HENRY BECQUE
Quelques scènes assez curieuses pouvaient indiquer un tempérament. M. Sardou collabora presque à cette comédie, car il la rendit à l'auteur avec une variante. L'enfant prodigue, sur le point d'aller à Paris, recevait les adieux d'une bonne alerte pour laquelle il avait eu des bontés. Elle lui faisait le tableau atténué de leurs abandons et un portrait adorable de la fiancée qui l'attendait à Paris. « Ne pleure pas et embrasse ta nourrice. » C'était touchant. M. Sardou biffa ce long duo et fit dire uniment par la petite bonne :
— A^a donc. Ça c'était le plaisir, et ça c'est le bonheur.
Cette comédie, VEnfunt prodigue, aurait-elle eu du succès si elle eût été écrite, d'un bout à l'autre, dans le même style concis ?
M. Becque, pour sa troisième pièce, un drame en cinq actes, Michel Pauper, dut louer, en 1870, pendant la saison d'été, le théâtre de la Porte- Saint-Martin. Comment un écrivain, qui avait moins d'argent que d'esprit, put-il subvenir à des frais considérables, tels que cinq cents francs de location par jour, le paiement du gaz, de la garde, de tout le personnel depuis M. Taillade jusqu'au pompier?
Le directeur, M. Raphaël Félix, était alors à Londres où il usait de ses nombreuses relations dans la société anglaise pour placer des actions de son théâtre. Or, il avait indiqué, sur les prospectus, parmi les sources de bénéfices, que la Porte-Saint-Martin rapportait encore, pendant les mois où il fait chaud
dans une salle de spectacle comme dans un four, cinq cents francs de location, quotidiennement. M. Becque écrivit à Raphaël Félix pour lui demander son théâtre en proposant d'effectuer le paiement sur la recette brute. Affaire entendue. Raphaël Félix fît tambouriner la location du théâtre dans la presse anglaise et marcher de la sorte le placement de ses actions.
M. Becque traite avec Taillade qui consent à créer le rôle moyennant cent francs par soirée; il livre le rôle de l'héroïne aune jolie femme venue à point lui rappeler qu'ils s'étaient rencontrés, il 3' avait plusieurs années de cela^ chez un peintre, et qu'il lui avait donné, pendant dix minutes, une leçon de valse ; il fait arranger de vieux décors; enfin, il inspire une telle confiance à tout le monde que Claretie lui disait après la répétition générale :
— Vous avez dû dépenser déjà plus de trente mille francs.
Quand le rideau, le soir de la première, se leva sur ce drame, Michel Paiiper, Becque avait dépensé vingt francs. Il les avait remis à un machiniste dont la mère était malade . La pièce eut dix-huit représentation=;, qu'il est resté longtemps à pouvoir oublier.
L'écrivain, transformé en imprésario, s'enfonçait de plus en plus. Vingt-cinq louis par jour, rien que pour la location; Michel Pauper, bien nommé pour la circonstance, ne les faisait pas. Enfin, le dix-huitième jour, Becqne. à bout de tout, prend une résolution ; il ordonne qu'on ne posera pas les affiches, le lendemain, et, le soir même, il part pour Trouville avec