‹ Le Marxisme et son critique BernsteinChapitre 39 sur 54 · CHEFS · texte numérisé non relu

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Qu'on rapproche tous ces chiffres et qu'on se demande ensuite si Bernstein a raison de prétendre que le tableau que Marx fait de la concentration capitaliste ne répond pas à la réalité (p. 79),

que les choses dites sont incomplètes et que l'extension et le développement des grandes industries ne représentent qu'un côté de l'évolution économique (p. 105). Jamais théorie ne reçut une confirmation aussi éclatante, que celle que la théorie de Marx a trouvée dans les chiffres des recensements professionnels et industriels. Mais Bernstein qui a défendu cette théorie de toute la force de ses convictions, tant qu'elle n'était pas fortifiée par ces chiffres, commence à douter de sa valeur au moment même, où il est le plus manifeste qu'elle est le miroir fidèle de la réalité.

Mais l'ag-riculture? Ne prouve-t-elle pas la faillite de la théorie marxiste?

La chose est évidemment moins claire que dans l'industrie. Dès 1864, Marx disait aux ouvriers, dans son discours d'inauguration de l'Association internationale des travailleurs : « Feuilletez les listes officielles (d'Angleterre) de 1861 et vous verrez que le nombre des propriétaires fonciers en Angleterre et dans le pays de Galles, qui était, en 1851, de 16,934, n'était plus en 1861 que de 15,066, de sorte que la concentration de la grande propriété a augmenté de 11 O/o en 10 ans. Si la réunion de toute la propriété foncière entre les mains d'un petrt nombre de personnes devait progresser dans cette proportion, la question agraire en serait certainement très simplifiée. »

Mais cette simplification ne devait pas se réaliser. Une série de faits, qui se sont produits depuis que Marx a écrit ces lignes, principalement le développement de la production agricole d'outre-

mer et l'exode général des ouvriers agricoles, retardent la concentration de la propriété foncière comme celle des exploitations agricoles. Au lieu de se simplifier, la question agraire se complique de plus en plus; elle devient même la plus embrouillée et la plus difficile des questions^, à la solution desquelles le parti socialiste doit travailler.

Mais nous pensons qu'on peut affirmer ce qui suit. Quelle que puisse être l'évolution des conditions agraires, la population des campagnes influera de moins en moins sur l'évolution sociale considérée dans son ensemble, parce que d'abord le chiffre de cette population diminue relativement^ et même çà et là d'une façon absolue. C'est là un fait nécessaire, mais dans les pays d'industrie, qui fabriquent pour l'exportation des produits manufacturés qu'ils échangent contre des objets de consommation et des matières brutes. L'évolution économique tout entière tend à enlever successivement à l'agriculteur ses diverses fonctions, pour les confier aux manufactures et à la grande industrie. Elle ruine même l'industrie domestique qui fournit au paysan les objets de première nécessité; il ne file plus lui-même son lin et sa laine^, il ne prépare plus sa boisson avec les fruits de sa récolte, etc.. Bien plus, il en est de même de ses propres produits destinés à la vente : les industries spéciales s'en emparent. Le lait de ses vaches n'est plus travaillé à la ferme, il va aux fabriques de beurre; le vin ne vieillit plus dans le cellier du vigneron, mais dans la cave du marchand de vin.

L'industrie en arrive même à fabriquer ou à

remplacer les matières premières, que l'agriculteur produisait autrefois. Elle remplace les plantes tinctoriales par les dérivés du goudron de houille, elle permet d'économiser le raisin et le houblon dans la fabrication du vin et de la bière; elle substitue aux chevaux, consommateurs d'avoine, les bicyclettes et les automobiles, et les charrues et les chemins de fer électriques, etc.. Ajoutez à cela que l'agriculture elle-même emploie les engrais artihciels, les machines, le drainage et autres moyens provenant de l'industrie. Une partie de plus en plus considérable des forces actives de l'agriculture et des produits est fournie par l'industrie. Tout cela doit nécessairement amener une diminution dans la population agricole des nations modernes.

Cela est tellement le cas en Allemagne qu'au point de vue social général, les obstacles qui s'opposent à la concentration en sont complètement renversés.

Tableau de la répartition des personnes vivant de leur industrie dans l'empire allemand (proportion "/o)-

iVgricuUure .

Industrie .

Commerce.

Total

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