LA CONVERSION DE CHARLES II
Le fait qu'il y avait deux reines catholiques (la mère et la femme du roi) autorisa à ouvrir une nouvelle chapelle catholique à Saint-James ; d'Aubigny en fut le titulaire et il eut avec lui deux groupes de religieux, des Franciscains portugais et des Bénédictins anglais dont le P. John Hudleston faisait partie.
Dans sa déclaration, envoyée de Bréda au général Monk, le roi avait annoncé qu'il était en faveur de la tolérance religieuse ; une fois monté sur le trône, il fit tout ce qu'il pouvait faire sans danger pour que le catholicisme profitât de cette promesse faite à tous. Les mesures qu'il prit en conséquence sont énumérées dans un document qu'il envoya à Rome, vers la fin de 1662, pour réconcilier son royaume avec le Saint-Siège. Communiquer ouvertement avec le pape eut provoqué un orage et eut pu lui coûter son trône ; le plus grand secret était nécessaire. L'agent qui fut choisi était un catholique irlandais, nommé Richard Bellings (1), homme de bonne naissance et secrétaire particulier de la reine-mère Henriette-Marie. Il partit d'Angleterre dans l'automne 1662, ostensiblement pour vaquer à ses propres afi'aires : il ne devait aller à Rome qu'après avoir dépisté la curiosité.
La première chose qu'il devait demander était le chapeau de cardinal pour l'abbé d'Aubigny, aumônier de la reine et parent du roi. Le mémorandum sur ce
(1) Bellings (Richard), né près de Dublin au commencement du XVII« siècle, secrétaire de la Confédération irlandaise en 1642, mort en 1677.
sujet avait été écrit par le chancelier Clarendon luimême (1), copié par son fils et signé à chaque page par Charles. Bellings avait aussi des lettres d'introduction du roi pour le cardinal Ghigi, neveu d'Alexandre VII, le pape régnant, et pour le cardinal Barberini, ainsi que deux lettres des deux reines au cardinal Orsini. L'abrégé du mémorandum et les deux dernières lettres existent encore.
En dépit d'un avis favorable d'une des congrégations de cardinaux, le pape ne put donner satisfaction au roi, probablement à cause des convictions jansénistes de l'abbé d'Aubigny.
Le reste de la négociation, dont le secret était bien plus rigoureux, et dont Clarendon en particulier ne savait rien, avait pour objet un plan destiné à ramener les trois royaumes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande sous l'obéissance du Saint-Siège. Le roi, et ceux qui comme lui désiraient être réunis à l'Eglise romaine, devaient accepter la profession de foi extraite par Pie IV des actes du Concile de Trente et les décrets des Conciles généraux sur la foi et la morale, réservant seulement comme en France certains droits et certaines coutumes. Rien de ce qui n'y serait point contenu ne pourrait être imposé au roi, ni à aucun de ses sujets catholiques, et si l'un d'eux exprimait son
(1) Edouard Hyde, comte de Clarendon,chancelier de l'échiquier sous Charles !<"■, accompagna Charles II dans l'exil depuis 1644 ; grand chancelier en 1657, forcé de démissionner et banni en 1667, mort à Rouen en 1674.