PRÉFACE POUR L'ÉDITION FRANÇAISE XXI
• lire qu'elle ne l'atteint que dans la forme et non dans 'ùfond même de ses observations.
S'il considère ainsi les choses, si la condamnation
• ie ses propres paroles n'est pour lui qu'une question ..le forme, il en diminue lui-même la portée. Alors ce ront des paroles vides de sens, et il est vraiment fâcheux qu'on ait passé tant d'heures à les discuter.
En tout cas on fera bien en lisant le livre de Bernslein d'avoir constamment présent à la mémoire la résolution de Hanovre à laquelle il se rallia.
Si quelqu'un se figurait que le livre de Bernstein annonce une crise dans le marxisme, la naissance de nouveaux principes, la mort des anciens, la résolution de Hanovre lui apprendra que Bernstein lui-même est d'avis que son livre ne renferme que la critique de détails secondaires.
Dans ce livre Bernstein dit, à propos de l'introduction d'Engels aux Luttes de classes !
Le mérite qu'il s'est acquis par la publication de cet écrit — que l'on pourrait appeler son testament politique — ne saurait être exagéré... Plus importante que la rectification que comporte, d'après l'avant-propos d'Engels, l'historiographie socialiste des temps modernes, est celle qui en découle pour V interprétation intégrale de la lutte et des devoirs de la socialdémocratie.
Mais à Hanovre, lorsqu'on dut voter sur l'interprétation intégrale, Bernstein approuva une résolution qui déclare que V interprétation acceptée jusqu'ici n'a pas besoin de rectification.
Cependant on serait injuste envers Bernstein si on :royait qu'il s'est rallié à la motion Bebel uniquement pour éviter un vote qui n'aurait montré que trop clairement quelle faible minorité forment au sein de notre ;)arti ceux qui demandent « une rectification de Vin- \:erprétation intégrale de la lutte et des devoirs de la \ socialdémocratie. » Ce désir peut bien avoir rendu
XXII PRÉFACE POUR L'ÉDITIONIfRANÇAISE
plus facile à lui et à ses amis l'acceptation de la motion Bebel, mais Bernstein ne s'y serait jamais rallié s'il n'avait cru pouvoir le faire sans être en désaccord avec sa conscience.
Il est facile de s'expliquer son état d'esprit quand on se souvient de son éclectisme, qui n'est lui-même que la conséquence des tendances politiques qui lui tiennent tant au cœur pour le moment.
Insister sur ce point m'entraînerait trop loin dans des considérations peu intéressantes pour un public non allemand. Qu'il me suffise de faire remarquer que Bernstein s'efforce de concilier le libéralisme et le socialisme, d'aplanir les obstacles qui les séparent, d'effacer leurs lignes de démarcation.
De tels efforts seront secondés par les doctrines de Proudhon. Il n'est pas étonnant que Bernstein trouve que le marxisme et le proudhonisme ne s'excluent pas, qu'ils se suppléent.
Marx disait de Proudhon :
(( La nature de Proudhon le portait à la dialectique. Mais n'ayant jamais compris la dialectique scientifique, il ne parvint qu'au sophisme. En fait, cela découlait de son point de vue petit-bourgeois. Le petit bourgeois, tout comme notre historien Raumer, dit toujours : (( d'une part et d'autre part ». Deux courants opposés, contradictoires dominent ses intérêts matériels et par conséquent. ses vues religieuses, scientifiques tt artistiques, sa morale, enfin son être tout entier. Il est la contradiction vivante. »
Mais Bernstein n'est pas un proudhoniste pur et cela complique encore les choses. Il est proudhoniste d'une part et marxiste d'autre part. Il n'est pas étonnant que d'une part il emploie les arguments du libéralisme contre le socialisme, et que d'autre part il en reste à son ancien point de vue socialiste, que d*une part il ré