‹ Le masque de ferChapitre 10 sur 24 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le prisonnier masqué à la Bastille,

Au commencement de 1698, Saint-Mars reçut l'olire d'être nommé gouverneur de la Bastille. Il hésita d'abord à accepter, puis consentit. Barbezieux lui écrivit le 15 juin 1698 : « J'ai été longtemps sans répondre à la lettre que avez pris la peine de m'écrire le 8 du mois passé, parce que le Roi ne m'a pas expliqué plus tôt ses intentions. Présentement je vous dirai que Sa Majesté a vu avec plaisir que vous soyez déterminé à venir à la Bastille pour en être gouverneur. Vous pourrez disposer toutes choses pour être prêt à partir lorsque je vous le manderai, et emmener avec vous en toute sûreté votre ancien prisonnier ».

Le 19 juillet, Barbezieux envoyait à Saint-Mars cet ordre de partir : < Le Roi trouve bon que vous partiez des îles Sainte-Marguerite pour venir à la Bastille avec votre ancien prisonnier, prenant vos précautions pour empêcher qu'il ne soit vu, ni connu de personne. Vous pourrez écrire par avance au lieutenant de Sa Majesté du château de la Bastille de tenir une chambre prête pour pouvoir mettre ce prisonnier à votre arrivée ».

Le 24 juillet 1698, Saint-Mars écrivit pour indiquer les précautions qu'il prendrait « pour la conduite de son jirisonnier ». Barbezieux lui répondit le 4 août : « J'en ai rendu compte au Roi qui les a approuvées et trouve bon que vous partiez avec lui. > . Sa Majesté n'a pas jugé nécessaire défaire expédier l'ordre que vous demandez pour avoir des logements sur votre route jusqu'à Paris, et il suffira que vous vous logiez, en payant, le plus commodément et le plus siirement qu'il sera possible dans les lieux où vous jugerez à propos de rester».

Dans le voyage d'Exilés à Sainte-Marguerite, le prisonnier enfermé dans une chaise à porteurs couverte de toile cirée, avait beaucoup souffert du manque d'air. D'autre part, le 14 mars 1695, la Gazette d'Amsterdam avait annoncé « qu'un lieutenant de galère, accompagné de vingt cavaliers, avait conduit à la Bastille un prisonnier masqué qu'il avait emmené de Provence en litière, et qui avait été gardé à vue pendant toute la route, ce qui faisait croire que c'était quelque personne de conséquence, d'autant plus qu'on cachait son nom et que ceux qui l'avaient conduit disaient que c'était un secret pour eux ». C'est sans doute cet exemple qui inspira à Saint-Mars de substituer un masque à la chaise à porteurs pour le transport de son ancien prisonnier^ le dotant ainsi pour la première fois de l'attribut qui devait le rendre fameux dans l'histoire et qu'il ne devait plus quitter en dehors de sa cellule jusqu'à sa mort.

Les expressions des lettres que nous avons citées

plus haut « Vous pouvez disposer toutes choses pour être prêt à partir. . . et emmener avec vous en toute sûreté votre ancien prisonnier », etc., ont donné lieu à M. Burgaud de supposer que Saint-Mars avait demandé à emmener avec lui son ancien prisonnier, flatté qu'il était de garder M. de Bulonde. Il me paraît douteux qu'on puisse voir dans ces expressions l'indice d'une concession faite à Saint-Mars, il est probable qu'il n'y a là qu'une formule de politesse.

En allant de Sainte-Marguerite à la Bastille, Saint- Mars séjourna dans sa terre de Palteau (près de Sens). En 1768, M. de Formanoir, fils du neveu de Saint- Mars et héritier de cette terre, communiqua à Fréron ce qu'il savait de ce séjour : « L'homme au masque arriva dans une litière qui précédait celle de M. de Saint-Mars ; ils étaient accompagnés de plusieurs gens à cheval. Les paysans allèrent au devant de leur seigneur. M. de Saint-Mars mangea avec son prisonnier qui avait le dos opposé aux croisées de la salle à manger qui donne sur la cour. Les paysans que j'ai interrogés ne purent voir s'il mangeait avec son masque, mais ils observèrent très bien que M. de Saint-Mars qui était à table vis-à-vis de lui, avait deux pistolets à côté de son assiette. Ils n'avaient pour être servis qu'un seul valet de chambre [Antoine Ru?] qui allait chercher les plats qu'on lui apportait dans l'antichambre, fermant soigneusement sur lui la porte de la salle à manger. Lorsque le prisonnier traversait la cour, il avait toujours son masque sur le visage. Les paysans remar([uèreul qu'on lui voyait les dents et les lèvres, qu'il était grand nt

