ACTE I
Î ui sont morts quand vous étiez toute petite, etvous avez été élevée par ame Mathurine, à qui du reste vous n’avez rien coûté... puisque vos parents vous ont laissé un joli champ et une belle prairie qui vous rapportent, bon an mal an, six cents belles livres de rente.
THÉRÈSE
Croyez-vous que ça m’empêche d’être reconnaissante des soins que m’a donnés dame Mathurine?
MACLOU
Je ne dis pas : mais, tout d’même, si elle vous a fait apprendre à lire, à écrire, et caetera , si vous avez toujours été la mieux requinquée du village c’est pas d’sa poche que les écus sont sortis.
Quelle réflexion !
MACLOU
Et puis, est-ce qu’elle n’a pas imaginé de vous marier avec son neveu Paul Hubert, vous qui êtes le meilleur parti de vingt lieues à la ronde? C’ n’est pas trop maladroit.
THÉRÈSE
Maclou, vous êtes une méchante langue ! vous savez bien que Paul et moi nous avons été élevés ensemble... que, dès notre enfance, nous nous aimions.
MACLOU
Oui, et depuis sept ans qu’il a quitté le village, qu’il est à Paris, jardinier chez un grand seigneur, vous comptez toujours sur cet amour-là?
THÉRÈSE
Certainement que j’y compte !
Air : Fleur des champs.
A chaque instant je me rappelle Les mots si doux qu’il prononçait :
A ses yeux j’étais la plus belle. . .
Avec moi toujours il dansait !
Ramassant la fleur printanière Qui parfois tombait de ma main.
Il en ornait sa boutonnière,
Ou bien la cachait dans son sein .
Il me disait : « Si j’suis volage,
« Accable-moi de ton mépris 1 »
Ce qu’on aimait tant au village,
L’oublie-t-on si vite 5 Paris?
MACLOU
Qui sait? Mais ça serait plus sûr s’il était resté.
THÉRÈSE
Est-ce que c’est sa faute, puisque son vieux père l’appelait pour l’aider dans sa place ?
MACLOU
Bon ! mais y a plus d’un an que son père est mort, et il n’est pas encore revenu. On dit qu’il y a de bien jolies femmes à Paris.
THÉRÈSE
Oh ! comme vous avez envie de me taire croire que Paul est infidèle !
MACLOU
Moi ? pas du tout !... Et je gage que, s’il vous voyait telle que vous êtes aujourd’hui... Dame ! vous n’aviez que treize ans quand il est parti, et vous êtes si changée... en bien... que, sûrement, il ne vous reconnaîtrait pas; et l’absence, les occasions...
THÉRÈSE
Tenez, Maclou, vous m’impatientez !
Ain du Château de mon oncle.
Vilain méchant, taisez-vous !
Vous me niellez en courroux.
Près de vous (bis)
Mon cœur deviendrait jaloux 1. *
Mais vous l’accusez en vain,
Et peut-être dès demain Paul Hubert doit enfin Venir réclamer ma main.
Oui, je 1* crois fidèle Au cœur qui l’appelle t
MACLOU
C’est très-bien de croir’ ça !
N’y a qu’ la foi qui nous sauv’ra !
THÉRÈSE
D’un soupçon infAme,
En m’ nommant sa femme.
Il saura se venger,
En dussiez-vous enrager !
(Elle le poursuit.)
ENSEMBLE
MACLOU
Là ! là ! Thérès’, calmez-vous 1 Pourquoi donc ce grand courroux ?
Croyez-vous (bis)
Que d’ l’absent je suis jaloux ?
Si vous l’attendez en vain C’ n’est pas ma faute, et dès d’main Moi j’ consens qu’ Paul enfin Vienne réclamer vot’ main.
* Maclou, Thérèse.
THÉRÈSE
Vilain méchant, taisez-vous!
Vous me mettez en courroux.
Près de vous (bis)
Mon cœur deviendrait jaloux 1 Mais vous l’accusez en vain, Et peut-être dès demain Paul Hubert doit enfin Venir réclamer ma main.