé, dans la captivité, sur one terre étrangère; qu'à promener aen agonie de prisons en prisons , en lui laissant la

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trois joura qu'îb le possédèrent ,

sont au-dessus de toute expression.

I ■ ■ ■ ■■ . Il ■ «

yie, poor en éprouver toutei les souffrances. Et , sur qui exerce-t-il une si exécrable violence ? sur un octogénaire aux portes de l'éternité ; sur un Pontife dont la modération , la douceur, la piété tranquille et sincère»

ay oient mérité Tbommage même des communions séparées de l'Eglise de Rome ; sur un souverain sans Etats , sans puissance, sans défenseur, auquel ils ont rendu la pail pour corrompra, souê le masque de Famitiéf la fidélité de son peuple ; qu'ils ont attaqué sans guerre, opprimé sans opposition, pillé, détrôné, emprisonné, sans qu*il en coûtât un cheveu k l'armée? Qu'avoit-ii à redouter de sa caducité ? Quelle sûreté , quel avantage pouvoit - il tirer d'une cruauté aussi gratuite ? comment pouvoit leur nuire ce Pape moribond ?.. Le fanatisme de la philosophie avoit-il dicté d'ajouter au nombre des Mart/rs qu'il s'est immolés, le chef d'une religion dont il poursuit l'anéantissement?»—La même idée se reproduisoit en Italie, dans une gravure par laquelle se terminoit l'opuscule Orazùme ne^JuneraUf etc., cité ci-devant, pag. 3 la. On y voit, protégée par la Religiofk et la Justice , une pierre sépulcrale qui porte cette inscription :

^etro

fé^eeumiuê *,

^aientiœ ^^ iitenù,

^hiioêophonim

PIE 319

La consolation qu'il en éprou^ voit augmentoitde beaucoup celle dont il jouissoit depuis SaT4ne8y oà il avoit été rejoint par les per* sonnes de sa cour qu'oa lui avoif enlevées, et par un envoyé du roi d'Espagne , don Pierre Labra^ dor, à qui son souverain aToil donné l'ordre de suivre le Pape partout où il seroit conduit, Tous l'accompagnèrent quand on le fit partjr de Grenoble, le 9 juillet.

Arrivé le soir à TuUins, on- l'y fit demeurer jusqu'au ii. Il fut encore retenu une journée entière, le 10, à Saint-Marcellin ; une autre , le la, à Romans, comme si l'on eût voulu qu'il n'arrivât à Valence que le 14 juillet à midi : jour effivyant, et d'une sanglante mé« moire reaouvelée d'années en années par des massacres {V. Bea- VAaB,LijrooiEAK,etc.). Mais, en approchant de cette ville, il voit, comme il l'avoit vu sur toute la route , une multitude- de fidèles empressés de lui demander sa bénédiction : admirable et rassurant contraste avec ces républicains féroces, qui, l'année précédente, en ce jour anniversaire du premier triomphe meurtrier de la révolution, avoient brûlé, avec beaucoup d'autres portraits, celui de Pie VI, à Valence mêmet

Le Pontife est, à la vérité^ logé convenablement dans l'hôtel du gouverneur, dont le jardin domine la rive du Rhône ; mais cet hôtel est enfermé dans la citadelle , et

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l'administration centrale du dépar* tement de la Drame, sfcgeant dans la TÎlle , déclare, par un acte solennel , qu'il y est en état d'arresUUian, Elle enjoint aux personnes de sa suite de ne rien faire ni dire au-dehors qui puisse avoir le caractère de la piété. Toute communication est interdite expressément entre la terrasse du château et celle du courent des Cordeliers, où étoient renfermés trente-deux prêtres fidèles 9 dont plusieurs avoient éprouvé la bienfaisance du Pape pendant leur séjour de déportation en Italie. De leur côté, ils reçoivent la plus rigoureuse défense de s'avancer pour tâcher de voir leur auguste et saint bienfaiteur, auquel il est même défendu de sortir de l'enclos du jardin, de peur, dit-on, qu'il n'occasionne « du trouble et des rassemblemens » . Aucune personne ne peut arriver jusqu'à lui sans une permission écrite, dont l'administration est fort avare (i).

(i) Pour seconder les intentions de IVfi' rarchev6(|ue de Corinthe , aujourd'hui cardinal, et qui, depuis Grenoble, ne cessa d'âtre aux cdtés du Pape, nous devons avertir qu'on ne doit voir qu'un impudent roman , indigne de toute croyance, dans une brochure de 168 pages, imprimée à Paris, et portant au frontispice le titre suivant : La Fie et la mort de Pie VI, par le fanerai de Merck , commandant la càadelle de Valence à t époque de la détention du Soauermn - Pontife ; publié à Londres , par M^^ de Mmnk ,

PIE

Mats le Directoire de la république française étoit devenu plus modéré depuis le mois de juin, où , des cinq membres qui le composoient,les trois qui étoient singulièrement acharnés contre le Pape avoient été forcés de céder leurs places à des hommes plus

veut^e du générai, et se trou^'e à Paris, chez Adrien LecUre , imprimeur de N, S, P. le Pape; i8i4< «< Il n'y a pas un mot de vrai , suivant ce qu'affirme Son Eminence , dans tout ce que l'auteur prétend lui avoir été dit par le Saint - Père, qui n'a eu d'entretien conBdentiel avec aucun officier français. Les anecdotes apocryphes que renferme cet écrit ne pourroient qu'induire dans les plus graves erreurs ceux qui voudroient le consulter ». Nous ajouterons que l'état militaire d'alors, tel qu'il est constaté par VAUnanadi National de l'anVIII (depuis le a3 septembre 1797 jusqu'à pareil jour de 1798) ne contient aucun nom semblable parmi les commandans. A la page i36, nous lisons que celui de Valence étoit le capitaine MermilUod , qu'il est difficile de ne pas reconnoitre dans celui qui signa cette consigne de l'intérieur de la citadelle dont nous parlerons tout à l'heure. On voit par là que , si rien de ce qui a été écrit sur Pie VI ne nous est resté inconnu , nous n'avons épargné aucune fatigue pour fixer notre jugement aur ce qui ne nous paroissoit pas évidemment authentique.

Tous les faits que nous avons racontés , et principalement ceux qui se sont passés depuis 1791 jusqu'en iSoa, nous ont été transmis par des témoins oculaires qui mentent notre respect et notre confiance.

