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CHAPITRE IV Sustache Dauger à F>ignerol

Le 19 juillet 1669, Louvois écrivait à Saint-Mars, commandant du donjon de Pignerol : « Le roi m'ayant commandé de faire conduire à Pignerol le nommé Eustache d'Auger, il est de la dernière importance à son service qu'il soit gardé avec une grande sûreté, et qu'il ne puisse donfier de ses nouvelles en nulle manière, ni par lettres à qui que ce soit. Je vous en donne avis par avance, afin que vous puissiez faire accommoder un cachot où vous le mettrez sûrement, observant de faire ensortequeles jours qu'aura le lieu où il sera ne donnent point sur des lieux qui puissent être abordés de personne et qu'il y ait assez de portes fermées les unes sur les autres powr que vos sentinelles ne puissent rien entendre. 11 faudra que vous portiez vous-même à ce misérable, une fois le jour, de quoi vivre toute la journée, et que vous n'écoutiez jamais, sous quelque prétexte que ce puisse être, ce qu'il voudra vous dire, le menaçant toujours de le faire mourir s'il vous ouvre jamais la bouche pour vous parler d'autre chose que de ses nécessités ».

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« Je mande au sieur Poupart de faire incessamment travailler à ce que vous désirerez, et vous ferez préparer les meubles qui sont nécessaires pour la vie de celui que Ton vous amènera, observant que comme ce n'est qu'un valet j il ne lui en faut pas de bien considérables, et je- vous ferai rembourser tant de la dépense des meubles que de ce que vous désirerez pour sa nourriture (1) ».

Le personnage auquel cet in-pace était destiné est celui qui est devenu fameux sous le nom de Masque de Fer. Qui était-il, qu'avait-il fait: on n'en sait rien. Seulement, il nous paraît vraisemblable qu'il vivait à Paris ou à la cour quand cet ordre a été donné, et que l'on attendit pour le faire arrêter qu'il partit dans une direction oii son enlèvement passerait inaperçu, soit qu'il dût y aller de lui-même, soit qu'il y fut envoyé par le roi ou par ceux qui l'employaient.

(1) Vorigmrd de ce document est conservé aux Archives Nationales sous la cote K. 120 A. M. lung et après lui Mgr. Barnes écrivent qu'une copie en serait conservée aux Archi\es de la guerre, dans le vol. 234, P 272. C'est une erreur ; ce document ne se trouve pas dans ce volume de minutes^ pas plus d'ailleurs que dans le volume de transcrits coté 242. La pièce 272 du vol. 234 est la minute de l'ordre au marquis de Piennes dont il est parlé plus loin. — M. lung et Mgr. Barnes commettent d'ailleurs une autre erreur : ils impriment le nommé... ; l'ordre porte : le nommé Eustache cVAuger. — Le dossier K. 120 A, l'un des <( cartons des Rois », est un recueil des ordres adressés à Saint-Mars au sujet de la garde de ses prisonniers. Il a été évidemment formé par cet officier lui-même et est malheureusement fort incomplet, surtout pour la période postérieure à 1681.

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En effet, Louis XIV attendit encore jusqu'au 28 juillet 1669 pour écrire au « sergent-major de sa ville et citadelle de Dunkerque » : « Capitaine de Vauroy, étant mal satisfait de la conduite du nommé. . . et voulant m'assurer de sa personne, je vous écris cette lettre pour vous dire qu'aussitôt que vous l'aurez vue, vous ayez à le saisir et arrêter, et à le conduire vous-même en toute sûreté dans la citadelle de Pignerol (1), pour y être gardé par les soins du capitaine de Saint-Mars, auquel ainsi qu'au gouverneur de ladite place j'écris les lettres ci-jointes afin que le dit prisonnier y soit reçu et gardé sans difficulté. Après quoi, vous reviendrez par deçà rendre compte de ce que vous aurez fait en exécution de la présente... ».

Il n'y avait certes rien d'impossible à ce que Louis XIV fît arrêter par M"" de Vauroy ailleurs qu'à Dunkerque, mais on conviendra que les circonstances conduisent à croire que le personnage ainsi désigné à la vigilance de cet officier était porteur d'un passe-port d'embarquement à Dunkerque et devait être appréhendé lorsqu'il se présenterait à l'entrée ou à la sortie de cette ville.

Des difficultés avaient lieu fréquemment entre le capitaine de Saint-Mars, commandant du donjon de Pignerol et le marquis de Piennes, gouverneur de

(1) Pignerol est une petite ville du Piémont, au pied des Alpes, à 24 kilomètres au sud du chemin de fer de Grenoble à Turin. Elle avait été conquise par le cardinal de Richelieu et était une place forte française à cette époque.

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cette ville. Elles avaient pour cause la situation un peu indépendante de Saint-Mars comme gardien de Foucquet, l'ancien surintendant des finances, condamné au bannissement, peine commuée en détention perpétuelle par Louis XIV, et qui y était détenu, Louvois avait donc pris soin de faire envoyer une seconde lettre par laquelle Louis XIV ordonnait « au marquis de Piennes ou en son absence à celui qui commande en ladite citadelle de donner à Vauroy et à Saint-Mars toute l'aide et l'assistance dont ils auraient besoin et ils le pourraient requérir ».

Enfin dans une troisième lettre de même date, Louis XIV écrivait à Saint-Mars : « Envoyant à ma citadelle de Pignerol, sous la conduite du capitaine de Vauroy. le nommé. . . je vous écris pour vous dire que lorsque le dit capitaine de Vauroy sera arrivé en ma dite citadelle de Pignerol, avec ledit prisonnier, vous ayez à le recevoir de ses mains et à le tenir sous bonne et sûre garde, empêchant qu'il n'ait communication avec qui que ce soit de vive voix ou par écrit (1) ».

Il nous paraît probable que seul l'ordre à M. de Vauroy portait le nom de l'individu à arrêter ; les deux autres ordres devaient porter celui d'Eiistache d'Auger, le pseudonyme sous lequel on devait désormais le désigner dans la correspondance officielle. L'ordre à M. de Vauroy est d'ailleurs trop dépourvu de particularités sur le mode d'arrestation de l'individu qui y

(1) Ces trois minutes sont conservées aux Archives de la guerre aux folios 271, 272, 274 du vol. 234.

était désigné pour ne pas avoir été accompagné d'une lettre explicative de Louvois ; mais cette lettre a été évidemment détruite comme l'original lui-même.

Le 21 aoiit 1669, Saint-Mars écrivait à son tour à Louvois : « M. de Vauroy a remis entre mes mains le nommé Euslache d'Auger. Aussitôt que je l'eus mis dans un lieu fort sûr, en attendant que le cachot que je lui fais préparer soit parachevé... je lui dis en présence de M. de Vauroy que s'il me parlait à moi ou à quelqu'autre d'autre chose que de ses nécessités, je lui mettrais mon épée dans le ventre. .. Je ne manquerai pas de ma vie d'obsei'ver fort ponctuellement vos commandements ».

Le nom du prisonnier, laissé en blanc dans les minutes des trois documents du 28 juillet, est écrit Eustache d'Auger dans ceux du 19 juillet et du 21 août. Danger, Danger ou d'Angers dans d'autres (1). C'est évidemment un surnom qui lui fut donné à son entrée en prison pour le distinguer des autres prisonniers dans la correspondance.

(1) lung, la Yérité, p. 1S7. — Il est de toute évidence que le prisonnier ne s'appelait pas Eustache Dauger ou Danger ; les soins pris pour dissimuler à tous sa vraie personnalité prouvent qu'il est le premier d'une longue suite de prisonniers politiques auxquels on a pris le soin à cette époque de donner un nouveau nom lors de leur incarcération ; ainsi, le Jacobin qui fut incarcéré à Pignerol, comme Dauger, vers 1674, n'a jamais été désigné que par ce sobriquet (c'était un prêtre, mais peut-être d'un autre ordre que celui des Jacobins) ; Matthioly sera appelé M. de Lestang, etc.

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Ce qui caractérisera la captivité de ce prisonnier de 1669 à 1703, ce sont les ordres réitérés que l'on n'en parle à personne et qu'il ne puisse parler à personne. Naturellement, ce mystère devait provoquer la curiosité et dès le 31 août 1669, Saint-Mars écrivait à Louvois : « Il n'y a rien de plus vrai que je n'ai jamais parlé de ce prisonnier à qui que soit, et pour marque de cela, bien du monde croit que c'est un maréchal de France, et d'autres disent un président ».

Le 10 septembre, Louvois répondait : « J'ai reçu vos lettres des 24 et dernier du mois passé. Vous pouvez donner à votre nouveau prisonnier un livre de prières, et s'il vous en demande quelqu'autre, le lui donner aussi. Vous pouvez lui faire entendre, les dimanches et les fêtes, la messe qui se dira pour M. Foucquet, sans pourtant être dans le même lieu, et vous observerez de le faire si bien garder durant ce temps là, qu'il ne puisse s'évader, ni parler à personne ; vous pourrez même le faire confesser trois ou quatre fois l'année, s'il le désire, et non point davantage, à moins qu'il ne lui survînt quelque maladie périlleuse. L'on m'avait mandé que vous aviez dit à M. de la Bretonnière que l'on vous devait envoyer un prisonnier, mais je suis bien aise que cela ne se soit point trouvé véritable ».