avait les cheveux blancs. M. de Saint-Mars coucha dans un lit qu'on lui avait dressé auprès de celui de l'homme au masque... ». Comme les renseignements fournis par Formanoir, d'après son cousin de Blainvilliers, cousin et lieutenant de Saint-Mars, sont un tissu d'erreurs, d'invraisemblances et de confusions dans les parties que nous n'avons pas reproduites, tout ce récit ne peut être accepté qu'avec doute (1).

Grâce au registre de du Junca, le lieutenant de Roi à la Bastille, nous sommes informés d'une façon autrement certaine sur l'arrivée du prisonnier : « Du jeudi 18 de septembre 1G98, à trois heures après-midi, M. de Saint-Mars, gouverneur du château de la Bastille, est arrivé pour sa première entrée, venant de son gouvernement des îles Sainte-Marguerite-Honorat, ayant mené avec lui dans sa litière un ancien prisonnier qu'il avait à Pignerol, lequel il fait tenir toujours masqué, dont le nom ne se dit pas, et l'ayant fait mettre en descendant de sa litière dans la première /chambre de la tour de la Basinière (2), en attendant la nuit, pour le mettre et mener moi-même à neuf heures du soir avec M. de Rosarges, un des sergents que M. le Gouverneur a menés, dans la troisième chambre, seul, de la tour de la Bretaudière (3) que

(1) Lair, Foucquet, II, 531.

(2) Les chambres de chaque tour étant numérotées de bas en haut, la première Basinière devait être un sinistre cachot.

(3) D'après les historiens de la Bastille, chacune de ses tours était alîectée de préférence à un genre de coupables ; la Bertaudière avait généralement comme hôtes des espions. — Constantin

j'avais fait meubler de toutes choses quelques jours avant son arrivée, en ayant reçu l'ordre de M. de Saint-Mars, lequel prisonnier sera servi et soigné par M. de Rosarges, que M. le gouverneur nourrira ».

Pendant son séjour à la Bastille, Saint-Mars correspondait généralement de vive voix avec le secrétaire d'Etat, aussi, pendant cette période, une seule lettre de Pontcliartrain concerne le prisonnier dont elle atteste une fois de plus la piété : « Le Roi trouve bon que le jjrisonnier de Provence se confesse et communie toutes les fois que vous le jugerez à propos » (3 novembre 1698).

Une mention du registre de du Junca, du 30 avril 1701, a donné liôu à une controverse : « Du samedi 30 avril, sur les neuf heures du soir, M. Aumont le jeune est venu, ayant mené et remis un prisonnier, le nommé Maranville, sous le nom de Ricarville, qui a été officier de guerre, mécontent, parlant trop, et mauvais sujet, lequel j'ai reçu, suivant les ordres du Roi, expédiés par M. le comte de Pontchartrain ; lequel j'ai fait mettre en compagnie, aveclenomméTirmont, dans la seconde chambre de la tour de la Bertaudière (1),

de Renneville qui fut enfermé dans la seconde chambre et dans la calotte de cette tour, en 1702, dit : La chambre au-dessus de la mienne s'appelait la troisième ; j'ai su qu'elle était assez belle et éclairée {L'Inquisition française, éd. de 1724, t. I, p. 111).

(1) Constantin de Renneville qui y fut enfermé du 31 juillet au 28 septembre 1702 dit que « c'était un petit réduit octogone large environ de douze à treize pieds en tous sens et à peu près de la même hauteur... Tous les créneaux étaient bouchés, à la réserve de deux qui étaient grillés. Ces créneaux étaient du côté

avec l'ancien prisonnier, tous les deux bien renfermés ». M. Funck-Brentano (Légendes et Archives de la Bastille, p. 95) en conclut que le secret pour le prisonnier avait cessé, puisqu'on le mettait avec Maranville. Observons que du Junca, le 18 septembre 1698, avait inscrit qu'il avait enfermé le prisonnier masqué dans la « troisième chambre, seul, de la tour de la Bretaudière ». Dans la mention du 30 avril, d'ailleurs écrite dans un français peu clair, il ne dit point qu'il a mis Maranville avec Y ancien prisonnier^ mais bien avec Tirmont(sous entendant dans la mê)ne tour) avec l'ancien prisonnier. Si le prisonnier masqué avait été avec Maranville et Tirmont, du Junca aurait dit : tous les trois bien renfermés.