PIE

homaîDs. Ou n'y Tdyoitdotic plus régner ni Tréilhard , ni Meriio ( dô Douai) 9 ni surtout ce LarèTcil**' lèfe-Lépaux q^iy par de» moyens TiolenSy autant qu'en- soudoyant des adeptes parmi les plus TÎb révolutionnaires 9 prétendoit éHH' blir son absurde religion , appelée ThéophitantropU, et consistant seulement à faire semblaot d*aimer , Dieu et les hommes. Le Directoire^ ainsi reconyosé , n'enToyoit à chacun des commissaires qu'il* aToit dans toutes les administrations f que des ordres et des instructions plausibles. Celui qui teaoità Tadministration du département de la Drame se félicitade n'en pas recevoir de contraires aux sentimens de respect dont les vertus , l'âge . et la triste situation du Pontife Ta- Toient' pénétré (i) ; mais tous les adkninistrateurs, un seul excepté)

PIE

. (i) Lorsquau oommenceinent de i8oOy nous nous proposÎDiu d'^rire QBA yùde Pie Vl^ annoocée «luu notre- PoUù^ve Chréiienne de cette année ^ tom. I*% pag. aa, et dont la persécution' noiu empêcha de noua occuper, il.

noua/ot oUl^eamment envoyé» par un des hommes Jc8 plus recommandables de Valence, use lettre en date d« ai ^pmn, oontenant* sur le séjour et la mort de ce Pontiie, des détails préciett& «auxquels il noua aasuroit avec raison que. nous pouvions «ajouter la foi la plus entière ». Ils serviront à développer oeqiie noua n'avons faitqu'inr.

diqoer rapidement «dans neiie nar-^ ration historique; et noua n*ansona

coftseMint l'oprit et la liaine anticatholiques de'Laréreillére, pré- ▼alurent sur le magistrat dti gouiceraemeot, et ils contindèrent à tourmenter progressivement

besoin 9 pour cela, que de copier cette lettre 9 échappée aux spoliations :

« Le président de l'administration centrale du département, dans la visite de corps qu'il fit au Saint^Père, en se renfermant dans les conditions d'un arrêté qu'elle avoit pris d'abord , contenant on règlement de police, lui promit sa prouàtioni mot étrange, sous tous les rapports , pour le Souverain- Pontile , auquel il fit hocher la tête , et qui dit plusieurs fois avec étonoement , â ceux qui l'assistoient : /Volefdone! prouxionet D'après une lettre du minière de l'intërieur, en date du a4 prairial an VII (la juin 1799). au oommissaise du Directoire prés Tadministration centrale, en lai envoyant Farrêté de ce Directoire da aa ( 10 juin ) , qui' le chargeoit seul de la sur-* veSlance du Pontife , le cbmnrissaire en usoitavecbeaijcoapd'égardà pour sa pcrionne sacrée ; mais radministratien, <|ui n'étoit point dans les mêmes dispositions, prit on second arrêté par lequel elle s'arrogea cette surveillance, privant ainsi le côAimissaire de-sapré^ rogative. Il en résulta une mésintelligence telle, qu'il se vitforcé de donner sa démission. Cet arrêté , conco en termes indécena et durs , avoit été vi* vement combattu , dams la discussion , par un des administrateuîn, M. Gar brtel Beveron, qui, le voyant adopté par les antres membres, et ne voulant point passer, aux yeux de -ses concitoyens, pour y avoir participé , fit imprimer et pbcarder, à tsêté de l'arrêté , dans les mes et sur les places publiques , «ne généreuse protestation* Elle

5aa PIE PIE

Pie YI^ jiisqU'A ce ^'il fût des- sommet de la chaiûe méridionale

cenda aa tombeâiK des Alpes ; le. Directoire effirayé

Les rapides prog;rès des armées oro jroit les f oir descendre sur Va*

autrichiennes et russes en Italie » lence;el9 la peur fiiisant naître en les aToient amenées presqu'au lui des idées cruelles» il ordonna 9

lui devint d'asUint pliis glorieuat cha^iilire où coucboit le Saint-Père ^ qu'eUe força le» autres «dniinlatrateors et aux fenétrea de son appartement À modifier leur arrtfié. Lea félicitations sur le jardin ^ comme ai Ton eût craint ifue» de toutes perta» lea honnêtes gens c{u*il ne s'évadât, quoique paralytique en adreswttent A M. Boveron , exposé- et renfermé dans une citadelle gardée rent son coclrage à de nonvelles épreii- par une gamisen ; l'ota s'étoit permis ves. Ses oo|Ugnea> désespérés de ceqn'il encore de lui ftire la plua insolente avoit mis leur indigne manocayre à des leçons par Tarticle XIII , ainsi découvert $ lui auadtérent quantité conçu : « // e^l eutntUlkment rt~ de tracasseries 9 qui enckérisaoicnt les commande au Pape, et à tous ceux unes sur les autres. Menaoea directes > ^u/ iont attachas à sa personne , d'être lettrée de dénonciation au ministre , ctrconspeets dtfns leurs profKM , etde tout fut employé pour écartât de 1 ad* se gatmoà* A* sotties eJcprvtaiiM» qui miniatratipn un homme ^ n'avoit paurrokni sennr ^sdimientet de pré^ paa leur façon de penser. Ils écri- texu à la mah>eiliançÊ <f an fanatisme ; virent m^me à la mnnicifalité de Va- autant V administration centrale s'em^ lence , povr l'engager à se liguer avec pressera de procurer au ci - devant eux contre lai. Dans la lettre qu'elle Pontife tôttê les tgrémens et les tomreçut à teteflGst» on Usoit qn'il « ne se modù/ê» que la Met Us localités hd pouvoit paa qne l'adminiatAition oen-^ yiemiiHiiC « ^U se montre , tei qu'an traie vit sana inquiétude le citoyen Bor ta/monm» ami de lapais et de ta mvia veron (qu'elle déaignoit perfidement philosophie ; autant eUa se montrera gomme Tnn des siosàres du trône et de rigide > sll arn^ok, que ses espénances ff autel) fréquenter les personnes 'de la Jussimt trompées ». La consigne donmaison du Pontife » ; et » poilr l'em- née en conséquence , par le comman^ pécher d'woir des entrevues avec Tar- dant , étoit conçue en ces termes , chevéque de GMrinthe» qni, «yant fidèlement oopiés sur son antograsu le distinguer dana la foule» l'hononL phe , affiché dans la citedelle ; « Conn constamment de sa confiance » lea >ad* oigne du Jhsie : -^ Sur la terrasse » ministrateurs 9 dérogeant indirecte- un sergent, nn caporal et dix fument à Farticle VI de lenr premier silieri ; deux sentinelles pour exa* arrêté, qui pemnettoit à ehaenn miner s'il n'y à point de rassem-

d'enx *de sr'inlroduire dana les ap- bièment dans la eawpagne ( d«

partemena du Pe|>e,. firent intimer à cOté «ù s'avançait la cttadeMe) ; un an

la aentinelle prépoaée à sa gaide , pied du mur. Dana ce cas» en averti-

Tordre 4« de ne pas quitter M. Bo- roit de suite le chef dn peste, qui , à

veron , loiltef les ùÂb. qu'il vien- son lonr , en préviendrOît auf - le-

droit.»^ Drfnë ce seccmd alrété , non champ Xoffititrde gordê dkM U Pape:

seulement oti avèit ordonné, de placer — SÎgnà le odmmandadit die la place

des sentinelles iufqo'anx. portes ^Isk de Valence, MAaiiii.iJLifn ».