Cette lettre est une première réponse des documents à la question que l'on se pose naturellement : comment Dauger a-t-il supporté sa stupéfiante arrestation, son barbare transport d'un bout de la France à l'autre, et ensuite sa sombre captivité dans un effroyable isole-

ment. Il échappa au désespoir et à la folie en se réfugiant dans la piété et en se consolant par la pensée que la catastrophe qui arrêtait sa carrière dans le monde, était destinée à le préparer plus sûrement à conquérir une récompense infiniment plus précieuse dans le Ciel. 11 n'y a pas de note discordante à ce sujet dans les textes : sa piété, sa patience et sa résignation furent exemplaires. Elles suffisent à distinguer le Masque de Fer de ce Matthioly qui faisait le fou, et menaçait ses gardiens quand il ne cherchait pas à les corrompre.

Le 25 septembre 1669, Louvois écrivait encore à Saint-Mars : « J'ai appris, par votre lettre du 4 de ce mois, l'indisposition de M. Foucquet et le sentiment qu'en ont les médecins, comme aussi que le prisonnier qui vous a été envoyé en dernier lieu est iucommodé, de sorte ([u'il a besoin d'être saigné pour recouvrer sa santé, sur quoi je vous dirai qu'il n'y a nulle difficulté à le faire, et que lors que de pareilles choses arriveront, vous pourrez le faire traiter et médicamenter selon qu'il en sera besoin, sans attendre d'ordre pour cela, me donnant seulement compte de ce qui se sera passé, comme vous avez accoutumé de faire ».

Le 26 mars 1670, nouvelle lettre de Louvois au même : « L'on m'a donné avis que le sieur Honneste [qui avait cherché à délivrer Foucquet] ou un des valets de M. Foucquet, a parlé au prisonnier qui vous a été amené par le major de Dunkerque, et lui a, entre autres choses, demandé s'il n'avait rien de conséquence à lui dire, à quoi il a répondu qu'on le

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laissât en paix ; il en a usé ainsi, croyant probablement que c'était quelqu'un de votre part qui l'interrogeait pour l'éprouver et voir s'il dirait quelque chose ; par là vous jugerez bien que vous n'avez pas pris assez de précautions pour empêcher qu'il n'eut quelque coînmunication que ce pût être, et comme il est très important au service de Sa Majesté qu'il n'en ait aucune, je vous prie de visiter soigneusement le dedans et le dehors du lieu oiî il est enfermé, et de le mettre en état que le prisonnier ne puisse voii", ni être vu de personne, et ne puisse parler à qui ce soit, ni entendre ceux qui lui voudraient dire quelque chose ».

En réponse, le 12 avril 1670, Saint-Mars disait à Louvois: « Il y a des persoimes qui sont quelquefois si curieuses de me demander des nouvelles de mon prisonnier, ou le sujet pourquoi je fais tant de retranchements pour ma sûreté que je suis obligé de leur dire des contes jaunes pour me moquer d'eux ».

Le 30 juin 1670, Madame mourut ; le 9 juillet, Louvois faisait part au sieur de Loyauté, commissaire des guerres de Pignerol, de son intention de se rendre pour deux ou trois jours dans cette place frontière. Aucun honneur ne devait être rendu au ministre. Le dépari était fixé du 15 au 20 septembre, mais il fut ensuite avancé au samedi 3 août et Louvois, accompagné de Vaubanet de son commis Nallot, logeait le jeudi soir à Pignerol et le dimanche 10 à Turin. Le 26, il était de retour à Paris. Le but de ce déplacement n'est pas connu avec certitude. M. lung croit qu'il se rattachait

à des projets d'occupation de Casai (1). Il n'y a en tout cas aucune preuve qu'il ait été amené par le désir de causer avec Eustache Danger ou de donner des instructions verbales à Saint-Mars. Ce qui augmente l'incertitude sur ce voyage, c'est qu'en octobre, toute la garnison de Pignerol (sauf la compagnie franche de Saint-Mars) fut changée « pour faire finir les contes tout d'un coup et mettre le service sur tout ce bon pied que l'on peut désirer ».

Le 7 août 1671, Saint-Mars donne à Louvois des nouvelles de ses prisonniers : « Je ne puis que vous mander, Monseigneur, si ce n'est les maladies qui commencent de nous venir voir. M. Foucquet a une petite fièvre qui ne l'incommode pas beaucoup, mais l'un de ses valets est très mal, comme aussi le prisonnier qui tn'a été envoyé ; yen âxiTai soin ainsi que de les bien garder ».

Dans sa réponse, Louvois appelle Danger, dont il était question ici, « votre second prisonnier ». Le 5 septembre, les deux malades allaient mieux et le

(1) lung, la Vérité, p. 323. — Les papiers de Madame ayant presqu'entièrement disparu, on ne saura jamais si les découvertes qu'y fit Louis XIV au sujet du rôle de Dauger n'avaient pas motivé le voyage de Louvois afin de l'interroger. D'un autre côté, il semble que ce dernier résultat eut éié atteint aussi bien en envoyant à Saint-Mars l'ordre de remettre une lettre cachetée à Dauger avec du papier blanc et de la cire pour que ce dernier puisse répondre aux questions posées sans que Saint-Mars les connût. Ce procédé fut employé plustard à l'égard de Foucquet. L'ordre d'arrestation de Dauger n'ordonnant pas de l'interroger, il est peu probable que le besoin s'en soit fait sentir onze mois plus tard.

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20 février 1672, Saint-Mars, désireux de fournir un valet à Lauzun, incarcéré depuis novembre 1671 dans la même tour queFoucquet, à l'étage au-dessous, écrivait à Louvois : « Il est si malaisé de trouver ici des valets qui se veuillent enfermer avec mes prisonniers que je prendrai la liberté de vous en proposer un : ce prisonnier qui est dans la tour[i) et que vous m'avez envoyé par M. le major de Dunherque^ serait, ce me semble, un bon valet (2), Je ne pense pas qu'il dit à M. de Lauzun d'où il sort après que je lui aurai défendu ; je suis sûr qu'il ne lui dirait pas aussi aucune nouvelle (3), ni ne demanderait point de sortir de sa vie, comme font tous les autres... »

(1) On verra plus tard que M. de Formanoir de Palteau, petitneveu de Saint-Mars et parent de son lieutenant de Blainvilliers, écrivit en 1768 à Fréron : « L'iiomme au masque n'était connu aux îles Sainte-Marguerite et à la Bastille que sous le nom de « la Tour » (Barnes, p. 299).

(2) 11 est probable que Saint-Mars fut conduit à employer Danger auprès de Foucquet par souvenir de ces mots de Louvois cm- ce n'est qu'un valet. Peut-être aussi y étaii-il poussé par le désir d'alléger la captivité d'un malheureux qui depuis deux ans et demi vivait seul dans un cachot sans pouvoir parler à âme qui vive. 11 est impossible de savoir combien de temps Saint-Mars a observé la consigne de ne laisser parler Danger que de ses besoins. Quel moyen d'ailleurs ses lieutenants et lui avaient-ils de contrôler ses dires. A la Bastille surtout, les geôliers devaient être blasés sur le penchant des prisonniers à se présenter comme innocents.

(3) Cela lui eut d'ailleurs été difficile puisque Danger était enfermé depuis août 1609 tandis que Lauzun n'avait eu ce sort qu'en novembre 1671.

La réponse de Louvois n'a point été publiée, mais fut certainement négative. En décembre 1673, Saint-Mars écrit encore à Louvois : « Pour le prisonnier de la tour que M. de Vauroy m'a amené, il ne dit rien, il vit content, comme un homme tout à fait résigné à la volonté de Dieu et du Roi ». Mais le besoin de valets pour Fouquet et Lauzun se faisant de nouveau sentir, Louvois écrivait à Saint-Mars le 30 janvier 1675 : « J'ai reçu votre lettre du 19 de ce mois et j'ai rendu compte au Roi de ce qu'elle contient. Sa Majesté approuve que vous donniez pourvaletàM.Foucquet le prisonnier que le sieur de Vauroy vous a conduit; mais, quelque chose qui puisse arriver, vous devez vous abstenir de le mettre avec M. de Lauzun, ni avec qui que ce soit autre que M. Foucquet, c'est-à-dire que vous pouvez donner ledit prisonnier à M. Foucquet si son valet venait à lui manquer et non autrement ».

Le 11 mars 1675, Louvois réitérait ces instructions. Il semble bien que la différence faite entre Lauzun et Foucquet reposait sur le fait que la détention de Lauzun ne devait être que temporaire, tandis que ce n'est qu'à l'extrême fin de la vie de Foucquet que le roi se décidera à envisager la possibilité d'une mise en liberté pour lui ; en fait, il mourut en prison.

