LÉON
oc Ma chère petite reine,
^) Je suis arrivé en bonne santé, un peu grognon, par suite de ton mauvais caractère et du temps^, qui est atïreux.
» Je vais ce soir à un immense banquet, et tu penses dans quel état je vais sortir de là , mais j'espère être satisfait moralement.
» Et toi ? as-tu repris ton courage ? Fi ! vilaine, voilà comme vous accueillez les prévenances et les précautions qu'on imagine pour vous amortir l'absence.
» Je compte que ta prochaine lettre me dira que toutes ces larmes sont essuyées, qu'on déménage tranquillement, qu'on attend patiemment son Lonlon en pleine confiance.
» Pour moi, je t'adore toujours et baise tes petits pieds.
» LONLON. y>
Pourtant, Périclès comprit que, se devant à sa gloire, il ne pouvait plus longtemps se compromettre avec cette femme qui était Macédonienne de naissance. Un ami de Nausicaa lui dit :
— Quel caprice avez-vous eu, Nausicaa, aux bras blancs, d'assister, le vlsac:e couvert d'un voile, à la
première d'Aristopliane ? Vous étiez ravissante à côté de Périclës et vous aviez une toge de lin qui vous enveloppait avec la plus impure grâce athénienne.
Ce n'était pas elle. Nausicaa comprit qu'elle avait une rivale. Périclès partit un matin, après avoir ordonné, selon son habitude, le menu de son repas, et, le lendemain, la lune pâlissait dans le firmament noyé d'aurore qu'il n'était pas encore revenu. Le tribun avait pris la route de Delphes avec la femme de Castris, le même qui jadis avait conseillé à Nausicaa de ne pas aimer Périclès, parce qu'il était grossier, peu soigneux de ses ongles et ne faisait pas, dans ses harangues aux Athéniens, accompagner ses paroles sur la flûte. Nausicaa ne pouvait se consoler d'être ainsi délaissée.
Deux ans après, elle ouit raconter que Périclès était sur le point d'épouser Mélissa, la veuve d'Adamas, qui fut maître de la police d'Athènes pendant la guerre avec les Macédoniens. Elle alla chez Mélissa qui lui ouvrit la porte du gynécée, à son petit lever, vêtue d'une robe noire. Elle démentit les propos qui couraient sur son compte, assurant qu'elle était seulement une amie du tribun et formulant ainsi leurs relations :
— J'adore Périclès, mais je ne l'aime pas.
Nausicaa ne désirait pas être, de nouveau, la maîtresse de Périclès. Elle ne voulait plus être aussi que
son amie. Elle restitua même au tribun les lettres qu'il lui avait adressées pendant sept années. Regretta-t-elle cette résolution ? Elle ne l'a pas dit, mais elle en avait oublié une cinquantaine dans son affolement; elle n'eut jamais pour soûlas que la souvenance du temps où son ami aimait les marguerites.
Autrefois, cette comédie fut très connue, et elle ne porta point maiechance à Périclès, qui fut roi sans en avoir le titre, parce qu'il ne le jugeait pas opportun.