PIE

le 4aoÛt9 que le Pape fût Iranférè à IN|«n : bien enleoda 9 a|otitoit«il 1 que* lé Toyage sera ûiîl à ses dé* peDM* lUdéfeBdoitmème espiea^ •éflieilt de penoetlre qa'oD «"én^ tât à Lyon» 9 TÎUe lenommée poor •on lélè déToaement -au Saint* Siège ; mais quand l'ordre mniià f rob>tacle que les infirmités du Sainl-Pèremettoientàeette trans-* lalioD devenoit insurmontable ; etj lé iS de ce mois» il ne douta pkni lui-même que sa iSn ne lùttrès-pro* chaine* A la yue de la tombe qui s'ouTre detant lui ^ cette sollici^ tvde pastorale pour tontes les j dont il afoit été toojouis iy ne rdiiandonne point Dans ce moment même » où ses douleurs l'avertissent que bientôt il mourra , « Mes souffrances coiporelles 9 dit* ilf ne sont rien en comparaison dee peines de mon coBur... Lesear^ dlnaux et les éfêques dispersés I ...Rome 9 mon peuple I.«. L'Eglise, ab I rEglise I. .. Toilà ce qui » nuit et jour , me tourmente. En ^piel état vais- je doncics laisser I s H passe lea journées -presqu^en* tières à prier ; et, pendant la nuit encore, on l'entend fédter des psaumes I et en faire de ferventes applications é l'état oA il se trouve»

Le aoaoûtylleommeneed'éprouver des vomissemens décbirans , et d'antres aceidens non moins violeas qui annoncent que la pareille gagne les intestins. Il fait appeler son confesseur le 36; et Je jour auhrant est S«é pour lui ad*

PIË

SaS

ministrer le saint viatique. Pie TI^ ne voulant le reeevoir qu'avec tous les témoignages de respect dont il est capable, ètîge, le 97, ver^ sept heures dti matSn , qu'on l'aide: à sortir 4e son lit , ef qu'on to revête de sa stHitane j> dé son rocbet, de son camail et de son étole. Regrettant amèrement de ne pouvoir s'agenouiller, ni se tenir ' debout en recevant son Dieu , il consent à he éotntmiiiler qu'assis dans un fauteuil. La sainte Eucha- Hstie lui étant apportée par l'ar^ chevêque de Gorinthe , ce prélat croit devoir lui demander avant tout, en présentant le corps de Jk-€., s'ilpelrdotine à ses ennemis.

«Obi oui, de tout mou cœur; de tout mon cœur, 9 répond aussitôt lé Saint-Pontife, en levant les yeux au ciel, et lés rtiinehant sur un erucifiz qii'il a datas les màfns. Son inaîtrede cbapefle lit à f dix haute la profession de Foi marquée dans le pontifical; et. Pie VI , comme s'il receVott dé sa propre Foi une nouvelle force , mahiÂ^te son adbésion encoHs liiieut que par des parole^ ; car fl pose une de ses mains sur les Maints Ef angiles , et l'autre sur sa poitrltie. Enfin il .

communie d'une manière angéli>> que ; et tous les aséistans vire* ment éitios fondent en landes.

Le lendemain ('aS ) , à huit heures du matin , l'archevêque de Corintbe juge qu'il ne doit pas diBérer de lui administrer le sacre« ment des nsourans; et le Saint-*

ai.

524 PIE

Père s'unit à la prière de chacune des onQtiqnSy a?ec une piété non moins attendrissante. Après une heure de recueillement» >i1 dicte et signe un cpdicille , par lequel il fait quelques dispositions. partin culières en Cscreur ,de ceux qui le serrent , et en confie l'exécution au même archevêque» qu'il charge aussi de présider aux clauses, de son testament qi|i ont rapport au lieu et aux circonstances de sa sépulture.

Dégagé de tout soin étranger ai| salut de son âme» il ne «'occupe plus que d'offrir à Dieu le sacrifice de sa vie. Ses aspirations très-fréquentes n'expriment que son impatience d'être uni à Jésus-Christ Dans l'interyalle» il récite les psaumes Miserere met, Densj et De profundis damavi ad^te.

Domine, Souyent il répète ces rersets de l'hymne ambroisienne»

si capables d'entretenir sa confiance en Dieu : Te ergà quotsu-mus, famutis tuis subveni quos pretioso sanguifie redemisti: « Nous TOUS en prions donc » Sei* gneur; venez au secours de vos serviteurs que vous avez rachetés par votre sang précieux ». In te 9 Domine^ speravi, non confundar in aUernum ; « O mon Dieu» puisque j'ai mis en ,you^ mon espoir » je ne serai pas confondu dans l'éternité».

Ses prières sont si ardentes et ^i continues 5 pendant tout le reste de la journée (aS)» que l'on croit

FIE

nécessaire de l'engager à modérer sa ferveur» de peur que sa maladie n'en- devienne trop aiguë. Elle achève néanmoins d'épuiser se»

forces ; mais elle lui laisse la lète libre» et toute sa connoissanee des personnes et des choses. Il en profite pour tendre affectueusement une main pateroelle à tous ceux de sa suite qai approchent de son lit ; et» prenant la leur» il la serre tendrement». pour exprimer Corn* bien il est sensiblei à leur dévouement» et reconnoissant de leurs soins.

. Vers minuit» des sjmptômeA^ trop certains lui annoncent à luimême » comme aux assistans » qu'il est près de rendre le dernier soupir; mais il paroit se ranimer avec une satisfaction particulière» en voyant que l'archevêque de Co-* rintheva lui donner VahsoUuion piUfoie, accompagnée d'indulgences» et en usage à l'article de la mort II la reçoit avec une profonde humilité ;. et» la -céré*monie étant finie» quoiqu'il soit moribond» déjd suffoqué par le catarrhe» passant à sa main gauche le crucifix qu'il h'a pas quitté depuis sa communion » il pinsf la droite sur l'épaule de celui des assistans qui est agenoulUé le plus près de lui» pour donner à tous sa dernière bénédiction. Illes bénit jusqu'à trois fois». en les regardant avec un céleste amour; et tous, en se prosternant » baignés de larmes de bonheur autant que de regrets »

PIE PIE 3a5

feçoirent cette triple bénédiction force de résister à Tempressement

comme celle-là même de la Dlri-*' général de tous les catholiques de

nité» que le saint patriarche leur la tille 'et des 'campa|fnè«9 pour

transmet en entrant dans sa gloire. ' rendre un pieux hommage au Pon-f

L*archeTêque se met à réciter tife dé fiant ^ n'essayèrent pas de

les prières pour les agonisans ; les empêcher 'dé pénétrer jusqu'à

mais Pie VI, qui reut les snirre la salle basse 9 isolée, dans laquelle

arec une affectueuse piété , et s'y son corps fut relégué plutôt que

unir d'une intention réfléchie , lui déposé ( 1). Elle atoit autrefois ,. il demande, par un signe, de ka ■ ■

proooncïer lentement. Répétant (1) L'adminiaintioB eentnle, in-

intérieurement chaque parole , il ^'^^^ *« U mort de Pie V I, ordonn*

^^ •««;«<» «n «»,«i^.A mr.mt^ la« 1 jouveFture de «011 corj». EUc fut faîte en aspire, en auelQue sorte, les , . . j c c • > .^^

/ ' .. .• iMurle cmnirgieii de Se Sainteté , qu

pensées. Les prières se conti- remhauma de suite, en prtence de*

nuoient, quand le Saint - Pontife autorités ctTiks et miliuires, de l'ea-

déposa tranquillement son ftme* voyé d'Espagne, et de toat ce qui

dans le sein de Dieu , à une heure composoit la suite dn Pape. Son oœar

TÎngt - cinq minutes après minuit «» ^ entrailles forent placés ensemble

/■ A* -.\ Yi\«.^u «i^»« dans un vase cyundnque en plomb.