Eustache fat donc mis au service de Foucquet parce qu'on avait l'intention de garder cet ex-ministre en prison au secret jusqu'à sa mort, mais en décembre 1678, les dispositions à l'égard de l'ancien surintendant s'étant améliorées, Louvois écrivait directement à Foucquet : « C'est avec beaucoup de plaisir que je satisfais au

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commandement qu'il a plu au Roi de me faire de vous donner avis que S. M. est en disposition de donner dans peu de temps des adoucissements considérables à votre prison ; mais, comme elle désire auparavant être informée si le nommé Eustache que l'on vous a donné pour vous servir, n'a point parlé devant l'autre valet qui vous sert, de ce à quoi il a été employé auparavant que d'êtî^e à Pignerol, Sa Majesté m'a commandé de vous le demander, et de vous dire qu'elle s'attend que sans aucune considération, vous me manderez la vérité de ce que dessus, afin qu'elle puisse prendre les mesures qu'elle trouvera plus à propos sur ce qu'elle apprendra par vous que ledit Eustache aura pu dire de sa vie passée à son camarade. L'intention de Sa Majesté est que vous fassiez réponse à cette lettre, en votre particulier, sans rien témoigner de ce qu'elle contient à M. de Saint-Mars auquel je mande que le Roi désire qu'il vous remette du papier ».

Le malheureux Eustache, traité comme un valet dans sa prison, préoccupait assez le Grand Roi pour que, quatre jours plus tard, Louvois écrivit encore à Saint-Mars : « Sa Majesté profitera de l'avis que vous lui avez donné au sujet àM prisonnier que le sieur de Vauroy vous a amené ».

Le 20 janvier suivant, Louvois envoyait à Saint-Mars un « Mémoire de la manière dont le Roy désire qu'il garde à l'avenir les prisonniers qui sont à sa charge ». Le pauvre Eustache y tenait une place importante : « Toutes les fois que M. Foucquet descendra dans la chambre de M. de Lauzun, ou que M. de Lauzun

montera dans la chambre de M. Foucquet, ou quelqu'autre étranger, M. de Saint-Mars aura soin de retirer le nommé Eustache et ne le remettra dans la chambre de M. Foucquet que lorsqu'il n'y aura plus que lui et son ancien valet ».

« Il en usera de même lorsque M. Foucquet ira se promener dans la citadelle , faisant rester ledit Eustache dans la chambre de M. Foucquet, et ne souffrant point qu'il le suive à la promenade que lorsque mon dit sieur Foucquet ira seul avec son ancien valet pour se promener dans le lieu où Sa Majesté a trouvé bon depuis quelque temps que M. de Saint-Mars lui fait prendre l'air (1). Ceci est la volonté de Sa Majesté ».

Le 15 février 1679, à la suite de la réception d'une lettre de Foucquet du 3 précédent, Louvois mandait à Saint-Mars : « Le Roi se remet à vous de régler avec M. Foucquet, comme vous jugerez à propos, ce qui regardera la sûreté de la personne du nommé Eustache Dauger, vous recommandant surtout de faire en sorte qu'il lie parle à personne en particulier... ». Le 17 février, Louvois écrivait la même chose à Foucquet sur la demande de qui cette modification aux instruc-

(1) Ce lieu était « le rempart qui est vis-à-vis de leur appartement». La permission d'y laisser promener Foucquet et Lauzun « à différentes heures- l'un de l'autre » avait été donnée le i" nov. 1677. La lettre spécifiait que cette grâce s'étendait seulement à MM. Fouquet et Lauzun (Delort, Hist. de la détention, I, p. 266). — Le 30 janvier 1679, Saint-Mars reçut une gratification de 15.000 livres.

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tions précédentes avait eu lieu. La sollicitude du ministre pour Danger ne cessait de se manifester ; le 13 septembre, il écrivait encore à Saint-Mars : « Je vous prie de me mander des nouvelles de la santé d'Eustache Danger et de ce qui se passera parmi vos prisonniers ».

On a vu avec quel soin on essayait d'empêcher tout contact entre Lauzun et Danger, tant parce que Lauzun devait être mis en liberté un jour et pourrait alors raconter ce que le prisonnier lui aurait dit, qu'aussi parce que Lauzun pouvait l'avoir connu lorsque tous deux étaient libres et par conséquent le reconnaître. Or, à l'insu de Saint-Mars et de Louvois, Lauzan et Danger se voyaient tous les jours depuis longtemps. Lauzun était logé dans la tour d'angle du donjon de Pignerol, au premier étage, Foucquet à l'étage en dessus et Saint- Mars au troisième. «Unbeaujour, ou plutôt un beau soir, les valets de Foucquet, s'entendant avec leurs camarades de l'étage du dessous, parvinrent à hisser Lauzun dans la chambre du surintendant ». Ce dernier ne le connaissait guère que sous le nom de Péguilin. <- 11 l'avait laissé jeune homme, introduit à la cour par le maréchal de Grammont, bien reçu chez la comtesse de Soissons, d'où le roi ne bougeait, et le voyait déjà d'un bon œil ». En 1661, au moment de la catastrophe de Foucquet, Péguilin était à Nantes, cherchant le vent, flairant les événements. Quinze à seize ans avaient passé là-dessus (1).

(1) Lair, Nicolas Foucquet, II, p. 455.

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« Les voilà donc ensemble, et Lauzun de conter sa fortune et ses malheurs à Foucquet. Le malheureux surintendant ouvrait les oreilles et de grands yeux quand ce cadet de Gascogne, jadis trop heureux d'être recueilli et hébergé chez le maréchal de Grammont, lui raconta qu'il avait été colonel général des dragons, capitaine des gardes, général d'armée. Foucquet le crut fou et visionnaire quand il lui expliqua comment il avait manqué la grande maîtrise de l'artillerie, et ce qui s'était passé après là dessus ; la folie lui parut arrivée à son comble quand Lauzun raconta son mariage avec Mademoiselle, consenti, puis rompu par le Roi, tous les biens que l'avare princesse lui avait assurés ». Foucquet, « lui croyant la cervelle totalement renversée, ne prenait que pour des contes en l'air toutes les nouvelles que Lauzun lui disait de tout ce qui s'était passé dans le monde depuis la prison de l'un jusqu'à la prison de l'autre » (1).

Foucquet mourut subitement le 23 mars 1680. Il avait pu dans les derniers temps communiquer librement avec sa famille et les officiers de la garnison ; mais on pouvait être sûr que cet ancien ministre,

(I) Saint-Simon, Mémoires. — Le soin avec lequel Louvois a toujours recommando de ne pas mettre Lauzun avec Dauger est peut-être un indice qu'ils s'étaient connus avant leur incarcération, ou tout au moins qu'ils avaient des relations communes. Remarquons cependant que Lauzun n'a jamais rien dit à Saint- Simon de Dauger, incarcéré en 1669, cinq ans après la condamnation de Foucquet et, qui était par conséquent en situation de conlirmer à l'ancien surintendant bien des choses.

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habitué à garder des secrets, instruit par la lettre du 23 décembre 1678 de l'importance que le Roi attachait à ce que personne ne sût « ce à quoi Danger avait été employé auparavant que d'être à Pignerol»n'en aurait rien dit à sa famille ; quant à Lauzun, l'importance des biens et des dignités qu'il devait retrouver en France lors de sa sortie de prison répondait aussi de lui ; il était d'ailleurs connu comme un homme capable de garder un secret ; de plus, le garder prisonnier eut fait échouer la combinaison qui devait assurer au duc du Maine, fils naturel de Louis XIV, une grande partie de l'héritage de la Grande Mademoiselle, la fiancée de Lauzun. Seul des personnes qui avaient approché Foucquet, La Rivière, r« autre valet» avec Danger, ne présentait aucune garantie. On a vu que. dès le 23 décembre 1678, Louvois avait demandé à Foucquet « si le nommé Eustache n'a point parlé devant l'autre valet qui vous sert de ce à quoi il a été employé auparavant que d'être à Pignerol». Quelle qu'ait été la réponse de Foucquet, la découverte que fit Saint-Mars, le jour même do sa mort, du trou qui mettait en communication son appartement avec celui de Lauzun, dut rappeler au ministre combien il fallait se méfier des prisonniers. Saint-Mars en effet, fort habilement, en informa son supérieur immédiatement. La conséquence en fut un ordre associant La Rivière et Danger pour une prison perpétuelle. «Le Roi a appris», écrivit Louvois à Saint-Mars le 8 avril 1680, « par la lettre que vous m'avez écrite le 23 du mois passé, la mort de M. Foucquet et le jugement que vous faites que

M. de Lauzun sait la pluj)art des choses importantes dont M. Foucquet avait connaissance, et que le nommé La Rivière ne les ignorée pas, sur quoi Sa Majesté m'a commandé de vous faire savoir qu'après que vous aurez fait reboucher le trou par lequel MM. Foucquet et de Lauzun ont communiqué à votre insu, et cela rétabli si solidement qu'on ne puisse travailler en cet endroit.... que vous persuadiez à M. de Lauzun que les nommés Eustache d' Angers et le dit La Rivière ont été mis en liberté, et que vous parliez de même à tous ceux qui pourraient vous en demander des nouvelles ; que cejjendant vous les renfermiez tous deux dans une chambre où vous puissiez répondre à Sa Majesté qu'ils n'auront aucune cominimication avec qui que ce soit, de vive voix ni par écrit, et que M. de Lauzun ne pourra point s'apercevoir qu'ils y sont renfermés ».

L'histoire du sort des valets de Foucquet et de Lauzun fait bien ressortir que la prison perpétuelle au secret qui fut le sort de La Rivière ne lui fut imposée que par ce qu'il connaissait le secret de Danger.