Loin de prouver que l'on n'attribuait plus d'importance au secret de l'homme masqué, cette citation, comme les autres^de du Junca, prouve au contraire que le secret gardé envers tous, même envers le lieutenant de Roi de la Bastille, commençait à piquer la curiosité; du Junca, ayant écrit tour delà Bertaudière songe de

de la cliambre larges de deux pieds et allaient toujours en diminuant en cône dans l'épaisseur du aiur jusqu'à l'extrémité qui, du côté du fossé, n'avait pas demi pied d'ouverture et par ce même côté étaient fermés d'un treillis de fer fort serré. Comme c'était au travers de ce treillis que venait le jour, qu'il était encore obscurci par cette épaisseur de mur, qui de ce côté-ci a dix pieds, par la grille et par une fenêtre qui fermait au dedans de la chambre à volet, garnie d'un verre très épais et très sale, il était si faible que quand il entrait dans la chambre à peine servait-il à faire distinguer les objets. . . » {L' Inquisition française, éd. de 1724, t. I, p. 106).

suite au détenu mystérieux qui y habite, et ajoute hors de propos : avec l'ancien prisonnier ; la formation de la légende avait commencé.

Tirmont accusé de bien des choses impies, avait été « mis seul dans la deuxième chambre de la Bretaudière» le 30 juillet 1700 (Ravaisson, Archives de la Bastille, 10, 271).

Il est impossible de savoir combien de temps l'homme masqué est resté dans la troisième chambre de la Bertaudière ; en tous cas, il n'y était plus le 6 mars 1701, car ce jour là, Anna Randon y fut mise seule ^ très renfermée » (Ravaisson, 10, 329).

Deux ans plus tard, du Jonca mentionnait pour la dernière fois l'inconnu sur son registre : « Du même jour, lundi 19" de novembre 1703, le prisonnier inconnu toujours masqué d'un masque de velours noir, que M. de Saint-Mars, gouverneur, a mené avec lui en venant des îles Sainte-Marguerite, qu'il gardait depuis longtemps, lequel s'étant trouvé hier un peu mal en sortant de la messe, il est mort le jourd'hui sur les dix heures du soir, sans avoir eu une grande maladie, il ne se peut pas moins. M. Giraut, notre aumônier, le confessa hier. Surpris de sa mort, il n'a point reçu les sacrements, et notre aumônier l'a exhorté un moment avant que de mourir. Et le prisonnier gardé depuis si longtemps a été enterré le mardi à quatre heures de l'après-midi, 20® de novembre, dans le cimetière Saint-Paul, notre paroisse. Sur le registre mortuaire, on a donné un nom aussi inconnu que

M. de Rosarges, major, et Arreil, chirurgien, qui (sic) ont signé sur le registre ».

« J'ai appris depuis qu'on l'avait nommé sur le registre M. de Marchiel, qu'on a payé 40 1. d'enterrement ».

Cette notice est corroborée par l'extrait suivant du registre de la paroisse Saint-Paul, du 20 novembre 1703 : « Le 19®, Marchioly, âgé de quarante-six ans ou environ, est décédé dans la Bastille, duquel le corps a été inhumé dans le cimetière Saint-Paul, sa paroisse, le 20" du présent, en présence de M. Rosage, major de la Bastille, et de M. Reglhe, chirurgien major de la Bastille, qui ont signé

Rosarges, Reilhe.