I le 3Q août 1700). llaroit alors ^ .^^ , ' , ^ * j

\ ■« -w -v"» »/wy ^ On revêtit le corps de sa soutane, de

Si ans , 8 mois , a jours; et, «od rochet, de son camail avec son

puisqu'il avoit gouvecné l'Eglise étole, et on le coucha dans un cercueil

pendant vingt-quatre ans, six mois de plomb, mettant à côté de lui

et quatone jours, c'est-à-dire un qo^koes monnoies de son pontificat,

. « j • j I . ^ et sur le cercueil fermé , une lame de

mots et deux lours de plus que » .. if • 1- • »

, ^. ' ,\ ^j cuivre, portant linscriptionsuyante,

aaint Pime, comme évêque de improvisée par M»' Marotti . Rome ( I ) ; si le Prince des Ap6- ^^ ^^ ^^

Ires n'eût pas auparavant siégé à Am Sestmt

Antioche, Pie VI auroit complè- HKt^*»M«amm,

fement démenti, par une grftce Jêtum* AtÊfths

soéclale du Ciel, le tieil adage B^«*rJà« c«*««r,

que la jalousie a si souvent ré- c^ur^ .mm*, PémHjicfs pmufimn, ,

pété : Non vÙkMs annoê Peiri. SecUsùm nsu

Le. admintetratear. du dépar- ^~iSiiï::^'A-^"''-

tement, étant ainsi délivrés des t^xxiXAmfÊfH.jmi^mDCCxctx,

abrmesquîcontribuoientàlesren- ^^ ^^ ^^^^ ^XL .«/•ArW, dR si bariMres enrers le Pontife m* Ammt mgtnt lxxxïï.

vivota y et ne se croyant pas la ^"T^^'i^'P^J'' .

■ lit UkëHèf ■Mil— 'r pêrftrtméu

(i) Saint Pierre en occupa le siège *^

ans, 5 mois et la jours, - I<e cercueil fut ceint de six bande

SiO PIE

est Trais serrî de chapelle au gou- Terneur; mats» depuis six ans 9 la main des impies Tavoit horrir blement dépouillée. Tandis que, — — yi—^— — — — ' I ■ —*— — —

lettea auxqueUes l'administratioii centrale « U municipalité, le commandant de U pUce^ l'enyoyé d'Esptgne»

ils* Spina, M*** Caracciolo^ et le secrétaire de Sa Sainteté, apposèrent leur sceau respectif. On enferma le tout .dans un antre cercueil en bois de chêne, que Ton porta dans la ci - derant chapelle du ^averneur.

Quelques jours après» il fut de^ cendn dans une cave pour y rester jusqu'à ce qu'on reçût des ordrss du Directoire. L'administration l'y auroit prohahlem^nt oublié si Booaaparte ne itit Tenu sTétahlir soudainement à la place de ce Directoire de la république, le 18 brumaire an VIII, ( 9 novembre 1799 ). Dès qu'il fbt premier consul, il rendit, le 9 nirose ( 3o décembre ), avec ses deux adjoints, un arrêté qui , bien que dicté psr des Tues secrètes d'ambition qu'on ne soupçonnoit pas, lui concilia la faveur des gens pieux, attendu le contraste que cet acte Ibrmoit aTec tous les actes du gouTemement républicain depuis tant d'années. Cet arrêté mérite d'autant n^ieux d'être connu de la postérité, que ce fut de là que partit Buonaparte pour arrÎTer à se faire décerner, cinq ans plus tard, la couronne impériale. En Toici

le text«! :

« Les consuls de la répdbUqoe, considérant que depub quatrç mois le corps de Pie VI est en dépdt dans la ville de Valence , sans qu'il lui ait été accordé les honneurs de la sépulture ; que si ce TieUlard, respectable par ses malheurs, a été un moment l'ennemi dé la France, ce a'a été que séduit

PÎE

durant huit jours, les prélats et autres ecclésiastiques de s^ suite y célèbrent des messes ^ y ré* citent l'Office des Morts, a^eo

par les conseils des hommes qui envirpnnoieBt sa vieillesse ; qu'il est de la dignité de la nation française, et conforme à la sensibilité du caractère national, de donner des marques de considération à un homme qui occupa xm des premiers rangs sur la terra:

arrêtent » t*. que le ministre de l'intérieur donnera les ordres nécessaires pour que le corps de Pie VI soit ei>» terré avec les honneura d'usage pour son rang ; a*, qu'il sera élevé sur le lien de sa aépultura un monument simple qui faase eonnotlie la dignité dont il étoit revêtit. »

m Le ministre de Tintérieiur ajrant écrit A l'administration centrale, pour lui enjoindra de procéder avec célérité aux funérailles de Pie VI, raprand ici le correspondant que nous avons déjà cité , elle crut ne pouvoir se dispenser d'appeler plosienn notables per»

sonnes de Valence à délibérer avec elle s|ir ce qu'il conviendroit de faira pour la dignité de la cérémonie. La discussion s'étant d'abord engagée sur le lien oh le corps du Pontifie seroit inhuBsé , les partisans de VégaUt^ronlurant que ce flit dans le cimetièra commun, dit de faùue^Cathtnne , situé hors de la ville i d'autres , plus respectueux, demandoient que l'inhumation se fit dans l'église cathédrale ; et M. Boveron proposa celle de Fhdpital-général, pensant avec raison que ce prédenx dépôt y attiraroît an grand coacoun de personnes religîeases., et par conséquent cbaritables, qui ne manqueroient pas d'y laisser d'abondans seconn pour les pauvras. Cet avis fut rajeté ; et les grossien partisans du