Le 24 décembre 1664, Louis XIV avait décidé que Saint-Mars donnerait à Foucquet « un valet pour le servir qui sera pareillement privé de toute communication et n'aura non plus de liberté de sortir que ledit Foucquet, en considération de quoi Sa Majesté fera payer audit valet, outre sa nourriture, 600 livres de gages». Le 15 octobre 1665, ce valet de Foucquet étant tombé malade, le Roi approuva Saint-Mars d'en avoir choisi un autre et « trouva bon que quand le

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malade serait guéri, on lui laisse la liberté d'aller partout où il désirera». L'ordre fut réitéré le 12 décembre. Mais en 1666, le 23 septembre, Louvois prévient Saint-Mars que « si après sa guérison, le valet malade ne veut plus continuer ses services au prisonnier, la prudence veut qu'on le retienne dans le donjon trois ou quatre mois, afin que, s'il avait agi contre son devoir, le temps fasse rompre les mesures qu'il aurait prises avec M. Foucquet». Puis, Saint-Mars se plaignant toujours que les valets conspiraient avec Foucquet, le 14 février 1667, Louvois lui écrit: « Le Roi estime que l'on ne peut mieux faire que ce que vous proposez, d'enfermer avec lui deux valets qui ne sortiront que parla mort». Le 21 avril suivant, les deux victimes étaient choisies ; c'étaient les deux valets arrêtés parce qu'ils avaient « conspiré » avec Foucquet : Champagne et La Rivière.

Après la tentative de Laforêt et Honneste en décembre 1669, Louvois prévint Saint-Mars que « puisque les valets de M. Foucquet sont infidèles au Roi, Sa Majesté trouve bon qu'ils soient dorénavant privés de leurs gages».

En 1675, Champagne mourut et au bout de quelque temps, Dauger le remplaça.

Après l'incarcération de Lauzun en décembre 1671, des mesures analogues furent prises pour ses valets. Cependant celui qui ne l'avait pas dénoncé en 1676, quand il chercha à s'évader, après avoir été mis longtemps au pain sec et à l'eau, fut relâché avec cent écus par ordre du 1" décembre 1678. Lors.

de la mise en liberté de Lauzun, tous ses valets sortirent avec lui.

C'est donc parce qu'il connaissait peut-être les secrets de Dauger, et non à cause de ceux de Foucquet, que La Rivière fut emprisonné jusqu'à sa mort.

Les prisonniers de Saint-Mars en avril 1680, étaient : 1" Lauzun, 2° un moine Jacobin, 3° un espion nommé Dubreuil, 4° Dauger, 5° La Rivière, 6<* Malthioly, l"" le valet de Matthioly.

Dubreuil avait été arrêté le 24 avril 1676 près de Baie ; Louvois recommanda à Saint-Mars de le « mettre avec le dernier prisonnier qui lui avait été envoyé». Cette recommandation s'explique par le peu de logements servant à garder des prisonniers dans le donjon de Pignerol. Deux tours seulement étaient affectées à cet usage. Elles contenaient, celle d'angle deux chambres pour les prisonniers au l^"" et au 2^ étage (la chambre du 3® faisait partie de l'appartement de Saint-Mars), celle d'en bas trois chambres (1).

Le 23 novembre 1676, Louvois écrivait à Saint- Mars : «J'ai reçu votre lettre du 14 de ce mois et par laquelle vous mefaites part de l'état de vos prisonniers. Je vous prie de me mander qui est logé avec le

(1) « La Tour d'en bas, par suite de sa situation, n'avait pas de vue sur l'extérieur ; elle était donc beaucoup plus sombre que celle d'angle. L'architecte Levé, d'ailleurs, n'y avait fait aucun des aménagements réclamés par la présence de prisonniei's tels que Foucquet et Lauzun. Elle avait trois étages, comme l'autre et une chambre assez vaste avecdes soupiraux, sans grand jour, à chacim de ces étages ». (lung, la Vérité, p. 153).

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sieur Dubreuil, que vous dites est si fol, me marquant son nom et celui par lequel il vous a été amené, et m'envoyant une copie de la lettre qui vous a été écrite pour le faire recevoir, afin que je puisse mieux me remettre dans l'esprit quel il est. » Le fou qui menaçait ainsi Dubreuil était un moine Jacobin dont on ignore la personnalité avec précision; deux lettres, l'une du 1^"' août 1674, l'autre du 11 janvier 1673, font en effet mention de l'arrestation de moines jacobins (1). Le premier a été amené de Saint-Omer et doit être conduit par le prévôt de Châlons « sans scandale à la Bastille ». Le second qui « prétendait avoir des secrets considérables» fut incarcéré à Pierre-Cise, près de Lyon. Lequel des deux devint le prisonnier de Pignerol, celui-ci était-il un troisième prisonnier, nous ne le savons. Quoiqu'il en soit, ce prisonnier est mentionné dans les dépêches des 2 mai, 23 novembre et 23 décembre 1676, 13 janvier et 21 février 1677. Malgré l'intervention de Saint-Mars, le Jacobin ne s'amenda pas. En conséquence, le 21 février 1677, Louvois mandait à Saint-Mars: «Pour répondre au surplus de ce que vous m'écrivez, je dois vous dire qu'il est vrai que ceux qui frappent les prêtres au mépris de leur caractère, sont excommuniés ; mais il est loisible de châtier un prêtre quand il est méchant et que l'on est chargé de sa conduite. Pourvu que celui-ci soit autant en sûreté avec le valet de M. de Lauzun qu'il l'est avec le sieur Dubreuil, le Roi se

(1) lung, la Vérité, p. 327.

remet à vous de le changer de prison, ou en cas que vous jugiez à propos de le laisser avec ledit sieur Dubreuil, de le faire attacher de manière qu'il ne puisse lui faire du mal. ^Nlais souvenez-vous de prendre garde au sieur Dubreuil, qui est un des plus artificieux fripons que l'on puisse rencontrer». Dubreuil semble avoir été séparé du Jacobin, car le 3 mai 1679, Catinat annonce à Louvois l'arrivée de Matlhioly au donjon et son incarcération dans la chambre du nommé Dubreuil(2). On remarquera que l'on n'a pas pris la peine de changer le nom de ce prisonnier, et que si celui du Jacobin n'est jamais donné, on ne dissimule pas sa profession. Il y a loin entre les précautions prises à leur égard et celles dont Dauger était l'objet.

D'après le général lung, il y aurait eu à Pignerol, depuis le 7 avril 1674 environ, un sixième prisonnier prétendant se nommer Louis de Oldendorf, de Nimègue, pris le 29 mars 1673 lorsqu'il essayait de franchir un gué près de Péronne à la tête de quelques cavaliers. Il aurait été le chef d'une conspiration contre la vie de Louis XIV. Lorrain, ancien capitaine de cavalerie des troupes du roi, menant grande dépense, quoique n'ayant rien, tel est le signalement que donnaient de lui les indicateurs bruxellois qui renseignaient Louvois sur son compte sans pouvoir indiquer son nom. Il fut incarcéré à la Bastille peu de jours après son arrestation. Il n'est pas impossible que ce soit lui qui ait été

(2) lung, la Vérité, p. 237. Delort, Histoire ds l'honime au tnasque. p. 213.

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envoyé à Pignerol par un ordre du 10 mars 1674, ainsi conçu : « Le Roi ayant jugé à propos, pour le bien de son service, d'envoyer à Pignerol un prisonnier, lequel, quoiqu'obscur, ne laisse pas d'être homme de conséquence, Sa Majesté l'a fait partir d'ici sous la conduite du sieur Legrain, qui le conduira jusqu'à la poste qui est au delà de Lyon, nommée Bron, où il se trouvera le 30 de ce mois, où vous aurez soin de l'envoyer recevoir de ses mains par dix hommes assurés de votre compagnie, commandés par un de vos officiers, auxquel le sieur Legrain donnera toutes les instructions nécessaires pour la manière dont ce prisonnier devra être gardé ; vous recommanderez à l'officier de le conduire sans éclat par les chemins et de le faire entrer dans Pignerol sans bruit et même sans que l'on s'aperçoive que ce soit un prisonnier que vos gens conduisent dans le donjon, où vous le traiterez de la même façon que le prisonnier que M. de Vauroy vous a amené. . . » (1) Il ne résulte pas nécessairement d'un ordre pareil que le prisonnier soit venu de la Bastille, quoique ce soit probable. Indubitablement, l'envoi à Pignerol a eu lieu vers l'époque où l'on devait prendre une décision sur un ou plusieurs des prisonniers arrêtés au cours des investigations sur la conspiration vraie ou fausse dénoncée à la fin de 1672 par un Récollet d'Arras qui avait des relations avec Bruxelles. Mais il est impossible de savoir quel prisonnier fut envoyé à Pignerol par cet ordre et combien de temps

(1) lung, la Yérité, p.

il y est resté. Les documents de 1674 nous apprennent, il est vrai, que ce prisonnier fut traité avec une rigueur inusitée pendant le trajet de Paris à Pignerol ; on devait le faire attacher fortement pendant la nuit, et outre cela, garder à vue, et l'empêcher d'avoir commerce, ni de vive voix, ni par écrit, avec qui que ce fût, ne souffrant point qu'il parle de quoi que ce fût de ses affaires à aucun de ceux qui le gardent (1) ; une fois à Pignerol, « l'intention du Roi était qu'il soit traité fort durement. Il ne fallait point lui donner de feu dans sa chambre, à moins que le grand froid ou une maladie actuelle n'y oblige, et ne lui donner d'autre nourriture que du pain, du vin et de l'eau, étant un fripon achevé, qui ne saurait être assez maltraité, ni souffrir la peine qu'il a méritée. Cependant vous pourrez lui faire entendre la messe, en prenant garde néanmoins que cela ne lui donne pas occasion d'être vu de personne, ni de donner de ses nouvelles à qui que ce soit. Sa Majesté trouve bon aussi que vous lui donniez un bréviaire et quelques livres de prières ». Le 25 juillet 1674, Louvois s'occupe de nouveau de ce prisonnier : « Le Roi trouve bon que vous donniez au dernier des prisonniers qui ont été conduits à

(1) Louvois, dans une dépêche explicative accompagnant la lettre de cachet ci-dessus, disait : « L'intention du roi est que ce prisonnier soit gardé avec les mêmes précautions que celui qui vous a été amené par le sieur deVauroy; et comme c'est un fripon insigne qui, en matière fort grave, a abusé des gens considérables, il faut qu'il soit traité par vous durement. . . » (lung,' la Vérité, p. 391).

