LOUISE, PIERRE
PIERRE
Mademoiselle...
LOUISE
Monsieur! (a pan.) Monsieur Pierre Borilofi’.
PIERRE
N’ayez aucune crainte, mademoiselle Louise, je connais vos peines et j'y compatis aussi : je suis pour vous un ami ! à ce titre... permettez-moi de vous adresser une question.
LOUISE
Parlez, monsieur.
PIERRE
Si Sa Majesté, dans cette audience que l’on sollicite pom' vous, et que je suppose obtenue... si Sa Majesté vient à refuser la grâce de monsieur Lucien Bernard, que ferez-vous?
LOUISE
Monsieur...
PIERRE
Il sera exilé pour la vie... le sa^ez-vous?
LOUISE
Je le sais.
Par delà Tobolsk, à huit cents lieues.
LOUISE
Je le sais.
PIERRE
Savez-vous encore, mademoiselle, que si le czar repousse vos prières, monsieur Lucien n’a plus de nom, car le nom du condamné aux mines s’efface et est remplacé par un numéro ?
LOUISE
Oui, c’est ainsi.
PIERRE
Que son argent, s’il en a, est pris et conOsqué?
LOUISE
Pris et confisqué, oui.
PIERRE, de plus en plus anime.
Que sa position est à tout jamais perdue et qu’enfin... n’ayant plus de position... plus de fortune, plus de nom, il ne lui reste rien, absolument rien?
LOUISE, avec dignilé.
Il lui reste son cœur... il lui reste le miçn. Monsieur Borilofi, combien me faudrait-il de temps pour aller à Tobolsk?