PIE PIE 3ap

ks disoulm pour le» défunts : roit pas permis (1)9 ils 7 voient

fliu^re paufùrum^ c'est-à-nlire accourir une multitude de fidèles

sans délies ni flambeaux , paroe de tout sexe» de toute jcondi-

que Tadministration ne. les au-» tion, <|ui rîei^ient unir leurs

mYellenieiit lépublicain remporta de gaze. Le poâie , d'an genre analoveaty en leâssent croÏM toele^oU aux gne, étoît « il eiA Yr«i» leeu par \m gens dt bien que Le programme de Ui préaidens dfs antpritéa constituées, pompe dea obsèques, tel qoe ceux- nuis a?ec des cordons de chanvre'; ci le proposoient , seroit da moins 3*. la marche fat précipitée , tnmolexécuté selon sa teneur. Il portoit « tueuse , indécente : les administrait, qoe, la reille du jour fixé pour teors n'accompagnoient .qu'avec l'air l'inhumation, le corps dn saint Poatile du contentement et les maniérBs de «eroit mis duis une salle du palais du la dérision : na^ iniisique militaire gouverneur, tendue de noir et conve^ jouait une marche qui ei^prioipit nablement éclairée par des cierges ; la joie ; 4** il >^^ ^^ P'^ ^i^ vingt a«. que f pour la marche du lende- coups de canon ; et S*^ loin que la main, le corps seroit placé sur un place de la sépulture du Pontife char de forme antique , revêtu d'un dans le cimeliére Iftt rendue notable drap noir avec un poêle do drap d'or, par on monnment, elle a'y taouroit dont les glands et cordons en or se- lellement eflboée ( le ai mars 1800), roient tenus par les firésidens 4es di- qu'à moins de l'avoir remarquée avec' verses autorités constituées, et qu'en- une attention particulière le jour de fin il y auroit des pentes en velours nnbumatîon , Ton ne pouvoft la violet ; 3*. que la marche seroit grave discerner parmi les autres sépultures et silencieuse ; 4*^ qa'il seroit Uré cinq du même cimetière. Et vollè comment cents coups de canon ; et 5*. que, sur a été honorée la cendre de ce grand la tombe, on érigeroitvne pyramide en modèle de vertu, de sagesse et de marhre de diverses conlears avec plu- résignation ! » Cependant , afin que sieurs inscr^tiiiu. cet aognste dépOt restât distingué dans « Mais ce qOi s^est réellement passé la sein de la terre, et y fttt mieux montre combien l'on se tromperoit en préservé d'une totale décomposition, jugeant de la cérémonie par le pro<- nn paiiicnlier avoit fait convrir à ses gramme , et combien les adminîsta- ftais le cercueil d'une petHe voûte en teurs insultèrent à la bonne foi des maçonnerie, à laquelle étolt ménagée honnêtes gens , et même è la cendre nne porte 9 qui resta murée ; et le perdu Pontife. I*. La veille des funé- ticolïer , que son profond respect railles , son corps ne fut ^entrepoeé pour une ri auguste reHqae avoit seul qne dans une remise sans tenture , porté à cette admirable précaution , sans illumination ni décoration qvel- éloît protestant, conque ; a«. le char sur lequel il fut (i) l«e chambre sépulcrale du porté le lendemain (3o janvier 1800) somptueux catafalque érigé sur la an lieu de la sépulture, n'étoit qu'un magnifique place de SaintPlerre, lors mauvais fourgon des transports mili- des obsèques de Duffiinx, le a3 lévrier taires, couvert d'une étofle de laine 17^ « « étoit éclairée par vingt» «noire gommée , et ceîut par une esp^ quatre flambeaux r sans compter cenx

FIE

bénédictions à ces prières.- Plusieurs couyrent le cercueil de fleurs, qu'ensuite ils emportent arec une dérotion qui les console.

La plupart croient avoir un gage 4es grâces divines 9 quand ils j ont appliqué un instant des chapelets 9 des livres de prières à leur usage. D'autres demandent avec instance qu'on leur procure quèlqu'objet qui ait appartenu au Saint-Père, ou que seulement il ait touché (1). Nous revoyons ici tout ce qui s'étoît passé à Lyon , en 1622 9 lors de la mort de saint François -de -Sales. Ces actes et ces demandes , entremêlés de prières funèbres à Dieu, et de ferventes invocations au saint Pape, forment un admirable mé-

qui brùloient dans dea coins, «ur des socles de colonnes». (Momieur du a3 ventôse an VI , — i3 mars 1 998. ) (i) Cùm multi essent qui sancUs ejus optarent eommunicare gausnhui, ( Epist. Ecclesiae Smyrn. de saneto Pofycarpo , n» X I V.) — La croÛL pectorale de Pie VI resU à Mi' Spina.

Cet adorable Craci6x , qu'il avoit presque viviâé par son dernier sonpir , appartint à M*' , Marotti. Nous avons eu le bonheur de poser nos livres sur l'un des porte - collets et l'une des calottes que ce Pontife «voit empreints de aeê sueur» , jusqu'à Sienne^ où l'un et l'autre furent accordés, par le maitre de garde^iy>be , et du consentement du Saijnt-Pére , à un préire français qui nous cède enfin un fragment de ce portercoUet. . Ses sentimens deviennent Us nôtres , lorsqu'il adresse au Sain t-Poqtife cette

PIE

lange de tristesse et de joie, de regrets et de confiance. Tous ce^ sentimens , inspirés parle souvenir de ses vertus et de ses souffrances, finissent bientôt par se concentrer dans la seule conséquence qu'ellesmêmes dictent avec un si merveilleux accord. II n'est en effet personne qui , dans ses transports d'admiration, ne finisse par s'écrier : « C'est un Martyr : oui, c'est un Martyr » !

Eh! certes, ne l'étoit - il pas autant que les sept autres saints Papes honorés depuis bien des siècles , par l'Eglise , comme teb , sans qu'ils eussent répandu leur sang pour la défense de la Foi (1) ? La voix du peuple fidèle ne se fait -elle donc pas

invocation : « Nous conserverons toujours avec respect les cheveux blancs de votre tâte vénérable. Nous honorons» comme de saintes reliques, celui de vos véftemens qui fut baigné des sueurs de votre f)l^{,llf^créi parmi les tourmens et les soucis de votre voyage. Faites que, par une secrète inÔuence, de si précieux trésors nous ^communiquent la plénitude de cette Foi vive qui fut l'âme de toutes vos actions. Ah I BOUS en éprouvâmes déjà la sainte ardeur, quan4 ^ous eûmes la consolation Ineffable d'approcher nos lèvres tremblantes du Crucifis auquel Voti>e bouche mourante avoit confié les dentiers sentimens de l'amour généreux qui consumoit la victime ».

( I ) Foyez f au Martyrohgt fxtmain , 4Mint Poutien» le 19 novembre; saint ■ Marcel, le 16 janvier; saint Jean, le 97 mai; saint Sylvère , le ao juin ;

PIE

entendre ici cointtie ia Toix de Dieu 9 dé même qn'anx premiers temps de rEglise, en de semblables circonstances 9 sans être suspecte de légèreté, à^exaiuuiùn , ^ de défaut d*in8trucU0n , suivant que te suppose un anti -gallican jaWx qui , bien que laïc ^ régente périodiquement le sacerdoce (i) ?

