SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA
quand celui-ci, sans transition, lui révéla que la vieille forteresse avait une mauvaise réputation tout à fait imméritée et n'était ni plus ni moins qu'un lieu de délices, un paradis Pour les gourmands. Loin d'y Pourrir sur la paille humide de sombres cachots, on Y occupait au contraire des chambres très confortablement meublées, où on vivait comme des coqs en pâte: car, s'il faut en croire M. Brentano, le £ouvernement affectait aux frais de tables des prisonniers des sommes incroyables, 1 couvrant des menus lantastiques, Bien plus, avec une honnôteté qui faisait le plus grand honneur à cette administration unique, où remettait scrupuleusement à ceux qui consentaient à #rracher aux délices de cet asile hospitalier le montant des sommes attribuées à leur entretien, qui, naturellement, n'avaient pu être complètement dépensées
En somme, se faire mettre à la Bastille était une excellente spéculation ; on S'y faisait des rentes tout en y vivant le plus confortablement du monde,
Après cette description charmante, bien peu parmi les femmes qui Composaient l'auditoire de M. Brentano n'auraient pas volontiers accepté ee pour leurs maris, une détention d’un an où deux à la Baitille, d'autant plus qu’il arrivait Parfois, comme dans le cas du duc de Richelieu, que l'amour conjugal Y trouvait un regain de vivacité,
Mais ce tableau si attrayant, malgré les sources où le conférencier est censé avoir puisé son authenticité, ne m'en paraît pas moins quelque peu chargé.
Si le gouvernement avait traité tous ses prisonniers avec la même munificence, aux frais de l'Etat, pourquoi du Junca dirait-il, dans son journal, en parlant qu prisonnier Masqué : “ Jedit Prisonnier étant nourri Dar le gouvernement." comme an le verra dans une citation que je fais plus loin,
Pour M. Funck-Brentano, le prisonnier mystérieux, improprement appelé l’homme au masque de fer, puisqu'il est admis qu'il portait un masque de velours noir, n’était ni un frère jumeau ou adultérin de Louis XIV, ni l’un des ducs de Beaufort ou de Monmouth, ni un des personnages qui ont disparu d’une manière plus où moins énigmatique de a scène du monde pendant les vingt-cinq dernières années du dix-septième siècle. Il affirme que le prisonnier masqué n’était rien autre qu’un certain Girolamo Matthioli.2
Ce Matthioli, dont l’histoire est connue, était un vulgaire intrigant, ministre et favori du due de Mantoue, prince débauché, dont les finances
étaient dans le plus lamentable état.
PE
() M. Hans affirme que le gouvernement affectait aux frais de table des prisonniers, selon leur importance, de dix À cent francs par jour, représentant dix à cent dollars de Ja monnaie d'aujourd'hui.
CM. Brentano n'a fait que remettre au jour une ancienne version donnée pour la première fois par le baron ITeiss dans le “Journal encyclopédique,” en 1770.
SEP TNE. 9
[DE cazis] LE MASQUE DE FER N'ÉTAIT PAS MATTHIOLI 81
Louis XIV, conseillé
par Louvois, avait jeté les Yeux sur Casal, place forte située en te
rritoire mantouan, sur la rive
droite du T&, considérée comme un point
Les renseignements lui firent croire qu'il ne ‘à mener à bonne fin la Celui-ci, après avoir reçu force » d'après les conventions, devaient Bientôt il informa Louis XIV que Casal lui serait livré moyennant cont mille écus. Mais quand Catinat, sur l'ordre du Roi, alla Pour prendre possession de la forteresse, fermées,
stratégique impor'ant, qu'il avait obtenus sur le compte de Matt},
POuVait trouver un intermédiaire mieux dispe vente de la fo: ercsse qu'il convoitait, pots-de-vin, e, « les négotiations qui etre strictement … crètes,
il trouva les portes
IL fut prouvé que, moyennant considération, Matthioli Part aux cours d'Autriche, d'Espagne et de et celles-ci ayant tout intérêt à ce que la France ne prit pas possession d'une position stratégique considérée comme importante, -1r un territoire étranger, le firent manquer,
Louis XIV jura de tirer une vengeance éclatante du fourbe qui l'avait joué aussi impudemment, L’ayant fait venir sur ] français, sous rrétexte de
ait fait Pié 1 f rc} é © émont du marché conciu
e territoire renouer des négociations souveles, il le fi enlever par Catinat et enfermer dans la forteresse de Pi alors appartenait à la France, et où devait être déjà le prisonnier masqué, comme je crois pouvoir le prouver. Le duc de Mantoue, non moins furieux de voir, par l’indiscrétion de son ministre, ciation qui aurait eu pour effet de rem escamoter son ministre sans Ceci est de l'histoire,
gnerol, qui
échouer une négonplir ses coffres épuis.
opposer la moindre protestation.
se Jaisea
M. F. Brentano a mis une incontestable habileté dans l'expositio à * de sa thèse, mais il n’a pas même tenté d’éclaircir certains qui, à mon avis, méritent d’être élucidés.
‘e n’ai pas la prétention de donner un nom rieux, mais je crois pouvoir établir que l’homme Matthioli,
Je n'ai pas été comme M. Brentano à même de consulter les précieux documents inédits confiés à sa ga”: *. Pour tirer mes déductions, je devrai done me servir du fruit des recherches de ceux gr: ont tenté de percer le mystère.
Quoi qu’il en soit, je crois être en mesure d'établir: 10. Que le prisonnier masqué ne pouvait être qu’un Personnage de très haute marque ;
points obscurs
au prisonnier mysté au masque n'était pas