EUSTACHE DAUGER A PIGNEROL 125

Pignerol une feuille de papier et de la cire, pour m'écrire une fois seulement, et vous aurez soin de la retirer pour me l'envoyer. Au surplus, vous ne négligerez rien pour le garder avec toute l'exactitude qui a été prescrite en dernier lieu». Le 6 décembre, le ministre ajoute : «... Puisque vous voyez que celui que vous avez envoyé quérir à Lyon ne peut pas vivre de ce que vous aviez l'ordre de lui donner, vous pourrez le mieux nourrir que par le passé, et puisqu'il demande à se confesser vous pouvez le lui permettre à Noël, lui donnant le même ecclésiastique qui confesse M. Foucquet (1) ».

La correspondance des années 1675-1678 est fort incomplète, c'est sans doute pour cette raison qu'on ne trouve plus de renseignements s'appliquant d'une façon précise à ce prisonnier. Fut-il mis en liberté ou mourut-il avant 1681, c'est ce que nous ne savons pas. S'il était resté à Pignerol passé cette date, c'est qu'il serait ce moine jacobin dont nous ignorons rorigine et la date d'entrée. Gomme nous le verrons plus tard, il n'y avait plus le 9 juin 1681 à Pignerol que 5 prisonniers. Deux (Ûauger et La Rivière) ont été transportés peu après à Exiles. Matthioly et Dubreuil sont restés à Pignerol (ils sont cités nommément le 24 mai 1682 et le 27 déc. 1693). Le troisième était à peu près sûrement le jacobin qui avait été enfermé précédemment avec Dubreuil. Il est encore mentionné comme étant avec Matthioly dans la Tour d'en bas le

(1) lung, la Vérité, p. 394.

17 sept. 1680. Comme nous ne connnaissons aucune entrée de celte date au 9 juin 1681, quoique la correspondance de ces années soit bien conservée, il est bien probable qu'il a survécu jusqu'au 9 juin 1681 au moins. Dans ce cas, Userait mort vraisemblablement avant le 11 janvier 1694, car à cette date, Barbezieux écrit à Saint-Mars : « Le sieur de La Prade, à qui le Roi a confié la garde des prisonniers qui sont détenus par ordre du Roi dans le donjon de Pignerol, m'écrit que le plus ancien est mort et qu'il n'en sait point le nom. Comme je ne doute pas que vous ne vous en souveniez, je vous prie de me le mander en chiffres ». Saint-Mars répondit le 28 janvier, mais sa réponse n'a pas été conservée » (1).

MM. Loiseleur et Topin, se basant sur les expressions de la lettre du 2 mai 1676 « mettez Dubreuil avec le dernier prisonnier qui vous a été envoyé », avaient déjà conjecturé que ce devait être avec le moinejacobin (2). M. lung, plein de sa découverte de la conspiration bruxelloise, rejette cette hypothèse avec dédain. Pourtant on peut lui objecter, d'abord que si Oldendorf est le prisonnier que Besmaus, gouverneur de la Bastille, écrivant à Louvois, nomme l'homme que vous savez, son attitude dans cette prison était peu héroïque et peu digne d'un colonel et d'un chef de conspiration ; d'autre part, la lettre accompagnant l'ordre d'incarcération du prisonnier dit : « Sa Majesté trouve

(1) lung, la Yérité, p. 328.

(2) Loiseleur, Irois Enigmes, p. 238.

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bon que vous lui donniez un bréviaire et quelques livres de prières » : cette particularité « donnez lui un bréviaire », semble indiquer qu'il s'agit d'un ecclésiastique. Nous considérons comme établi que le prisonnier amené par M. de Vauroy était un ecclésiastique. Or, rien dans les ordres concernant son arrestation n'indique un ecclésiastique. Nous ne devons donc pas nous étonner si, un moine ayant été arrêté en 1674, les ordres ne mentionnent pas d'avantage sa qualité.

Il n'est donc pas prouvé que Louis de Oldendorf ait jamais été enfermé à Pignerol et il est sûr qu'il n'y était pas en 1681. Ce n'est donc pas lui qui a été le prisonnier « toujours masqué d'un masque de velours noir » qui est mort le 19 nov. 1703.

Ce qui avait confirmé M. lung dans la croyance que ce Lorrain, ancien capitaine de cavalerie, était le Masque de fer, c'est qu'il trouva une famille Marcheuille en Lorraine ; il lui parut qu'elle pouvait avoir fourni le prisonnier qui aurait ainsi été enterré sous son vrai nom, de Marchiel, forme que prend le nom de l'homme masqué sur le registre de du Junca.

Mais cette partie de l'arj^umentation de M. lung n'est pas plus forte que la première. Du Junca ne fait que répéter ce qu'on avait dit à l'ecclésiastique qui tenait le registre de St-Paul, et celui-ci a écrit Marchioly ou Marchialy. Le fac-similé publié par M. Topin en 1883 et réimprimé par M. Funck-Brentano dans ses Légendes de la Bastille, ne peut laisser aucun doute sur ce point. Il faut en prendre son parti, si l'on s'arrête à des

similitudes de nom, on est fatalement conduit sur la piste Matthioly.

En 1679, deux autres prisonniers étaient venus augmenter le nombre des administrés de Saint-Mars, c'étaient Matthioly, ministre du duc de Mantoue, et son valet.

Le duc de Mantoue, outre la place forte qui lui servait de capitale et dont il portait le nom, possédait aussi Casai, ville fortifiée, placée sur les confins du Piémont et du Milanais et qui avait joué un grand rôle pendant la guerre de Trente Ans. Casai coûtait cher à entretenir et les ressources de son souverain étaient petites. Dès 1664, M. de Gomont avait été envoyé à la duchesse de Mantoue pour négocier l'occupation de Casai. Le duc Charles était alors mineur. L'affaire se termina par un compromis. Ni la France, ni l'Espagne ne devaient occuper cette ville. Le duc étant devenu majeur, ses dissipations lui rendirent nécessaire de trouver de l'argent par des moyens extraordinaires, et son premier minisire Matthioly, dès le 14 décembre 1677, entrait en négociation avec la France pour lui céder à prix d'argent le droit d'occuper Casai. L'affaire semblait conclue en février 1679 quand peu à peu des indiscrétions firent connaître cette négociation, jusqu'alors secrète. M. d'Asfeld, envoyé pour échanger les ratifications avec Matthioly, fut arrêté par les Espagnols à Canonica, près de Bergame, au commencement de mars. Madame Royale, régente de Savoie, avertit Louis XIV de la trahison de Matthioly. Il fut attiré par l'abbé d'Estrades, ambassadeur de France à Turin, dans une maison située

EUSTACHE DAUGER A PIGNEROL 129

sur le chemin de Turin à Pignerol, enlevé secrètement par Gatinat aidé de 2 officiers et 4 hommes de la compagnie de St-Mars, le 2 mai 1679, et enfermé à Pignerol « dans la chambre qu'occupait le nommé Dubreuil » (1). Quelques jours plus tard, Câlinât annonçait que l'abbé d'Estrades, « par ses soins et son adresse, avait trouvé moyen d'envoyer à Pignerol le valet du sieur de Lestang avec ses bardes et tous ses papiers » (2). Le sieur de Lestang était le nom donné par Catinat à Matthioly lors de son entrée en prison, pour éviter qu'il fût connu que c'était de lui que l'on parlait dans la correspondance officielle. On fît répandre le bruit que Matthioly était mort, victime d'un accident, dans un voyage (3).

La disparition de Matthioly ne laissa pas que d'intriguer. «M. de Mantoue, écritle 10 juin 1679 l'abbé d'Estrades à Pomponne, me témoigne de l'inquiétude sur ce que peut être devenu Matthioly, dont il blâme la conduite .. . Jo lui mande sur Matthioly que bien que je ne sache point où il est, et que depuis deux mois, je n'en aie aucune nouvelle, je ne laisse point de l'assurer qu'il ne pourra point du tout traverser notre négociation. . . et que je lui en donne ma parole ». Le 21 août 1681, Louis XIV écrivait lui-même à l'abbé Morel, ambassadeur de France auprès du duc : « Je vous ai déjà fait savoir que vous pouvez assurer le duc

(1) Delort, l'Homme au Masque, p. 213.

(2) Ibid., p. 216.

