‹ Le masque de ferChapitre 3 sur 24 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

élucidant le problème que comportait la vie de Jacques de la Cloche.

C'est à faire connaître les résultats si intéressants obtenus par Mgr. Barnes que ce livre était consacré. Une première édition était terminée depuis un mois quand le hasard fit découvrir à l'auteur des documents prouvant que Prignani était mort à Rome en 1678 ou 1679. Près d'un tiers du volume a dû être recommencé ; encore n'a-t-on pas pu changer ses grandes lignes. C'est ce qui explique le manque de lien actuel entre certains chapitres : l'idée qui avait présidé à leur disposition dans la première édition a dû être abandonnée dans la seconde.

Quand un auteur s'est trompé, on est toujours tenté de trouver son erreur inexcusable et de déclarer ennuyeuses et déplacées les explications qu'il peut en donner. L'hypothèse qui voyait dans Prignani le Masque de Fer avait cependant rencontré par hasard des coïncidences vraiment extraordinaires : cet abbé était vraisemblablement en possession d'un secret d'une importance absolument unique (celui de la conversion de Charles II au catholicisme ) , les documents permettaient de croire que Louis XIV avait de l'antipathie pour lui , enfin et surtout les deux derniers documents connus le nommant (les lettres de Lionne des 17 et 27 juillet 1669) étaient antérieures de deux ou d'un jour aux lettres de Louvois et de Louis XIV préparant et ordonnant l'incarcération du Masque de fer. On pouvait donc conclure à une relation de cause à effet, sentiment encore fortifié par le fait

iO LE MASQUE DE FER

que l'aiTestation du Masque de fer a vraisemblablement eu lieu à Dunkerque ; Prignani qui revenait d'Angleterre pour rendre compte de sa mission diplomatique devait repasser par cette ville ou dans son voisinage s'il retournait dans ce pays pour continuer l'œuvre de convertisseur que lui avait confiée Madame. l)e plus, il est à peu près sûr que le Masque de fer était un prêtre. Il y avait là une nouvelle coïncidence. Le vraisemblable n'est pas toujours vrai. Avant même que la première édition de ce livre ait été mise en vente, j'ai été forcé de reconnaître que ces coïncidences, si précises qu'elles fussent, n'avaient pas constitué une preuve.

J'ai ajouté en appendice une étude sur l'histoire de Roux de Marsilly, protestant exécuté à Paris en 1669. Un historien écossais, M. A. Lang (1), a soutenu longtemps que le Masque de Fer était un nommé Martin, valet du supplicié. L'épisode étant élucidé surtout par des documents inédits jusqu'ici, il n'était peut-être pas inutile de le faire connaître à nos lecteurs. D'ailleurs, il se rattache intimement à celui de la mission de Prignani. Roux de Marsilly, qui passait pour avoir voulu assassiner Louis XIV, prétendait être l'agent du gouvernement anglais auprès des Suisses ; les mêmes dépêches nous renseignent sur lui et sur Prignani. Décembre 1912.

(1) Mr. Andrew Lang, membre de l'Académie royale britannique depuis 1906, est né le 31 mars 1844. Après des études brillantes à Fldimbourg et St. Andrews, il se consacra à la littérature et à l'histoire. Son œuvre est considérable. Citons surtout son History of Scotland et ses travaux sur Jeanne d'Arc qui l'ont rendu populaire en France. Il est mort le 20 juillet 1912.

Page 1