PRÉFACE POUR L'ÉDITION FRANÇAISE XI
que tirer de cette introduction les conséquences qui en découlent et exécuté en quelque sorte le testament politique d'Engels.
On sait qu'Engels, quelques mois avant sa mort, a dit qu8 l'intérêt de la socialdémocratie allemande est d'éviter autant que possible des conflits entre ses forces et la force armée de l'Etat. Or, si l'on admet cette thèse, il faut bien aussi en tirer les conséquences. C'est pourquoi j'ai cru utile de me prononcer contre l'emploi d'un langage qui laisserait supposer que le parti désire, au contraire, provoquer ces conflits. Ces remarques passagères, adressées à quelques collègues de la presse allemande socialiste, ont été considérées comme une critique générale du parti, et elles m'ont attiré plus d'attaques peut-être que tous mes péchés de doctrine, i
Quiconque lit ces lignes et ne connaît pas la socialdémocratie allemande, s'en fera une singulière idée.
Bernstein prétend dire exactement ce que dit Engels. Or, non seulement les paroles d'Engels furent accueillies sans soulever une objection, mais encore elles furent partout approuvées. Celles de Bernstein provoquèrent le plus grand mécontentement. Comment cela est-il possible?
Etait-ce une simple preuve de la vénération dont Engels était l'objet? Etait-ce par esprit de rancune qu'on s'en prenait si manifestement à Bernstein? L'énigme se résout d'elle-même si on y regarde de près, car alors Engels et la socialdémocratie allemande apparaissent tout autres que Bernstein ne les réprésente.
Engels avait dit c^u'il était de l'intérêt de la socialdémocratie allemande d'éviter le plus possible tout conflit avec la force armée de l'Etat. Il ne disait là rien de nouveau et ne faisait que confirmer ce qui a toujours été un des dogmes du parti socialiste allemand. C'est donner une fausse idée de la socialdémocratie allemande que de prétendre qu'il y a dans la presse