VesfrU de Dieu n'étoit-il donc pas généraietnent répandu parmi tous ces chrétiens d'une piété si franche et si digne des beaux jours de la religion? Y aypitil chez eux 9 comme on Tinsinue' oaliomniensement 9 de ddnge* reêue» 'préoceupationê contre^ ksquelles TEspriC divin dût ie^ tenir en garde f Et 9 puisque leur Foi étoit aussi vive qu^au ten^sdea Pol jcarpe^ des Pothin 9 ie$ règles saintes 9 si fecilès à compiiendre quand irtios ne* dépendent que de la parole de ^Jésus - Christ, toujours fidèle dans ses promesses;

saint Martin, le iq névettrbre; saint- Eleothère, le -06 mai; et saint Mel-' «hiadé, le -10 décenibre.

(t) Mfkut» lli^op infraîsemblables que le fcmrteàliste voudroit imputer à tous ces fervens catholiques des derniers temps , qui > témoins de la -mort héroïque- de 'nos ^confesseurs immolés pour la Foi , ne purent s'erapécbér de' les proclamer unanimement JTorl^^ify et de les invoquer comme tels, dans un culte prtyé, autorisé par l'Evangile et par f Eglise. ( V. VAmi- dt ta jReHfçhn et du /?oi, du 37 janvier 1821 j n« 675, à It pa^e 339 de ^^^ lome XXVI.)

ME 32g

ces règles étolent - elles moins connues que jadis 9 parmi les Trais et sincères crojans de la fin du dernier siècle 9 oâ Hnstruction' fut aussi pure que solide en ma-' tière de Foi P Qui donc au surplus honore réritablement cette Foi divine? qui la ranime arec efii-' cécité? qui la sent vivement? ou de ce trop nouveau censeur par lequel sont blâmés systématiquement 9 après un quart de siècle > ces hommages qu'il n'a pas con-dus, et auxquels nous joignîmes les nôtres individuels; ou de ce peuple chrétien à qui la* Foi tes permettôit, nous'disons trop peu 9 à qui;, en' èleitant elle - même son enthousiasme 9 elle les comm'andoit ? Où est - il • où est - il , cet Illustre clergé de France qui »

partageant la vive dévotion des Lyonnais envers saint Françoisde-Sales 9 mort dans leurs murs»

écrivit en corps9 dès 16159 au pape Urbain y ni 9 pour solliciter la oanonisàtion* de ce -saint éfv^uev «ptoiqu'il fût franger à Plglise gallicane? 0« est -il ce clergé qui renouvela sa demande auprès d'Innocent Xy-^en i65o9 et la réitéra auprès d'Alexandre Ylf 1 non senlement en 16569 mais encore en 1660 9 ne prévoyant point 9 sans doute 9 -que cent soixante-dix ans plus tard , un séculier viendroit le blâmer 9 en nous disant magistralement que 9 même lorsqu'il s'agit des personnes qu'en France y nous avons tu avec

95o PIE

tant d*admiration donner ktir vie pour Jésiis-Christ, il rAvrévidcr ce qu'il appelle les exagérations de V enthousiasme, et attendre encore 9 pour les honorer d'un culte privé, aprèâ un quart de siècle BU moins 9 et dans l'inertie d'une indifférence toujours croissante > que 9 sans en être supplié > le Souverain - Pontife 9 occupé de tant d'autres soins » ait décertU deêhonneursfuhiicsàoes généreuses victimes \\) P Où est-il enfin» ce clergé qui, trop peu satisfait ensuite par le bref de la éé^tificaiion de saint Françoisde-SaleSy qu'en 16619 Alexandre acoordoit aux religfieuses d'An-* necy» fit intervenir le Roi de France) la reine veuve 9 le duc de Savoie et sa mère, le duc et la duchesse ,de Bavière , en insistant derechef) cette année - là même , d'une manière si décisive, pour la canonisation y que la procéduro s'en commença dès 166a, et que, le 19 avril i665, le Ponti^ décerna solennellement des autels au saint Prélat , dansl'univers catholique ?

lifais cet esptrit^de justice évan* Çélique subsistoit encore parmi nous en 1800 ; car, dans toute la France, à Paris même, on distribuoit des gravures (que nous conservons) 9ur lesquelles Pie YI^ dont

(i) Voy. Z'Ami de ia Ihêûfton ei dujRoi, du 3 février 1821, n* 677, A la page 374 de son tome XXYI,

PIE

on y voyoit l'efiigie , étoit glorieusement appelé Custos Fidei (gar-* dien de la Foi) , en même temps qu'on y disoit à la Eeligion pieuraut auprès de son tombeau :

« Consoles-vous, divine Religion ; le Pontife , dont vous regrettes la perte , n'est pas perdu pour vous :

i( vit toujours, afin d'intercéder en faveur de l'Eglise qu'il gouvernoit, et de la France qu'il ai<« raoit » . C 'étoit aussi par un effet de la même confiance, indice del^ur Foi. vive et sincère , que les Valentioois désiroient fortement de retenir toute sa dépouille mortelle, Qtt quAd elle leur «ut été enle^ vée (i), d'obtenir au'taoins son cœuk* , pour le vénérer comme les Lyonnais vénéroient celui de

•^^Itm

(i) La clauae du testAment de Pie VI, par laquelle il bvoH de* mandé d'être inbumé à Rome » ne pouvant s'exécuter , les prélats et autres personnes de sa suite retournèrent en-kaKe, affligés de laisser son corps en France. Bubnaparto, sans le refuser formellement au spçcesseor de ce Pontife, le retenoii comme un otage, pour le rachat duquel i^ lui falloit ce concordat , qu'il obtiat enfin le i5 juillet, iftoi , et dont nou« ayons parlé-, tom. I*«, pag. 373. Ce ne fut mâme qu'après que ce traité eut été ratifié, le i5 août; que le Pape eut prononcé la destitution des anciens évéqnes orthodoxes qui rofusoient leur démission; et que le légat A kuere , de son choix , fut arrivé à Paris pour consommer les arrangemens de cette convention , vers la fin de décembre ; ce fut seulemmt alor«

