CHAPITRE I
La coJiversion de Charles II.
Complètement et définitivement battu à Worcester par Cromwell, le 3 septembre 1651, Charles II, fugitif, se cachait où il pouvait pour échapper à la poursuite des Têtes-Rondes et gagner un port d'où il pourrait s'embarquer pour la France. Il avait, d'après la tradition, passé deux nuits à Boscobel House dans le « trou du prêtre catholique » et deux jours dans les branches d'un chêne du voisinage, pendant qu'un de ses compagnons, lord Wilraot, avait trouvé asile à quelques milles de là chez un catholique, Mr. Whitgreave, propriétaire de Moseley Hall. Le dimanche 7 septembre, un paysan fidèle, John Pendrell, y arriva porter la nouvelle du grand danger que courait le roi. Alors Mr. Whif greave et son chapelain John Hudleston, moine bénédictin, « vivement émus du péril où se trouvait leur souverain, après avoir offert au Seigneur leurs prières du dimanche pour le salut de Sa Majesté », firent leurs arrangements pour l'amener à Moseley. Déguisé en garçon meunier,
SOUS le nom de Will Jones, et dans le plus misérable accoutrement, Charles y fut conduit par les Pendrells et y resta trois jours.
Le mardi 9 septembre, il eut un long entretien avec le P. Hudleston ; il lui demanda comment les Catholiques se trouvaient sous ce gouvernement puritain. Le Père lui répondit que persécutés à la fois pour leur religion et leur loyalisme, ils ne négligeaient pas leurs devoirs religieux, et il le mena à la petite chapelle dans le grenier. Son aspect propre et décent émut le roi; revenu en bas, il examina les livres du P. Hudleston, et fut particulièrement intéressé par un petit traité manuscrit intitulé « Le court et droit Chemin vers la Foi et l'Eglise », écrit par le P. Richard Hudleston, oncle de son interlocuteur. Le roi le lut avec attention et quand il eut fini, dit : « Je n'ai jamais vu rien de plus net et de plus clair sur ce sujet ; les arguments tirés de la succession sont si décisifs que je ne comprends pas comment on peut leur résister ». Il prit aussi un exemplaire du catéchisme de Tubervill et dit que « c'était un bon livre et qu'il le garderait avec lui ».
A ce moment un serviteur vint annoncer que des soldats venaient vers la maison. Le roi fut enfermé bien vite dans le « trou du prêtre (1) » et y resta pendant l'entrevue de Mr. Whitgreave avec ces soldats.
(1) Fea, dans tlie Flight of the King, en donne une photographie, comme d'ailleurs de tous les édifices et objets rendus célèbres par la fuite du roi.
LA CONVERSION DE CHARLES It 13
Ils n'avaient aucun soupçon de la présence de Charles, mais voulaient arrêter son hôte comme ayant combattu à Worcester. Il put leur prouver le contraire et ils s'en allèrent sans perquisitionner.
Charles étant sorti de sa cachette, Hudleston saisit cette occasion de lui rappeler que, depuis cent ans, les prêtres catholiques anglais vivaient dans les conditions où il se trouvait depuis quelques jours. « Votre Majesté est exposée actuellement aux mêmes périls que moi, mais j'espère que Dieu qui vous y a conduit vous préservera et que vous y serez aussi en sûreté que dans un château de vos royaumes ». « S'il plaît à Dieu de me rendre ma couronne, répondit le roi, vos coreligionnaires jouiront d'autant de liberté que n'importe lequel de mes sujets ».
Le trou du prêtre oîi Charles passa une heure si déplaisante peut encore être vu. On y entrait par une porte secrète dans la boiserie. « Dépourvu de lumière et presque d'air, il ne présentait d'autre commodité qu'un siège en brique. Les malheureux prêtres que l'on y cachait y restaient parfois des jours et des semaines, soutenus par une nourriture liquide qu'on leur passait au moyen d'une plume ou d'un roseau».
Charles quitta Moseley Hall la même nuit, et après beaucoup d'aventures atteignit Shoreham, d'où il s'échappa sur le continent. A partir de ce moment, il semble avoir été catholique de cœur ; mais il était encore loin de l'être par ses actes. En dépit de conférences avec M. Olier, le fondateur des Sulpiciens, de lettres aimables et de promesses aux couvents,
d'affirmations de ses sentiments catholiques dans des conversations privées, il ne put se décider à l'abjuration publique.
Remonté sur le trône, en 1660, tous ses actes visèrent constamment à remplir ses promesses aux Catholiques, mais il dut peu à peu reconnaître que la haine du papisme était aussi forte chez ses partisans que chez ses ennemis.
Tout d'abord, il rouvrit la chapelle de sa mère à Somerset House, fournissant ainsi aux Catholiques de Londres un endroit où ils pouvaient entendre la messe sans crainte de persécution ; puis sans révoquer les lois pénales contre eux, il restreignit beaucoup leur exécution dans la pratique ; enfin refusant d'épouser une des princesses protestantes qui lui furent proposées, il se maria avec une catholique, Catherine de Portugal.
La nouvelle reino arriva à Portsmouth le 13 mai 1662. Contrairement à l'usage, elle n'avait pas été épousée par procuration, sous prétexte que les Portugais n'auraient pas admis qu'un protestant remplît ce rôle. Il fallait célébrer le mariage en Angleterre ; Charles se hâta d'accourir à Portsmouth et la bénédiction nuptiale fut donnée aux époux dans la chambre à coucher de Catherine par lord d'Aubigny, son aumônier, en présence du P. Howard et de quelques Portugais. Sheldon, évêque de Londres, venu pour célébrer la cérémonie, se trouva frustré de cet espoir. Il se contenta de dire qu'elle avait eu lieu sans faire savoir qui. avait officié et fut récompensé de sa complaisance par le siège archiépiscopal de Cantorbéry.