(3) Topin, l'Homme au Masque, p. 301.

de Mantoue que Matthioly ne sortira point du lieu où il est sans le consentement de ce prince ...» L'abbé Morel écrivait en réponse le 12 sept. 1681 : « Le duc de Mantoue a appris avec beaucoup de joie et des sentiments de vive reconnaissance ce qu'il a plu à Votre Majesté m'ordonner de lui témoigner au sujet de Matthioly » (1).

Le sort de Matthioly resta si peu un mystère qu'en août 1687, la Gazette de Leyde publiait « à l'article Mantoue d'une Histoire abrégée de l'Europe rédigée par un émigré, Jacques Bernard », le passage suivant : « Matthioly ne resta pas longtemps dans Pignerol qui était trop près de l'Italie, et quoiqu'il fut gardé très soigneusement, on craignait que les murailles ne parlassent. On le transféra donc aux îles Sainte- Marguerite où il est à présent sous la garde de M. de Saint-Mars » (2). Cette Gazette confondait Matthioly avec l'Homme au Masque. Matthioly était resté à Pignerol (3).

(1) Topin, l'Homme au Masque^ p. 344.

(2) lung, la Vérité, p. 8.

(3) Le récit de Bernard sur l'arrestation de Matthioly est extrait d'un pamphlet italien imprimé vraisemblablement par P. Marteau, à Cologne, sous ce titre : La Prudenza triomfante di Casale con l'armi sole de trattati e negociati politici délia M. Chr. Mantua, petit in-12 de 58 pages. Ce pamphlet, visiblement écrit par une personne renseignée et amie du comte Matthioly, cherche à émouvoir l'opinion publique en faveur de ce dernier; imprimé peu après les événements, il présente les faits d'une manière assez exacte, avec cette réserve que l'auteur cherche à blanchir la conduite de Matthioly au détriment du duc de Mantoue (Funck-Brentano, Revue historique, t. 50, p. 283).

EUSTAGHE DAUGER A PIGNEROL 131

Nous avons vu plus haut que Dubreuil n'avait pu vivre avec le Jacobin. Nous ignorons où était cette cellule de Dubreuil oîi fut mis Matthioly. Etant donné le petit nombre de logements affectés aux prisonniers d'Etat dans le donjon de Pignerol, il est cependant à peu près sûr que cette cellule était dans la tour d'en bas et que Dubreuil fut alors transféré dans un local où l'on ne mettait point des prisonniers en temps ordinaire et où le valet de Matthioli lui tint peut-être compagnie. Les deux autres cellules étaient occupées, l'une par le Jacobin, l'autre par Eustache Dauger et la Rivière.

La correspondance de Saint-Mars ne renferme pas une seule ligne qui ressemble à un blâme contre Eustache Dauger. Il n'en est pas de même pour Matthioly. Il écrivait le 24 février 1680 à Louvois : « Le sieur de Lestang qui est depuis près d'un an à ma garde, se plaint de ce qu'on ne le traite pas en homme de qualité et ministre d'un grand prince. Cependant je suis les commandements de Monseigneur sur ce sujet au pied de la lettre, ainsi qu'en toutes choses ; je crois que la cervelle lui a tourné par les discours qu'il m'a tenus, me disant qu'il parle tous les jours à Dieu et à ses anges, qu'ils lui ont appris la mort de M. le duc de Mantoue et de M. le duc de Lorraine, et pour vérifier sa folie, c'est qu'il dit qu'il est proche parent du roi, à qui il veut écrire et se plaindre du traitement que je lui fais. Je ne lui ai point voulu donner du papier et de l'encre pour cela, ne le croyant pas dans son bon sens ».

Une lettre de Louvois à Saint-]\Iars du 10 juillet 1680 donne quelques détails sur les prisonniers : « J'ai reçu votre lettre du 4 de ce mois et ce qui y était joint, dont je ferai l'usage que je dois. Il suffira de confesser une fois l'année les habitants de la Tour d'en bas. A l'égard du sieur de Lestang, j'admire votre patience et que vous attendiez un ordre pour traiter un fripon comme il le mérite, quand il vous manque de respect. Mandez moi comment il est possible que le nommé Eustache ait fait ce que vous m'avez envoyé et où il a pris les drogues nécessaires pour le faire, ne pouvant croire que vous les lui ayez fournies (1) ».

Matthioly n'avait pas su gagner la sympathie de Saint-Mars, on le voit de nouveau par cette lettre.

Ce qui était le plus pénible assurément pour ces prisonniers était d'être seul. Telle semble avoir été la situation de Matthioly après son arrestation. D'autre part Saint-Mars qui avait trois logements dans la Tour d'en bas et six prisonniers était naturellement tenté de les y mettre deux par deux de façon à n'avoir qu'une tour à garder et à pouvoir disposer entièrement pour lui et les siens de la tour d'angle dont il occupait

(1) Foucquot, en 1G73, s'appliquait à distiller et composer des remèdes (Lair, II, p. 452) ; il fît même de l'encre avec du vin et de la suie, du papier avec du linge et une plume avec un os do poulet. Il est possible fj-u'Eustache, qui avait espéré sa mise en liberté quand il avait vu sa situation s'améliorer en même temps que celle de ses co-détenus Foucquet et Lauzun, se voyant soumis de nouveau A la plus dure captivité, ait essayé de communiquer avec ceux dont il pouvait espérer quelque chose.

EUSTAGHE DAUGER A PlGNEROL 133

l'étage supérieur. De là sans doute la proposition à laquelle répond cette lettre de Louvois à Saint-Mars du 16 août 1680 : « J'ai vu la proposition que vous faites de mettre le sieur de Lestang avec le Jacobin pour éviter l'entretien de deux aumôniers. Le roi approuve ce que vous projetez sur cela et vous n'avez qu'à l'exécuter ».

Comme Louvois avait écrit le 10 juillet précédent qu'il suffisait de « confesser une fois l'an les habitants de la Tour d'en bas », il est difficile de conclure de cette lettre que le transfert de Matthioly avec le Jacobin ait permis d'économiser la dépense d'entretenir un aumônier. Mgr. Barnes croit qu'il faut comprendre la conversation de deux aumôniers, et qu'il avait été question de mettre ensemble le Jacobin et Danger. Ce serait une preuve de la qualité d'ecclésiastique de ce dernier.

Le 7 septembre 1680, Saint-Mars rendait compte à Louvois de l'exécution de cette mesure : <* Depuis que Monseigneur m'a permis de mettre Matthioly avec le Jacobin dans la Tour d'en bas, ledit Matthioly a été quatre ou cinq jours à croire que le Jacobin était un homme que j'avais mis avec lui pour prendre garde à ses actions. Matthioly, qui est presqu'aussi fou que le Jacobin, se promenait à grands pas, son manteau sur le nez,- en disant qu'il n'était pas un dupe, qu'il en savait plus qu'il n'en voulait dire. Le Jacobin qui est toujours assis sur son grabat, appuyé les deux coudes sur ses genoux, le regardait gravement sans l'écouter. Lesignor Matthioly étant toujours persuadé que c'était

134 LP: masque de FER

un espion qu'on lui avait donné, fut désabusé lorsque le Jacobin un jour descendit de son lit tout nu, et se mit à prêcher tant qu'il pouvait des choses sans rime, ni raison. Moi et mes lieutenants avons vu toutes leurs manœuvres par un trou au dessus de la porte ».

Note suppléiiie7itatre de la page 104. — Quoiqu'il soit impossible de savoir exactement où était M. de Vauroy, fin juillet 1660, il y a toute raison de croire qu'il n'a pas quitté Dunkerque du 2 avril au 28 juillet de cette année là ; tout au moins, les registres 232 et 234 des archives de la guerre renferment des lettres que Louvois lui a écrites le 2 avril, le 12 avril et le 19 juillet dans la croyance évidente qu'il était à son poste.

Note supplémentaire de la p>age 132, — Le passage relatif à Eustache, de la dépêche du 10 juillet 1680, depuis Mandez-moi jusqu'à fournies a été rajouté sur l'original de la dépêche par Louvois lui-même (Arch. nat., K. 120. A., n» 313)

Le 12 mai 1681, Louvois écrivit à Saint-Mars : « J'ai lu au roi votre lettre du 3 de ce mois, par laquelle Sa Majesté ayant connu l'extrême répugnance que vous avez à accepter le commandement de la citadelle de Pignerol, a trouvé bon de vous accorder le gouvernement d'Exilés (1), vacant par la mort de M. le duc de Lesdiguières, où elle fera transporter ceux de vos prisonniers qui sont à votre garde qu'elle croira assez de conséquence pour ne pas les mettre en d'autres mains que les vôtres ».

« Je demande au sieur du Chaunoy d'aller visiter avec vous les bâtiments d'Exilés et d'y faire un mémoire des réparations absolument nécessaires j^our le logement des deux prisonniers de la Tour d'en bas, qui sont, je crois, les seuls que Sa Majesté fera transférer à Exiles ».

« Envoyez-moi un mémoire de tous les prisonniers

(1) Le fort d'Exilés est situé en Piémont, sur la route de Chambéry à Turin, entre le mont Genis et Suze.

dont vous êtes chargé, et marquez-moi à côté ce que vous savez des raisons pour lesquelles ils sont arrêtés. A l'égard des deux de la Tour d'en bas, vous n'avez qu'à les marquer de ce nom sans y mettre autre chose ».

