FRANÇOIS COPPÉE
vane, chez Leconte de Lisle, le prophète, près des In- Yalides; le jeudi, chez Banville, où c'était plus simple, plus cordial. Chez Meudès, lorgie. . . Je publiai mon premier recueil : le Reliquaire. Aucun succès. On refusait mes vers partout; Arsène Houssaye cependant accepta dans V Artiste, un poème : la Bénédiction. Elle fut dite alors par un des frères Lionnet. Lequel? Et depuis elle a été répétée si souvent qu'elle m'écœure. ..
Je me souvins que moi-même, dans mon pays, en Provence, pendant le carnaval, au temps du collège, accompagné d'une dizaine de mes camarades déguisés en brigands calabrais, en chienlits, j'ai dit, en costume mexicain, ce récit épique, devant les notables de la préfecture. {Parenthèse de l'écouteur.)
— J'avais, reprit le poète, une amie qui me faisait enrager. Pas d'argent, ce qui n'était pas fait pour simplifier les choses; j'étais très malheureux. M^e Agar, à qui je fus présenté, me demanda un acte pour le jouer dans une matinée à son bénéfice. J'écrivis en une semaine ce dont je suis trop l'auteur : le Passant. Le reste, inutile. Pas d'aventures.
La vie de François Coppée, en eflfet, a été racontée bien souvent. Mais il y a des détails inédits. Le 14 janvier 1869, c'est la date du succès prodigieux et mérité de cette idylle adorable : le Passant. Elle avait été montée à la hâte, à la diable. On se servit d'un décor d'une pièce de Marc Bayeux, Jeanne de Ligneris, je crois, exactement le château de Che-
lionceaux. Le lendemain, toute la presse trouva la pièce délicieuse, ce qui se comprend, et le décor étonnant de couleur locale, du plus pur style xlorentin. Aujourd'hui, certes, les journalistes sont plus érudits. Oh.! oui !
Le Passant ? Coppée l'a eu presque en horreur ; on lui a trop fait d'éloges sur ce bijou de poésie française. Je ne trouve pas. Mais d'aucuns s'en sont servis comme d'une pierre pour le blesser. C'est pourquoi le poète était soudainement agacé lorsqu'on lui pariait de son premier succès. Un jour, à la Porte-Saint- Martin, où Sarah veut (quand rôalisera-t-elle cette exquise fantaisie^) triompher, comme au temps de jeunesse, dans le maillot de Zanetto, il assistait à une répétition. La babahissante tragédienne, car tous les adjectifs ont été employés, disait son rôle à mi-voix, en chapeau, robe de ville, dans ce fourreau de soie qui a donné son nom à un parapluie. Mais c'est toujours la voix d'or. Et le poète avouait que ses vers, même déblayés par l'exquise femme danscedécornoir, avaient un grand charme. Le Passant, c'est comme une goutte de liqueur divine ; pourquoi des critiques injustes prétendent-ils qu'il n'a fait qu'ajouter de l'eau très pure et très chantante pour remplir le verre ?
On a souvent répété que Coppée ressemble à Bonaparte ou à Sardou. Pour Napoléon, je ne sais pas ; quant à ressembler à Sardou, c'est absolument faux.
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L'un et l'autre ont le yisage glabre ; c'est ce qu'ils ont de commun avec tous les comédiens. Sardou a un masque infiniment mobile, sans cesse en éveil, exprimant avec malice les dessous de ses pensées ; Coppée a une tête méditative et mélancolique. Le premier c'est l'éblouissement papillottant de l'étincelle électrique; Coppée, c'est la lampe bourgeoise.
Tous deux se trouvaient presque vis-à-vis, dans un dîner ; il y eut échange de compliments:
— Mon cher Coppée^ une femme m'a embrassé pour vous.
— Peragallo a voulu me donner vos droits d'auteur.
Un homme très occupé, les semaines de première, maître François. Il a à répondre à une foule de demandes de places ; un élu sur cinquante. Et, en même temps, il faut écrire aux poètes de province, aux bardes, comme il les appelle, qui lui envoient leurs vers, parfois avec des pâtés d'Amiens, des andouillettes de Troyes, des truffes du Périgord, du boudin de Nancy, des pruneaux de Tours, des tripes de Caen.
