LE CAPITAINE JEAN CLAUDE
L'auberge de Charapagnolles.
Il est indispensable déplacer ici Une très courte notice historique sur la situation de la Fi-ianche-ConUé en 1638, c'est-à-dire dix-huit ans environ après la nuit sinistre du 17 janvier 1620, — nuit dont nous avons raconte
les incidents terribles, dans le prologue de ce livre.
Je prie mes lecteurs de vouloir bien ne point dédaigner ces rapides détails, sans lesquels l'intelligence du récit qui va suivre deviendrait extrêmement difTicile.
La Franche-Comté, — nous le savons déjà, — appartenait à l'Espagne depuis Charles- Quint.
A la mort de Philippe II, elle faisait partie de la dot de sa fille , l'infante Claire- Isabelle-Fugénie, qui avait épousé l'archiduc Albert d'Autriche.
Il était spécifié dans l'acte dedolation,que si cette princesse mourait sans héritier, son patrimoine retournerait à la maison d'Espagne.
Clairc-Isabellc-Eugénio n'eut pas d'en-
fants, et, en vertu de la clause précitée, la Franche-Comté, vers 1G34, passa entre les mains du nouveau roi, Philippe IV.
La Franche-Comté était alors divisée en trois bailliages :
Le bailliage d'Amont,
Le bailliage d'Aval,
Le bailliage de Dole.
VesoLil, Besançon et Dole étaient les chefslieux de ces trois bailliages. — Un parlement dont les États-Généraux nommaient les membres administrait la province, et ce parlement — nous le savons, — siégeait à Dole.
La Franche-Comté, — bien qu'elle relevât de la couronne d'Espagne, — jouissait d'une liberté très grande. — Elle votait elle-même ses impôts, qui étaient intégralement dépensés dans le pays. — Le roi d'Espagne se
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contentait du produit des salines, et d'un don gratuit qui ne s'élevait pas annuellement à plus de deux jcent mille livres.
La province devait aussi fournir à son suzerain un contingent de quatre régiments, bien armés et bien équipés.
En échange de ces redevances, les Comtois pouvaient être admis aux dignités les plus haules. — Leur altachemcnl pour l'Espagne était sans bornes, de même que la bienveillance de celle-ci pour eux.
D'uij autre côté, ils exécraient la France et le nom Français, et, de I6;34 à 1668, ils prouvèrent glorieusement cette haine par trenie- trois aiinées..de luttes luTOiques contre les pnijt.'ls d'ubt^ervibsemeul de leurs formidables vuisins.
Le \\) luai 1034, le grand cardinal de Ui-
ehelieu, — sous prétexte qu'un corps de troupes espagnoles avait surpris la ville de Trêves alliée h la France, et que Besançon avait donné asile au duc de Lorraine, Charles IV, dépouillé de ses états par Louis XIII. - déclara la guerre à l'Espagne.
Le t8 mai 163G, Condé mit le siège devant Dclo avec vingt mille hommes de pied, et huit mille chevaux.
Il était accompagné du colonel Gassion et de La Meilleraye, grand-maitre de l'artillerie.
La ville fut vaillamment défendue par les conseillers Boyvin, Béreur et Louis Pétrey de Vesoul, — par l'ingénieur Jean Maurice- Tissot, — le brave commandant de Verne, — le capitaine de Grammont, — Girardot de
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Beauchemin, — l'avocat Michoutey, — le caporal Donneuf.
En même temps, les corps francs du baron César du Sai d'Amans et du capitaine La Cuzon, harcelaient les Français.
Le prince de Condé fut obligé de lever le siège, à l'approche de Charles de Lorraine, le U août 1636.
L'année suivante le duc de Longueville fit irruption dans la partie méridionale de la Franche-Comté, et y porta le fer et le feu, — tandis qu'au nord, Bernard de Saxe-Weymar, à la tête d'une armée suédoise, ravageait horriblement le pays.
Voilà quel était l'état de la malheureuse province, au moment où notre récit reprend
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son cours, après avoir franchi sans s'arrêler un intervalle de dix-huit années.
Par un jour triste et froid du mois de décembre 1638, et au moment oii l'angélus venait de sonner, un cavalier bien enveloppi' dans les longs plis de son manteau brun, suivait, au pas de son cheval fatigué, la rue principale de la bourgade de Champagnolles, dans k haute Franche-Comté.
Quelques chiens aboyaient; — quelques paysans arrivaient sur le seuil de leurs portes, attirés par le bruit des sabots du cheval, et, quand le voyageur avait passé» ils le luivalent d'un regard curieux et étonné •
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Ce cavalier et sa mondire arrivèrent devant une maison un plus grande et d'un peu meilleure apparence que celles qui l'environnaient. Au-dessus de l'entrée principale se balançait une touffe de fougères desséchées, et, sur le mur blanc, se dessinaient en lettres noires les mots suivants :