CHAPITRE IX
Massage dans différentes affections utérines.
1NV0LUTI0N UTÉRINE INCOMPLÈTE. — PROLAPSUS. —
CORPS FIRREUX.
Nous avons réuni dans ce dernier chapilre un certain nombre d'affections dans lesquelles le massage est encore utile. Il est impossible de les mettre sur la même ligne que celles dont nous avons parlé. On a eu dans les premières le plus souvent raison de tout; la santé est revenue, l'utérus a repris son aptitude fonctionnelle. Les résultats ont été quelquefois moins éclatants dans d'autres faits que nous allons voir. Si l'on excepte l'involution utérine qu'il guérit, on peut dire que le massage est un excellent palliatif pouvant supporter la comparaison avec d'autres hautement préconisés.
I. Involution utérine incomplète. — Dans l'observation XLV, le massage a été appliqué pour remédier à des mélrorrhagies consécutives à un retour
imparfait de l'utérus sur lui-même, après un accouchement; la guéri son l'ut rapide et définitive.
Obs. XLV
Jnvolution utérine incomplète. — Ulcération du col. — Rétroflexion. — Cautérisation du col. — Faradisation de lutérus sans succès. — Massage. — Guérison.
Mmo M..., 32 ans, femme de ménage. Deux accouchements sans accidents. Dans leur intervalle, autre grossesse terminée par un avortement au second mois; eut beaucoup de peine à se rétablir et dut garder le lit un mois. Elle devint de nouveau enceinte presque aussitôt après son rétablissement ; la grossesse se passa sans accidents, mais elle a toujours été souffrante depuis son accouchement. Sensation continuelle de tension vers l'hypogastre et de pression vers la vulve. La marche est difficile ; pour la faciliter, elle appuie ses deux mains sur l'abdomen. De temps en temps, elle éprouve une autre sensation qu'elle compare au besoin d'aller à la garde-robe. Des douleurs lombaires ne la quittent presque jamais et s'irradient soit du côté de l'aîne, soit du côté des cuisses. Ménorrhagies. La durée de la période menstruelle est plus longue qu'auparavant. Eprouve fréquemment le besoin de prendre des aliments ; quelques bouchées le font cesser. Météorisme. Leucorrhée profuse, surtout à l'approche des règles. Céphalée, palpitations. Affaiblissement, maigreur inquiétante. La malade, qui a reçu des soins d'une sage-femme et de deux gynécologistes, porte une ceinture hypogastrique ; au début, elle s'en est bien trouvée ; mais, depuis quelque temps, cette ceinture la gênait tellement qu'elle a dû l'aban-
donner. Tampons vaginaux d'alun; cautérisations au crayon de nitrate d'argent; injections iodées intra-utérines. Faradisation de l'utérus. Ce traitement a produit un soulagement plus marqué que les autres méthodes ; malheureusement, au bout de quelques mois, elle retomba dans l'état antérieur.
Je la vois pour la première fois, à la lin de juin 1877. Utérus volumineux, en rétroflexion, très mobile, un peu mou. Col gros, laisse passer par son orifice externe un liquide visqueux, filant presque translucide en grande quantité; ulcéré, fongueux. L'ulcération entoure complètement son orifice externe ; elle paraît même se continuer dans le canal cervical. Demande le massage : je m'y refuse, la croyant enceinte, et lui recommande de revenir au bout de trois mois après sa couche ; à ce moment, elle présente les mêmes phénomènes qu'auparavant. Règles apparues il y a six semaines, aussi pénibles qu'avant. Longueur utérine : 8 cent. 5. Ecoulement muco-purulcnt profus.
Massage : les résultats dépassent de beaucoup mon attente, et cela malgré une sensibilité très accusée des parois abdominales. On l'atténue en appliquant, avant chaque séance, des compresses glacées. La malade se soumet au traitement avec persévérance. La dysménorrhée cesse. Peu à peu tout se régularise et devient normal. Les douleurs lombaires et la sensation de pression sur le périnée et le voisinage de l'anus ont disparu. Digestion satisfaisante ; plus de traces d'écoulement. La malade est rose et fraîche ; elle a repris de l'embonpoint. La longueur de l'utérus a diminué de un centimètre et demi environ ; sa consistance est plus ferme.
Au moment de cesser le massage, l'ulcération n'est pas complètement guérie. Pansements phéniqués, pendant trois semaines environ. À partir de ce moment plus de migraines;
la guérison est complète après quatre semaines de traitement. J'ai revu cette personne, au mois de février 1878, la guérison s'était maintenue.
Gomme elle n'a rien vu, au moment correspondant aux deux dernières époques menstruelles, elle se croit enceinte.
II. Prolapsus de l'utérus et du vagin. — Brandt, von Preuschen, Profanter, ont employé le massage contre eux ; c'était un des temps d'une méthode comprenant : 1° l'élévation de l'utérus; 2° des exercices gymnastiques des muscles de la cuisse; 3° des petits coups sur la région lombo-sacrée.