Il y a aussi les muses départementales, qui lui adressent des épîtres d'où s'exhale un amour inemployé, et souvent accompagnées de petites boîtes à souvenirs ; ce sont des travaux de bagne, un fauteuil haut comme le doigt et fait avec des plumes d'oiseaux, de mignardes corbeilles en papier rose où, dans de la mousse, se becquètent des tourterelles en mie de pain. Ces hommages
humbles, ces patients et minutieux efforts, bien que ridicules, ont un côté touchant. Il en est ému, sans doute, puisqu'il les garde.
Ils indiquent d'ailleurs sa poésie pénétrante et douce.
Coppée est de l'Académie française. Cet été, à Mortefontaine, j'avais plaisir à Toir ce jeune immortel vêtu d'une veste de molleton blanc bordée de bleu et coiffé d'une casquette de canotier. La légende (pourquoi?) veut qu'on se figure un académicien comme un vieux barbon ronchonnant, très grave en tout cas, ratatiné dans un habit vert. La légende doit bien souffrir avec Coppée.
Dans une conférence, jadis, il assurait qu'une fée vint à son berceau et lui dit : « Comme un papillon tu quitteras la terre, mais sans toutefois t'élever bien haut dans le ciel ; ton inspiration sera douce, pleine de jolis sentiments, etc.. » C'est juste.
Toutefois, son drame, Severo Torelli, captive non seulement par une émotion mystérieuse, ainsi que toutes les œuvres du charmant écrivain, mais par des situations héroïques et poignantes.
Victor Hugo, dans la poésie universelle, est, à présent le roi, François Coppée est comte à sa cour. Sorti du tombeau, don Rodrigue, le Cid Campéador aurait, un soir, du pommeau de sa dague, frappé à la porte du poète des petites gens et lui aurait crié : « A moi, comte, deux mots. »
La République, depuis l'élection de AI. Grévy à la présidence, triomphe. Tous les hommes qui, depuis 1870, se partageaient la tâche pour l'abaissement du pays, ont disparu, effarés, cachant leur honte, tâchant de se faire oublier. La République est assise, et, s'il y a cependant encore bien des pierres à poser, elle est inébranlable. Les revenants, car ainsi peuvent s'appeler ceux qui sont, dans leur siècle, en retard de deux siècles, les revenants se sont évanouis, sans qu'on les poursuive davantage. De ces revenants, de ces personnages, qui ont mené la France un moment, presque des ombres, de ces chevaliers des treizième et quatorzième siècles, un des plus amusants est un ancien capitaine de lanciers. Bûcheron, dit Saint- Genest. Le voici sur le marbre afin qu'on étudie son cas
pathologique. Je fais non pas une galerie de grands hommes, mais une galerie de célébrités.
M. Bûcheron est né à Tours, en octobre 1830, dans la province de Rabelais et de Balzac. Son enfance s'écoula, partagée entre Tours et Bourges, où son grand-père était préfet. Ce préfet eut à garder don Carlos prisonnier. Il devait aller voir le captif quotidiennement. Un jour, le préfet oublia de faire sa visite. Le lendemain, on lui dit que don Carlos était parti. Le préfet va s'en assurer. Il rencontre, dans l'escalier, des prêtres portant l'extrême-onction à don Carlos malade. Don Carlos s'était évadé. Le préfet écrit à M. Guizot et reçoit, le lendemain, sa destitution. Il ne l'avait pas volée.
Le petit garçon entre au collège. Il y eut pour professeur M. Eugène Manuel, l'auteur des Ouvriers, et M. Yapereau. M. Eugène Manuel était un professeur très timide. Citons ceci à son avoir. Vers 1876, une maîtresse de maison eut l'idée de rassembler le professeur et l'élève dans un dîner de dix-huit couverts. M. Manuel refusa, disant, qu'il ne pouvait, en public, s'asseoir à la même table que l'homme qui avait insulté son maître Jules Simon. Plus tard, sur la place de rOpéra, le professeur et l'élève se sont rencontrés. Ils se sont embrassés, Le collégien de Tours fut cependant un cancre de la plus belle crasse, un paresseux modèle.
