pers
plus de 50 pers.
Ainsi la grande exploitation progresse partout, excepté dans l'horticulture^ beaucoup plus que la
petite exploitation. Si nous ne tenons pas compte de l'horticulture^ insignifiante au point de vue du personnel qu'elle emploie, il ne reste dans les industries, où la petite exploitation joue un rôle important, que deux branches, dont le personnel augmente plus vite que la population : celle des aubergistes et celle des petits commerçants.
Sous la rubrique : commerce, dit le rapport du bureau de statistique impérial sur le recensement industriel de 1895, sont compris les nombreux petits commerçants, épiciers, marchands de comestibles, marchands de liquides, qui donnent ici une si grande importance à la petite exploitation.
Tableau des employés de commerce de marchandises comprenant tous les métiers précités :
Total •. 1.105.423
Exploitations occupant 1 personne.. . 317.460
Total pour les petites exploitations
en général... 809.275
La forte représentation des petites exploitations sous la rubrique : Hôtels, Restaurants, vient du nombre considérable de petits aubergistes, hôteliers et loueurs de garnis, etc.. Ils se décomposent ainsi :
Nombre total 579.958
Aubergistes sans salariés, loueurs de
garnis 99. 407
Maisons occupant 2 personnes 122.194
Total des petites exploitations 432.776
Si nous remarquons en outre que les branches
d'industrie, qui dans l'industrie du vêtement et du nettoyage déterminent la prépondérance des petites exploitations, sont la couture, les métiers de tailleur, de coiffeur, de blanchisseur, nous aurons les éléments de ces nombres que Bernstein fait défiler et marcher contre la théorie de Marx.
Marx fait dans « le Capital » la remarque suivante : Monsieur le Professeur Roscher prétend avoir découvert qu'une couturière, qui est occupée pendant deux jours par sa femme, fait plus de besogne que deux couturières, que sa femme occuperait le même jour. Que M. le Professeur évite de faire ses observations sur le processus de la production capitaliste dans la nursery et dans des conditions où manque le principal facteur, c'est-àdire, le capitaliste.
Pour perfectionner le marxisme et lui donner un caractère plus scientifi^que, Bernstein associe à la nursery l'échoppe du barbier et l'estaminet. La concentration du capital y laisse pourtant encore un peu à désirer. Rappelons nous les preuves qu'il donne pour démontrer que les conditions d'éclosion du socialisme n'existent pas encore en Allemagne, parce qu'il reste encore dans le commerce et l'industrie des centaines de mille entreprises occupant plus de quatre millions d'ouvriers, qu'il faudrait laisser à l'exploitation privée. Nous savons maintenant, en quoi consiste la majorité de ces (( entreprises ». Le socialisme doit échouer devant l'impossibilité de socialiser les fruitières, les logeuses, les couturières, les blanchisseuses, etc. !
Ces éléments forment pour Bernstein le rempart
le plus solide de la propriété capitaliste ; c'est sur eux qu'il faut étudier les lois du développement du capitalisme et non dans les mines, les usines, les filatures, les tissages, les fabriques de machines, etc.. L'ensemble des petites exploitations augmentait, de 1882 à 1895, de 51.935. Par contre, leurnombre était le suivant dans les différents groupes :
1882 1895 Augmentation
Commerce 434.783 603.209 d68.424
Hôtels, Restaurants.. 163.991 220.655 56.664
Total 598.776 823.864 225.088
Si on soustrait ces deux groupes de l'industrie en général, nous trouvons au lieu d'une augmentation de 51.955 pour les petites exploitations, une diminution de 175.133.
Le personnel des petites exploitations s'élevait dans les deux groupes cités aux nombres suivants :
1882 1895 Augn\entation
Commerce 641,696 943,545 301,849
Auberges 244,297 432,776 188,479
Total 885,993 1376,321 490,328
Le personnel de toutes les petites exploitations s'accroissait dans le même temps de 434.847. — Si par contre nous déduisons les deux groupes cidessus, nous obtenons, au lieu d'une augmentation, une diminution de 55.481 pour la petite exploitation, et cette diminution coïncide avec une augmentation de la population et une augmentation encore plus forte de l'ensemble du personnel industriel.
:Mais l'augmentation des petites exploitations dans le petit commerce, les hôtels et les restaurants n'est pas un signe de la vitalité de la petite industrie, mais un. résultat de sa désagrégation. Les petites boutiques, les petites auberges, les maisons de garnis, etc.. sont en grande partie le refuge de gens besoigneux, et destinées à utiliser le travail de la femme à côté du salaire du mari.
