ANNA JUDIC
utile en mainte occasion. S'il fallait un joueur de clarinette, lui jouait de la clarinette, sans l'avoir jamais appris.
Le 25 avril 1865, Anna Damien se mariait avec M. Judic, à présent défunt, le pauvre homme? et, deux mois après, débutait, au Gj-mnase, sans gloire, dans des rôles de quatrième ordre, d'ailleurs.
Engagée ensuite à l'Eldorado, Anna Judic remporte de vifs succès et passe étoile. Son talent, qui est toujours le même, consistait à dire chastement les mots les plus chargés de saletés, à être éhontée en restant ingénue. Elle souligne, à ravir, les mots poivrés et semble vouloir les éviter ; si elle relève sa chemise jusqu'au comble, elle ne le montre pas.
M. Judic a été fort utile à la fortune de la souligneuse exquise. Il discutait les engagements, les traités, toutes les affaires, avec une habileté remarquable il aidait au succès de M""^ Judic en l'applaudissant commeunromain, du fond d'une loge. En somme, c'était le mari. Qui oserait dire qu'il ne remplissait pas sont devoir en faisant mousser sa femme ?
Le 4 septembre 1870, Anna Judic quitta l'Eldorado et, tandis que la France vaincue agonisait, parcourur la Belgique en triomphatrice. A Bruxelles, elle eut des ovations.
La guerre finie, Judic rentra à Paris, où Jacques Offenbach l'civait engagée^^au théâtre de la Gaîté pou/" créer le rôle de la princesse Cunégonde dans le Ro Carotte, Mais, en attendant quela pièce fut prête avec
ses décors et ses trucs, elle chanta, aux Folies-Bergère, des couplets bien connus : Ne me chatouillez 'pas. Judic laissa le théâtre de la Gaîté pour celui des Bouffes où, le 16 avril 1872, elle atteignit presque la perfection de son genre pur, mais équivoque, dans la Timbale d'argent. Après avoir créé les principaux rôles d'une série de pièces, Judic, qui a dévoué son talent à M. Albert Millaud, débuta aux Variétés, en 1876.
Plus tard, elle personnifia Niniche. Elle montra dans ce rôle, au suprême degré, son art des mots risqués, scabreux, son adorable science des sous-entendus malicieux, des sourires innocents, des œillades sensuelles.
A présent, les directeurs des Variétés ont lâché Judic. La lassitude est venue ; et ce n'est pas trop tôt. Il va des actrices qui ont suffisammentpris les leçons des bons professeurs pour jouer Célimène à la perfection, mais sans intérêt, sans rien de particulier, sans art enfin, avec beaucoup de métier ; il y en a d'autres qui ont une manière, un coup de hanches, un clignement d'yeux. Anna fut une de ces étoiles ; mais elle commence à déplaire. Sarcey a écrit de Judic en propres termes: « C'est une actrice médiocre. » Trop de convenu, d'artificiel. Le moindre souffle n'importe où serait bien mieux notre affaire, en littérature comme en politique, comme au théâtre.
Avez-vous du nouveau, Jacquot?
Quant à la voix do Judic, elle est adorable. C'est