PnS FIE 33 1

saint Fnm^îs-de^Saleft r <lont ils atapidenieiit ceMé de croire à la

aroient pu se rèsenrer la posses- Froyidenoe) si l'ooneconiprenoit

sion. Ah! Ton auroit aussi trop pas qu'elle Toulut récompenser la

<{a'il conacntît A ce qa*oii reUchAl chrétien ; d'inviter le commandant de

le dépooille mortelle de Pie VI : la place à fbarnir une garde honorable

encore ne fut «ce qn'aa moment où, et protectrice». En conséquence , à

n'ayant plos besoin des deux plus asai- dix heures du soir, le 3 nivôse an X

dus nëgodalenrs da concordat, Me (a4 décembre iSoi), quelques mem-

Spina , et le P. Caselli , ex-général de bres du conseil de préfecture, au nom-

l'ordre des Servîtes, et Uiéologien bre desquels étoient M. Boveron ,

oonsnltear de N. T. S. P. Pie VII , comme adjcùu, et le commandant de

ils alloient retourner â Rome ; et lors- la place, dix ouvriers et quarante gre*

que lui-même venoit jeter à Lyon les nadiers, s'acheminèrent vers le cime-

fondemens de son trdne d'Italie , an tière de SaMme-Catheme, situé à l'est,

milieu d'une Contu&e d'Italiens sep- au dehors de la ville, un mille environ

tentrionaux. Les procès -verbaux de an-deU de la porte Stànt^F^iix, entre

l'exhumation du corps de Pie Y I â Va- les grandes routes de Gènes et de Mar-

lence , et de sa tradition à M ^ Spina , seille. Le cercueil du Saint-Père étant

qui y est qnidifié, non seulement ar- à la profondeur de douxe ou quinze

cbevéqoe de Corintbe, mais encore palmes, les ouvriers, en déblayant les

« Prélat domestique , assistant an terres , ne parvinrent que vers minuit

trône pontifical , et ministre plénipo- â désencombrer la fiioe méridionale de

tentiaire a, nous révèlent des parti- la maçonnerie, dont nous avons va

cttliarités que l'histoire doit re- qn'il avoit été entouré. Ce ne fut qu'à

coeilHr. Il dutd'abord s'arrêtera Lyon deux heures qu'on put abattre la

afin d'en conlérer avec le préfet da porte en maçonnerie, de laquelle

département de la Drame, qui étoit nous avons fait mention ; et vers

venu dans cette ville pour faire sa deux heures et demie seulement ,

cour à Buonapa'rte ( on sait que Buo- que le cercueil qui conteooit le corps,

naparle avok déjà supprimé les ad* ainsi que l'urne qui renfermoit le cœur

minîstrations répnblîcaiiies de dépar^ et les entrailles, purent être retirés

temeaa, en concentrant leurs attri- du sein de la terre, dont l'humidité

buttons dans un préfet de son choix), avoit déjà altéré les sceaux apposés

D*après les arrangemens combinés avec des bandelettes, sûr Turae, et

entre le prélat et le préfet , celui - ci même le bois du cercueiL Le sieur Bo«

écrivit au premier conseiller de pré- veron c attesta, qu'à cela près, tout

fcctnre à Valence , le sieur Cba- étoit parfaitement dans le même état

ponel, poiir lui notifier « qvll étoit qu'il l'avoit vu déposer dans la fosse

convenable, d'après les mesurée con- du cimetière, lorsqu'il avoit en l'hua-

certées à Lyon avec Me* Spina , nenr d'assister à l'inhumation des

d'exhumer pendant la nuit le oorps do restes du Saint-Père i». On hissa le

Saiat-Père, et de le déposer aussitôt cercueil et l'urne sur un char, aa

à la préfectore, pour y êb« soigneuse- braneard duquel s'attclèran| trois

ment gardé jusqu'à Finstant de sa ouvriers des plus robustes ; et les au«

translation dans la capitale du monde très poussoient les roues ; hê qua-

PIE

PÎE

Foi de DOS Frères de ValeDoe^ daine, elle ramena, de Rome chez lorsque, malgré les oppositions eux, ce Gceur dont ils avoient reçu tortueuses d'une politique mon^ les derniers sentimens. Fidèles du

rante grenadiers, avec les commis* saires, formoient le cortège. Suivant les expressions du prQcès-rerbal , « U marche» exécutée aa milieu des té* nôbres , a été grande et silencieuse ; les ombres de la nuit, les mânes du Pontife, le souvenir de aes malheurs récens imprimoient au cœur des assistans une sorte de terreur secrète et religieuse, mêlée de respect, de regrets , et d*un vif attendrissement ».

Après avoir assez heureusement levé le cercueil du char, il arriva qa*en descendant plusieurs marches, pour h: déposer dans une salle basse de la préfecture , dont les porUs étaient étroites , il tomba avec fracas, et l'enveloppe de chêne s'en trouva notablement endommagée aux deux extrémités. Il paroitroit que Mb' Spina et le P. Caselli assistèrent à l'exhumation tjLà la translation ; car leurs signatures sont an bas du procès -verbal avec les suivantes : Doux, Fuderi, Pian^de- SùijreSf le commandant de la place Gmihert ; Boveron et Pinei, adjoints ; JSlache^ commissaire ; le conseiller de préfecture Chaponelf et le secrétairegénéral Faural,

Lors de la tradition du cercueil et de rume , le ao nivôse an X (lo janvier 1809), il fat déclaré par le premier conseiller de préfecture à Ms* Spina , accompagné du P» Caselli, « que l'in-** tention du premier consul , manifestée par le miniiitre de l'intérieur (son frère Lucien] , étoit que la remise du corps du Pape fût faite avec toute la décence convenable , mais tan» aucun appareil; et qu'il pouvoit , en conséquence, procédera l'enlèvement des restes du Pape Pie VI ». Ce second procès -verbal se

termine ainsi : « Le. tout est sorti de la préfecture avec cette décence si convenable au sujet, et le saint respect dÙ aux cendres des morts ».

La sainte dépouille de Pie VI partit pour Rome , et y fut reçue , le mardi , 16 février, avec de très-remarquables cérémonies. Le nombreux clergé de toutes les églises lui alla au-devant , plus loin que la porte Flaminia, Les évéques assistans et non assistans , les protonotaires apostoliques , les auditeurs de rote , les clercs de chambre , etc. etc. , vinrent , par ordre du Saint - Père, attendre le convoi au monastère de Sainte'ÂtarU , près U même porte , en dedans de la ville « pour le suivre en rochets et en camail , sur des mules caparaçonnées en noir , avec le préfet du palais apostolique. .Le cercueil et Fume étoient sur un magnifique char funèbre qui s'acheminoit avec cette im-.

posante solennité vers la basUique de Saint-Pierre , où N. S, P. le Pap« Pie VII devoit les recevoir, assiaté de dix-huit cardinaux.Dans sa marche, le clergé, accompagné des musiciens de la chapeUe papale, chantoit des psau-mes ; et le Miserere met, Deus , sbcumdùttt magnam misericordi^n^ tuam , étoit celui que l'on continooit en approchant de l'église; mais, par une disposition spéciale de la Providence , au moment ou l'on descendoit le cercueil poiir le faire entrer dana la Basi* lique , les musiciens se trouvèrent chanter , avec une solennité qui sembla toute particulière , le verset ^u-v ditui meo dabis gaudium ei lœtitiam ; et exu&abunt ossa humiliala : « Vous daignerez m'exaucer, 6 mon Piçn, en

itiyatirae très^hrétien» c'est pour tion da Saiat-Ponttfe, -qa! lut le

T0tt9 ; c'est pour nous tons que les foyer de son affection pour nous^

Vaienlinois conserrent cette por- ainsi *que de son amour pour

m'accordant voire «ainte joie; et, T«nt de Saint ^Banm^enture, notamtout famiiliés qu'ils sont, mes osse-^ ment les samedis et les veilles de

mens mêmes en tressailliront d'allé- grandes fêtes , ces visites répétées gressc ». impatientèrent un vieux Mre - lai

paroîssoit accomplie, quoi-* qui n'en pénétroit pas les intentions.