11 était de tradition, dans la famille Bûcheron, qu'on eût quelqu'un à l'École polytechnique. Heureusement, notre futur Saint>Genest avait un frère —
qui est entré à l'École, et en est sorti dans les sept premiers numéros; il est devenu un ingénieur distingué. Le cadet, lui, se contenta de Saint-Cyr. Je me trompe II ne fat pas même admis,
M. Saint-Genest, à ce propos, m'a raconté une anecdote queje répète, bien qu'elle ait quelque ressemblance avec une autre anecdote sur un grenadier allemand et l'empereur Frédéric. Le professeur qui, aux examens d'admission, interrogeait sur la langue et la littérature allemandes, avait pour habitude de poser toujours les deux mêmes questions.
La première :
— Quel âge avez-vous ?
La seconde :
— Pourquoi entrez-vous à Saint-Cyr ?
Le candidat ayant appris en allemand les deux réponses, s'avance bravement et attend. Le professeur remue les lèvres :
— Connaissez-vous les fables de Lessing ? Le candidat :
— Dix-neuf ans.
Le professeur :
— Comprenez-vous la question?
Le candidat :
— Pour servir mon pays.
Bûcheron, qui d'ailleurs détestait l'École de Saint- Cyr, parce qu'elle ressemble au collège, s'engagea pour servir son pays, au 7e hussards. Ils étaient, paraît-il, à ce régiment, quatorze cents engagés, parmi lesquels le marquis de Castellane et autres
seigneurs. On s'amusait ferme. Une fois, les parents du liussard Bûcheron lui écrivirent qu'il devait souffrir horriblement au milieu de tant de gueux et de mal élevés. Le hussard répondit qu'il était, dans son escadron, à peu près le seul bourgeois. On s'amusait. Certain jour, il y eut, à ce 7e hussards, quatre cents hommes qui s'engagèrent ou se rengagèrent moyennant finances. Ça fit quatre cent mille francs à manger. Noces et fêtes. On rentrait après la retraite, on sautait par dessus les murs de la caserne. Au bout d'une huitaine, tout le monde était consigné. On mangea, on but les quatre cent mille francs à la cantine.
Saint-Genest me disait : « Vous ne savez pas ce que c'est que dépenser quatre cent mille francs à la cantine. » lia ajouté: «Nous étions de bons vivants. Tous ceux qui ne se soûlaient pas n'ont pas réussi. »
Un peu d'enseignement, ici. Je neveux pasmeposer en moraliste, mais, entoute courtoisie, je ferai remarquer à M. Saint-Genest que cette armée était une armée prétorienne. Et cette épithète est la forme parlementaire d'une pensée violente.
M. Saint-Genest ne paraît pas être un partisan acharné delà discipline militaire. Dans un livre intéressante feuilleter. Joyeuses Années, où il raconte les années de garnison, il fait une compar.aison entre les soldats français, peu disciplinés, mais splendides de fougue, et les soldats étrangers. Il écrit :
«J'ai beaucoup voyagé ; j'ai vu les soldats allemands, russes et anglais, que la terreur du châtiment fait mouvoir dans un ordre incomparable ; soldats qui tombent à leur poste comme des bastions vivants, et à qui, cependant, il manque une chose : il leur manque la vie, le souffle, l'individualité, l'initiative. Il leur manque la gaieté, il leur manque l'espérance !... Cette espérance ailée, radieuse du soldat français, qui est son charme, qui est sa force, qui est son salut en campagne !...
» Ce sont des soldats tristes. Ils tombent silencieusement à leur poste. Ils ont marché sans espoir, ils meurent sans regrets... D'illusions, ils n'en ont jamais eu. Dès le premier jour, ils ont su qu'ils n'avaient rien à attendre : pas d'èpaulettes, pas de croix d'honneur .. Les uns se sont vendus, les autres ont été enlevés pour le service du czar. C'est un sacrifice qu'on leur impose ; et, brisés par la discipline, ils l'accomplissent avec un courage austère, marchant vaillamment au combat, attendant toujours les ordres, cruels dans la victoire, tristes dans la souffrance et rentrant dans leurs foyers pour y rapporter les souvenirs d'une vie d'épreuves et de labeurs.
