VI PRÉFACE POUR L'ÉDITION FRANÇAISE
La préface de Bernstein pour l'édition française ne me détermine pas non plus à changer quoi que ce soit à mon livre. Elle n'est, en effet, qu'une paraphrase de certains passages de son livre et en particulier des explications qu'ils donnent du concept de nécessité. Il y répète les mêmes quiproquos et le plaisir de les débrouiller est si mince et si peu en rapport avec la peine que ce travail exigerait que je renonce sans regret à m'expliquer davantage sur ce sujet avec Bernstein. Mais comme il déclare d'un air triomphant qu'il m'a posé depuis plusieurs mois une question dont il attend encore la réponse, je veux au moins la lui donner ici.
Il dit :
Kautsky s'oppose aussi à ma déclarai ion qu'à mesure que les hommes, par la connaissance des lois naturelles et sociales de leur existence et des organisations correspondantes, arrivent à subjuguer la nature et à diriger l'évolution économique, la notion « nécessité d'airain de l'histoire », subit des restrictions. Cette déclaration est pour lui une tentative coupable de « réconcilier la nécessité historique avec la liberté de l'utopisme ».
Malheureusement pour mon critique si sévère, ce fut Engels lui-même qui, d'accord avec Marx, qualifia dans son anti-Duhring la réalisation da Socialisme comme «le saut du régime de la nécessité dans le régime delà liberté ». On admettra que cette appréciation est beaucoup plus absolue que la mienne. J'ai demandé à Kaustky de concilier sa condamnation de ma thèse avec le maintien de celle d'Engels, et j'attends encore sa réponse i.
La mémoire de Bernstein le trompe. Il ne m'a pas posé sa question sous cette forme, pour le simple motif que je ne me suis encore jamais prononcé nulle part sur cette thèse d'Engels et qu'on ne peut par conséquent me demander « de concilier la condamnation de la thèse de Bernstein avec le maintien de celle d'Engels )).
Non, Bernstein s'est servi de la phrase d'Engels
î. Bernstein, Socialisme théorique, Xtdià. A.Cohen, p. xx