qu'indirectement, la seconde des pr»* Un jour, que Brascfai étoit venu pen-

dictions qui a voit été faite sur Pie VI dant l'absence du P. Léonard^ celui-ci

par l'un de ses abciens confesseurs, 1« ayant, à son retour, demandé au

P. Léonard^ récollet, de la réforme frère si personne ne s'étoit présenté

de Saint-Pierre d'Alcantara , mort en pour lui parler, et le frère ayant ré-

1751, et qu'en 1796, quarante - dnq pondu avec humeur: « Il n'est venu

ans après sa mort , ce Pontife avoit que cet importun Braschi », le bon

décUré Bienheureux, allant même ce- père lui répliqua sévèrement : « Ap-

lébrer la sainte messe dans la cellule de prenez , mon ft^re, apprenez à parler

ce religieux, sur un autel sous lequel plus respectueusement de cet ecclé-

on le voyoit encore revêtu des habits sisstique ; et sachez qu'il doit être un

de son ordre. Lors du grand jubilé de )our quelque chose de grand dans

1750 le P. Léonard avoit déjè prédit l'£glise de Dieu ». Imparau, Frw

à Pie VI lui-même , avant qu'il fût teih mio^ ùt^paraU a parlar con pià

devenu chanoine - prélat de Saint- rispetlo di ^iul signore ; e sappiauehe

Pierre^ que ce stroit lui qui, an jubilé ha da esMte, un giorno, qiuûche co$a

de 177^, ouvriroit la Pone^Saâae de di grande nMi Chiesa di Dio.

cette Basilique : ce qu'il ne pourroit Le P. Léonard > avoit epsnite an-

faire qu'autant qu'il seroit Piq>e; et noucé qua.la fin du siècle, et par

l'ona vu ci-Mlevant (pag. a6i, note), l'effet des persécutions que l'Eglise

que ce fut effectivement lai qui l'on- auroit à souffirir, jusque dans Rome,

vrit et la ferma. L'exaltation an le Pape en seroit éloigné , mais qu'il

Saintâiége avoit de même été prédite y rentrerait . «vec gloire ; et cette

par saint Françoia-de-Sales au cardi- prédiction | en laquelle Pie VI avoit

nal Ghigi, qui, devenu pape sous le beaucoup de confiance , ne regardoit

nom d'Alexandre VII, lui décerna que lui en I799< «Je ne voudrois

les honneurs de la béatification trente- pas, avoit dit souvent le saint reli'-

neuf ans après son décès, et ceux de gieux, je ne voudrois pas vivre encore

la canonisation , la quatrième année à la fin de ce siècle si corrompu , où

suivante. notre sainte mère, l'Eglise, aura de

On n'apprendra pas avec moins grands maux à souffrir, même à

d'intérêt une autre prédiction ana- Rome; mais elle en triomphera; et le

logue , faite antérieurement , par le Pape reviendra glorieux dans sa capi-

P. Léonard, lorsque Braschi n'a- taie » : la non porrti trot^armi nei

voit guére^ que Irente-un ans. Comme Jine di i^uesto secolo eùA guàstô: La

dés lor» il Alloit fréquemment trouver nostra $anta madré Chiega ^ e Jtoma

ce directeur de sa conscience, au cou- aneora dot^ranno soffrire gran guai;

PI

Dieu; etoous poufona tirer gloire de ce que c'est en France que , par les soins de leur fervente piété ,

ma ne av¥tumo la tdnUi , ed ii Papa ha 4a tomarvi giorioâo»

Mous poaTOBfl ttêsurer aux mo* démet ennemis du culte prM, en ce qui concerne lee denrien Martyrs de l'Egliae gallicane, qu'il se pratiquoit A Rome» avec la plus entière confiance et Tapprobation tacite de l'Eglise» à l'égard du P. Léonard, aTant la bulle de sa béatification ; et le Père Léonard n'ayoit pas l'avantage d'être mort Martyr. ( f^. ci • devant, tom. l*', pog. 8i, et suivantes.)

11 avoit été composé par un protonotaire apostolique, Ms* Nuui, pour U réception de» reliques de Pie Vl , une trèa-belle et très - convenable inscription, qui étoit même approuvée par le P. Mancini^ «djoint du mattre dn palais apostolique, et que l'auteur disiribuoit imprimée. Elle commençoit par ces mots : Saii^ete Saeri Cineres Pu Fi; mais, comme elle rappeloit que ce Pai>e avoit été €xul aU/ue OBSBs , la crainte de dé^ pbire par lA au gouvernement français porta celui de Rome à forcer le prélat Musai de retirer tous les exemplaires de son inscription , et A la faire disparoftre entièrement [k la PaévacB de notre tome I«» , psg, xviij )• Elle se terminoit par ees mots :

mtHti»

tmmUmCkH^i

O pêU Imd*

Le corps de Pie VI lut mis A l'endroit de la Grande Basilique où Ion entrepose les papes défunts jusqu'A ce qu'on leur ait élevé un monument, c*esl4-dire, au-dessus de la porte qui conduit au chœur des muoicicm de la

PIE

nous ayons i dans leur cathédrale , le premier, peut • être mêiae le seul monument qui, érigé en son

chapelle du chapitre; et l'urne qni renfermoit son cmur et ses entrailles lut réunie aux autres urnes qui contiennent celles de ses prédécesseors »

depuis Sixte V, et sont déposées dans le chœur de l'église de Soiiitr Vincent et Saint- Anastase , paroisse dn palais pontificol de Monte Copolio, - « Les habitans de Valence , qni demandoient qu'nn mausolée fût élevé A Pie VI , dans Téglise cathédrale de leur ville « avoient témoigné A Mk' l'archevêque de Corinthe« lors de son retour en Italie , un vif desil' de posséder le cœur dn Saint*Pontife; mais leurs vœux rcstoient sans succès 9^ comme l'atteste, A sa page afig, le premier tome d'un ouvrage véridique et assea curieux , dont il est A désirer-que le manuscrit des suivsns très-retardés, ne soit pas mutilé par une officieuse circonspection : nous voulons parler des iiémoires histo»

riqm» (tirés des archives dn ministère des cultes ) , sur lee t^aires eeciésias- 4ùfueê de France, pendant iea pre^ mûèrte année» du dix^nemnème »ièeie '( Paris « chei Ledère, 1819). a %n i8oa, oontinue l'auteur, l'éveqae diocésain, ancien prélat conetùmionnei ( M. Bécherel ) , ayant renouvelé par écrit l'expression du vœu des habiUiéi de Valence , U lui fut répondu que Pie VU étoit disposé A l'exaucer, maïs seulement lorsque le . gouver^ nement français ( de fiuonapafte ) l'auroit appuyé de son approbation , par l'organe de son ministre plénipotentiaire A Rome ( le cardinal Fescfa ). Cette approbation obtenue, le cœur et les entrailles de Pie VI fnrent transportés »oi»nn»lknieni A

PIB

bot^ur^ atteste la neconnoUr sance et la ▼^mtîon de l'EgliM uniTenelle (i}^ £h I qui donc aiiroit empêché qu'il n*en existât point encore à Rome nièine,.8iDOâ

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