Dans tous les cas, ces métiers ont un caractère prolétarien. En outre ils dépendent de plus en plus de la clientèle prolétarienne, car la bourgeoisie qui peut payer apporte sa clientèle aux maisons plus importantes. Aussi les petits aubergistes et petits commerçants deviennent-ils de plus en plus prolétariens dans leurs sentiments et leurs opinions. Si le prolétariat avait autrefois les idées de la petite bourgeoisie, le contraire est aujourd'hui de plus en plus vrai.
Un autre motif y contribue précisément dans les branches d'industrie, où domine encore la petite exploitation, motif dont les statistiques ne parlent pas. Celles-ci ne signalent que la concentration industrielle au point de vue technique, et non au point de vue économique.
Elles ne désignent même la concentration technique qu'incomplètement, car dans le recensement industriel, elles comptent les branches d'industrie comme des exploitations spéciales, là où divers métiers sont réunis dans une môme exploitation. De même les filiales et succursales ont été considérées comme des exploitations indépendantes. Le nombre des exploitations en général est
donc en réalité plus petit et celui des grandes exploitations plus grand que le recensement ne l'indique.
Mais la concentration technique n'est sans doute qu'une des formes de la concentration économique : il est vrai que c'est sa forme la plus élevée et la plus parfaite. Nous trouvons aussi une concentration du capital, là où un capitaliste s'empare au point de vue économique d'entreprises indépendantes au point de vue technique. Rappelons à ce sujet les industries domestiques. Qu'on relève maintenant la liste citée plus haut des hranches d'industrie, dans lesquelles la petite exploitation domine : on verra que ce sont précisément celles dans lesquelles les petites exploitations sont le moins indépendantes au point de vue économique. Ainsi les industries domestiques sont fortement représentées dans l'industrie du hois (menuiserie, vannerie, fahricalion des chapeaux de paille, tournage, fabrication des jouets,) et surtout dans les petites industries connexes de l'industrie du vêtement et du nettoyage (confection d'habits et de lingerie, modes, ganterie, cordonnerie, blanchissage et repassage). Ces petites industries sont, pour la statistique, des exploitations indépendantes : pour l'économiste, ceux qui les exercent ne sont pas propriétaires de leurs moyens de production, mais les salariés les plus opprimés et les plus modiquement rétribués.
Quelque chose d'analogue se passe pour le petit commerce et les restaurants de toutes sortes, dont les propriétaires nominaux se transforment de plus
en plus en agents et en salariés effectifs de quelques gros capitalistes. Les restaurateurs dépondent de plus en plus des grands fabricants de bière, qui leur avancent souvent non seulement la bière, mais encore tout leur matériel; en outre, les estaminets et les restaurants deviennent de plus en plus la propriété directe des brasseries. Les patrons de ces établissements ne sont plus que des fermiers installés par les brasseries.
La même chose se passe dans le commerce. Nous n'avons pas en ce moment des chiffres concernant l'Allemagne sous la main, pour établir ce fait connu de tous.
Macrosty écrit de Londres dans un article de la « Conteinporary Review » que les restaurants bon marché de Londres sont entre les mains de quatre à cinq sociétés. Il en est de même à Londres du commerce du lait, du tabac et des produits pharmaceutiques. Une société possède à elle seule cent magasins de tabac (« Socialdemocrat x> de Londres, mai 1899). Bernstein ne nous parle pas de tout cela. 11 se contente de nous dire que le nombre des magasins de Londres s'est élevé de 1875 à 1886 de 295,000 à 366,000.
Bernstein nous objecte les centaines de mille petites industries, dont l'exploitation devra ;être laissée à l'uiitiative privée, même après l'expropriation des grandes industries. Combien parmi les 200,000 petites exploitations du groupe (Hôtels, Restaurants) dépendraient etïectivement de l'ex^ ploitation par l'Etat, si on -socialisait seulement les trois cents grandes brasseries occupant plus de
cinquante personnes, que l'on comptait en Allemagne en 1895 ? Et dans les pays, où est établi le monopole de la vente du tabac, le premier enfant venu sait que la socialisation de la production et de la vente du tabac est compatible avec l'exis- I nce de milliers de magasins de tabac. La socialisation de la production ne suppose pas le moins du monde la prédominance de la grande exploitation dans tous les domaines de l'industrie.
Il nous reste à examiner, parmi les industries oij la petite exploitation est encore relativement forte : le travail des métaux, l'industrie des cuirs, l'alimentation, le bâtiment et le trafic.
Nous pouvons négliger les compagnies d'assurances avec leur personnel de 22,000 employés.
Voici les chiflres qui les concernent :
Travail des métaux
BRANCHES D INDUSTRIE
Augmentation et dimi nation relative ....
Industrie des cuirs.
Augm. ou dimin
Industrie alimen-U882
taire |l89o
Augm. ou dimin
Augm. ou dimin
J1882 • M895 Augm. ou dimio
Bâtiment
Trafic.
PROPORTION O/o
pour des exploitations occupant :
plus de 50 pers.