Le 9 juin, Louvois ajoutait : « V intention de Sa Majesté est qu'aussitôt que le lieu que vous aurez jugé propre audit Exiles pour garder sûrement les deux prisonniers de la Tour d'en bas, sera en état de les recevoir, vous les fassiez sortir de la citadelle de Pignerol dans une litière, et les y fassiez conduire sous l'escorte de votre compagnie... »

« Et parce que Sa Majesté ne désire pas que le reste des prisonniers qui étaient à votre garde, lesquels doivent rester dans la citadelle de Pignerol, demeurent sous celle d'un capitaine de bataillon, qui peut changer de jour en jour, je vous adresse un ordre du roi pour faire reconnaître le sieur de Yillebois en qualité de commandant dans ladite citadelle de Pignerol jusques au retour de M. de Rissan ou à l'arrivée de celui que Sa Majesté commettra pour commander dans ladite citadelle... Vous en avertirez, s'il vous plait, le sieur de Yillebois, auquel le sieur du Chaunoy a ordre de payer deux écus par jour, powr la nourriture de ces trois prisonniers ».

Ces indications sont corroborées par une lettre de Saint-Mars à l'abbé d'Estrades du 25 juin 1681 : « J'ai reçu hier seulement mes provisions de gouverneur d'Exilés avec deux mille livres d'appointements ; Ton me conserve ma compagnie franche et deux de mes

lieutenants et j'aurai en garde deux merles (1) que j'ai ici., lesquels n'ont pas d'autres noms que Messieurs de la Tour d'en bas; Matthioly restera ici avec deux autres prisonniers. Un de mes lieutenants, nommé Villebois, les gardera... ».

Le 12 juillet, Saint-Mars rend compte à Louvois des précautions qui seront prises à Exiles pour la garde « des deux merles » : « Pour que l'on ne voie point les prisonniers, ils ne sortiront point de leur chambre pour entendre la messe ; et pour les tenir en plus grande sûreté, l'un de mes lieutenants couchera audessus d'eux, et il y aura deux sentinelles jour et nuit qui verront tout le tour de la tour, sans qu'eux et les prisonniers se puissent voir, ni parler, ni pas même entendre ; ce seront des soldats de ma compagnie qui seront toujours posés en faction aux prisonniers. Il n'y a qu'un confesseur qui m'inquiète un peu; mais si Monseigneur le juge à propos, je leur donnerai le curé d'Exilés qui est un homme de bien et fort vieux, auquel je lui pourrai défendre, de la part de Sa Majesté, de ne point savoir quels sont ces prisonniers-là, ni leurs noms, et ce qu'ils ont été, et de ne parler jamais d'eux en nulle manière du monde, ni de recevoir de vive voix, ni par écrit, aucunes communications, ni billets ».

(1) Plusieurs historiens ont conclu de cette expreesion « les deux merles », au peu d'importance des deux prisonniers et en ont déduit que le Masque de fer ne pouvait être l'un d'eux ; elle signifie ici simplement « deux oiseaux en cage » (Observation de M. A. Van Gennep).

Il ne peut y avoir de doute sur l'identité de ces deux prisonniers de la Tour d'en bas emmenés par Saint- Mars îl avait à Pignerol la garde de cinq prisonniers (six en y comprenant le valet de Matthioly qui à cette période ne semble pas avoir habité avec son maître). Nous savons par les documents postérieurs que Dubreuil, Matthioly et son valet restèrent à Pignerol. C'est parmi les trois autres que doivent être cherchés les Messieurs de la Totœ d'en bas. Remarquons d'abord que ceux-ci n'étaient pas les seuls habitants de cette tour puisque le Jacobin y était déjà quand Matthioly fut mis avec lui. Cette appellation leur fut donnée quand ils y furent mis en exécution de la lettre du 8 avril 1680 écrite par Louvois au reçu de la nouvelle de la mort de Foucquet : « Persuadez à M. de Lauzun que les nommés Eustache d'Augers et La Rivière ont été mis en liberté et parlez de même à tous ceux qui pourraient vous demander des nouvelles, et cependant renfermez-les dans une chambre où vous puissiez répondre à Sa Majesté qu'ils n'auront communication avec qui que ce soit ». Il est absurde de supposer qu'on ait mis un autre que Danger avec La Rivière. Celui-ci, le 16 avril 1684, est encore mentionné dans la correspondance de Saint-Mars. Le nom d'Eustache se lit pour la dernière fois dans les papiers que nous possédons à la date du lOjuillet 1680. Mais comme la correspondance de ces années est assez complète, il est aussi invraisemblable pour lui que pour le Jacobin de supposer, soit un changement de compagnon, soit la mort. Les deux merles sont

donc sûrement Dauger et La Rivière, et d'ailleurs ce que Saint-Mars raconte de leurs maladies et de leur « quiétude » rappelle bien ce que nous savons de ces deux valets de Foucquet pour la période antérieure.

Saint-Mars alla s'établir à Exiles dans les premiers jours d'octobre. Il en avait reçu de nouveau l'ordre dans une lettre du 20 septembre 1681. Elle contenait en outre ce passage : « Le roi ne trouvera point mauvais que vous alliez voir de temps en temps le dernier prisonnier que vous avez entre les mains lorsqu'il sera établi dans sa nouvelle prison et dès qu'il sera parti de celle où vous le tenez », Cette phrase a donné lieu à M. Loiseleur de supposer que le Masque de fer était le prisonnier dont la correspondance faisait ainsi inopinément mention. Mais dès 1870, M. Marins Topin démontra que ce nouveau candidat à la personnalité du Masque de fer était tout simplement Catinat.

Les négociations pour la cession de Casai avaient en effet repris. L'abbé Morel, s'adressant directement au duc de Mantoue, près duquel il était accrédité, avait obtenu son agrément, et le traité de cession, cette fois confié à des mains sûres, allait recevoir son exécution définitive. Le 13 août 1681, Louvois qui avait le 22 juillet précédent donné l'ordre à Saint-Mars de retarder son départ, lui écrivait : « Le roi ayant ordonné à M. de Catinat de se rendre au premier jour à Pignerol pour la même aff'aire qui l'y avait mené au commencement de l'année 1679, je vous fais ces lignes par ordre de Sa Majesté pour vous en donner avis, afin que vous lui prépariez un logemetit dans lequel

il puisse demeurer caché pendant trois semaines ou un mois ; et aussi pour vous dire que lorsqu'il vous enverra avertir qu'il sera arrivé au lieu où vous l'allâtes trouver en la dite année 1679, l'intention de Sa Majesté est que vous l'y alliez prendre et le conduisiez dans le donjon de la citadelle du dit Pignerol, avec toutes les précautions nécessaires pour que personne ne sache qu'il soit avec vous... ». Ces mots «la même affaire qui l'y avait mené au commencement de l'année 1679» signifient, d'après M. Loiseleur, l'arrestation d'un condamné politique. Or il est de toute évidence que Catinat n'était pas allé à Pignerol en janvier 1679, pour arrêter Mattliioly, mais pour bien prendre possession de Casai. Ce n'est que le 8 avril que l'abbé d'Estrades proposa pour la première fois de le faire enlever et conduire à Pignerol.

Rencontrant ensuite dans la dépêche du 20 septembre 1681 la phrase citée plus haut, M. Loiseleur y donne aux mots le dernier prisonnier le sens de le seul qui reste et en conclut qu'à cette époque il n'y a plus qu'un prisonnier (1), et comme ensuite on recommence à parler de deux (lettre de Saint-Mars du 11 mars 1682 [voir plus bas]), il tire de ce fait cette conséquence qu'un nouveau prisonnier a été confié à la garde de Saint-Mars : « son nom véritable, sa qualité, son

(1) « Pendant ou peu après le séjour de Catinat à Pignerol, un des deux prisonniers gardés dans la Tour d'en bas disparut de cette forteresse : un nouveau prisonnier fut introduit », dit M. Loiseleur {Trois Enigmes, p. 245).

crime, nous n'avons pas à nous en expliquer », dit M. Loiseleur (1).

Les choses s'expliquent naturellement sans cette hypothèse. Catinat fut mandé de Flandre le 2 août ; le 13, Louvois annonçait à Saint-Mars son départ pour Pignerol; comme il devait y entrer mystérieusement par le passage direct entre la citadelle et la campagne et s'y tenir « caché » quelque temps, on devait naturellement lui faire jouer le rôle de prisonnier pendant ce séjour (2). La dépêche du 20 septembre, écrite à mots couverts comme beaucoup d'autres de la correspondance entre le ministre et Saint-Mars, se termine par ces mots : « Je vous prie de rendre le paquet ci-joint en mains propres à M. de Richemont (3) ». C'est le nom sous lequel Catinat jouait le rôle de prisonnier en attendant que le 27 septembre, les troupes étant arrivées à Pignerol, il parte avec elles pour occuper son gouvernement de Casai où elles entrèrent le 30 septembre.

(1) Loiseleur, Trois Enigmes, p. 291.

(2) Catinat à Louvois, 3 septembre 1681 : « Je suis arrivé ici le 3 du mois et y serais même arrivé le second sans les mesures que j'ai prises avec M. de Saint-Mars pour y entrer secrètement. Je m'y fais appeler Guibert et j'y suis comme ingénieur qui a été envoyé par ordre du Roi. Guibert est de Nice et je me suis fait arrêter au delà de Pignerol, sur le chemin de Pancalier. M. de Saint-Mars me tient ici prisonnier dans toutes les formes. . . » (lung, la Vérité, p. 116).