Le nom de JVIarchioly, donné ici au Masque de fer, a donné lieu de soutenir que l'on avait la preuve écrite, que c'était bien Matthioly ; l'un des premiers qui aient soutenu cette thèse, Roux-Fazillac, dit : « Je trouve dans le nom de Marchialy (sic), sous lequel le prisonnier a été inhumé, si peu différence avec celui de Matthioly que je les identifie et que je n'y vois que le ministre italien. On peut attribuer la cause de cette dissemblance à une erreur de transcripteur. . . mais sans m'arrêter à cette dernière idée, je vois dans la seule politique l'intérêt de faire mal écrire, sur le verbal mortuaire, le nom de Matthioly. Il est à remarquer encore que, dans les originaux, ce nom est écrit de différentes manières ; Saint-Mars surtout, dont l'écriture est très incorrecte, l'écrit souvent Marthioly. On sait d'ailleurs que dans la langue italienne, le ch produit l'effet du k ».

La ressemblance des deux noms est certes trop grande pour être un effet du hasard. Mais nous croyons pour notre part à une mesure destinée à dépister la curiosité. Saint-Mars n'ignorait pas que, dès 1669, à Pignerol, le public s'occupait de son prisonnier : « On croit ici que c'est un maréchal de France, et d'autres disent un président», écrivait-il le 31 août à Louvois, et le 12 avril 1670, il disait encore au même : « Il y a des personnes qui sont quelquefois si curieuses de me demander des nouvelles de mon prisonnier... que je suis obligé de leur dire des contes jaunes pour me moquer d'eux ». De Sainte-Marguerite, le 8 janvier 1688, il mandait : « Dans toute cette province, l'on dit que mon prisonnier est M. de Beaufort, et d'autres disent que c'est le fils de feu Gromwell ». Depuis que son prisonnier, après avoir traversé toute la France masqué, allait tous les dimanches et fêtes (et peut-être plus souvent) de sa cellule à la chapelle, dans ce singulier accoutrement, la curiosité publique était, il devait le savoir, bien plus éveillée. De là, quand Rosarges vint lui demander sous quel nom on devait déclarer le prisonnier, l'idée de Saint-Mars d'indiquer celui de Matthioly, ou du moins un nom fort voisin. Sans la masse de documents publiée aujourd'hui et qui permettent d'affirmer : l<*que r« ancien prisonnier » n'était pas Matthioly, 2° que celui-ci est mort vers le 28 avril 1694 en arrivant à Sainte-Marguerite, nous nous serions laissé tromper par l'artifice du vieux geôlier.

Il serait d'ailleurs étonnant qu'après avoir observé si

longtemps l'ordre de n'expliquer à qui que ce soit ce qu'avait fait son ancien prisonnier, Saint-Mars ait révélé ce secret en révélant son nom lors de son inhumation. Cet ordre d'ailleurs n'aurait pas eu de raison d'être pour Matthioly ; tout le monde savait ce qu'il avait fait. Le secret de Danger, au contraire, était ignoré de tous.

C'était d'ailleurs l'usage à la Bastille et presqu'une manie du vieux Saint-Mars de substituer dans les actes de décès des noms de fantaisie aux noms véritables : le prémontré Dubois est appelé Elie, Dupressoir- Lourast est enterré à Saint-Paul sous le nom de Pierre Masserque, Hardy devient George Ronait (1707), François Esliard, Pierre Maret (24 octobre 1701) (1).

Remarquons enfin que l'âge est évidemment fautif, car un homme enfermé depuis 34 ans ne pouvait avoir quarante-six ans à sa mort, sinon il n'aurait pas été enfermé à cause « de ce à quoi il avait été employé auparavant que d'être à Pignerol », « de ce qu'il avait fait » avant son arrestation. La tromperie sur l'âge doit faire conclure quV/ fortiori on a dû chercher à tromper sur le nom.

Avant de passer à la légende qui se forma peu à peu après la mort de l'ancien prisonnier, résumons d'après M. lung les renseignements que les sommes allouées à Saint-Mars, "Villebois et Laprade, peuvent fournir sur la façon dont les prisonniers étaient traités.

Jusqu'en 1681, Saint-Mars toucha 500 livres par

(1) Lair, Foucqiiet, II, p. 486.

mois pour la nourriture de Foucquet, 600 livres pour celle de Lauzun, 50 livres par tête de valet et 120 livres pour les autres prisonniers ou 4 livres par jour. A la mort de Foucquet (mars 1680), La Rivière a sans doute passé dans la catégorie des prisonniers d'Etat et le Roi semble avoir payé 4 livres par jour pour lui comme pour les autres. M. lung {la Vérité sur le Masque de fer, p. 154) dit qu'il fut bien spécifié qu'Eustache Danger et La Rivière continueraient à être payés comme valets, c'est-à-dire à raison de 50 livres par mois, mais c'est une erreur indubitable. La lettre du 8 avril 1680, sur laquelle il s'appuie, a été publiée en entier par Delort, Histoire de la détention des philosophes, 1. 1, p. 318, et elle ne dit rien de pareil.