» Ah ! le soldat français ! le soldat d'Austerlitz et d'iéna, deSébastopol et de Solférino! Soldat incomparable, dont le seul crime est d'avoir fini par donner trop de confiance à la nation ! Il était si grand, que cette nation enivrée a cru qu'elle pouvait se passer, non seulement de discipline et de travail, mais encore de forteresses et de canons ! . .. »
Malgré ces phrases, encombrées de points d'exclamation et de points de suspension, j'estime qu'il faut préférer aux régiments où l'on mange quatre cent mille francs à la cantine, se passant de discipline et de travail, les régiments nationaux, non composés d'engagés payés par un sac de mille francs, les régiments où on obéit et où on travaille. Cela n'empêche certes ni le brio, ni la joie, ni le courage. Un soldat, maintenant n'est plus seulement un soldat, rien qu'un soldat, c'est en même temps un citoyen, sorti du civil pour rentrer dans le civil. L'armée française n'est plus une caste, une France séparée de l'autre, c'est la nation elle-même se retrempant sans cesse. Telle est l'armée nouvelle. L'ancienne est morte, et morte justement, d'après M. de Saint-Genest lui-même qui veut la représenter.
Dans un autre volume, Lettre!; d'un soldat, récits sur Frœschviller, le 4 septembre la campagne d'Orléans, la campagne de l'Est, il fait cet aveu :
«... Si ces soldats étaient admirables, je n'étais pas digne de les commander. Eux m'apportaient ce que l'armée prussienne n'aura jamais : le courage individuel, le feu, l'entrain, l'initiative; et moi je ne leur apportais pas ce que je leur devais : le travail de garnison, l'étude patiente, consciencieuse... ayant attendu le champ de bataille pour apprendre mon métier, et y arrivant avec cette inexpérience et cette légèreté du caractère français. »
L'armée de la troisième République, l'armée française, a maintenant d'autre officiers, et M. Saint-Ge-
nest, quoiqu'il prétende, attaque cette armée et désire le malheur de la France, lorsqu'il défend et appelle l'armée de son tem ps, le temps jadis, lorsqu'il deman dait, sans succès d'ailleurs, à M. de Villemessant de le laisser s'élever contre le reinplacement des généraux brisés dans la chute de M. de Mac-Mahon. L'armée est si organisée à présent, que M. Saint-Genest me disait en 1878 :
« Si j'étais Allemand, je déclarerais M. de Bismarck traître à la patrie, si, dans l'été prochain, il ne reprenait la guerre contre la France, car, dans quelques années, l'armée française, si elle continue à se relever ainsi, sera égale et même supérieure à l'armée prussienne. »
Ces paroles sont rapportées exactement. Elles sont un hommage à la République et condamnent les opinions de M. Saint-Genest dans les questions militaires. Je me rappelle tout à coup un article de lui, vers le mois d'octobre 1878, à propos de l'appel des volontaires d'un an, un article qui est tout un chant sur les pieds trempés de sueur noire, les bottes gardées huit jours, les chemises sales, les insultes des caporaux, des sergents, les petits verres payés. Apologie de prétorien .
. A la biographie. Le hussard Bûcheron fait la guerre d'Italie, prend part à l'occupation de Milan pendant une année, retourne en France, reste en garnison à Bordeaux, à Limoges. Là, en 1862, il est nommé
officier. Il est envoyé dans les chasseurs à cheval. Il était sous-lieutenant lorsque, en 1869, dans Bûcheron apparut Saint-Genest.
Le sous-lieutenant Bûcheron, au sujet des irréconciliables, avait écrit uno dizaine de pages qu'il avait lues à des camarades. Les camarades avaient trouvé la charge fort drôle et avaient dit :
— Fais donc imprimer ça.