La malade est couchée sur le dos, les cuisses repliées sur le bassin. Le masseur, placé à sa gauche et en face d'elle, enfonce sa main droite en supination entre la symphyse pubienne et le fond de l'utérus, tandis qu'un assistant maintient celui-ci en antéversion avec un doigt introduit dans le vagin. Le masseur saisit alors de bas en haut l'utérus et ses annexes avec ses doigts fortement recourbés.
La main gardant celte position est déplacée vers l'épigastre, de telle sorte que l'utérus est attiré en haut. Lorsque les limites du déplacement sont atteintes, il est abandonné et revient lentement dans son ancienne position. Le doigt de l'assistant fait ce mouvement, et par suite de la pression qu'il exerce d'avant en arrière sur la portion vaginale, il l'empêche de se
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mettre en rétroversion. Il faut pratiquer 3 fois ces élévations à chaque séance.
Les mouvements de la cuisse consistent dans l'exercice méthodique des adducteurs. La malade est dans la même position, les genoux et les jambes rapprochés. Le masseur, placé à côté d'elle, écarte de force un genou, tandis qu'elle s'oppose à ce mouvement. Les rôles sont intervertis lorsque les genoux sont écartés ; la malade essaye de les rapprocher, tandis que le gymnaste s'oppose à ce mouvement.
De petits coups sont portés avec la main ouverte sur la colonne vertébrale et le bassin.
Je n'ai jamais suivi de tous points ce manuel opératoire ; je ne m'explique même pas trop l'utilité du premier temps : ou le prolapsus est le seul accident, ou l'organe se trouve dans une position vicieuse, antéversion ou rétroversion.
Dans la première hypothèse, on ne voit pas quel but visent les tentatives de réduction. En général, quand une disposition vicieuse se reproduit, c'est que la force qui l'a déterminée continue d'agir. Admettons que le prolapsus simple non compliqué soit de même nature que les hernies dites de faiblesse, c'est-à-dire que sa cause réelle réside dans une ôlongalion des moyens de fixité, les raccourcira-t-oii en exerçant une traction de bas en haut? Si au contraire, il existe une rétroversion, maintenue comme c'est souvent le
cas, par des brides pelviennes, on ne peul pas dire qu'une manœuvre unique puisse conslammenl vaincre
leur résistance.
M. von Preuschen considère le premier temps comme accessoire. C'est par la gymnastique musculaire que la méthode de Brandt agirait.
L'adduction forcée, surtout lorsque la malade élève en même temps le siège, s'accompagne d'une contraction énergique et prolongée du releveurde l'anus: grâce à celle-ci, le calibre du vagin diminue ; l'utérus est refoulé vers le haut, et plus tard, lorsque le traitement a été suivi assez longtemps, il est maintenu dans cette position \
A cela, M. Sielski répond qu'une contraction muscularie provoquée ne peut pas durer assez longtemps pour constituer un moyen de fixité. En admettant que l'adduction amène une contraction énergique du releveur de l'anus, ce muscle se fatigue et le déplacement se reproduit2. L'auteur ne lient pas compte du tonus musculaire. A chaque instant on emploie des procédés mécaniquespourl'augmenter. Quelle que soit l'explication qu'on en puisse donner, il est certain
1. Die Heilung des Vorfalls der Geblirmutler durch Gymnastik der Beckenmuskulatur und methodische Uterushebung. Centralbl. f. Gynâkologie, n° 13, 1888, p. 201.
2. Das Wesentliche in der Thure Brandlsche?i Behandlungsmethode. des Utérus prolapsus; Modifikation der Méthode. Centralbl. fur Gynakoh*g., 26 janv. 1879, n° 4, p. 49.
que la mélhode compte des partisans. Brandt l'a appliquée pendant un séjour qu'il a fait à Iéna, à la clinique du professeur B. S. Schultze ; il a obtenu un succès ; Preuschen en a eu un autre à, Greifswald ; le résultat était d'autant plus remarquable qu'il s'agissait d'un cas invétéré. Profanter le recommande également \ Aucune des manœuvres ne me paraît superflue, mais le modus faciendi de Brandt est inutilement compliqué. On exerce une pression sur le corps de l'utérus, fixé par le doigt d'un aide ; donc on pratique le massage. Il est rare que l'utérus abaissé soit absolument normal, qu'il ne présente pas trace de métrite parenchymateuse ; que les malades ne se plaignent pas de pertes blanches, de métrorrhagies ou d'accidents semblables. J'ajoute même que si l'abaissement secondaire est léger, il n'y a pas lieu d'en tenir compte.
Dans ce cas, il faut poser une question préalable. Est-il plus facile de maintenir en place un organe sain qu'un organe infiltré, congestionné, augmenté de volume et de poids? La réponse est facile. Dans les cas de prolapsus que j'ai traités, j'ai fait le massage comme d'habitude, et provoqué les mouvements d'abduction. J'ai eu un succès et un insuccès ; ce n'est pas un résultat trop défavorable. Je ne crois pas, pourtant, qu'on puisse attendre jamais de la