ACTE III
SAUTRIOT.
VoUr^ docteur ! (les trois amis se donnent la main.)
MARIOL^ liat^ de sa voix ualnrcllc.
Saperlotte!... ça fait du bien de se sentir main contre main, cœur contre cœur.
BESTUCHEFF, au fond, bas à Kaciane.
Souviens-toi de ta consigne... et ne les perds pas de vue. (n
sort.)
LUCIEN, bas, à Mariol.
Comment, c'est toi?... Explique-moi copiment tu es parvenu?
MARIOL, bas.
Plus tard, le temps presse... Je suis venu pour changer de costume avec toi... Tu vas sortir de prison.
LUCIEN, bas.
Et toi?
MARIOL, bas.
Moi, je resterai à ta place.
LUCIEN
Jamais !
SAUTRIOT, bas.
Quel entêté! Lucien!...
LUCIEN, avec indignation et s’éloignant.
Jamais, vous dis-je !
Mariol, reprenant sa voix de docteur.
Malade, voulez-vous bien rester tranquille... Si vous bougez, je vais requérir l'assistance du gardien.
LUCIEN
Que dis-tu?
MARIOL, bas.
Sois tranquille... il n'est pas dangereux... Je lui ai serti une drogue... de cosaque... Regarde !... (On voit Kaciane se tordre de douleor.)
SAUTRIOT , bas à Lucien.
Tu as repoussé le salut que la femme du gardien t'a offert au péril de sa vie... Mais tu ne refuseras pas une heure de liberté pour dire un dernier adieu à Louise.
MARIOL, bas, à Lncien.
A Louise, qui mourra de chagrin si elle ne te revoit pas.
LUCIEN, bas.
Mon Dieu !... la serrer une dernière fois contre mon,^ur !... Ah ! ce serait une consolation pour chacun de mes j ouri d’exil.. . Mais te sacrifier... Vous perdre tous les deux, peut-être>,. . ^ ,
LE MASQUE DE l’OIX.
MARIOL, bas.
Accepte... ou bien tu nous auras perdus tout de même... Si tu refuses, nous allons nous dénoncer.
LUCIEN, bat.
Malheureux !... Mais tume jures...
SAUTRIOT, bas.
Une heui'e, rien de plus.
MARIOL, défaisant son costume ; bas, à Lucien.
Prends ce vêtement.
LUCIEN, désignant Kaciaiic.
Mais il va nous voir...
.MARIOL, bas.
11 pense bien à cela !... Tiens !
LUCIEN, regardant Kaciane.
On dirait qu'il se trouve mal.
SAUTRIOT.
Le fait est qu’à sa place je ne me trouverais pas bien.
MARIOL.
Rassure-toi... Ce n'est pas dangereux... Je réponds de lui.
(uestuebefr parait. Kaciane se redresse avec énergie, mais le changement a eu lieu.) LUCIEN, en costume de médecin, fait signe à Sautriot de le suivre. BESTUCHEFF, à part, les accompagnant avec Kaciane.
Monsieur le docteur Kroupoff, je ne vous perds pas de vue. SCÈNE VI.
MARIOL, seul, riant.
Ah ! ah! ah ! les voilà pai’tis!... Enfoncé le Bestuchefl’. Sapristi ! sapristi ! Lucien a-t-il fait des façons pour respirer un peu l'air pur du bon Dieu ! Enfin, nous en voilà venus à bout ! Pauvre Louise, va-t-elle être heureuse de revoir son Lucien !... Oui, mais les adieux ! Ah ! dam ! ce sera dur à arracher ! Encore si elle pouvait lui persuader de ne pas revenir ici ! raeiis, bah ! des tètes folles I 11 reviendra, allez, tout exprès pour se faire tuer au lieu de s'enfuir avec elle, au lieu d’être aimé, d’être heureux !... Heureux, pauvres enfants! Je les calomnie... Pourraient-ils être heureux en sachant que je suis captif, exilé, et peut-être pis, à la place de Lucien ?... Allons, il ne s’agit pas de s'attrister... il faut prendre le temps comme il vient et les cachots comme on les fait en Russie, (s'asseyant.) Ils ne sont pas beaux, les cachots russes. . . Comme on doit s’ennuyer là-oedans! ie crois que voUà le moment d’en griller une... (une trappe
se. souléi&pUuatre hommes paraissent. Hariol entendant le bruit, dit sans se retourner :) jÈ^rez !... Après ça, vous me direz que deins aucun pays