(3) Sur l'original aux Archives nationales, on lit ces mots écrits de la main même de Saint-Mars : « Ce nom veut dire M. de Catinat, que je tenais pour lors enfermé à Pignerol ».

Saint-Mars resta à Exiles d'octobre 1681 au 18 avril 1687. Voici les principales lettres relatives aux « deux merles » pendant cette période :

Saint-Mars à Louvois, 4 décembre 1681 : « Comme il y a toujours quelqu'un de mes deux prisonniers malades, ils me donnent autant d'occupation que jamais j'en ai eu autour de ceux que j'ai gardés ».

Louvois à Saint-Mars, 14 décembre 1681 : « Vous pouvez faire habiller vos prisonniers, mais il faut que les habits durent trois ou quatre ans à ces sortes de gens là ».

Louvois à Saint-Mars, 2 mars 1682 : « Comme il est important que les prisonniers qui sont à Exiles, que l'on nommait à Pignerol de la Tour d'en bas, n'aient aucun commerce, le Roi m'a ordonné de vous commander de les faire garder si sévèrement et de prendre de telles précautions que vous puissiez répondre à Sa Majesté qu'ils ne parleront à qui que ce soit, non seulement de dehors, mais même de la garnison d'Exilés ; je vous prie de me mander de temps en temps ce qui se passera à leur égard ».

Saint-Mars à Louvois, 11 mars 1682 : « .... Depuis le commencement.... j'ai gardé ces deux prisonniers... aussi sévèrement et aussi exactement que j'ai fait autrefois MM. Foucquet et Lauzun, lequel ne peut se vanter d'avoir donné, ni reçu des nouvelles, tant qu'il a été enfermé. Ceux-ci peuvent entendre parler le monde qui est en bas de la tour où ils sont, mais eux, quand ils voudraient, ne sauraient se faire entendre ; ils peuvent voir les personnes qui seraient sur la

montagne qui est devant leurs fenêtres, mais on ne saurait les voir à cause des grilles qui sont au devant de leurs chambres. J'ai deux sentinelles de ma compagnie nuit et jour des deux côtés de la tour, d'une distance raisonnable, qui voient obliquement la fenêtre des prisonniers. Il leur est consigné d'entendre que personne ne leur parle, et qu'ils ne crient point par leurs fenêtres, et de faire marcher les passants qui s'arrêteraient dans le chemin ou sur le penchant de la montagne. Ma chambre étant jointe à la tour, qui n'a d'autre vue que du côté de ce chemin, fait que j'entends et vois tout et même mes deux sentinelles, qui sont toujours alertes par ce moyen là ».

« Pour le dedans de la tour, je l'ai fait réparer d'une manière oîi le prêtre qui leur dit la messe ne peut les voir, à cause d'un tambour que j'ai fait faire, qui couvre leurs doubles portes. Les domestiques qui leur portent à manger, mettent ce qui soit de besoin aux prisonniers sur une table qui est là, et mon lieutenant le prend et le porte. Personne ne leur parle que moi, mon officier, M. Vigneron (curé d'Exilés, leur confesseur), et un médecin qui est de Pragelas, à six lieues d'ici, et en ma présence. Pour le linge et autres nécessités, mêmes précautions que je faisais pour mes prisonniers du passé ».

Louvois à Saint-Mars, 31 mars 1682 : « Le Roi ne veut pas qu'un autre lieutenant que celui qui a été accoutumé de parler à vos prisonniers ait commerce avec eux ».

Louvois à Saint-Mars, 18 avril 1682 : « Le Roi ne

trouve pas mauvais que vous alliez faire la révérence à M. le duc de Savoie auparavant son départ du Piémont, après avoir mis ordre à la sûreté de vos prisonniers de manière que pendant votre absence ils ne puissent avoir commerce avec personne et qu'il ne puisse mésarriver ».

Louvois à Saint-Mars, 3 juin 1683 : « Je crois que vous savez que les prisonniers qui sont à votre garde ne doivent point être confessés qu'ensuite d'un ordre du Roi ou dans un péril imminent de mort ; c'est ce que vous observerez, s'il vous plait ».

Louvois à Saint-Mars, 16 avril 1684 : « Il y a longtemps que vous ne m'avez parlé de vos prisonniers. Je vous prie de me mander comment vous les gouvernez et comment ils se portent. Mandez-moi aussi ce que vous savez de la naissance du nommé La Rivière et de l'aventure par laquelle il fut mis au service de feu M. Foucquet » (1).

Louvois à Saint-Mars, 5 janvier 1685 : <j Comme il n'y a pas d'apparence que le Roi veuille vous donner présentement le congé que vous demandez, vous pouvez m'écrire ce que vous avez à me dire en marquant sur l'enveloppe que vous mettrez à votre lettre qu'elle me doit être rendue en maios propres, et sur celle-là une autre avec une adresse à l'ordinaire ».

Saint-Mars avait déjà, le 11 mai 1682, éprouvé un

(1) Cette lettre est la meilleure pfeuve de la présence de La Rivière à Exiles. Il était évidemment l'un des deux prisonniers pour que Louvois ait demandé à Saint-Mars de ses nouvelles.

refus quand il avait demandé la permission de s'absenter. Le 30 janvier 1685, Louvois répondit à la lettre qui avait été envoyée avec ces précautions et qui comme toutes celles sur ce sujet « rendues en mains propres » du ministre, a été détruite : « La lettre écrite de votre main le 21 de ce mois m'a été remise. J'ai vu par ce qu'elle contient ce que vous ont dit vos prisonniers, qui n'est d'aucune conséquence ». Sans doute ces malheureux avaient demandé leur mise en liberté (ou tout au moins des adoucissements à leur captivité) en promettant de ne rien dire.

Le 23 février 1685, Saint-Mars revenait à la charge pour son congé ; Louvois lui répondit, le 7 mars : « Le Roi veut bien que vous alliez prendre l'air dans le lieu que vous jugerez convenable à votre santé ; mais Sa Majesté vous recommande de donner de si bons ordres pour la sûreté des prisonniers que personne n'ait communication avec eux pendant votre absence et qu'il n'en puisse mésarriver ».

Reprenons la suite des documents conservés : Louvois à Saint-Mars, 7 juin 1685 : « Vous pouvez me mander en détail qu'elle est l'intention de celui de vos prisonniers qui veut faire son testament, et, en mettant en dessous de votre lettre que c'est pour m'être remis en main propre, personne ne l'ouvrira » Ce prisonnier était évidemment La Rivière, qui était entré au service de Fouquet avant le 8 octobre 1666, probablement attiré par l'appât des 600 livres de gages, outre la nourriture, promises par la lettre du 24 décembre 1664. La Rivière ne se connaissait

évidemment aucune autre faute que de n'avoir pas dénoncé son maître quand La Forest et Valcroissant tentèrent d'entrer en relations avec lui et quand Lauzun allait le voir par une vieille cheminée. Il pouvait donc se croire en droit de disposer de ce qu'on lui devait, ou encore de ce qu'il avait avec lui, ou même simplement d'un héritage qu'il pouvait avoir au dehors.

Saint-Mars à Louvois, 23 décembre 1685 : « Mes prisonniers sont toujours malades et dans les remèdes. Du reste, ils sont dans une grande quiétude ».

Louvois à Saint-Mars, 9 janvier 1686 : « J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite le 26 du mois passé, qui ne désire de réponse que pour vous dire que vous auriez dû me nommer quel est celui de vos prisonniers qui est devenu hydropique » (Ce prisonnier était à peu près siirement La Rivière, prohablement le plus âgé des deux, dont Foucquet, dès 1675, disait : « 11 meurt ici dans les remèdes, en a autant et plus besoin que moi, et est chagrin de son humeur ») (1).

Louvois à Saint-Mars, 3 novembre 1686 : <? Il est juste de faire confesser celui de vos deux prisonniers qui devient hydropique lorsque vous verrez apparence d'une prochaine mort. Jusque-là,

(1) Lair, Foiiqnet, II, p. 453. — M. Lair, IM. Funck-Brentano et Mr. Andrew Laiig {t/Ce Valet's Traffedy, p. 17) disent que la correspondance officielle nous apprend que La Rivière était hydropique depuis longtemps : c'est une erreur. Il n'y a pas dans les documents publiés de passage disant que La Rivière était hydropique.

il ne faut pas que lui ou son camarade aient aucune communication ».

Louvois à Saint-Mars, 13 janvier 1G87 : « J'ai reçu votre lettre du 5 de ce mois, par laquelle j'apprends la mort d'un de vos prisonniers ». (Il est bien évident que ce prisonnier est celui qui était hydropiquo, c'està-dire La Rivière. L'opinion que le survivant fut Dauger s'impose quand on rapproche les expressions concernant ce dernier de celles employées postérieurement : 20 février 1G72 « Je ne pense pas qu'il dit à M. de Lauzun d'où il sort après que je le lui aurai défendu », 23 déc. 1678 « ce à quoi il a été employé auparavant que d'être à PignoroL... ce qu'il aura pu dire de sa vie passée à La Rivière », 17 nov. 1G97 « sans expliquer à qui que ce soit ce qu'a fait votre ancien prisonnier ».

l/i8 LH MASQUE DE FER

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