T. II. U
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— Mais quand?
— Parlez, madame... et j'obéirai à vos ordres
— Mais vous le savez, il faudrait que mon mari ne sût rien
■^ Il ne saura rien, madame! Je puis vous
dire où est votre enlani cet entant, je
puis le faire venir ici
— Ah! quel bonheur, Isidore! quel bonheur! Vous me rendez la vie!
— Madame, rien n'est plus facile: un jour queM. de Bréineule s'absentera pour quelque heures, je ferai ce que vous désirez.
— Isidore, merci ! vous êtes un homme dévoué, un ami véritable!
— Madan.e ho! madanu^, ce qi-e vous
yr. vi:lolrs. 215
me ilt;maiKlez-l:'- est bien peu de chose!... . Ce n'est pus môme une seule goutte de mon sang Pour vous, je voudrais mourir 1
— Isidore!,
Isidore venait de se lever : il était en proie à une agitation violente; ses mains se crispaient, un éclair sinistre jaillissait de ses yeux.
Une chose étrange, c'est qu'Isidore n'avait p;\s un seul instant regardé Malhilde! Il détournait les yeux ; et si de temps à autre , sa vue rencontrait le visage de Malhilde , il tressaillait avec épouvante, et rejetait soudain la tête en arrière.
Isidore, tout {Vernissant, allait sortir de la chambre.
Soudain, Malhilde court h lui.
— Isidore, dit elle en le retenant par le
bras, ce n'est pas tout maintenant, j'ai
une autre grâce à vous demander....
Isidore s'arrête, il avait déjà une main placée sur le bouton de la porte ; il demeure immobile.
— Vous êtes le plus dévoué des hommes,
oui! vous avez une âme généreuse !
Depuis longtemps je vous connais, Isidore.... et c'est parce que je vous connais, c'est pour cela que je m'adresse à vous... Isidore, écoutez!., mais venez d'abord, venez ici car
c'est une confidence il faut que j'aie en
vous une confiance entière pour vous dire ce que j'ai dans le cœur !
Isidore so laisse conduire pir madame de Brémeule jusqu'au iauteuil,oii tout à 1 heure il s'était assis.
UE VELODRS. 217
— Parlez, madame... j'écoute.
— Eh bien! oui, je parlerai '.D'ailleurs, c'est dans le cœur d'un galant homme, que tomberont mes paroles il n'en fera pas
mauvais usage.... Je ne suis qu'une femme, Isidore.... et c'est mon désespoir! car j'ai une vengeance à exercer, une grande vengeance !
Isidore la considérait avec des yeux eJGfarés.
— Oui, vous ne me comprenez pas... J'ai l'air d'une Colle... Mais non, je ne suis qu'offensée, offensée griôvetnent.... et je veux ma vengeance !
— Madame.... j'attends , dit Isidore fermant les poings. Je suis là , moi ! je ne demande qu'à vous venger !
— Oh! oui, îsidoie, vous êtes un brave».
Je sais bien qu'un noble cœur bat dans votre poitrine!... Qu'importe l'extraction! TOUS avez dans les veines le sang d'un gen-
lilbomme Et Dieu merci ! je vous ai bien
apprécié!... Isidore, vous êtes discret, vou ne m'en demandez pas davantage... Je n'ai qu'un mot à vous dire: c'est qu'on ma outragée.
— Oui, madame, oui, ce mot seul me suffit!
— Je ne vous dirai pas, Isidore, quel est
cet outrage Mais c'est le plus noir, le
plus cruel , le plus poignant de tous les outrages ! Il demande la mort , des flots de sang !.. Dites, dites, puis-je compter sur vous ?
— Toujours! toujours , Madame I Vous n'avez qu'un mot à dire ; je ne réfléchis pas,
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je ne réponds pas. .. Seulement mon bras est armé !
— Bien ! bien, Isidore ! Vous avez du courage !..
— Non, mais du dévouement.. . Je suis un serviteur... fidèle ! Parlez, quel est votre ennemi, je veux le savoir? continua-t-il avec force, en fronçant les sourcils d*une façon menaçante.
— Isidore, vous le connaissez déjà... il sait déjàqui vous êtes.. il a déjà senti la pesanteur de votre bras.
Isidore sourit avec amertume.
— Son nom ? j'attends son nom ?
— Le marquis de Norval ! dit Mathilde.
— Ah ! tant mieux ! . . Dites , que faut-il faire ?
— Isidore ! je veux qu'il meure !
— Eh bien ! il mourra ! je le chercherai partout... J'y cours ! Je ne reviens près de vous, madame, que la main rouge de son sang... Du plus loinque je vous verrai, ilt'aut que je vous crie: Vous ôîes ver.gée !
— Isidore, vous m'avez mal comprise, dit Wathilde avec un sourire indéfinissable : en effet, je veux être vengée, je veux qu'il meure... mais son sang ne doit pas teindre vos mains... Non, tant que le mien coulera
dans mes veines ! Tout ce que je vous demande, c'est de le chercher, c'est de savoir
oùilse cache... Alors vous me ledirez, et ce sera mon affaire...
— Quoi ! madame, repartit sourdement Isidore, voilà loutcequevous demî^ndez! Ce n'est pas beaucoup...
DE VELODBS. 221
— C'est a;:c7, /..:"'?:'3... le reste me regarde î Néanmoins, écoulez, poursuivit- elle après avoir paru quelque temps réfléchir: on n'est jamais sûrde rien dans ce monde; lecourage est souvent inutile. Jenesaispasencorece qui surviendra, nulnepeut le savoir... Mais quoiqu'il arrive, jevoub^ledis encore unetois; je veux être vengée! Si j'cchoue, si je meurs, si le misérable est triomphant et rit sur ma tombe! alors, votre rôle commence , Isidore : tuez le ! vengez-moi ! n'importe comment... c'est votre affaire... Mais quejesois vengée!
