‹ Le MassacreChapitre 5 sur 29 · JEAN RICHEPIN · texte numérisé non relu

JEAN RICHEPIN

ration avec Gill, qu'il joue lui-même à la Tour-d'Auvergne. En ce temps, il donnait des leçons de tout, pour soixante francs par mois, cinq heures par jour, chez un marchand de soupe. Nombreux changements de domicile, pour cause de pavage. Il vécut beaucoup sous les galeries de l'Odéon ; rendez-vous fixés à Ponchon sur les affiches des théâtres. Alors il composa la Chanson des gueux, s'inspirant de son ami. Deux mois en Italie, avec Félix Bouchor, homme riche. Après rodéon et Tltalie, BatignoUes et Montmartre. Ses poèmes parurent en volume ; condamné à un mois de prison, il acheva à Sainte-Pélagie les Morts bizarres. Ensuite, six mois à Guernesey, avec Ponchon ; heureusement les Bouchor vinrent les rejoindre. A Guernesey, sans remplacer Victor Hugo, il acheva les Caresses et commença Madame André. Au retour, il collabora à là Lune rousse, à la Petite Lune, en argot. Ne pas oublier, en 1878, dans le Peuple lyonnais, un roman : Z... 1313, poste restante, à Lyon.

Et il devint amoureux, à Montmartre. Alors, comme j'arrivais à Paris, je connus Richepin, rue de La Rochefoucauld, chez un musicien impressionniste du nom de Cabaner. Je le vois encore aussi chez un marchand de vin, près du Jardin des Plantes, avec Paul Bourget. A quatre heures du matin, Richepin était arrivé chez lui, de Montmartre, seulement vêtu d'une robe de chambre et d'une paire de pantoufles. Il me montrait, à moi, collégien échappé, sur un bras assez

musculeux, les morsures de sa maîtresse, avec qui il s'était battu. (Plus tard, Sardou disait, après une visite chez Sarali Bernliard : « Ça sentait les coups. >•>) Il était parti ; il l'aurait tuée. J'admirais. C'était beau la littérature!

Pourquoi s'étaient-ils aimés ? Qui pourrait dire comment ces choses commencent? Un soir, vers onze heures, ils se rencontrèrent rue des Martyrs. Lui était en compagnie de deux amis ; apercevant une grande et forte fille, aux cheveux en broussaille, qui marchait devant eux, il l'embrassa sur la nuque, pour rire. Elle se retourna, furieuse; ils se gobèrent. C'est très simple.

Il fallut des mois et des mois pour se guérir de ce baiser. Les extases, les râles, les attendrissements, les griseries de chair, l'anéantissement de tout, sauf la chère aimée ; les larmes amères, les sanglots pendant lesquels il semble que la poitrine se brise, les atroces jalousies.

Judith fut la première glu.

Enfin, laissant sa chambre, rue Hélène, où sont encore des réverbères à pétrole, une rue en retard, il partit en province avec une bande de bohémiens. « N'a3-ant pas autre chose à faire que de voyager, pour enlever le noir de ma tête, j'ai signé engagement avec des Bohémiens que je rejoins samedi. La vie en plein air. dans des voitures, saltimbanque. Mais combien isolé parmi eux ! Je fais appel à ce que

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