I 8HOV
Il sort de sa chambre, il entre dans celle de sa femme.
Une heure environ s'écoula ; et personne autre que M. de Brémeuleet le médecin ne fut introduit dans cette chambre. Des cris perçants et douloureux s'entendirent; puis, Use fit un morne silence.
Bientôt le médecin quitta Mathilde. La nuit était profonde.
M. de Brémeule venait de sortir de la chambre de sa femme.
*Il passa dans un petit appartement voisin. Une femme, velue comme les femmes de la campagne, paraissait attendre.
20s LE MASQUl! DE VELOURS.
— Allez'.dilM. doBrémeule, ilesttcmps...
Vous avez toutes vos instruclions. Comme je vous l'ai dit» rien ne vous manquera : tous les ans, ici, même jour... Allez.
La femme sortit.
^tnjsitavuc*.
Mathilde commençait à se rétablir. Six semaines s'étaient passées.
Personne encore n'avait pu ^ s'introduire dans rhôlel; M. de Brémeule n'en était point sorti une fois. A plusieurs reprises, le
ministre l'avait engagé à repartir pour Na. pies; mais le secrétaire d'ambassade était toujours censé uialade ; il répondait que son état ne lui permettait pas encore de s'exposer aux fatigues du voyage.
M. de Brémeule ne quittait plus l'appartement de sa femme ; il était pour elle d'une tendresse indicible. Jamais un mot de reproche, jamais un coup-d'œil sévère.
M. de Brémeule était brûlant, tendre et passionné, comme le jour même de son mariage ; il paraissait avoir complètement oublié le passé; aucun mot n'y faisait allusion : et Mathiide, de temps à autre heureuse, aurait pu croire que son bonheur conjugal n'avait jamais été troublé.
Mais le cœur de Mathiide était profondément ulcéré; elle souifrait, la malheureuse!
elle souffrait des tortures inouies : elle était mère!., et jamais elle n'avait eu même celte douloureuse consolation de presser son enfant entre ses bras. L'en Tant avait disparu: c'était comme un lanlôme qu'on entrevoit dans les songes, et que le réveil emporte. De temps à autre, MaihilJe aurait pu croire qu'elle n'avait jamais été mère, et qu'elle s'abusait.
Une seule lois, elle avait osé parler à Léopold d'un évènemant qui lui taisait l'effet d'unrêve. »
Léopold était devenu tout à coup si morne et si sombre , que Mathilde n'avait point osé continuer.
— Je me tairai, pensait-elle, je me tairai... et la douleur m'étouffera!
Cependant quelques jours après, cette dou-
leur était devenue trop intense: la mère ' avait besoin de voir son entant.
M. de Brëmeule, mandé par le ministre, avait été obligé de s'absenter. Maihildefait appeler Isidore.
Quelques heures se passent. Enfin celui-ci descend.
Mathilde était dans une chaise longue, auprès du feu.
Elle ne se lève pas à l'entrée d'Isidore ;i mais d'un geste elle lui fait signe de s'approcher et de s'asseoir.
Isidore marchait faible et tremblant ; son visageélait pâle encore et flétri, comme après une maladie longue et dangereuse.
— Venez, Isidore, venez, et asseyez-vous, dit Mathilde.
Di: VELOURS. 213
Isidore s'assied.
— Isidore, dit Malhilde d'une voix sourde, je suis bien malheureuse !...
Celui-ci ne répond pas ; il frissonne.
— Avec vous, Isidore, pas de préambule, pas de circonlocutions... Vous savei, n'est-ce pas, ce qui est arrivé ?
Isidore demeure silencieux.
— Oui, vous ne dites rien, mais vous
souffrez pour moi car vous êtes bon,
vous avez le cœur noble'.... Isidore, encore une fois, je n'ai rien à vous apprendre... Je suis mère... je veux voir mon enfant !
— Madame , répond Isidore , vous le verrez.