— Oh ! oui , madame, vous le serez! Je suis heureux... merci! vous m'avezmis du baume dans le cœur... Oh ! merci !
Isidore se dirigeait vers la porte : Matlîilde le retient et lui dit :
— Ce n'est pas (oui, Isidore, vous m'avez promis autre chose. . .
222 LE MASOCE DE VELOUHS.
Et le visage de Mathilde était doux et rayonnant.
Isidore écoutait avec un mélange de surprise et d'épouvante.
— Isidore^ dit-elle en baissant la voix, vous m'avez promis que je verrais mon enfant...
— Vous le verrez , madame 1 vous le verrez !
Isidore sortit de la chambre.
K'gtt lut l
M. de Brémeule avait réfléchi , il ne pouvait abandonner sa place : c'eût été , trop jeune encore, se condamner au repos, à l'inertie ; et d'ailleurs, pour se distraire de ses chagrins, il avait bésoiji de luouveMent, d'à-
gitation , il avait besoin de courir quelque temps encore la carrièrejde l'ambition, de la politique.
L'occasion se présentait : il était important que M. deBrémeule repartît pourNaples; les affaires se compliquaient singulièrement; et la présence d'un homme capable, bien posé dans le monde, était indispensable à la cour Napolitaine.
M. de Brémeule décida bientôt sa femme à quitter la France , ils partirent. C'était vers le 15 janvier.
Le carnaval était magnifique à Naples:
partout des fêtes, des bals, des concerts.
M. de Brémeule , voulant imposer silence aux les calomnies, avait cru nécessaire
DE VEI.OLRS. 225
de mener sa femme à tontes les t'èies : depuis une semaine , ils passaient leurs nuits au bal : c'était une vie de fièvre et de délire, sinon de joie et de bonheur.
Un soir que M. de Brémeule se disposait à partir pour le bal, il reçut une lettre. Cette lettre le fit tressaillir ; il sourit avec une joie convulsive et l'ébrile.
— Ah! tant mieux! s'écria -t- il en se frottant les mains. Je pourrai donc enfin le joindre ! j'aurai donc le bonheur de lui dire tout ce qu'il y a pour lui de haine au fond de mon cœur ! je verrai donc enfin quelle est la couleur de son sang î
M. de Brémeule s'habille à la hâte. U n'avait point voulu secostunier;quant à Malhilde, elle était vêtue magnifiquement: elle portait cet éblouissantcosiumede Marie Sluart, que si
'226 m: masql^e
peu ai) ieihnies {ittuveu^ ccnvçiiableuicut porter.
Le bal était chez ua riche étranger, u n anglais. Il y avait une société nombreuse et choisie, les plus riches, les plus nobles gentilshommes; et parmi les femmes, toutcequ'on peu imaginer de plus aristocratique et de plus beau. Quelle profusion de fleurs et de diamants! quelles admirables parures! quel éblouissement de soie et d'or : Les lustres et les candélabres jetaient sur toutes ces épaules nues, des torrents de lumière et de splendeur.
Quand Mathilde entra dans les salons, ce fut une sensation profonde : toutes les femmes en pâlirent de jalousie et de colère ; tous les hommes s'approchèrent d'elle avec un aimable empressement.
Une foule de personnes élaient masquées.
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C'éliMcuttiés cosiumosciranges, varies, fanlastiques, de toutes les formes, de toutes les couleurs, de tous les temps, de tous les pays. Lord Bathursli, qui aimait les excentricités , avait lui-même donné l'exemple ; sa femme était déguiséeen reinede Babylone, mais une reine de Babylone qui n'a rien de commun avec Sémiramis : elle était vêtue d'une manière si diaphane, que plus d'une lady chaste et pudibonde criait au scandale, et se mettait la main devant les yeux, en passant devant sa majesté Babylonienne.
M. de Brémeule n'avait point dansé une seule fois; il se promenait de long en large, avec trouble, les bras croisés sur la poitrine; et ses yeux, continuellement plongés dans les salons par l'entrebâillement des portes, surveillaient tous les mouvements de la danse et dfcs valses : rien ne leur échappait.
228 LE MASQUK
Mais les regards de M. de Brémèiile se concentraient sur un seul point : c'était sa temme.Malhilde avait dansé plusieurs contredanses; sa figure paraissait impassible : on n'aurait pu savoir ce qui se passait au fond de son cœur.
Soudain un personnage masqué, un personnage en costume de nécromant, s'approche d'elle, et lui parle à l'oreille. Elle tressaille; elle regarde avec effroi celui qui vient de lui parler.
Cet homme se penche encore vers elle ; Mathilde lui répond.
M. de Brémeule, qui ne les quittait pas des yeux un moment , les considère avec une attention profonde. Bientôt Mathilde disparaît dans un autre salon avec ce personnage mystérieux, qui l'accompagne.
M. de Brémeule veut les suivre; mais il n'y peut réussir : la valse alors était dans toute sa frénésie, dans toute sa verve; elle tourbillonnait avec une fougue extrême, et fermait toutes les portes. M. de Brémeule , n'aurait pu rom[)re, sans un grand scandale, cette éblouissante chaîne de femmes et de lleurs, qui tournait , gracieuse et légère, aux sons précipités de rorchestre.
Pendant ce temps-là, une scène étrange, violente et mystérieuse, se passait dans un salon voisin.
Matbilde, voulant savoir quelle était la personne qui lui parlait depuis si longtemps, l'accablait de questions.
— Monsieur, il faut que je .sache qui vous êtes ! murmurait-elle.
— Eh ! que vous importe •..