‹ Le Marxisme et son critique BernsteinChapitre 6 sur 54 · PRÉFACE POUR L'ÉDITION FRANÇAISE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE POUR L'ÉDITION FRANÇAISE IX

Voilà dans quelles conditions s'accomplit ce fameux bond du règne de la nécessité dans celui de la liberté. On voit qu'Engels l'explique tout autrement que Bernstein.

Pour celui-ci, ce passage s'effectue dans la société modetne, dans l'état actuel de révolution économique et cela est déjà vrai au point qu'il en résulte pour « la pratique de la socialdémocratie une augmentation et une qualification de ses devoirs sociaux ».

Nous ne sommes malheureusement pas en état de déchiffrer le sens de cette dernière phrase, car bien qu'elle équivale au fond à une transformation complète des principes fondamentaux de la théorie et de la pratique socialdémocratiques, Bernstein l'oubUe et n'y revient plus par la suite. Dans tous les cas, cette sentence prophétique signifie que le mouvement socialiste passe dès aujourd'hui du domaine de la nécessité historique dans celui de la liberté et que ce passage du domaine de la nécessité dans celui de la liberté précède l'avènement de l'organisation socialiste de la société.

Chez Engels, au contraire, le passage de la nécessité à la liberté est une conséquence de la production socialiste. Dans son ouvrage, Socialisme utopique et socialisme scientifique^ il désigne expressément comme une conséquence de la révolution prolétarienne l'établissement d'un état social dans lequel les hommes deviennent enfin maîtres de leur propre mode de socialisation et par suite maîtres de la nature et maîtres d'eux-mêmes.

Mais Bernstein et Engels ne diffèrent pas seulement en ce que celui-là voit déjà le fait se réaliser dans la société capitaliste, tandis que l'autre ne le considère que comme une conséquence du renversement de cette société. Chez Bernstein ce fait — et c'est là précisé-

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