Le sous-lieutenant doutait de lui. Il présente son article à M. Taschereau qui, en universitaire, déclare qu'on ne doit essayer d'écrire qu'après trente ans d'études au moins. About et Sarcey, dans leur journal d'alors, le Gaulois, avaient ouvert un concours de chroniques. Le sous-lieutenant envoie la sienne. Une des chroniques est publiée et des mentions, très honorables et honorables, sont accordées à vingt autres. I;a sienne n'était pas du nombre. Le sous-lieutenant était désespéré. Son frère, ingénieur à Saint Pétersbourg, mais alors au milieu de la famille dans une villa de Passy, le réconforte. Aussi bien, dans une soirée intime chez M. Cuvillier-Fleury, le sous-lieutenant, après une causerie, se met à lire tout haut un article du Figaro. Quand il fut fini, il ajouta :
— Il y a encore un article très drôle.
Et il lut son article manuscrit placé entre les deux feuilles déployées. Ce fut un rire, un succès, m'a dit M. Saint-Genest. Oui, mais la cause de rire? M. Cuvillier-Fleury demanda à voir l'article. Quand le souslieutenant Bûcheron tendit le manuscrit, ça jeta un froid. Mais le journaliste en épaulettes était radieux de
s'être mis le doigt dans l'œil. Il fait remettre par une connaissance commune son article à M. de Villemessant qui, avec son flair ordinaire, l'accepte et les suivants. Le sous-lieutenant commence au Figaro, sous le pseudonyme de Saint-Genest, une série de satires : Lettres (Vun provincial. On peut bien faire ça après Biaise Pascal. Les sujets de ces lettres sont les irréconciliables, Félix Pyat, Victor Hugo, les réunions publiques, le père Hyacinthe, le prince Napoléon, Victor Noir.
Arrive la guerre impériale. Saint-Genest prend les armes, et avec lui deux cousins germains. L'un a été tué par le premier coup de feu de Wissembourg, l'autre par le dernier obus de Sedan. Saint-Genest, nommé capitaine de lanciers, a un cheval tué sous lui près d'Orléans; il est fait chevalier de la Lésion d'honneur sur le champ de bataille. Puis il est envoyé à Besançon, il sert comme éclaireur, est mandé en qualité de parlementaire près le général Manteuffel et M. de Bismarck. Après le traité de paix, il prend la route de Paris, ainsi que d'autres officiers. A la gare de Melun, des officiers prussiens viennent ouvrir les portières, disant :
— Mes chers camarades, suivez-nous. On assassine à Paris, les officiers français, les généraux Lecomte et Clément Thomas... N'allez pas à Paris, mes chers camarades !
Saint-Genest, à qui il faut reconnaître l'amour prof jiid, chauvin de son pays, proteste, mais il est em-
mené. On le fait déguiser, lui et ses amis. Ils vont faire, pendant deux mois, la campagne de Versailles. Quand les conseils de guerre furent installés, Saint- Genest alla revoir la villa de Passy. Sa toiture avait été enlevée, des pans de murs emportés par les obus. Alors Saint-Genest qui, par ce désastre particulier, explique la violence de sa polémique, dicta un premier article à un brigadier-fourrier. Ainsi pendant trois ans à peu près. Saint-Genest, pour des raisons de famille, car son frère est mort en 1870 d'une maladie de cœur, a donné sa démission. Non pas de capitaine de lanciers ; il a eu à souffrir de la révision des grades. Après un article il en a fait un autre, sans être lié au journal par aucun traité. Il a suscité plus d'un embarras à M. de Yillemessant. Je rappellerai la campagne contre Erckmann-Chatrian, sa campagne pour l'abbé Roussel, et, entre les deux, sa campagne pour le 16 Mai.
La manière de M. Saint-Genest a été bien justement appréciée par quelqu'un qui lui écrivait : « En somme, pour avoir du talent, il vous manque, à mon avis, diverses choses, notamment le fond et la forme. En revanche, vous êtes banal avec conviction et avec verve. Il y a, dans tout ce que vous écrivez, une flamme, un souffle. C'est une flamme qui brûle sans aliment, mais elle brûle. C'est un souflle qui tourbillonne dans le vide, mais il souffle. C'est lâché, bâclé, va-commejete-pousse ; mais c'est poussé à plein cœur. »
Au reste, je vais tâcher, dans un petit pastiche de donner une idée de cette manière convaincue et ardente :