Lauzun rendu à la liberté, Saint-Mars nommé à Exiles, il y eut dès lors deux sortes de prisonniers, ceux d'Exilés et ceux de Pignerol. Pour chacun des deux premiers (les deux de la Tour d'en bas), Saint- Mars reçut deux écus par jour (9 juin 1681) , 2190 livres pour chacun par an ; pour ceux du donjon (Matthioly, Dubreuil, etc.), Villebois n'eut que 2 livres. Ce ne fut que le 5 avril 1694 que La Prade obtint une augmentation pour ces derniers. En effet, Barbezieux écrivait ce jour-là à l'intendant Bouchu : « Le Roi veut bien donner au sieur de La Prade, qui commande au donjon de Pignerol, un écu, au lieu de quarante sous par jour, pourla subsistance de chacun de ses prisonniers, attendu la cherté des vivres ».

Ainsi donc les prisonniers laissés à Pignerol par Saint-Mars furent toujours moins bien traités que

ceux d'Exilés. Toutefois, il ne faut pas prêter une importance trop grande à cette différence, car les allocations destinées à couvrir ce genre de dépenses augmentaient alors avec le degré de faveur du gouverneur et devenaient la source d'un bénéfice parfaitement connu du ministre. A Sainte-Marguerite, Saint- Mars continue à toucher un écu par jour pour son prisonnier, et 900 livres par an pour chacun des ministres protestants (1). Le Roi ne donnait que 20 sous par jour pour les autres prisonniers des châteaux.

Mais où la nuance dans le traitement des détenus se montre plus sensible, c'est à l'époque de l'abandon du commandement du donjon. Une fois Saint -Mars à Exiles, il n'y a plus de compagnie, plus do gouverneur habitant le donjon. Villebois, il est vrai, ne peut pas quitter son poste, maison cela, il ne fait que suivre des instructions qui sont identiques pour tous les gouverneurs de forteresses, même pour le gouverneur général Herleville, qui ne peut découcher.

Dans le choix d'un confesseur, le contraste se présente plus vif encore : du temps de Saint-Mars, à Pigrierol, Exiles, Sainte-Marguerite, le choix d'un pareil personnage est l'objet des préoccupations continuelles du gouverneur et.Hu ministre. A Pignerol, à partir de 1681, il n'en est plus de même. Le confes-

(1) Saint-Mars avait d'abord reçu seulement quinze sous par jour pour Paul Gardel, le premier ministre protestant qui lui ait été confié.

seur mort, Louvois se contente d'écrire à Villebois, le 23 mai 1683: «Puisque l'aumônier qui confessait les prisonniers de la citadelle de Pignerol est mort, il faudra se servir d'un des religieux du couvent de la ville pour les confesser et leur dire la messe ». Et le 11 décembre de la même année, il ajoutait: « A l'égard des prêtres que les dits prisonniers demandent, je dois vous dire qu'il ne faut les laisser confesser qu'une fois l'an ». Les prisonniers sont-ils malades, Barbezieux écrit à La Prade : « Si les prisonniers viennent à mourir, il n'y a qu'à les faire enterrer comme des soldats ». Le ministre désire-t-il être renseigné sur les faits et gestes des malheureux :« Envoy(?z moi, dit-il à Villebois, le 24 août 1687, un mémoire des prisonniers qui sont à votre garde dans le donjon de Pignerol, qui m'explique la conduite qu'ils y tiennent et ce qu'ils disent lorsque vous leur faites porter à manger». Cette fois, plus de précautions comme dans la fameuse dépêche à Saint-Mars du 12 mars 1682, plus d'attentions pour l'aumônier, comme en 1687, pour le sieur Favre : «J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite en faveur du sieur Favre, aumônier du prisonnier.. .. ses appointements sont augmentés jusqu'à 600 livres. . .».

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